ASSOCIATIONS ÉLECTORALES
le célèbre Most, un énergumène devenu depuis anarchiste fougueux, avait établi son quartier général. Il avait été élu député au Reiehstag en 1874, en 1877, et avait échoué toutefois après les attentats contre l'empereur. En J890, les électeurs de Ghemnitz ont nommé Max Schippel, un des députés les plus avancés du parti. La progression des voix a été constante, 10000 en 1881, plus de 15 000 eh 1886, 34 642 en 1890; dans le quartier qu'habitait M. Goehre, le candidat socialiste avait obtenu 700 voix, et son adversaire 150 seulement.
L'agitation et la propagande sont merveilleusement organisées. Il y a d'abord les réunions de la semaine, celles des ouvriers des divers métiers, et les réunions
publiques, pour les hommes et les femmes. Le nombre des auditeurs s'élève parfois à une centaine. Si un orateur de marque est annoncé, il y a foule. Les ouvriers qui dirigent le mouvement se trouvent en général dans de bonnes situations ; les assistants paraissent assez proprement vêtus. Mais ces réunions forment seulement les cadres de l'agitation dans certaines parties de la ville et des faubourgs.
Le foyer de propagande, c'est Y association électorale démocrate socialiste de chaque quartier. Elle forme le centre de ralliement pour les élections au Reiehstag et les élections communales, elle dispose des fonds, désigne ceux qui parleront dans les réunions. Elle continue à exercer une grande activité, une fois la période électorale terminée. Elle se compose des membres du parti les plus convaincus, de ceux qui ont la conscience la plus claire des buts poursuivis : c'est la haute école où se dressent les orateurs démocrates socialistes i .
1. Le parti a fondé à Berlin et à Hambourg des écoles spéciales où l'on enseigne aux orateurs à exposer les doctrines du collectivisme.
Dans le faubourg où logeait M. Goehre, cette association comptait 120 membres, et prélevait une redevance mensuelle de 15 centimes. Aux réunions qui avaient lieu tous les quinze jours, les ouvriers se rendaient de huit heures à minuit, si fatigués qu'ils fussent du travail de la journée. Là on encourageait chacun à prendre la parole, sans qu'il eût à craindre qu'on se moquât de lui : on indiquait les moyens de répondre avec succès aux objections. Il y a des formules de discours socialistes apprises par cœur, comme des modèles de sermons pour les prédicateurs : certains orateurs vont répétant le même discours dans vingt endroits différents. Ils s'adressent à des cervelles confuses, à des esprits mal débrouillés ; mais on rencontre aussi chez de simples ouvriers un sens critique très aiguisé; parfois même ils dépassent en capacité des bourgeois d'éducation moyenne. Ce qui est remarquable, ce sont les formes régulières, parlementaires, de ces assemblées, que Ton retrouve pareillement dans tous les congrès socialistes. Une boite à bulletins renferme des questions, on les dépouille et on doit y répondre. Là aussi ont lieu les discussions entre membres du parti; on a soin de les éviter devant le gros public. Le fonctionnaire de police, toujours présent, est traité avec convenance, presque avec égards.
Ces réunions offrent un changement dans la vie monotone de l'ouvrier. Les assistants, la pipe à la bouche et devant le broc de bière, sous une lourde atmosphère de fumée épaisse, gardent le même sérieux que les fidèles au prêche. Gomme à l'église on les entretient constamment dans le même cercle d'idées, les mêmes articles de foi socialiste. Ainsi naissent d'inébranlables convictions et le zèle de l'apostolat.
Outre Vassemblée électorale, il y a les unions de