On compte en Allemagne environ 130 journaux socialistes
danse, de divertissement. Ces assemblées animées, joyeuses, où Ton va en foule *, présentent le caractère des fêtes populaires. Le programme en est très varié, des sociétés chorales s'y font entendre; on y entonne les chants subversifs du Liederbuch ouvrier, dès que les gens de la police ont le dos tourné. On s'y promène à travers des musées drolatiques : voici un tonneau rempli de la sueur du peuple, un fusil d'insurgé de 1848, le gourdin avec lequel Caïn tua son frère Abel... M. Goehre a gardé de l'entrain de quelques-unes de ces fêtes, rarement troublées par les discussions, le meilleur souvenir.
A la fabrique même, il n'y avait pas de propagande ouverte. On y pouvait lire seulement dans les coins quelques inscriptions à la craie ou au crayon, que le directeur avait eu l'esprit de ne pas faire effacer : « Électeurs, nommez tous Schippelf » et encore : « Vive la démocratie socialiste internationale! » Mais on ne s'entretenait de ces questions qu'entre intimes.
M. Goehre ne tarda pas à remarquer qu'une partie des ouvriers subissait la domination indéfinissable de quelques personnalités caractéristiques. Une petite élite de meneurs forme le point de cristallisation autour duquel des milliers se groupent. Ce sont eux qui convoquent les réunions, dirigent les assemblées, organisent les fêtes. Ils ont pour aides de camp zélés les très jeunes ouvriers de dix-huit à vingt-deux ans; ils jouissent d'une autorité sans conteste, leurs camarades les traitent avec respect, avec crainte. Ainsi, à côté de la propagande régulière, organisée, il y a un prosélytisme volontaire, d'occasion, qui se pratique d'homme à homme, dans les conversations, par l'échange des
1. L'excédent des recettes qu'on perçoit à l'entrée est versé à la caisse socialiste.