II. — L AGITATION POLITIQUE
Le parti socialiste, en Allemagne, n'est pas plus ancien que le ministère de M. de Bismarck. Lassa lie le fit sortir de terre dans un temps très court, de 1863 à 1864, et lui donna la première impulsion, après laquelle, comme une force de nature, il ne s'est plus ni arrêté, ni ralenti.
Lors du conflit entre le gouvernement prussien et les libéraux, Lassalle, qui avait obtenu une notoriété retentissante, en plaidant la cause de la comtesse Hatzfeldt, cherchait à prendre la direction du parti progressiste. N'y réussissant pas, il brise avec « cette misérable bourgeoisie libérale » ; il lui préférait , disait-il, la « royauté de droit divin » et cherche à se créer un parti. Des unions d'ouvriers s'étaient fondées en Allemagne, sur le principe du self-help et de l'épargne, grâce à l'initiative de Schulze-Delitsch, et sous le patronage des progressistes. Lassalle se proposa de les en séparer, et d'introduire les ouvriers
i. Die deutsche Sozialdemokratie, von Franz Mehring. Brème, 1819. — German Socialism and Ferdinand Lassalle, by W.-H. Dawson. Londres, 1888. — Die Entwickelung des sozialistischen Programma in Deutscfiland (1863-1870), von G. Adler, dans les Jahrbùcher fur Nationalôkonomie und Statistik. Zweites Heft, Iena, 1891.
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comme force indépendante dans les conflits constitutionnels.
Ses vues étaient singulièrement nettes. Unitaire et démocrate, comme l'était son maître Fichte, il voulait faire des Allemands de toute race de libres citoyens de l'Ëlat; mais il fallait que l'unité de l'Allemagne fût accomplie. Témoin des échecs et des avortements de 1848, il avait appris, au spectacle de cette révolution, la vanité des parlements bavards, l'importance d'un pouvoir fort. Il voyait clairement que l'unité ne pouvait s'obtenir que par les armes de la Prusse, à l'exclusion de l'Autriche. Dès 1859, dans une brochure sur la guerre d'Italie, il exposait le plan de campagne que M. de Bismarck devait exécuter sept ans plus tard. La domination de la Prusse devait servir de transition possible à l'état national républicain. Cette puissance, réactionnaire par excellence, était appelée à devenir l'instrument de l'émancipation de la classe ouvrière, et cela par la royauté sociale et le socialisme d'Etat. Lassalle réclamait enfin, comme garantie et comme gage, le suffrage universel : « C'est le signe par où vous vaincrez », disait-il aux ouvriers. Le but de sa tactique et de son agitation était d'obtenir le suffrage universel direct, qui devait donner aux ouvriers le pouvoir de transformer la législation conformément à leurs buts. Il se rendait compte que « le suffrage universel veut comme complément le bien-être universel, et qu'il est contradictoire que le peuple soit à la fois misérable et souverain ! », un pauvre roi en haillons, ceint de la couronne de fer.
On sait à quel point Lassalle a été prophète, et comment la Prusse, pour satisfaire ses ambitions impériales et triompher de la bourgeoisie libérale, a