Une édition en a été publiée en 1869, à Hambourg
renversement avec plus de précision encore, « dans le cas ou les communistes viendraient au pouvoir » ; on ne saurait être meilleur prophète. Correspondant de la New-York Tribune, de 1851 jusqu'à la guerre de sécession, Marx critiquait la politique européenne, en ennemi juré de Napoléon III et de la Russie. Il montrait la même intransigeance à l'égard de la politique prussienne dans une brochure qu'il publiait lors de la guerre d'Italie en 1859, cette même guerre que Lassalle saluait comme annonciatrice de l'unité italienne et de l'unité allemande sous l'hégémonie des Hohenzollern, dont il invoquait le pouvoir sauveur. La Critique de V économie politique paraissait la même année. Lassalle y a puisé les armes principales de sa polémique, sans toujours citer l'auteur, qui Ta dédaigneusement accusé de plagiat ! . Marx a refondu ce dernier ouvrage dans le premier volume du Capital (1867), son œuvre essentielle qu'il a laissée inachevée *. Mais l'acte qui devait donner à Marx son universelle notoriété a été la création de Y Internationale. L'agitation avait commencé à renaître en Angleterre dans les cercles ouvriers lors de la crise industrielle provoquée par la guerre d'Amérique. L'aristocratie anglaise était favorable aux propriétaires* d'esclaves, tandis que le parti ouvrier soutenait la cause de l'affranchissement de l'esclavage. Le soulèvement des Polonais excitait de même en Europe les sympathies de la classe populaire. L'Exposition universelle de
1. Ce qui distingue profondément Marx de Lassalle, c'est que Lassalle croit à l'État, fait appel à l'État; Marx et Engels prétendent que dans la société socialiste on pourra se passer de l'État, mais ils ne nous disent pas comment.
2. Le 2° volume a été publié en 1885 par Engels, et rédigé par lui d'après les notes de Marx. Il reste encore un 3* volume à paraître.
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Londres, où se rencontrèrent les délégués ouvriers de différents pays, fit naître de nouveau l'idée de réunir les prolétaires sans distinction de croyances, de couleur ou de nationalité, en leur montrant la solidarité et l'identité de leurs intérêts. Cette idée prit corps au meeting de Saint-Martin' s Hall, le 28 septembre 1864. Marx retrouvait enfin l'occasion souhaitée de sortir de son inaction, de son obscurité et de sa retraite, de reprendre ses anciens plans, de reconstituer sur de vastes proportions la défunte Alliance des Communistes. Il s'agis3ait, comme le disait Engels, de rendre sensible aux yeux des ouvriers, des bourgeois et des gouvernements, par l'existence môme de l'association, le caractère international du mouvement socialiste, et d'effrayer les ennemis du prolétariat. Il y eut opposition dès le début entre Marx et Mazzini; ce fut Marx qui l'emporta et qui fut chargé de rédiger le manifeste inaugural. Bien qu'il n'ait jamais été président du conseil général de l'Internationale, mais simple secrétaire correspondant pour l'Allemagne, Marx la domina par son ascendant intellectuel; il a été en réalité l'âme, le chef effectif de cette société inquiétante. Fondée pour discuter et favoriser les droits du travail, l'Internationale ne tarda pas à tourner au socialisme destructeur. Nous n'avons pas à retracer ici l'histoire de la grandeur et de la décadence de l'Internationale l . Il suffira d'en rappeler les dates principales. En 1866, au Congrès de Genève, les délégués décident qu'il faut poursuivre partout la* réduction de la journée de travail à huit heures, restreindre à un minimum le travail des enfants, et s'occuper de leur instruction. En 1869, les exigences deviennent moins modérées, le Congrès demande l'abo-