‹ Le socialisme allemand et le nihilisme russeChapitre 139 sur 203 · I. Voir Laveleye, le Socialisme contemporain, Paris, Alcan · texte numérisé non relu

I. Voir Laveleye, le Socialisme contemporain, Paris, Alcan

lition de la propriété privée du sol, la suppression du droit successoral. Le comité dirigeant proteste contre la guerre de 1866 et de 1870, contre l'annexion de l'Alsace-Lorraine, contre la politique des nationalités. En 1871, après la Commune, première tentative pratique d'appliquer les principes communistes, mais qui fut indépendante de l'Internationale, car les membres de l'association n'y étaient pas en majorité, une adresse fut envoyée à tous les partisans, sur la guerre civile en France *. Marx, chargé de la rédiger, accablait Thiers et Bonaparte et le gouvernement de la Défense nationale qu'il accusait de trahison ; il revendiquait la plus étroite solidarité de principes avec la Commune, justifiait tous ses actes, jusqu'à L'exécution, des 64 otages, dont il rendait le gouvernement de Versailles responsable. La Commune a purifié Paris de la corruption impériale. Elle annonce une société nouvelle dont les fédérés ont été les martyrs. — Cette adresse acheva de discréditer l'Internationale dans l'opinion européenne.

Cependant la division ne tardait pas à s'introduire au sein du comité, par la rivalité de Marx et de Bakounine, son ennemi mortel. Ce nihiliste fanatique ne reconnaissait aucune autorité, celle d'un juif allemand moins que toute autre. Il avait fondé de son côté à Genève Y Alliance de la démocratie socialiste, prêchant l'insurrection * et les complots, afin d'épouvanter le monde par des crimes sans but et sans plan. Cette méthode anarchiste est aux antipodes de la doctrine de Marx, qui poursuit avant tout la propagande des idées. L'exclusion de Bakounine et des

1. De?' Bilrgerkrieg in Frankreich. Nouvelle édition, Leipzig,

2. Le soulèvement du sud de l'Espagne en 1873 à Barcelone, Séville, Cadix et Carthagène, a été l'œuvre de Bakounine.

LA DÉMONSTRATION DU 1 er MAI 215

anarchistes du Congrès de La Haye en 1872, affaiblit l'Internationale, que la police traquait d'autre part dans les différents pays où l'association s'était répandue. Marx, en proposant de transporter à New- York le siège de son conseil général, en hâta la dissolution. Elle avait duré neuf années.

On a exagéré l'action de l'Internationale; sa vaste organisation en fédérations, sections, groupes, qui s'étendait de la Hongrie jusqu'à San Francisco, était fort lâche, ses ressources plus qu'insuffisantes, à peu près nulles. En Allemagne particulièrement elle comptait fort peu d'adhérents; son importance lui venait du fait même d'exister; elle a encouragé le prolétariat, en lui donnant le pressentiment de la force qu'il serait susceptible d'acquérir un jour, s'il parvenait à s'unir et à s'organiser régulièrement; elle a alarmé l'opinion en suscitant des visions de bouleversement universel. Les idées de Marx subsistent dans tous les pays civilisés. En Allemagne, par l'union de Gotha (1875) et au congrès d'Erfurt (1891), les partisans de Marx ont fini par l'emporter sur ceux de Lassalle, et de même en Angleterre, les marxistes ont fait des progrès au dernier Congrès des trades unions. L'Internationale s'est spontanément reformée par la démonstration du 1 er mai, décidée lors de l'Exposition de 1889, au Congrès marxiste de Paris, et elle a donné de nouveau le branle à l'armée du prolétariat; cette reprise reposait non plus sur la tête d'un seul homme génial, mais sur le sentiment clair et général des ouvriers des deux mondes. Au congrès de Bruxelles en 1891, les anarchistes ont été exclus comme dix-neuf ans auparavant du Congrès de La Haye, et trois millions et demi d'ouvriers étaient représentés; Bebel a pu dire non sans quelque exagération : « la parole de « Marx est accomplie, les prolétaires de tous pays sont

« unis i. » Le parti ouvrier international a beau n'avoir plus d'organisation centralisée, il vit, il agit d'après les mêmes principes, et constitue par là un danger pour l'existence de la société et de l'État modernes. Marx qui a prévu que ce mouvement unitaire sortirait nécessairement du développement industriel, et qui Ta préparé en cherchant à discipliner les masses prolétaires, acquiert une importance que n'égale celle d'aucun autre socialiste en ce siècle.

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