ASSOCIATIONS DE MÉTIERS
i officier d'infanterie prussienne. En cette qualité, trè* modérément libéral à ses débuts, simplement démocrate, il avait prononcé, en 1863, un discours contre rétablissement du suffrage universel. C'est en étudiant, pour les combattre, les écrits de Lassalle, qu'il s'initia à la doctrine. Liebknecht a exercé sur lui une aclioa
l décisive. Bebel, déjà influent en Saxe, pays de grande industrie, président à Leipzig du comité permanent des associations d'ouvriers allemands, lui apportait le noyau d'un parti.
Au Reichstag constituant de l'Allemagne du Nord, où ils siégèrent parmi les démocrates, Liebknecht et Bebel, s'abstenant de professions de foi socialistes, se signalèrent comme mangeurs de Prussiens. Ils prenaient violemment à partie la politique de Bismarck, l'œuvre de 1866. Un conflit avec la France allait en être, disaient-ils, la conséquence inévitable.
Les trois années qui précèdent la guerre de 1870 sont importantes dans l'histoire du parti. En 1867, Marx publie le premier volume du Capital; dès les premières pages, il répudie dédaigneusement Lassalle, En même temps que la doctrine se fixe dans cette bible du socialisme allemand, commence l'agitation pratique. Le suffrage universel excite l'intérêt à la vie politique. Des associations de métiers s'organisent en foule, avec un double caractère : protéger les intérêts du travail et en même temps former un parti exclusivement animé de l'esprit de classe J . Mais il y avait
1. La fondation de ces associations de métiers. Gewerkvereine, analogues aux trades unions, ont formé, comme le remarque Adler, la moelle du parti ouvrier allemand et ont beaucoup contribué à ses succès électoraux. On ne saurait comprendre le développement du mouvement socialiste, si on ne se rend compte de leur importance. Lassalle n'y attachait que peu de prix, tandis que Marx, dès le début, poussait à ces coalitions d'ouvriers réunis en corps de métiers. Par là les revendi-
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lutte entre les lassalliens, présidés par Schweitzer, soupçonné d'alliance secrète avec Bismarck, et les partisans de Bebel et de Liebknecht. Une tentative de fusion, au congrès d'Eisenach (août 1866), n'aboutit pas. C'est alors que Liebknecht fondait le parti ouvrier démocrate socialiste qu'il devait conduire à de si brillantes destinées.
Les dissensions des deux partis, dont l'un se recrutait surtout dans l'Allemagne du Nord et l'autre à Leipzig, avec des tendances internationales très marquées, s'accrurent encore lorsqu'éclata la guerre de 1870, qui entraînait les Allemands dans un grand courant patriotique où disparurent les rancunes des années précédentes. Bebel et Liebknecht refusèrent de voter l'emprunt de la guerre; « une guerre dynastique, disaient-ils, préméditée et préparée de longue main par le gouvernement prussien contre la France, pour le profit et la gloire de la maison de Hohenzollern ». Ils prédisaient maintenant que de cette guerre sortirait l'alliance de la France et de la Russie, et une lutte redoutable entre Germains et Slaves. Avec Karl Marx, ils protestèrent énergiquement contre l'annexion de l'Alsace-Lorraine et portèrent la Commune aux nues. Arrêtés, accusés de haute trahison, et condamnés à
cations socialistes sortaient du domaine de la théorie pour entrer, par le moyen des grèves, dans les exigences pratiques concernant la réduction du temps de travail, les caisses de secours, l'augmentation des salaires, etc., et le parti devenait capable d'exercer une pression durable sur la législation et le gouvernement. « Comme les corporations du moyen âge ont été le moyen inconscient de l'émancipation de la bourgeoise, dit Adler, les associations de métiers du temps présent doivent être considérées comme les moyens pour l'émancipation du prolétariat. » D'après le démocrate Jean Jacoby, « la fondation de la moindre petite association d'ouvriers aura pour le futur historien de la civilisation plus de valeur que la bataille de Sadowa ».