Wells, Economie changes
32 l'agitation politique
fureur sauvage « qu'on n'en saurait trouver de semblable dans l'histoire d'aucun peuple civilisé * ». En Prusse seulement, 687 compagnies par actions se fondèrent en l'espace de quelques mois. Les appétits, déchaînés en haut, se déchaînèrent aussi en bas durant cette période de leurre et de vertige, avec ses hauts salaires, ses grèves favorables, et enfin son krach retentissant à la Bourse de Vienne le 9 mai 1873, suivi de tant de désastres. A une ivresse de prospérité apparente succédait la dépression financière, commerciale, industrielle. La crise atteignait les ouvriers qui avaient déserté la campagne en masse, attirés dans les villes par l'appât du gain. « Chaque jour, écrivait Rudolph Meyer, va se gonflant une armée de prolétaires dont le silence, la patience et la décision ont quelque chose d'effrayant. » Et il en fait remonter la responsabilité à M. de Bismarck et au banquier Bleichrœder. «La nation allemande, conclut-il, ne s'est pas montrée digne des grandes destinées auxquelles elle semblait appelée après les guerres de 1866 et de 1870. » Et M. Mehring considère de même la maladie du socialisme comme le revers des succès nationaux.
Après ces grandes transformations historiques et politiques, la force élémentaire des intérêts économiques passait au premier plan. De là le développement rapide de la démocratie sociale, de ses partisans et de son influence.
Aux élections de 1874, les voix socialistes triplèrent bien que le parti fût divisé en deux camps. Dans leurs congrès et leurs réunions générales, les meneurs évaluaient le nombre de leurs bataillons organisés à 8000 ou 10000 compagnons. Or 351952 électeurs votaient
1. Polilische Grûnder und die Corruption in Deutschland, von Rudolph Meyer. Leipzig, 1877.