MÉCONTENTEMENT DES BASSES CLASSES
f pour leurs candidats. Ce contraste révèle la vraie nature du mouvement socialiste. On doit le considérer dans son ensemble moins comme une adhésion expresse et raisonnnée à une doctrine et à un programme, que comme la formule populaire la plus énergique da mécontentement des basses classes. « Nous sommes,
.t. disait récemment Liebknecht, le baromètre qui indique le mécontentement général. » M. de Bismarck déplorait un jour que les Allemands ne fussent pas aussi capables de se résigner à un sort modeste que les Français de condition analogue ; le boulanger allemand, ajoutait-il, rêve de devenir banquier ou millionnaire; il n'est brillante destinée que le petit employé n'ambitionne pour ses enfants, et le poison socialiste infeste toute cette classe. Il est juste de reconnaître que M. de Bismarck lui-même n'a jamais donné aux Allemands l'exemple de la modération dans la plus haute fortune. Le socialisme est ainsi en partie le fruit des déceptions qu'ont fait naître des succès politiques inouïs, joints aux révolutions économiques de la seconde moitié du xix e siècle, aux charges militaires nécessitées par la politique d'annexion : le poids des impôts, la cherté des vivres, la médiocrité des traitements ont amené au parti des recrues de plus en plus nombreuses. Les chefs ne s'y sont point trompés, et ils en ont tenu compte dans leur plan de campagne.
La conduite et la direction du mouvement socialiste depuis la guerre passait de plus en plus aux mains des communistes. L'Internationale de Marx, formée au début des éléments les plus disparates, démocrates allemands, ouvriers des trades unions anglaises, anarchistes italiens, philanthropes libéraux, tels que Jules Simon et Chaudey, terroristes français et allemands, réformateurs chimériques de toute nature, s'était dissoute au congrès de La Haye en 1872, où Bakounine et les révo-
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lutionnaires slaves refusèrent d'obéir à un juif allemand. Elle s'éteignait comme un feu de nuit sur la montagne, pour se rallumer de nouveau au congrès marxiste de Paris, en 1889. C'étaient maintenant les chefs allemands qui gardaient le dépôt de la doctrine et prenaient le commandement de l'armée. L'Allemagne allait devenir le foyer le plus actif du socialisme en Europe. Les succès remportés, et les persécutions de la police et des tribunaux qu'on commençait à subir rendaient l'union des deux partis inévitable. L'absorption du parti de Lassalle par celui de Bebel et Liebknecht eut lieu en 1875 au congrès de Gotha, où 9000 marxistes et 15 000 lassalliens se fondirent en une masse unique de 24000 membres réguliers du parti démocrate socialiste. C'étaient, selon la règle historique, les radicaux qui prenaient la haute main sur les modérés.
Le programme élaboré à Gotha, fondé sur les idées de Marx, avec quelques concessions à celles de Lassalle, a résumé pendant vingt ans toutes les revendications de la démocratie sociale, jusqu'au congrès de Halle où Liebknecht l'a écarté comme ne correspondant plus aux circonstances nouvelles. On l'a comparé à une cuisine de sorcières. Il contenait un mélange de principes collectivistes et de politique ultra-radicale; mais il énumérait aussi les réformes possibles et exigibles dans la société actuelle : droit de coalition, journée de travail normale, interdiction du travail du dimanche, défense du travail des femmes et des enfants pouvant nuire à la santé et à la moralité, lois protectrices de la vie et de la santé des ouvriers, libre administration des caisses d'assistance et de secours mutuels, — questions dont quelques-unes ont été résolues par la législation, et que le parti socialiste se vante d'avoir imposées à l'attention du parlement et à la sollicitude du pouvoir. L'agitation pour des exigences pratiques va devenir le