‹ Le socialisme allemand et le nihilisme russeChapitre 40 sur 203 · PRÉDOMINANCE DE KARL MARX · texte numérisé non relu

PRÉDOMINANCE DE KARL MARX

que des éciatsd'obusquiont accompli leur œuvre dévastatrice. Toute trace de son influence est appelée à disparaître. Dès les premières pages du Capital, Marx répudie dédaigneusement Lassalle; on vient de tirer de ses papiers posthumes la critique la plus acerbe du programme de Gotha, qui, disait-il, par ses compromis conduirait le parti à la démoralisation. L'influence de Marx est aujourd'hui prépondérante; comme toujours le radicalisme le plus violent est appelé à l'emporter, aussi bien en Angleterre, comme on Ta vu au dernier congrès des trades unions, qu'en France et en Allemagne. Les socialistes ont beau se flatter de « suivre l'évolution de la science économique » ; ils n'ont rien ajouté aux idées de Marx. Aucun théoricien nouveau n'a surgi après lui. Il reste avec son ami Engels, dont on célébrait récemment à Londres le 70 e anniversaire de naissance, le chef doctrinaire de la démocratie socialiste allemande et internationale.

M. Paul Leroy-Beaulieu a soumis la théorie de Marx à une longue discussion, vigoureuse, claire, approfondie *. Nous nous bornerons à résumer ici les points essentiels du credo collectiviste, gravés dans les têtes socialistes avec l'évidence d'axiomes.

Ainsi que nous l'avons indiqué, Marx considère l'histoire comme dominée par les intérêts matériels. Empruntant à Hegel l'idée d'évolution, il ne voit dans les phases successives de la civilisation que le développement de la production économique entraînant à sa suite un combat de classes. Il se distingue des socialistes de l'ancienne école en ce qu'il ne cherche pas un système humanitaire, le plus parfait possible, d'organisation future de la société, il se borne à étudier dans le

i. Le Collectivisme, examen critique du nouveau socialisme , par M. Paul Leroy-Beaulieu. Paris, Guillaumin.

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passé les transformations économiques d'où sont sorties les classes et leur conflit, il cherche à pressentir la courbe de l'avenir. Partant de ce principe, enseigné dans les universités par les professeurs d'économie politique, si favorables par là au socialisme, — qu'il n'y a pas de lois économiques permanentes, inévitables comme celles qui régissent la vie et la mort 9 mais seulement des phases transitoires, affirmation que nie notre école libérale française, — il ne se borne pas à critiquer le mode de production capitaliste existant, et ses conséquences sociales, il a cherché à l'expliquer.

Autrefois, dit Engels 1 , son collaborateur et son meilleur interprète, l'artisan était propriétaire de ses instruments de travail; la propriété de son produit, reposant sur son propre travail, lui appartenait intégralement. S'il prenait des ouvriers salariés, ces apprentis de corporation travaillaient moins pour leur entretien et leur salaire, que pour devenir maîtres à leur tour... En un mot, l'ouvrier obtenait de son travail tout ce qu'il en pouvait légitimement exiger.

La formation du capital et l'établissement de la grande industrie ont modifié sa situation du tout au tout. — Comment s'est formé le capital? Marx, comme l'explique Schœffle, prétend prouver qu'autrefois le capital, hérité dans sa masse, a été le résultat non du labeur, de la prudence, de l'économie, mais de la conquête, de la spoliation des paysans, de l'exploitation et du pillage des colonies, des privilèges, du partage des biens d'église, mais il ne prétend pas que ses détenteurs actuels Pierre ou Paul soient des voleurs, il s'en

1. Marx, le Capital, traduction française. — Engels, Die Entwickelung des Sozialismus von der Utopie zur Wissenschaft. Hottingen, Zurich, 1883. — Schœffle, Quintessenz des Socialismus, 12° édition. Gotha, 1890. Les pages qui suivent ne sont qu'un résumé de ces auteurs.

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