‹ Le socialisme allemand et le nihilisme russeChapitre 82 sur 203 · PROFESSION DE FOI MARXISTE · texte numérisé non relu

PROFESSION DE FOI MARXISTE

Le nouveau programme du parti démocrate socialiste d'Allemagne, fixé au Congrès d'Erfurt.

(Octobre 1891.)

« Le développement économique de la société bourgeoise conduit nécessairement à la ruine de la petite industrie, qui a pour fondement la propriété privée que possède l'ouvrier de ses moyens de production. Il sépare l'ouvrier de ses moyens de production, et le transforme en un prolétaire ne possédant rien, par ce fait que les moyens de production deviennent le monopole d'un nombre relativement restreint de capitalistes et de grands propriétaires du sol.

« Au fur et à mesure que les moyens de production tendent à se monopoliser, les grandes industries agglomérées délogent les petites industries éparses; Toutil se transforme en machine; la productivité du travail humain s'accroît dans des proportions gigantesques. Mais tous les avantages de cette transformation sont monopolisés par les capitalistes et les grands propriétaires du sol. Pour le prolétariat et pour les couches intermédiaires sur la pente de la ruine, — petits bourgeois, paysans, — cette évolution signifie l'augmentation croissante <ie l'insécurité de leur existence, de la misère, de l'oppression, de la servitude, de l'humiliation, de l'exploitation.

« Toujours plus grand devient le nombre des prolétaires, toujours plus considérable l'armée des ouvriers superflus, toujours plus âpre l'opposition entre exploiteurs et exploités, toujours plus exaspéré le combat de classes entre la bourgeoisie et le prolétariat, qui sépare la société moderne en deux camps hostiles, et qui est le caractère commun de tous les pays industriels.

« L'abîme entre ceux qui possèdent et ceux qui ne

possèdent pas est encore élargi par les crises qui tiennent à la nature même du mode de production capitaliste; elles deviennent toujours plus vastes et exercent de plus grands ravages, elles font de l'insécurité générale l'état normal de la société, et elles fournissent la preuve que les forces productives de la société actuelle sont devenues trop grandes, que la propriété privée des moyens de production est devenue inconciliable avec Papplication régulière de ces forces et leur plein développement.

a La propriété privée des moyens de travail, qui servait autrefois à assurer la propriété du fruit de son labeur à celui qui produit, sert aujourd'hui à exproprier paysans, manœuvres et petits commerçants, et à mettre ceux qui ne travaillent pas — capitalistes, grands propriétaires du sol — en possession du produit des ouvriers. Il n'y a que la transformation de la propriété privée capitaliste des moyens de production — sol, mines, matières premières, outils, machines, moyens de transport — en propriété collective, et la transformation de la production des marchandises en production effectuée pour et par la société, qui puisse faire que la grande industrie et la capacité croissante de rapport du travail collectif, au lieu d'être pour les classes jusqu'ici exploitées une source de misère et d'oppression, devienne une source du plus grand bienêtre, et d'un perfectionnement harmonique et universel.

« Cette transformation sociale signifie l'affranchissement non pas seulement de la classe ouvrière, mais de l'ensemble de l'espèce humaine qui souffre sous les circonstances actuelles. Mais cet affranchissement ne peut être que l'œuvre de la classe ouvrière, parce que toutes les autres classes, malgré les querelles d'intérêts qui les divisent, reposent sur la propriété privée des

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