II
C'est aux captifs chrétiens, aux giaours volés dès Fenfance et systématiquement transformés en janissaires, que l'islamisme a du les grandes victoires qui ont failli lui livrer l'Europe.
Ce n'est qu'en s'adjoignant toutes les capacités que peut receler la classe ouvrière, en se les incorporant ou, plus exactement, en les embourgeoisant^ qu'il est loisible à la minorité capitaliste de prolonger sa domination économique et politique.
Sans compter qu'un pareil drainage, en privant le prolétariat « qui est Tennemi )> de ses forces vives, de ses éléments supérieurs, recule nécessairemeiit Theure de son entrée en ligne sur le terrain révolutionnaire.
Comme il n'est cependant si bon fusil qui n'éclate, un moment viendra — et plus tôt qu'on ne le pense en haut lieu — où cette politique, qui s^impose à la caste possédante et dirigeante, se retournera contre elle.
C'est lorsque « les hommes de talent », qu'il s'agit d'aller « chercher partout, jusque dans le moindre hameau », se seront tellement multipliés que les « places » manqueront pour les satisfaire ; lorsqu'on d'autres termes, sur le marché du travail intellectuel comme sur le marché du travail musculaire, l'offre dépassera la demande.
Composée d'organismes complètemen t dé vclop pés, cette nouvelle année de réserve ne se laissera pas, comme l'autre, impunément décimer par la misère et le chômage.
Dans chacun de ces affamés de demain, boursiers d'hier ou d'aujourd'hui, un insurgé se dressera. Et gare alors h l'ordre bourgeois qui n'aura reculé que pour mieux sauter ou, selon l'expression de Marx, se trouvera avoir lui-même creusé sa fosse.
La République de l'Aumône
En posant l'autre soir aux Vendanges de Bourgogne^ entre le café et le pousse-café, sa candidature dans le département de la Seine, M. Henri Hrisson s'est expliqué sur « la question sociale».
« Le gouvernement — a-t-il dit — doit l'instruction aux ignorants et l'assistance aux malheureux. Et dans ce dernier ordre d'idées tout est encore à faire. »
Voilà donc bien et dûment avertis les travailleurs parisiens, qui sont appelés à l'honneur de réélire le président du conseil.
En dehors de lécole — primaire ou professionnelle — qui augmentera leur productivité sans augmenter leur salaire, on faisant au contraire, par la multiplication des capacités, disparaître les salaires restés exceptionnels ; et en dehors de l'àumùne sociale représentée par le bureau de bienfaisance, les crèches, Thùpital, etc., ils n'ont rien il attendre de la République Brisson^ qui ne se distingue pas de la Ucpublique Clemenceau, M. Brisson devant figurer en tetc de la liste du directeur de la Justice.
C'est-à-dire que, comme solution au problème de la misère née du travail, la société issue de la Révolution bourgeoise de 1789 n'a pas trouvé mieux que la charité chrétienne ou catholique, à laquelle elle revient sous un autre nom.
Elle entend continuer à fabriquer des « malheureux », en ne se reconnaissant d'autre devoir que de leur tendre la main
Et encore cette main du riche oisif tendue au pauvre producteur par l'intermédiaire de l'Etat n'est-elle qu'un futur, un projet. « Tout est à faire de ce côté », a-t-il fallu confesser sous l'empire du vin, une fois de plus la vérité.
Il se peut maintenant que la « belle tête, mais de cervelle point », qui a remplacé Ferry ne se soit pas rendu compte de « l'énormité » de son dire, et que le Brisson ait sincèrement cru séduire les masses ouvrières avec cet avenir de « classe assistée ».
Auquel cas, son illusion n'aura pas été de longue durée ; le scrutin du 4 octobre est là, qui lui apprendra, qu'à Paris comme ailleurs, les prolétaires n'en sont plus à se contenter des miettes de la table budgétaire.
Leur ambition a grandi avec leur rôle dans la société à machine et à vapeur d'aujourd'hui, et avec leur conscience de ce rôle.
Ils savent qu'étant seuls à tout produire — tous les genres de travaux étant de plus en plus accomplis par des salariés — tout doit leur ap^arieww .
(restée tout — qui est leur œuvre, leur création — qu'ils veulent ; et comme on ne parait pas disposé à le leur restituer, ils se préparent à le prendre, ne voyant dans les élections qu'un champ de manœuvres, un moyen de s'organiser pour un prochain et décisif assaut.
L'hospitalité municipale
De la légende qui fait naître l'inventeur putatif du christianisme dans une étable — et qui a valu cette nuit de fructueuses recettes à tous l^s débitants ou cuisineurs de victuailles — il appert qu'il y a dix-huit cent quatre-vingt-cinq ans les vagabonds de la Judée trouvaient au moins la chaude litière des ânes et des bœufs pour reposer leur tête.
Aujourd'hui — et c'est là le progrès, le double progrès réalisé par le Christianisme et la Révolution française — c'est par milliers que se comptent les pauvres diables de tout sexe et de tout âge réduits à coucher — en plein Paris — sous les ponts ou dans les fossés des fortifications.
Et lorsque , se fondant sous l'insuffisance des asiles de nuit, dus à la charité — et à la spéculation — privée, il se rencontre un Cattiaux pour réclamer la création de refuges ou de dortoirs municipaux, on met d'abord un an (30 janvier-22 décembre) à rapporter sa proposition, (jue l'on réduit ensuite à l'aménagement d'u?t baraquement au bastion n°43, et qui, même aussi restreinte, se heurte à toute espèce de conditions et de résistances.
LlillUS RliMÈDliS 313
En vain M. Cattiaux a fait précéder son projet des considérants suivants :
Attendu que tout homme a non seulement le droit mais le, devoir de vivre ;
Attendu que toute richesse vfent du travail et que l'organi- "Sationetla réglementation du travail, au lieu d'être une charge seraient une source de bien-ôtre ;
Attendu que la société s'est emparée de la terre, de tout ce qu'elle produit et renferme et que, par conséquent, l'homme n'ayant plus le droit qu'ont tous les animaux d'en recueillir les fruits, de vivre de chasse o'u de pèche, elle a, par cela môme, le devoir absolu de pourvoir au besoin des membres qui la composent.
Si irréfutable qu'il soit dans le fonds, malgré ses erreurs de forme (loin de « s'emparer de la terre », la société l'a, en efiFet, laissé accaparer, voler par quelques-uns : de là la misère fatale des autres), cet exposé des motifs n'a fait qu'irriter davantage nos élus municipaux qui, ou n'admettent pas, comme M. Maurice Binder, qu'après avoir transforme en délit le fait d'être sans domicile, l'Etat ou la commune doive fournir ce domicile obligatoire à ceux qui ne sauraient se le procurer eux-mêmes, ou, comme M. Cattiaux lui-même, appuyé par Chabert, jugent naturel et nécessaire de mettre au prix du travail cet abri de quelques nuits ouvert aux malheureux — et quels malheureux? « des malades sortant de l'hôpital et qui sont sans feu ni lieu ; de petits malades, c'est-à-dire ceux qui n'ont pu franchir le seuil de l'hospice (1) », etc.
(1) Aveu de M. le docteur Desprès.
Si la Ville entre dans cette voie, a dit en propres termes M. Desprès, prenez ^arde que « la population indigente qui croit déjà avoir droit à l'hôpital, croira de même avoir dr.oit à Tasile de nuit. »
Et M. le préfet de la Seine : « Outre qu'il y aura chaque soir dans ces asiles une affluence énorme, vous aurez établi en fait, dans votre budget, le droit pour les malheureux d'être hébergés. »
La seule évocation de ce droit à une paillasse (le passage ainsi reconnu indirectement, par voie budgétaire, aux parias de Tordre capitaliste, à ceux et à celles qui produisaient hier — et qui produiront demain — pour d'autres, pour une poignée d'oisifs, hôtely tapis, dentelles, etc., a fait passer un véritable frisson d'angoisse dans le dos du Conseil, (jui ne se croyait pas aussi révolutionnaire que cela et qui n'a passé outre que sous l'empire des deux raisons suivantes — également intéressées :
1'^ Une raison d'économie : cette hospitalité nocturne « empêchera quantités de misérables d'aller grossir le nombre des malades de nos hôpitaux, en même temps qu*elle « évitera des arrestations et des condamnations », toujours coûteuses ;
2*^ Une raison de sécurité : il serait imprudent de « laisser circuler, faute d'abri, les véritables vagabonds, car ce sont eux qui pillent, qui assassinent les passants attardés. »
lu moment qu'il y allait de leur argent et de
►eau, nos bourgeois bien logés et mieux nour-
Fe rilôicl (le Ville ont accordé, dans la limite
de 8 000 francs, le baraquement demandé sur les fortifications et où les Joseph, les Marie et les Jésus du Paris actuel pourront exercer leur « droit au logement » , tant que le génie militaire n'en aura pas décidé autrement. Les braves cœurs ! •
Comme il se pourrait, cependant, que des scrupules soient restés à certains d'entre eux, relativement au nouveau droit qu'ils auraient, d'après M. Pouberlle, proclamé, en faisant à leurs électeurs ouvriers l'aumône d'un lit de camp, je tiens, pour terminer, à les rassurer complètement.
Non, ce n'est pas sur les asiles municipaux de nuit, transformés ou non en workhoiises^ que s'établira jamais le droit au logement. Ce droit n'existera — avec sa portée subversive de la société bourgeoise — que lorsque, convaincus que tout le Paris bâti — et bâti par eux — leur appartient, les prolétaires s'installeront dans les appartements et hôtels des riches, préalablement nettoyés de leurs parasites.
Et ce jour-là les asiles de nuit auront vécu, à moins que nous ne les mettions à la disposition de MM. les conseillers et de leur classe^ et ce — foi d'expropriateur — sans marchander et sans condition.
L'Arbitrage industriel
M. Lockroy est allé à Londres étudier sur y lace le fonctionnement des GouscîYs âC îv\î\>îv\x^^^^ ^<^^s^X
316 LK SOCIALISMK AU JOUR Llî JOUR
« ses sympathies incontestables pour la classe ouvrière » (sic) veulent, paralt-il, enrichir la France.
C'est au président du Board of iraile^ à M. Mundella, comme inventeur de ce régime dit de conciliation, que s'est adressé, pour son instruction et pour notre bonheur, le ministre du commerce et de l'industrie de notre République bourgeoise. Et Ton peut dire qu'il était à bonne école.
Ami des ouvriers, M. Mundella Ta toujours été, comme M. Lockroy de l'amnistie. Il les a même représentés tout particulièrement à la Chambre des communes, appuyant, quand il ne les proposait pas lui-même, les mesures législatives qui font aujourd'hui du travailleur anglais le plus protégé, comme sécurité, comme salaire et comme loisirs, des travailleurs de l'ancien et du nouveau monde.
Mais voilà, de même qu'il y a trois personnes dans le Dieu des chrétiens^ il y avait deux hommes dans le « membre pour Xottingham », selon l'expression d'Outre Manche. II y avait Xélu des proie failles eiV employeur (le prolétaires ou le capitaliste. Et contrairement à Dieu le père, qui non seulement permet mais demande la mort de Dieu le fils, avec la coopération du Saint-Esprit, Mundella le fabricant n'entendait pas être sacrifié à Mundella le député ouvrier.
Protéger le travail national? Soit. Mais aux dépens de sa caisse ? Jamais !
Problème insoluble ! allez-vous vous écrier ? Que vous connaissez mal notre Mundella, ou, plus exactement, le 3Iundella de no\re l^oeV^o^ \
LEURS RIÎMEDES 317
Les loh de fabrique votées — et votées par lui et grâce à lui — qui limitaient directement le travail des femmes et des enfants et indirectement le travail des hommes ; qui interdisaient, dans nombre de cas, le travail de nuit et assuraient à l'outillage humaindu Royaume-Uni un jour et demi de repos par semaine, que fit le Mutidella en partie double ?
Tout simplement ceci : il dit — ou fît dire à ses capitaux — adieu à TAngleterre et il transporta ses manufactures ou usines à l'étranger, en Saxe, là où l'exploitation de la chair à machine est à peu près illimitée, et où, par suite, la main-d'œuvre étant au plus bas, les profits sont au plus haut.
De cette fa^*on tout le monde était — ou devait être — satisfait. Les travailleurs, ses compatriotes et ses électeurs, avaient leur législation protectrice du travail — mais pas le travail, transféré, exécuté en Allemagne. Et M. Mundella avait, lui, ses bénéfices, non seulement sauvegardés, mais accrus.
Après un pareil trait de... génie, rien d^étonnant que la Providence du prolétariat britannique, devenue l'Egérie de nos Numa républicains, ait inventé — pour les autres — cette espèce de tribunal des conflits industriels^ destiné à prévenir les conflits ou à les résoudre, dont nous allons être appelés à jouir.
Cette importation, d'ailleurs, n'est pas pour déplaire aux socialistes lesplus révoU\\\o\v\vôAXï^sAx^%
Conseils (Varbifrage ont rendu en Angleterre des services qu'ils rendront également en France, tout en n'étant pas précisément du genre de ceux qu'en attend M. Lockroy et sa classe.
V Pour que l'arbitrage puisse fonctionner, il faut que les éléments de la décision à intervenir soient connus, soient mis aux mains des arbitres ouvriers comme des arbitres patronaux. Et ces éléments, ce n'est pas seulement le coût de la vie ouvrière, le renchérissement des denrées ou des loyers, c'est encore et surtout l'état de l'industrie, le chiffre d'affaires de la fabrique arbitrée^ ses frais de revient, son prix de vente, ses profits — les livides de la maison^ pour tout dire en un mot. C'est ainsi qu'on procède au delà de la Manche, où pour se refuser à une augmentation ou pour faire accepter une réduction des salaires, les employeurs sont tenus à faire la preuve de la nécessité ici, de l'impossibilité là. C'est ainsi qu'il faudra procéder en deçà du même détroit. Et voilà du coup l'a'utocratie patronale atteinte, sapée dans sa base. Ce n'est plus le bon plaisir, le sic jiiheo qui fait loi ou foi. Le libre examen est introduit dans la religion capitaliste. Révolution morale qui appelle, entraîne l'autre : c^est le contrôle ouvrier de la production, en attendant la direction ouvrière qui ne saurait tarder.
2° De quelque façon que l'on compose ces conseils, que les arbitres soient élus mi-partie par le /ravail et mi-partie par le capital, ou qu'entre ces
deux facteurs ennemis h concilier l'Etat intervienne par un certain nombre de membres fonctionnaires, le prolétariat dans ses luttes, défensives ou offensives, n'en va pas moins être doté d'un nouvel organe de classe.
11 y aura là une représentation et, par suite, une concentration ouvrière, avec ses corollaires de conscience ouvrière éveillée et de force ouvrière constituée.
Allez-y donc, messieurs les arbitreurs et les conciliateurs ! Sous prétexte de la paix sociale à maintenir, du moment que vous reconnaissez dans le travail et dans le capital des belligérants et que vous les mettez en présence, non plus chaotiquement comme ils le sont dans la grève, mais organiquement, sous la forme de plénipotentiaires, c'est notre besogne que vous faites ; vous faites œuvre essentiellement révolutionnaire.
Vous n'écartez les petits conflits, locaux, presque individuels, qu'au prix du grand conflit ou du choc général des classes qui, par la discipline et la cohésion introduite dans les deux camps, se trouvera précipité et fécondé.
Ou les fabriqués traiteront d'égal à égal avec les fabricants et derrière les états-major aux prises les armées mobilisées et surexcitées ne seront pas longues à en venir aux mains.
Ou le gouvernement interviendra en tiers départagcur et comme, étant donnée sa composition bourgeoise, c'est dans le plateau ça.i\îç>vsssk ^\^*^
jettera son épée on ses votes, c'est contre le pouvoir politique que se tournera la colère prolétarienne organisée.
L'arbitrage industriel que notre ministre, retour de Londres, rapporte dans ses malles a donc non seulement du bon, mais du très bon. Nous ne nous bornons pas à Taccepter, nous le réclamons de toutes nos forces.
Déballez, monsieur Lockroy, déballez !
Fumisterie
Je ne sais plus quel bohème de roman, faute de médecins et de médecines, « traitait ses maladies par le mépris •.
C'était un homme de génie, paraltil. Sans s'en douter, il a fait école. Le vaudevilliste, qui préside au commerce et à l'industrie dans le cabinet proclamé le meilleur parle radicalisme des Maret et des Pelletan, lui a emprunté sa méthode. Pas pour son usage personnel, par exemple. Mais pour l'appliquer aux maux d'autrui, aux soufiFrances ouvrières.
Car M. Lockroy ne conteste pas que, sous l'empire « de la concurrence, de la surproduction et du perfectionnement perpétuel des procédés industriels, l'existence prolétarienne soit devenue plus instable et plus pénible » que jamais. Il avoue, rJ^ns ïexposé des motifs de son projet d'arbitrage.
« la lutte rendue tous les jours plus aiguë entre le travail et le capital par la révolution économique qui s'est produite dans notre siècle ».
Mais contre cet état, qu'il qualifie de « guerre latente »^ aboutissant de plus en plus fréquemment à des « conflits mortels qui nuisent aux deux adversaires et dessèchent pendant un temps donné une des sources de la production nationale », il ne voit de remède que dans l'opinion publique, et cette opinion lui parait un remède suffisant.
On avait beaucoup ri — au Congrès syndical de Lyon et ailleurs — de son arbitrage industriel se résumant comme suit :
Article premier. — Les ouvriers sont libres de recourir, pour le règlement de leurs différends avec les patrons, à des arbitres que les patrons sont non moins libres de ne pas accepter.
Arl. 2. — Dans le cas où ils consentiront à se laisser arbitrer, les patrons seront de plus en plus libres de ne pas tenir compte de la sentence intervenue.
Tant de liberté patronale et si peu de sanction nous avait paru — à nous et à d'autres — réduire la fameuse réforme à un petit rien entre beaucoup de grandes phrases. Mais M. Lockroy n'admet pas qu'il se soit moqué de la France ouvrière et de lui-même. Et il nous réplique triomphalement :
Vous oubliez « la sanction morale », l'opinion qui « saisie parla publicité donnée aux demandes, au refus et à l'acceptatiou t», s^i ^\îoviQ.wç.^^:^^ ^^
322 LE SOCIALISME Al' JOUR LE JOUR
connaissance do cause contre celle des deux parties qui se sera mis dans son tort.
C'est bien, ^omme je l'écrivais en commençant, « le traitement par le mépris » d'un Schaunard quelconque, transporté par l'impuissance gouvernementale bourgeoise, du domaine de la fantaisie sur le terrain des plus douloureuses réalités.
Non,monsieur EdouarciLockroy,nousn'6ublions pas. C'est vous qui perdez, plus que la mémoire, l'esprit, à vanter la vertu d'une pareille médicamentation sociale.
Ne dirait-on pas^ ma parole, que « ce jugement de Topinion et son poids )),dont vous nous promettez merveille, vont surgir de votre projet devenu loi et n'existaient pas hier, de tout temps^ sans qu'ils aient, hélas ! jamais rien prévenu, ou résolu?
Est-ce qu'à Decazeville, il y a six mois, et à Anzin, il y ^ deux ans, ils n'étaient pas du côté des grévistes de la houille, comblés de toutes les sympathies publiques sous toutes les formes : souscriptions et bulletins de vote ? Ce qui n'a pas empêché — grAce à vos gendarmes, à vos soldats et à vos juges — le Léon Say méprisé d'affamer, cent huit jours durant, les malheureux mineurs,et le non moins méprisé d'Audiffret-Pasquier de rejeter dans les fosses, vaincus, les clients de « Topinion» préalablement décimés par la correctionnelle.
Est-ce qu'à Vierzon aujourd'hui, le siège de cette
(pinion ^) n'est pas également fait ! Est-ce qu'elle s'affirme pas aussi favorable aux grévistes du
Liguas REMÈDES 323
matériel agricole que méprisante et indignée contre TArbel et sçs Monteil ? Ce qui n'empêche pas la faim de tenailler les entrailles de ses « élus » et les mois de prison de s'abattre sur eux dru comme grêle.
Opinione.refjina del ?>io/irfo,écrivaitPascal avant Lockroy. Mensonge ! C'est la force qui est reine ; et tant qu'elle n'aura pas changé de camp, tant qu'au lieu d'être au service du travail producteur elle sera, avec l'Etat — républicain ou monarchique — aux mains et aux ordres du « capital représenté par un patron ou une société industrielle », les capitalistes pourront être voués à tous les «mépris publics», sans pour cela voler un sou ou tuer un prolétaire de moins.
Il n'y aura rien de réformé, d'atténué, dans l'exploitation ouvrière. Il n'y aura qu'une fumisterie — et qu'un fumiste de plus, M. Lockroy.
Prévoyance bourgeoise
La classe ouvrière ne pourra plus se plaindre qu'on ne fasse rien pour elle.
Depuis quelque temps, c'est à qui du Ministère et du Parlement, de la gauche et de la droite de la Chambre « se fendra » d'une « loi de protection ou d'émancipation. »
,0n n'a pas oublié le projet rapporté de Londres par M. Lockroy. Une merveiWe VouV ^vkxa^^n^^'^^-
324 LK SOCIALISMK AC JUCH LE JOUR
Liberté pour les travailleurs de recourir à Tarbitrage^contre les patrons, — quitte à ces derniei'S, également libres, de ne pas se laisser arbitrer ou d'allumer leur cigare avec la sentence arbitrale intervenue.
Les propositions Marty-Dupuis et de Mun- Freppel-Belizal, à reffet de mettre la vieillesse ouvrière à l'abri de la faim et de secourir les prolétaires contre la maladie, le chômage, etc., sont de la môme qualité — supérieure.
Il s'agit, de la part des républicains, d'inscrire tous les ans à la caisse nationale de retraite 20 francs au compte de chaque ouvrier âgé d'au moins vingt et un ans et 5 francs au compte de chaque ouvrière.
Il s'agit, du côté des clérico-monarchistes, d'assurer à l'ouvrier, après trente années de travail, un minimum de retraite égal à 30 0/0 de son dernier salaire.
Dans ce but MM. Marty, Dupuy et consorts font institijcr par l'autorité compétente dans chaque canton, pour chaque branche de la production industrielle comptant au moins deux cents ouvriers ou ouvrières, des Sociétés de prévoyance corporative, gérées par cinq ouvriers et trois patrons. MM. de Mun, Freppel et C'« ont recours, eux, à des Caisses corporatives établies en dehors de toute ence gouvernementale, directement par les oyeurs et les employés.
is si le mécanisme ditiere — et il difiere peu
LEURS REMEDES 3io
— le fond est le même. Réformateurs de gauche et réformateurs de droite sont d'accord pour prendre l'argent nécessaire à ce service prolétarien, .y dans les poches prolétariennes.
C'est à une retenue sur les salaires — que les républicains ne chiffrent pas (par année) à moins de 30 francs par ouvrier, 12 francs par ouvrière et 6 francs par enfant, sans compter 4 francs à la commune, 2 francs au département et 4 francs à l'Etat, — c'est à une retenue opérée d'office par le patron, transformé en percepteur, qu'est unanimement demandée Tamélioration de l'avenir ouvrier.
Avant de recevoir, commencez par donner ! c'est-à-dire par empirer votre présent, par ajouter à vos privations et à celles, plus insupportables, de la femme et des enfants.
Donnez ! sauf à ne pas recevoir si, comme beaucoup, pour ne pas dire comme la plupart, la mort Nous prend avant l'âge de passer à la caisse.
Donnez ! pour que les survivants ne soient plus comme aujourd'hui à la charge de la société et trouvent, dans l'addition de leur épargne et de l'épargne des camarades tombés en route, les moyens d'alléger le budget de la charité publique et privée.
Telle est, en effet, l'économie de la reforme en cours qui, sous prétexte de pourvoir aux besoins du prolétariat, ne vise qu'à rejeter sur ses propres épaules tout le poids de la vieillesse et de la maladie de ses membres.
Prévoyance corporative ? Oh ! que non. C'est de la prévoyance l)ourgeoise, la classe qui possède se débarrassant sur Yassurcuice mxduelle des dépossédés des frais d'assistance qui lui incombaient jusqu'à présent et qui lui pèsent.
Il est vrai — et je ne l'ignore pas — qu'à la retenue sur les salaires ouvriers devront s'ajouter des cotisations patronales, que la proposition Marty fixe par mois k t franc par ouvrier, 30 centimes par ouvrière et 25 centimes par enfant. Mais qui ne comprend que ce concours de l'employeur sera purement nominal ; que, si ce sont les fabricants qui versent, ce sont les fabriqués qui fourniront aux versements, les réductions de salaire n'ayant pas été inventées pour les chiens ?
Il est vrai encore qu'il s'est rencontré un journal pour prétendre que même la contribution ouvrière ne serait pas payée par les salariés, la loi des salaires, en même temps qu'elle réduit la rétribution' du travail à ce qui est indispensable au travailleur pour vivre, voulant que cette rétribution s^élève forcément dans la mesure où elle est frappée d'une retenue ou d'un impôt. Mais si des bourdes de ce calibre peuvent être impunément contées aux lecteurs de Paris, elles font hausser les épaules à tous ceux qui savent que la machine humaine ne reçoit ce qui lui est nécessaire pour produire qu'autant que les ouvriers n'excèdent pas les besoins de la production ; que le salaire peut descendre et descend effectivement au-dessous de tout minimum
dès que les travailleurs, plus nombreux qu'il n'est utile à la mise en valeur des capitaux de MM. les capitalistes, peuvent être décimés par la faim sans inconvénient pour ces derniers. Ce qui est de plus en plus le cas aujourd hui, avec la surabondance croissante des bras qui s'offrent inutilement.
Et le dernier et suprême effort de la philanthropie parlementaire aboutit bien à cet unique résultat :
Le rationnement, la famine immédiate pour la classe entière des prolétaires, dans l'espérance — qui ne se réalisera que pour quelques-uns — d'une bouchée de pain pour leurs vieux jours, lorsqu'ils n'auront plus de dents.
La Coopération
Il fut un temps — avant que les éclairs du Congrès de Marseille aient dessillé les yeux de notre prolétariat — où les « améliorateurs du sort des masses laborieuses » n'avaient qu'un mot à la bouche : celui de coopération.
Aux salariés qui opposaient leur misère croissante aux profits croissants de l'employeur, souvent oisif^ on répondait gravement : « Vous vous plaignez, et non sans raison, d'être d'autant plus pauvres que vous produisez plus, parce que vous travaillez pour un patron? Eh bien ! rien de plus simple : travaillez pour vous-mêmes l ^qt^^t. ^«^^
3i8 LE SOCIALISME AU JOUR LE JOUR
propres patrons ! Constituez des sociétés coopératives de production dans lesquelles Télément travail et l'élément capital étant fournis par les mômes personnes laisseront entre les mains de ces personnes le produit tout entier sans partage, ni prélèvement d'aucune sorte! »
Et les pauvres diables qui n'avaient que leurs bras et qu'on envoyait ainsi associer ces bras à un capital absent, dont ils ne possédaient pas le premier sou, se prêtaient, sans mot dire, à cette mystification, une des plus grandes du siècle.
Aujourd'hui des plaisanteries de ce calibre ne seraient plus de mise. A la première allusion à la production coopérative, nos bons apôtres se verraient interrompus par les milliers de travailleurs socialistes leur criant d'une seule voix : « Quittez ce souci, braves gens. Nous sommes tout acquis à ce mode de production, que nous nous employons de toutes nos forces à réaliser; mais de la seule façon dont il ne soit pas une utopie : en prenant — ou en reprenant — le capital là où il est, chez les capitalistes, pour le réunir, entre les mains de la société et sous son contrôle, à la force-travail que nous sommes seuls à représenter. »
Aussi est-ce fini, bien fini, des ateliers coopératifs à créer ex niliilo. Le dada, dont on amusait autrefois l'ignorance prolétarienne a été, comme dangereux pour ses inventeurs, renvoyé à l'écurie ou à l'abattoir. Et lorsque, comme à propos du Congrès gui va s'ouvrir, parait-il, à Lyon, la phi-
lanthropie bourgeoise vante encore, par habitude, « les bienfaits de la coopération », c'est de la coopération soigneusement limitée à la consommation ou au commerce.
Sur ce terrain, en effet, le a principe » coopératif — tout est principe aujourd'hui — cesse d'être une chimère dans la société actuelle et peut donner lieu à des applications immédiates.
Il est certain que rien n'empêche les ouvriers, dans les différentes villes, de s'associer pour devenir leurs propres fournisseurs et pour bénéficier de l'écart entre les prix de gros et les prix de détail qu'ils paient présentement à des tiers, soit que les coopératives livrent à leurs membres les denrées au prix de revient, soit qu'elles préfèrent vendre au prix courant du marché, en portant la différence ou l'économie ainsi obtenue à l'avoir de chaque associé ou encore au fonds commun.
Mais si la chose est faisable, si même — j'accepte sans les discuter les chiffres du Temps — elle équivaudrait pour la boulangerie seulement à un bénéfice de 20 et 24 pour cent, il ne ^'ensuit pas qu'elle soit d'un « intérêt évident» pour la classe ouvrière. Loin de là ; pour qui voit plus loin que la caisse patronale, cet « instrument de bon marché » ne représentant et ne pouvant représenter qu'un instrument de surmisère.
De l'aveu du Temps^ par exemple, les associations coopératives de consommation « visent le commerce de détail », elles ce te\id^\v\, v\\\xv ^\\^xvx>î:
:m LK SOCIALISMK AU JOUR LE JOUR
sa ('li<Mitrl(» >», r/(»st-A-(liro à tuer, dans un temps «lonnr, houlaii.wrs, houchoi^s, épiciers, etc.
i)v ros ilôhifants sans (lé!)it, ces boutiquiers jcirs [)ar la faillile hoi-s tl(» leui*s boutiques — ferunes -- |)(Miv(Mif (Mn» pour les « bûcheurs » à la SclicriT • (li's intermédiaires superflus », des « parasit(»s »», dont Iji ruiue ne compte pas. Mais à in()iiis(pra[)rvs leur avoir pris leurs moyens d*exis- IriHi', on ne leur prenne Texistence en même l<Mn[)s, force leur sera, sous peine de mort, de se faii'e « ouvriers», de grossir l'armée du travail pi'opreuHMitdit. Kl comme ils sont plus d'un demiluilliou et ([ue déjà c'est par centaines de mille <|ue se comptent les bras inoccupés, à quel surcroît (le chômages et à quel avilissement de salaire n'aboutira pas cette nouvelle et fatale concurrence ?
('e que les travailleurs coopératisés auront pu « gagner » comme consommateurs, ils le perdront — et au delà — comme producteurs, soit qu'ils se voient expulses de Tatelier par ceux-là mêmes qu'ils auront expropriés de leur comptoir, soit qu'ils aient à subir l'abaissement du prix de la main-d'œuvre qu'emportera nécessairement avec elle cette surabondance delà marchandise-travail.
Un danger d'un autre ordre, mais qui n'est pa? moindre, c'est le drainage et la confiscation des supériorités ouvrières qui résulteraient de toutes ces sociétés à gérer. A-t-on réfléchi à la dépense de temps, d'activité, d'énergie et de dévouement
que coûterait aux meilleurs des prolétaires, aux plus intelligents et aux plus capables, une pareille administration commerciale ? Il y aurait là, pour le travail et sa cause, une perte blanche plus irréparable que la perte rouge de Mai 71. Et qui rirait et se frotterait les mains, ce seraient les bénéficiaires et les souteneurs de Tordre capitaliste, débarrassés des ^\\x^ militants des salariés, disparus, avec leurs revendication», dans la cassonnade et la moutarde coopérative.
Nul n'ignore enfin — ou n'a le droit d'ignorer — que la rémunération du travail en régime de salariat est régie par le prix des subsistances. A la vie chère correspondent — et ne peuvent pas ne pas correspondre — les salaires élevés, parce qu'autrement disparaîtrait, faute d'avoir pu se conserver et se reproduire, la force-travail indispensable à la mise en valeur des capitaux de MM. les capitaUstes. De même que la vie à bon marché engendre les bas salaires. Et si elles étaient jamais généralisées, étendues de quelques individus à toute la classe-outil, les coopératives de consommation, en permettant la vie ouvrière au rabais, permettraient aux employeurs et les obligeraient, sous l'empire de la lutte entre eux engagée pour la réduction des frais de revient, de réduire le prix du travail.
Cela est si vrai qu'à défaut des coopératives ouvrières nous voyons surgir de plus en plus partout, à Decazeville comme ^ kwL\w^ '^^K^^iss^.
comme à Decaze ville, des coopératives patronales, nourrissant au prix de revient les salariés afin de pouvoir les payer moins.
« Féconde», la coopération Test sans doute — mais pour ces véritables « chevaliers d'industrie » que sont les patrons, individuels ou collectifs. Elle décuplerait leurs profits.
Ce qui ne veut pas dire qu'exceptionnellement, dans certaines conditions et entre certaines mains, les coopératives de consommation ne puissent rendre des services aux travailleurs. Il n'y a, pour se convaincre du contraire, qu'à voirie parti qu'a su en tirer le socialisme flamand.
C/est autour, pour ne pas dire sur la boulangerie coopérative de Gand, le Vooruit^ que s'est formé et organisé Tadmirablc mouvement communiste que l'imbécillité ou la mauvaise foi de notre presse démocratique s'est avisée d'opposer à notre Parti ouvrier.
Mais comment et pourquoi ce résultat? Parce que, sous l'influence de marxistes comme Anseele et Van Beveren, les fins commerciales de l'entreprise ont fait place à des fins de propagande. Le pain à meilleur marché n'a été qu'un moyen de grouper les hommes et de véhiculer les idées, tous les bénéfices réalisés servant à fonder et à soutenir un journal de combat, ^^^^psi entendue et pratiquée, alors, oui, la coopé- ^^Hb devient une véritable arme prolétarienne ■ ne blesse que rcuueiwi.
Mystification
Ouvriers, mes concitoyens, à qui le patriotisme patronal vole de plus en plus leur travail pour le donner au rabais à des Belges, à des Allemands ou à des Italiens aujourd'hui, à des Chinois ou à des Tonkinois demain, et qui n'en votez pas moins pour les candidats monarchistes, opportunistes ou radicaux — de vos patrons réjouissezvous !
Réjouissez- vous, car on va enfin vous protéger ! Ils se sont trouvés jusqu'à 44 au Palais-Bourbon pour formuler une proposition tendant à « rétablir Tégalité rompue h votre détriment », et ce au moyen d'un impôt de capitation ou d'une taxe de séjour sur les étrangers.
Et la Commission nommée hier s'est montrée presque unanimement favorable à cette mirifique idée de traiter la marchandise-travail comme la marchandise-céréale ou la marchandise -bétail : on payait tant par tête de bœuf ou de mouton importé d'Italie ou d'Autriche ; on va payer tant par tète d'ouvrier immigré d'outre-Vosges ou d'outre-Alpes.
Mais comme, si l'on veut bien, en vous assimilant — quel honneur ! — à la viande sur pied nationale, avoir Tair de faire quelque chose pour vous, on n'entend rien faire contre vos affameurs, pour ne pas priver ces dermevs, «^\we.iQ^c^.Q^^5xv
V^. Il
souvent avec nos législateurs « de la seule sauvegarde contre une surélévation des salaires », le droit protecteur qu'il s'agit d'établir sera aussi faible que possible. Il ne devra pas dépasser « six francs par an » .
Oui, c'est à ce chiffre dérisoire — inoins de deux times par jour — que les Beauquier, Carret et très radicaux-socialistes estiment l'intervention ciale qu'il est possible de mettre à votre service ns « entraîner de perturbation ». C'est avec ce centime et J&Ki^cmotidien, que se partageraient l'Etat pour deux tieïSL et 1^ commune pour un, qu'ils prétendent — survie. papier —vous assurer le marché intérieur du travaîi et faire refluer une invasion qui, si elle profite à teSs^u tel employeur, n'est pas moins néfaste à l'indï^gj^îe française qu'au prolétariat français n en livrantVlst concurf rence étrangère les secrets de notreS^^^^' tîon » (1). ^^i%
De deux choses l'une : ou, sous couleur de dé- i fendre le morceau de pain de leurs commettants * ouvriers, ces messieurs n'ont songé qu'à acheter pour quelques parents ou amis les faveurs du ministre des finances en lui fournissant quelques \ millions inespérés, ou ce sont les derniers des mystificateurs.
(1) C'est ainsi — de l'aveu des signataires de ce pharainineux projet de loi — que l'industrie allemande de l'anioublement a recruté son personnel presque exclusivement parmi les ouvriers allemands des îabvic\wG?> dw tavibourg Antoine.
Pour que cette taxe de séjour, empruntée à la Suisse, ne soit pas une simple mesure fiscale ; pour qu'elle puisse avoir pour effet de rendre leur place dans les ateliers et chantiers de France aux Français qui en sont journellement chassés par la spéculation capitaliste recourant pour les bras — comme pour les machines — au bon marché étranger, il faudrait qu'elle fût non seulement égale, mais supérieure au profit retiré par Temployeur de remploi de la main-d'œuvre non française.
' Même ainsi centuplée, d'ailleurs, cette taxe, qu'il serait toujours possible d'éluder, en trans-
, portant, comme TArbel, ses usines de Rive-de- Gier hors de la frontière^ à Liège, ne donnerait pas satisfaction à la partie consciente et organisée de notre prolétariat, qui a trop développé le senti-
>ment de la solidarité pour chercher son salut dans l'écrasement, à coups de tarifs de douanes, de ses frères non nationaux de travail et de misère.
Ce qu'elle demande depuis des années, ce qu'ont réclamé tous ses Congrès, y compris la dernière Conférence internationale de Paris, et tous ses programmes électoraux — mais ce que se gardent bien d'entendre les députés qui se proclament le plus haut ses défenseurs — c'est une loi, également protectrice de tous les travailleurs sans distinction de nationalité, déterminant, les chambres syndicales consultées, un minimum de salaire au-dessous duquel il serait interdit de faire U^vailler.
comme à DecazeviUe, des coopératives patronales, nourrissant au prix de revient les salariés afin de pouvoir les payer moins.
« Féconde », la coopération Test sans doute — mais pour ces véritables « chevaliers d'industrie »» que sont les patrons, individuels ou coUectife. Elle décuplerait leurs profits. -^^^
Ce qui ne veut pas dire qu'exceplionnellem. ,,^ dans certaines conditions et entre certaines mains, >^\es coopératives de consommation ne ^ puissent
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De deux choses l'une : ou, sous couleur de dé-^ fendre le morceau de pain de leurs commettants! ouvriers, ces messieurs n'ont songé qu'à acheter pour quelques parents ou amis les faveurs du ministre des finances en lui fournissant quelques millions inespérés, ou ce sont les derniers des mystificateurs.
(1) C'est ainsi — de Taveu des signataires de ce pharamineux projet de loi — que Tindustrie allemande de l'ameuble ment a recruté son personnel presque exclusivement parmi le? .■ uvr/ers allemands des fabriques du îaxxboxxt^ KTv\û\wfe.
Lc\, dans cette limite imposée socialement à l'exploitation patronale, est la solution réellement humaine des conflits, la fin fraternelle des antagonismes créés et entretenus dans la grande famille du travail par le capitalisme en quête, non seulement de bénéfices, mais de divisions ouvrières.
C'est même pourquoi, parce que, comme la classe des employeurs à laquelle ils appartiennent et dont ils ne sont que les chargés d^afiaires, nos gouvernants les plus républicains ne veulent à aucun prix de cette paix dans l'atelier, de cette entente internationale des prolétaires, c'est pour cela qu'ils ont passé et qu'ils continueront à passer à côté de notre revendication sans s'y arrêter, se refusant à voir le mal, ou n'y voulant voir qu'un moyen de battre monnaie sur le dos des meurtde-faim étrangers.
Vive la loterie !
Inépuisables, la philanthropie et la science bourgeoises !
Nous avions déjà les bals de bienfaisance : décoUetage, danse et souper au profit des meurt-defaim et de froid.
Nous avons mieux aujourd'hui, grâce à un noble étranger. Nous avons — ou nous aurons — pour Jo^er à bon marché et sainement les ouvriers de
ï5, «neg^rrrande lotcnc.
Lia^RS REMKDES 337
Un sieur Grunècke, correspondant de la Gazette allemande de Vien?ie, s'est imaginé d'émettre, avec l'autorisation de la Ville et de l'Etat, pour 250 millions de billets — ou d'obligations — à un. franc, destinés à la construction de maisons salubres dans les prix doux, dont la Ville deviendrait propriétaire dans un délai de soixante-quinze ans.
Ces billets — ou obligations ne portant pas intérêt — seraient remboursables à 2 francs par voie de tirage et emporteraient je ne sais combien de lots de 4 francs à 200.000.
C'est, comme on le voit, le à tovt coup Von gagne de certains tourniquets de foire, avec cette amélioration notable que ceux-là mêmes qui ne jouent pas gagneront également.
La Ville de Paris — sans billet — gagnera en 1959 les 250 millions d'immeubles, plus une somme égale ou supérieure en numéraire.
Sans billet, fabricants de papier et imprimeurs gagneront les centaines de mille francs que représentent la fabrication, Timpression et le tirage des 250 millions de titres — de quoi emplir la Biblio thèque nationale de Paris ou le Britisch Muséum de Londres !
Sans billet aussi, des camelots, par milliers, gagneront... leur vie tous les trois mois à crier et à vendre « la liste officielle des numéros sortis, cinq centimes, un sou ».
Et je ne parle pas du Grédil iwv^w «^^ '^^»xs.^
billet toujours, ne perdra pas, oh ! non, à cette émission à lui confiée, ainsi que la garde des fonds.
Je ne parle pas non plus de M. Grunècke et de ses sept associés qui, de plus en plus sans billet, palperont 5 pour 100 d'un capital de fondation de 100.000 francs sur lequel ils n'ont versé qu'un dixième, — ce qui porte l'intérêt réel à 50 pour 100.
Aussi une pareille solution de la question des loyers a-t-elle fait littéralement fureur. Law au siècle derniern'a pas déchaîné plus d'enthousiasmé que Grunècke.
Premier rapport de MM. Michelin et Dreyfus — avant leur passage au Palais-Bourbon — concluant à l'adoption dare dare d'un projet qui « présente toutes les conditions désirables ».
Second rapport de M. Chassaing, plus favorable encore, insistant pour que « la solution soit obtenue dans le plus bref délai ».
Il est vrai que, dans sa séance de l'autre jour, le Conseil municipal a mis un peu d'eau dans le vin — avec ou sans pot — qui lui était offert et qu'avant d'y tremper ses lèvres il a tenu à avoir l'avis de la Commission du contentieux et du Comité consultatif pour être •bien sûr que la Ville, dans aucun cas, ne sera civilement responsable.
Mais il n'y a là qu'un retard dans le bon à tirer,., les billets sauveurs. La responsabilité pénale, civile et commerciale de ses membres écartée, la /o/e/'w locative sera votée.
LïlURS REMEDES 339
Elle est dans Fesprit du siècle, d'un ordre social où tout, livré au hasard, est loterie.
Loterie, la naissance qui couche les uns dans des berceaux capitonnés et expose les autres sous les portes xochères.
Loterie, la science qui est distribuée entre les hommes, sans égard aucun pour leurs aptitudes,' en raison souvent inverse des capacités.
Loterie, le bien-être qui vient en dormant à ceux-ci et que ceux-là qui produisent tout ne rencontreront jamais au bout du plus acharné des labeurs.
Loterie, la propriété industrielle, commerciale et agricole qui se constitue et disparait et change de main à tous les vents soufflés sur là Bourse par les événements les plus indépendants de la volonté des individus.
Venir au secours des victimes de ces diverses loteries par une loterie qui leur assure le couvert, c'est tout simplement une idée à la Jenner. C'est une application de la vaccine au corps social.
Vive donc Grunècke-Jenner !
Aussi bien nos bourgeois ne trouveront-ils jamais mieux..., pour faire éclater à tous les yeux leur irrémédiable impuissance en matière de réformes ouvrières.
La tirelire populaire
Les Caisses d'épargne — de ç,e\\^ é^^\:^\\fc ^sg»
l'on prêche au peuple sur tous les tons comme un moyen, comme l'unique moyen d'affranchissement — ont toujours été la première proie de nos gouvernements bourgeois dans Tembarras. Elles étaient sous leurs mains — et ils l'ont fait voir.
C'est ainsi qu'en 1848 le premier acte du Gouvernement provisoire — fidèles, s'il en reste, de Louis Blanc et de Ledru-Rollin, saluez ! — fut de fermer le guichet au nez des « petites gens », des « pauvres gens », qui voulaient a rentrer.dans leur ^argent.
Bien que le remboursement à vue ou à première réquisition fut la condition même de ces dépôts, force fut aux déposants de poser, de patienter des mois — et de « crever », pour ceux qui n'avaient pas les moyens d'attendre.
En revanche, non seulement messieurs les rentiers ne subirent aucun retard dans le règlement de leurs arrérages, mais ce règlement fut avancé : on paya par anticipation.
En revanche aussi, M. de Rothschild fut généreusement gratifié de plusieurs millions, non pas en dépit, mais en raison de la dureté des temps. C'est M. Courcelle-Seneuil qui le rapporte tout au long dans son Traité des opérations de Banque.
Le vilain juif de Francfort campé en France comme au coin d'un bois — il n'avait pas encore daigné se faire naturaliser — avait en effet soumissionné en novembre 1847 un emprunt de 250 mil- Jjons en rente 3 0/0, qu'on lui cédait au prix de
72,48, bien qu'elle fût alors au cours de 76,71. — Un choli bénéfice, comme on voit.
Maisles versements de l'heureux soumissionnaire étaient étayés de mois en mois jusqu'au 7 novembre 1849. Et lorsque survint la révolution de Février M. deRothschild'qui devait encore 165 millions étaient, par suite de la baisse des fonds publics, à la veille de perdre 25 millions. La maison Rothschild, perdre 25 millions dans une tempête qui coûterait le trône à la maison d'Orléans ? Jamais ! Et vite le Sadi Carnot d'alors, M. Goudchaux, de transformer celte perte en gain de W inillions en faisant donner au seul vrai roi « 13 millions de rente 5 0/0 au taux même auquel il avait soumissionné la rente 3 0/0. »
Ainsi se passaient les choses,il y a trente-huit ans, sous la deuxième République bourgeoise.
Ainsi elles se passent aujourd'hui, sous la troisième.
C'est sur les Caisses d'épargne, sur cette ^< tirelire populaire » que viennent de se jeter nos dirigeants condamnés, faute d'emprunts et d'impôts nouveaux, à chercher dans des économies l'équilibre de leur budget de classe.
On pouvait, comme le proposait M. Fernand Faure, trouver 42 millions dans la fin du vol auquel donnent lieu les valeurs au porteur frauduleusement soustraites cà l'impôt sur les successions.
On pouvait, comme le demande dans le lemps un ancien député, M. Henri GeYVîv^WY., a^ç^v^Sv^^^^'^
millions en faisant rentrer au Trésor les deux cinquièmes de rimpôt sur les sucres qui « sont actuellement perçus au profit de quelques fabricants pour lesquels on a rétabli les fermes-générales de l'ancien régime, abolies parla Révolution ».
On pouvait, comme le voulait TVI. Douville-Maillefeu, convertir le 4 1/2 et, de cette réduction du tribut desDanaïdes levé annuellement sur la France qui produit par la France fainéante, faire jaillir dans le Sahara budgétaire une autre source de millions.
On pouvait enfin et surtout, comme l'ont voté Basly, Camélinat, Boyer, Gilly et Planteau, supprimer ou suspendre pour une année le service de la plus monstrueuse des dettes publiques ; ce qui, rien que pour les tentes 3 0/0, eût économisé au pays 396 millions, 673 mille, 351 francs.
Mais non, sous toutes ces formes, c'eût été faire payer à la classe capitaliste les frais de la casse ou du déficit sorti de ses dilapidations et de son incapacité. Et si fabricants, rentiers et manieurs d'argent entendent être seuls à mordre à belles dents au budget, ils n'entendent pas le boucler à leurs dépens.
C'est aux « petites gens », aux « pauvres gens », qu'une fois de plus on a été tout droit. C'est sur eux, sur leurs économies, que gouvernants et commission, droite et gauche ont été unanimes à économiser.
Après avoir dévoré les dépôts des Caisses d'éparne jusqu'au chiflPre avoué de \,&^Q mvllions^c^uitte
aies « consolider», c'est-à-dire à remplacer ces belles espèces sonnantes et trébuchantes par des titres ou du papier qui vaudra bien au poids 1,600 sous au premier krach gouvernemental, on vient d'abaisser à 3,25, à 3 et à 2,73 l'intérêt « bonifié » à ces dépôts. Ce qui, avec des frais d'administration variant de 23 à 30 cent, pour 100, réduit eflFectivement à 2 fr. 30 en moyenne l'intérêt des « épargnistes », alors que les vauriens de la rente perçoivent, eux, 4 fr. 50.
L'Etat gagne du coup plus de 18 millions, que perd naturellement le populo dont il s'est fait le banquier.
Et maintenant, ôtravailleurs, serrez-vous le ventre, privez-vous, privez la femme et les enfants, et mettez de côté, économisez et confiez surtout aux caisses privées et publiques vos économies à faire valoir.
L'épargne, voyez-vous, il n'y a encore que cela de vrai pour se libérer. Tout le reste n'est qu'utopie.
Si ce n'est pas vous qu'elle libère, eh bien ! ce sont vos maîtres, auxquels elle permet de boucher un certain nombre de trous faits à la lune de nos finances. Et vous êtes trop patriotes pour ne pas bénir la main qui vous faitThonneur de caler les milliards du budget avec les gros sous de vos tirelires.
Paroles perdues
On n'est pas, mais pas du tout craccord, dans la presse la plus bourgeoise sur la dernière allocution de M. Lockroy.
Pendant que la France, se met à plat ventre devant « les vérités dogmatiques de première importance » sorties de la bouche du ministre de tous les commerces — commerce Goblet, après commerce Freycinet, — les Débats demandent que, puisqu'il est impossible de « changer un vaudevilliste en orateur réfléchi et judicieux », on oblige cette Excellence à se taire « dans l'intérêt de la réputation d'esprit et de bon sens des Français ». Et le Te?)fps, — en vrai romain qu'il est et qu'il entend rester, — crie amen non pas k ce qu'a dit le membre du gouvernement, mais à ce qu'il « voulait dire sans doute ! »
Qu'a donc « dégoisé » — l'expression est de Tacadémicien Paul Leroy-Beaulieu — M. Edouard Lockroy à la distribution des récompenses aux ouvriers bien sages, pour diviser ainsi entre ellemême la presse capitaliste ?
Rien qui n'ait été « dégoisé » cent fois avant lui — par M. Waldeck-Rousseau, notamment.
M. Lockroy est d'avis que « les intérêts des patrons et des ouvriers sont solidaires » ; que « le socialisme pratique consiste non pas à diviser mais à concilier le capital et le travail » et que, « pour
LEURS REMÈDKS 345
combler rabime qui, de son propre aveu, sépare aujourd'hui les classes, la participation aux bénéfices s'impose », agrémentée d'un certain nombre de mètres de ruban tricolore à distribuer de temps à autre aux prolétaires demeurés de longues années au service du même employeur.
Qu'on ajoute à ces clichés usés jusqu'aux interlignes, un air de bravoure sur la concurrence étrangère qui nous regarde et nous entend et fait un devoir patriotique à nos travailleurs de passer par toutes les exigences de leurs patrons, et l'on aura la harangue dans son entier, j'allais dire dans son beau.
C'est ça, oui, c'est ça qui fait divaguer les fortes têtes du journalisme parisien^ les Débats n'admettant pas qu'on fasse participer le travail à des bénéfices que le capital ne trouve jamais assez gros ; la France jugeant au contraire très habile d'amuser un prolétariat en appétit avec cet os sans moelle d'une participation à venir, et le Temps enchanté que les rapports du capital et du travail aient été « de question sociale transformés en question internationale ».
C'est à se demander à quel degré de gâtisme sont arrivés nos dirigeants pour s'imaginer un seul instant que la France ouvrière, en vue de laquelle ils se chamaillent de la sorte^ va s'intéresser si peu que ce soit à cette querelle de mots.
Voilà longtemps que M. Lockroy et sesspeeches, ses applaudisseurs et ses détraclevs^^^^ ^^Xa "^Xssvî^v.
mis dans le même sac, coulé dans je ne sais combien de mètres de dédain.
Les faits Tont guérie des paroles. Et ce que ces faits, qui Técrasent, lui ont appris, c'est que les intérêts sont fatalement antagoniques dans une société basée sur la séparation — et Tincamation en deux classes distinctes — du capital et du travail.
Plus les profits sont élevés et plus les salaires sont bas, et vic^ versa^ puisque salaires et profits sont prélevés sur le même produit.
Les longues journées de travail et l'extension et le perfectionnement du machinisme sont de véritables dieux pour les employeurs qui bénéficient de la production ainsi accrue ; ils sont au contraire des fléaux pour les employés qui n'en sortent que des chômages multipliés et prolongés.
Pas une découverte, pas un progrès qui ne présente cette double face des riches devenant plus riches et des pauvres devenant plus pauvres.
Ce que la France ouvrière, au moins dans ses cerveaux pensants, sait encore et surtout, c'est que cet antagonisme, qui condamne Tordre actuel, peut disparaitre et comment il disparaîtra. .
Ce sont les faits, qui, à cet égard aussi, l'ont instruite. Elle a vu, dans tous les ateliers crû elle peine, les fonctions les plus hautes, les plus intellectuelles, remplies de plus en plus par des salariés ou des non propriétaires. Et elle en a conclu, comme Stuart Mill, que si le capital est nécessaire
à la production, il n'en est pas de même du capitaliste, qui peut être supprimé sans inconvénient aucun, avec avantage pour tous.
Cette suppression du capitaliste oisif et la réunion du capital au travail entre les mains de la collectivité, se sont imposées dès lors à elle, comme la solution unique et inévitable du problème auquel s'entend M. Lockroy comme un àne à jouer de la flutte.
Elle a trouvé — et elle ne cherche plus, se bornant à s'organiser, c'est-à-dire à créer la force nécessaire à la révolution qui lui incombe,, et que ni ministres, ni professeurs d'économie politique ne retarderont d'une minute avec leurs boniments contradictoires.
{récembre 1886).
Contre-temps
Le Temps — qui, si cela continue, devra changer de titre et s'appeler le contre temps —joue depuis quelques jours toute espèce do tours, plus pendables les uns que les autres, à la classe qu'il fait profession de défendre. Pas un des lourds quartiers de roc qu'il s'essouffle à rouler sur « le socialisme contemporain » qui ne retombe de tout son poids sur l'ordre actuel et ne l'écrase.
Lundi dernier, après avoir pris le Pyrée pour un homme, ou, ce qui est pis, la fantaisie de M. Clemenceau sur « ceux qui sont trop riches et ceux qui sont trop pauvres w pour « le fonds dernier des systèmes socialistes », ne s'avisait-il pas, pour arracher les prolétaires à ce qu'il appelle « l'erreur du partage », de les renvoyer à un travail de M. Cochut sur le « chiffre total des revenus du pays » ?
D'après ledit Cochut — cher à Ferry — « la somme que la nation française a pu consacrer, en
1880 et en 1881, à ses besoins, à ses jouissances et à ses économies >> n'arriverait qu'à 37 milliards, ce qui, pour 38 millions d'habitants, ne donnerait qu'un « contingent moyen de 1.000 francs par tête » .
Mille francs par têtç, assurés d'ores et déjà par la production moderne malgré les millions d'oisifs dont elle est grevée (plus de deux millions de domestiques des deux sexes, un million de rentiers et d'actionnaires, etc.) ? mais cela fait^ par famille de cinq personnes, dont trois enfants, un minimum de cinq mille francs, ^xxi pourrait doubler du jour au lendemain par l'extension du travail à tous ! Et c'est sur l'évocation d'un pareil eldorado que table le moniteur de la bourgeoisie pour désarmer les salariés de 1884, dont le budget familial — les statistiques les plus officielles en font foi — n'atteint pas quinze cents francs en moyenne par année.
C'est à se demander ce qu'aurait pu invonter le Temps, s'il s'était proposé de pousser notre prolétariat à faire immédiatement main^^bassc sur « le riche » et « la richesse » de Theurë présente.
Aujourd'hui, pour asseoir la responsabilité de la crise actuelle sur le travailleur parisien et ses « habitudes de bonne chère », le même journal se laisse aller à l'exclamation suivante que nous voudrions, si le Parti ouvrier n'était pas si pauvre, faire tirer à des millions d'exemplaires et envoyer nominativement à chacun des prolétaires français :
// semble^ en vérité^ quelquefois^ que^ dam la pensée des ouvriers^ une industrie ne soit au monde que pour leur donner de l'ouvrage !
Evidemment ces ouvriers que Quatre-Vinj^t- Neuf a proclamés les égaux des rédacteurs du Temps devant la loi et que Quarante-Huit a fait les égaux des Hébrard et des Schérer devant le scrutin, sont des monstres d'ignorance lorsqu'ils s'imaginent que Tindustrie existe pour eux, à un titre quelconque, ne serait-ce que dans la mesure d'un minimum de pain contre un maximum de travail.
Ils ne se rendent pas compte — comme l'ont exposé avec un accord plus que parfait, à la Chambre, le monarchisme de M. de Mun et le républicanisme de M. Hugot — que c'est l'ouvrier qui existe pour l'industrie, et dans la proportion seulement où l'industrie a besoin de ses bras.
C'est lui, être vivant ou paraissant tel, qui est la « marchandise », que Ion n'achète et que Ton ne consomme qu'autant qu'elle est demandée, qu^on ne peut s'en passer. Le producteur n'est qu'un moyen dans la production capitaliste. Le è^/^, c'est le produit, ou plus exactement, le profit.
Aussi, voyez comment, dans la langue du marché ou de la Bourse — qui est le miroir des faits — les marchandises s'animent ! Ce sont elles qui sont devenues les seuls êtres vivants, que disje, humains I Fers, houilles, sucres, montent, baissent, résistent, fléchissent, gagnent ou perdent tant, e\c.y etc.
Mais si le Te7nps — qui connaît son monde capitaliste — a lieu de s'étonner de la prétention que nourrissent encore, non pas tous les travailleurs, mais une trop grande partie d'entre eux, de vivre de l'industrie - alors que c'est elle qui vit d'eux, .au contraire — comment ne s'est-il pas aperçu de 1 imprudence extrême qu'il y avait à rappeler aussi brutalement des millions d'hommes, la classe entière des producteurs, au rôle de chose (res) qu'ils jouent dans la moins humaine des sociétés ?
La vie politique, qui leur a été ouverte il y a trente-six ans, et l'école, qu'on leur ouvre de plus en plus, permettent de moins en moins aux prolétaires de s'accommoder d'un pareil lot. Et plus on voudra les y enfermer, plus on les jettera dans les bras de la Révolution et de ses « théoriciens », parce qu'il n'y a pour eux qu'une manière de cesser d'être les machines de chair et d'os qu'ils sont réellement aujourd'hui, c'est de s'emparer, pour leur classe devenue toute la société, des machines de fer et de bois, de tous les moyens non humains de production.
Leur retour à l'état d'homme est à ce prix.
{Février 1884).
Il n'y a pas d'Atlantique
Les ouvriers parisiens délégués à l'Exposition de Boston n'ont rien trouvé d'enviable dans le sort de leurs frères d'au-delà del'Océaw. ÇiC^\v$»V^^^^xsv^
de sociétés de résistance — déclarent-ils Tun après l'autre — la liberté d'association la plus absolue n'a pas eu d'effet pour les travailleurs ; elle s'est mon- Irée inutile. Sous la forme de sociétés coopératives — en permettant aux salariés de vivre à meilleur marché — elle n'a servi qu'aux capitalistes ou employeurs auxquels elle a permis de réduire les salaires.
Sur quoi nos braves bourgeois d'exulter dans leurs journaux, de se frotter les mains — ou les plumes ~ et de se retourner fièrement vers les socialistes du Parti ouvrier en leur disant : parez donc ce coup-là !
Mais, libéraux, opportunistes et radicaux que vous êtes, c'est vous qu'atteignent en pleine poitrine les rapports de visu de nos retour d'Amérique ! C'est vous, dont ils ruinent à jamais le peu d'empire que vous aviez pu conserver sur les masses !
Parce que c'est vous qui, depuis près d'un siècle, avez successivement vécu sur le mensonge des souffrances ouvrières attribuées à telles ou telles institutions gouvernementales.
Parce que c'est vous qui, avec votre Laboulaye, avez inventé la légende des Etats-Unis et qui la rééditez avec votre Clemenceau et votre Portails, en suspendant l'émancipation prolétarienne à « la liberté » et à « la République comme en Amérique ».
Parce que c'est vous qui, hier encore, ne craigniez
pas de présenter à vos électeurs de Tatelier votre loi sur les syndicats comme Tarme libératrice par excellence.
Les socialistes du Parti ouvrier, eux, n'ont jamais bu — et surtout fait boire — de ce vin-là. Lorsqu'ils ont transporté — par la pensée — notre classe ouvrière de l'autre côté de ï atlantique, ce n'a été, au contraire, que pour lui faire toucher du doigt le néant des réformes politiques en matière d'affranchissement du travail.
« Là, lui faisions-nous remarquer, le suffrage universel ; là, la République ; là, toutes les libertés qu'on te promet depuis des années sans jamais les tenir ; là, pas d'armée permanente et pas de budget des cultes; là, l'autonomie communale — et là, cependant^ comme dans la moins libre et la moins républicaine des Frances, la misère au prix du surtravail, le chômage, la machinisation de la femme et de l'enfant, tout l'enfer, en un mot, du prolétariat. »
A l'école de la grande République américaine, comme à celle de la petite République suisse, ce que nous avons appris à nos travailleurs, c'est que leur servitude était indépendante des conditions gouvernementales, qu'elle avait sa source exclusive dans l'ordre économique, ou, plus exactement,dans l'appropriation individuelle des moyens de production.
Et comment aurait-il pu en être autrement, alors que dans le prétendu Eldorado, ox^^ v^mcs. "^K-îjX^-
354 LE SOCIALISME AU JOUft LE JOUR
Unis par nos politiciens pour les besoins de leur candidature, nous voyions les ouvriers, soi disant émancipés, s'organiser comme dans l'ancien monde « en Parti du travail employant le pouvoir politique pour réaliser l'indépendance industrielle » ; alors qu'au Congrès de Newarck^ en décembre 1877, ils mettaient en tête de leur platform électorale cette affirmation collectiviste ou communiste:
« Ce que nous voulons, c'est que les ressources de la vie, les moyens de production, de transports et de communication, terres, machines, chemins de fer, télégraphes^ canaux, etc., deviennent la propriété commune du peuple entier, afin d'abolir le salariat et de lui substituer la production coopérative avec une juste répartition des produits ?
Les personnages les plus officiels ne tenaient pas un autre langage. Après avoir constaté que, dans TEtat d'Ohio, de 1860 à 1870, la population ne s'était accrue que de 14 0/0, en même temps que la richesse augmentait de 87 0/0, le commissaire du bureau de statistique, M. H.-J. Walls, était obligé d'ajouter, dans son rapport de 1877 :
« Cet énorme accroissement de richesses, coïncidant avec une augmentation relativement faible de la population, n'a pas empêché les ouvriers, par centaines et par milliers, d'être privés de pain pour eux et leurs familles » .
Et il concluait, comme le Socialist lahor Party
américain — et comme le Parti ouvrier français —
à la nécessité de faire des \va\îv*\V\ç^v\\:s<^(^ les çroçrié-
taires et les contrôleurs des forces productives du pays » {ihe owners and controllers of the productives forces of the counti^y) .
Telle est en effet la seule solution du problème social qui, dans tous les pays industrialisés, quel que soit leur régime politique, se pose dans les mêmes termes et pour lequel — notre bourgeoisie a fini par s'en apercevoir — il n'y a pas d Atlantique,
Elle arrive
Pendant que toutes les polices de la bourgeoisie européenne sont occupées à fouiller malles et valises pour y saisir, sous la forme aussi bruyante qu'inoffensive de la dynamite, la Révolution sociale qui s'approche, cette dernière prend tout simplement le paquebot ou le chemin de fer, se fait annoncer par le télégraphe, et débarque en pleine paysannerie française, sous la protection — qui plus est — de la force publique.
C'est des Etats-Unis ou de l'Inde qu'elle nous arrive — avec le blé. C'est d'Australie — avec la laine. C'est de Hongrie et d'Italie — avec le mouton ; cet innocent mouton qui n'en est pas, d'ailleurs, à son premier tour, puisque il y a quelque mille ans, si j'en crois le bon Homère, il permettait il Ulysse de glisser entre les doigts du cyclope Polyphéme — pas plus a\e\\g\^ ^n^^ ^e^o^v ^î>^^^^^
3o« LE SOCIALISME AU JOUR LE JOUR
œil crevé que' nos conservateurs avec leurs deux yeux grands ouverts.
Les propriétaires de l'Aisne et de quantités d'autres départements commencent à s'en apercevoir, et, par Torgane de M. Saint- Vallier au Sénat, ils viennent de pousser le cri d'alarme.
Dans le seul arrondissement de Laon, sur 14.000 hectares de terres labourables, 7.000, soit la moitié, ont dû être laissés en friche, le blé français, qui n'est rémunérateur qu'au-dessus de 20 francs l'hectolitre, étant tué de plus en plus par le blé américain ou indien, qui s'offre à 18 ou 17 francs et qui pourra demain — dès que les exportateurs voudront réduire leur bénéfice — être livré à 14 francs.
Même débâcle pour nos laines, dont le prix de revient dépasse 1 franc la livre en suin, alors que les laines australiennes se vendent sur nos marchés 80 centimes, par suite des immenses troupeaux qui, dans les vastes et riches plaines de ce continent nouveau, ne coûtent à leurs propriétaires que la peine de les rassembler et de les tondre.
Il n'est pas jusqu'à notre gigot — quoique <' plus sain et plus nourrissant » — qui ne soit « fricassé » par la gigot italien et hongrois, que son « bas prix » rend irrésistible.
C'est un véritable « désastre » qui, pour un seal département, se traduit par la perte de 10 1/2 0/0 d'habitants en quarante ans, par l'abandon de 840
fermes et par des ventes judiciaires de plus en plus nombreuses.
La propriété agricole est mortellement atteinte. Voilà qui ne fait doute pour personne. Mais ce dont ne se rendent pas compte le Saint- Vallier et ses clients — et ce qui n'est que trop certain pourtant — c'est que rien ne saurait la sauver, de tous les remèdes proposés les uns étant de la plus complète inapplicabilité dans la société actuelle, les autres, loin de parer au mal, ne devant que l'aggraver.
Inapplicables — et heureusement — les droits protecteurs dans lesquels quelques-uns s'obstinent à placer le salut, parce que — relativement aux céréales, par exemple — ces droits, pour être efficaces, devraient atteindre des 6 et 7 francs par hectolitre et que jamais, au grand jamais, les capitalistes qui sont au gouvernement ne laisseront renchérir dans une pareille proportion le pain ouvrier, c'est-à-dire le prix de la main-d'œuvre. La finance, qui mène de plus en plus le monde moderne, est d'ailleurs libre-échangiste ; elle a besoin pour ses spéculations du marché universel, et elle ne permettra pas, elle ne peut pas permettre un retour sérieux à un régime prohibitif qui la tuerait.
Pire que le mal ou aggravateur du mal, le crédit agricole, que le Méline a promis d'organiser à bref délai, parce qu'eji simplifiant et en facilitant l'emprunt, en le mettant à la 23ortée de nos paysans propriétaires ou fermiers, il ne fera que pré-
3îi8 LK SOCIALISME AU JOUR LE JOUR
cipiter leur expropriation au profit des Crédits fonciers et autres Sociétés de proie.
Seule, la socialisation de l'industrie agricole, comme de l'industrie manufacturière, est en mesure de conjurer — ou de réparer — la ruine de notre agriculture, qu'elle outillera des machines, des engrais et de la science indispensables à un sol aussi vieux que le nôtre. Et la crise ouverte par la concurrence inenrayable de l'Amérique et de l'Australie, en brisant les liens qui attachaient l'homme au sol, devenu ennemi, en le jetant dans tous les aléas de la vie de salarié, prépare les conditions humaines — ou intellectuelles — de cette transformation libératrice.
iVu lieu de voir avec terreur venir la Révolution collectiviste ou communiste que poursuit le prolétariat des villes, l'homme des champs, Jacques Bonhomme, que peut de moins en moins nourrir le champ qui lui échappe, en deviendra, par intérêt, le plus zélé partisan. Il aiguisera sa faux, selon le conseil de nos bons bourgeois, mais pas pour la mettre en travers du fusil ouvrier, pour la combiner avec ce dernier — parce que la copropriété foncière, sous la forme sociale, va devenir pour lui, comme la co-propriété industrielle pour le travailleur de fabrique, le seul moyen de rentrer en possession.
Aussi, loin de faire écho aux pleurs et aux grincements de dents des agriculteurs de l'Aisne et d'ailleurs, saluons-nous, dans cette déconfiture, la
préface douloureuse, mais nécessaire, de Tordre nouveau.
Le Socialisme du « Temps
Lorsque, préoccupé de convertir M. Henry Maret, le Temps définit < le libéralisme » : « le développement des individus dans le développement solidaire de la société humaine », il se comprend peut-être. C'est son affaire, en tout cas. Et pour rien au monde, nous ne voudrions Tempêcher de prouver, par son pathos, la vérité de sa double observalion, « que parler juste est le meilleur signe qu'on pense clairement », et « que la clarté dans les idées est ce qui manque le plus »... aux souteneurs de Tordre bourgeois.
Mais, lorsqu'il a à expliquer le socialisme, que ne s'adresse -t-il aux socialistes au lieu de s'en remettre à ses rédacteurs ordinaires ? Il éviterait ainsi de faire rire de lui — ce qui est toujours dé^ sagréable pour un organe prétendu sérieux — tous ceux qui ont pu lire dans son numéro d'hier la formulation suivante :
« Le socialisme, c'est le pouvoir de TEtat décidant des aptitudes et des vocations, réglant les salaires et les besoins ; en un seul mot, c'est la responsabilité individuelle disparaissant pour faire place à la réglementation officielle et suprême. »
Qu'il se soit trouvé un Louis Bl^we, ^w\^ ^^i^^^*^-
ser, dans son Organisation du travail, un pareil pouvoir économique pour l'Etat moderne, nous ne le 'contestons pas. Mais le Loins-Blancimie — en admettant qu'il ait vécu — n'a pas attendu pour mourir la mort de son inventeur — breveté avec garantie du gouvernement de Versailles. — Et si, depuis un an, il s'est rencontré quelques farceurs pour reprendre, sous le nom de services publics, cette théorie fœtale de la transformation des industries privées en industries d'Etat, ils n'ont obtenu aucun succès, même parmi ceux qui les suivent sans les avoir lus. Le socialisme scientifique, dans tous les cas, qui inspire et dirige le mouvement ouvrier moderne, n'a rien à faire avec un système renouvelé de ces excellents jésuites du Paraguay.
Pour songer à mettre entre les mains de l'Etat mines, chemins de fer, hauts fourneaux, tissages, filatures, raffineries et autres moyens de production, il faudrait n'avoir pas sous lès yeux l'expérience des postes et télégraphes, des tabacs et autres branches de l'activité humaine déjà gouvernementalisées, sans autre résultat que d'élever à la deuxième puissance l'exploitation ouvrière.
De même que le spectacle des ilotes ivres suffisait k détourner de l'ivresse la jeunesse lacédémoiiienne, le spectacle de la servitude et de la misère des employés et ouvriers de l'Etat aurait suffi à giiériv à tout jamais les plus obtus de la
prétendue solution de la question sociale, demandée au foîictionnarisme universel.
L'Etat producteur et employeur n'est pas la destruction de Tordre capitaliste — ce qui est le but du socialisme — il en est, au contraire, le couronnement et l'aggravation en même temps. Au lieu de l'exploitation capitaliste individuelle, anarchique et concurrente, se détruisant à la longue par les désordres qu'elle entraine, c'est l'exploitation capitaliste collective, unifiée et centralisée, d'autant plus terrible par suite et plus difficile à briser.
Aussi, loin de tendre à l'exagération de l'Etat, qui n'est et ne peut être, selon l'expression d'Engels, que (( l'organisation de la classe exploitante », le socialisme triomphant — c'est-à-dire la socialisation une fois achevée des forces productives — ne laissera plus place à aucune espèce d'Etat. « Au gouvernement des personnes» —rendu nécessaire par la coexistence et l'antagonisme des classes — succédera, par Tabolition des classes dans la communauté de la propriété et du travail, « Tadministration des choses et la direction des procédés de production. »
Ce sont les travailleurs qui, composant toute la société et disposant en commun ou socialement des moyens de production, se répartiront librement entre les divers genres de travaux, selon leurs aptitudes ou leurs vocations. Ce sont eux qui, déterminant eux-mêmes leurs besoins ^^\vcQ\\S.^^^xsvr
m LE SOCIALISME AU JOUR LE JoUft
biner leurs eflbrts pour les satisfaire le plus complètement possible, avec le moins de travail possible.
Et pour parler de « réglementation oflicielle et suprême » à propos de ce concours réfléchi et intéressé de copropriétaires à titre égal ; pour voir le tombeau de « la responsabilité humaine » dans les destinées de l'humanité ainsi remises à l'humanité qui les fera, à l'abri de tout hasard, ce qu'elle saura et ce qu'elle voudra les faire, il faut, comme le Temps, avoir la nostalgie de la bêtise ou de la mauvaise foi.
Le Cas de M. Clemenceau
J'ai sous les yeux le discours du Cirque Fernando, tel que l'édite la Justice ; et ce que je n'arrive pas à m'expliquer, c'est qu'il se soit trouvé des socialistes révolutionnaires pour interrompre le monologue Clemenceau et pour songer un seul instant à empêcher le député par moitié du dixhuitième d'aller jusqu'au bout.
Ce n'est pas par des assez! assez ! mais par des encore ! encore! que j^aurais, pour ma part, coupé chacune des périodes d'une harangue destinée à établir, par l'embarras, les « erreurs » et les contradictions de son auteur, l'impossibilité de mordre sur le Parti ouvrier au point où l'avaient amené nos Cong'rès de Marseille et du Havre et où l'ont
La solution 363
maintenu nos Congrès de Roançe et de Roubaix.
Dans un seul cas — et de détail — le directeur de la Justice a parlé juste : c'est lorsqu'il a dénoncé « ce qu'il y avait d'artificiel dans l'organisation d'un parti politique sur la base du travail purement manuel, comme si le travail manuel n'entrainait pas nécessairement le travail cérébral ». Mais cette « impossibilité de séparer l'activité musculaire de l'activité cérébrale » n'appartient pas à M. Clemenceau, comme on peut s'en convaincre en parcourant, non seulement le Cri du Peuple de 1884, mais le Citoijen de 1882-81 et l'^galité de 1880 et de 1878. Et sa critique passe, en conséquence, par dessus la tête du Parti.
Dans tout le reste, pour s'inscrire en faux contre le communisme ou le collectivisme, contre la lutte de classe et contre la Révolution, M. Clemenceau a dû briser, non seulement avec la science et l'expérience, mais avec le bon sens le plus élémentaire.
M. Clemenceau a brisé avec la science, lorsque lui, le diplômé de la Faculté de Paris, il a « subordonné l'amélioration de la société à Tamélioration de l'individu ». Si quelque chose n'est plus à démontrer depuis Darwin, c'est que c'est le milieu qui fait, non seulement les individus, mais les espèces, et que, par suite^ — au point de vue éducationnel — c'est dans la transformation du milieu social que doit être cherchée et que pourra sewW ment être trouvée la transîoTma\Àft\lâL^^\\:iô^^^^^^
soumis h des besoins, à des intérêts — c'esi-à-dirc à des mobiles — nouveaux. La société actuelle, basée sur le « chacun pour soi », et dans laquelle on ne peut cesser d'être exploité qu en devenant exploiteur, ne saurait — à de très rares exceptions près — développer que les sentiments égoïstes et antagoniques de Thumanité. Pour libérer et amener à maturité les sentiments altruistes ou sympathiques, une nouvelle société est nécessaire, qui solidarise les hommes au lieu de les diviser et dans laquelle Yho?no homini lupus aura fait place à Yhomo homini deiis.
M. Clemenceau a brisé avec l'expérience, lorsqu'il a invoqué « un degré de culture — collectiviste — assez long à acquérir avant d'introdidve dans l'industrie un système d'exploitation collée^ tive, >) A quelle cécité politicienne ne faut-il pas être arrivé pour parler « d'exploitation collective à introduire », alors que cette exploitation fonctionne depuis je ne sais combien d'années ! La production collective — ou en commun — mais elle existe dans les chemins de fer, dans les mines, dans les hauts-fournaux, dans les filatures et les tissages, dans toutes les industries, en un mot, qui ont été touchées par la machine et par la vapeur. Partout ce sont des collectivités de travailleurs qui exploitent ou font valoir ; mais elles sont exclues de la propriété de ces grands moyens de production — restée individuelle — et ce qu'il s'agit de coiiecti viser (combieti de îovs» \io\vg» ç>Wv^era-t-on à
le répéter), c'est la propriété, dont la forme, pour que Tordre règne, doit être adéquate à la forme de la production.
M. Clemenceau a brisé avec le bon sens le plus élémentaire ; il s'est moqué de ses auditeurs et de lui-même, lorsqu'après s'être « séparé nettement d'avec nous », qui ne voyons d'atTranchissement possible pour le prolétariat que dans son organisation en parti de classe contre tous les partis politiques bourgeois, il s'est exprimé comme suit :
» Je conviendrai que derrière la lutte politique il y a la lutte d'intérêts ; je vous accorderai même, si vous le voulez, qu'à bien regarder les choses, il n'y a que des luttes d'intérêts... »
Et plus loin :
« Ce qui est primordial, c'est de faire comprendre aux déshérités de tout ordre qu'il n'y a pas d émancipation véritable pour eux en dehors de celle qui viendra de leurs propres efforts, . .
« La libération des opprimés ne viendra pas seulement d'une école, d'un groupe politique, d'un homme d'Etat ; ils la devront avant tout, pour leur dignité, à eux-mêmes ».
Mais la voilà, citoyen Clemenceau, notre lutte de classe, affirmée, qui plus est^ presque dans les mêmes termes que V Internationale : l émancipation des ti^availleurs ne peut être que l'œuvre des travailleurs eux-mêmes !
Le Parti ouvrier — scientifiquement entendu et pratiqué — n'est que cela et ne veut cyie ceU.. Vv.
est la masse des déshérités n'attendant pas son salut « d'en haut, en vertu d'une formule magique », mais, d'elle-même, arrivée à la conscience, non seulement de ses droits, mais du milieu économique dans lequel elle se meut. Ce qu'il veut, c'est à l'aide « des propres efforts » associés des opprimés, faire « prévaloir sa volonté » émancipatrice contre ce que vous appelez vous-même « la résistance aveugle de la bourgeoisie ».
Et si, contrairement à vous, qui prétendez qu'il ne « sera pas besoin de révolution » et que la chose se fera « pacifiquement », nous croyons, nous, que l'emploi de la force s'imposera, une fois cette force créée matériellement par l'organisation et intellectuellement par le socialisme scientifique, c'est que, de votre propre aveu^ « tandis que la production s'est prodigieusement accrue, grâce aux machines qui n'ont pas abrégé d'une seule heure le travail d'un seul être humain, l'augmentation des richesses s'est faite presque exclusivement au profit de ceux qui possèdent ».
Ceux-là, les privilégiés d'aujourd'hui, qui, — parce qu'ils possèdent — bénéficient, non pas « presque exclusivement », mais exclusivement, de tout le progrès industriel, ne se laisseront pas plus exproprier à l'amiable que les privilégiés de l'ancien régime. Enfermés^ dans l'Etat comme dans une nouvelle et plus formidable Bastille, forts d'une police à la Camescasse, d'une magistrature à la Brissaud et d'une armée à la Galliffet, ils ne
peuvent pas capituler sans combat. Et en niant, comme vous le faites, en Tair, sans argument à l'appui, le nouveau 14 Juillet qui devra précéder la nouvelle nuit du 4 Août, ce n'est pas le Parti ouvrier que vous atteignez, mais vous-même, que condamne l'histoire d'hier et de toujours.
L'expropriation révolutionnaire à l'Hôtel de
Ville
Les neuf cléricaux — y compris M. Dufaure fils — qui constituent la Droite du Conseil municipal, ont bien mérité avant-hier de la Révolution sociale.
Grâce à eux, grâce à leur protestation enfantine contre la désaffectation de TEglise de T Assomption, le but expropriateur du prochain 89 ouvrier a pu être affirmé, sansambage, en plein Hôtel de Ville.
Inutile d'ajouter que cette affirmation expropriatrice appartient au citoyen Vaillant.
Alors que les libres-penseurs, à la Delabrousse, ne voyaient dans un immeuble de la Ville à laïciser, qu'une nouvelle « niche » à jouer à « messieurs les curés », et les plus radicaux (Robinet, Pichon, Chautemps, Songeon, etc., etc.), une occasion de « renouveler leurs vœux précédents en faveur de la séparation de l'Eglise et de l'Etat », Télu du Père-Lachaise, rompant avec laduçeïi^ dfc\a>.>^^-
tite guerre ainsi faite aux porte-soutanes, a rattaché cette restitution minuscule à la grande rentrée en possession de tout ce qui a été — et est encore chaque jour — volé à la collectivité ouvrière.
L'ordre du jour qu'il a déposé — et que nous voudrions voir inscrit en lettres d'or dans tous les ateliers de France pour l'encouragement des travailleurs déjà socialistes et l'instruction des autres, — porte en toutes lettres :
(( Considérant que V expropriation du clergériest qiiun élément de l'expropriation politique et économique de la classe capitaliste que la Révolution réalisera...»
Impossible de mieux dire — et de réfuter, du même coup, plus sommairement, tous les sophismes politiques et économiques de la bourgeoisie.
C'était en finir avec l'immense « blague » opportuniste reprise par Tintransigeance : le cléricalisme, voilà Fennemi 1 et remettre le clergé à la véritable — et très secondaire — place qu'il occupe dans l'exploitation humaine : celle de simple chien de garde de la classe possédante, au même titre que la police et la magistrature.
C'était déjouer une des manœuvres qui, jusqu'à présent, avait le mieux réussi au républicanisme de la caste propriétaire, et qui consistait à organiser la chasse arux prêtres, comme dérivatif à la chasse aux patrons.
C'était enfin supprimer, comme un mensonge qu'elle est, la distinction que \e juridisme d'un Mi-
chelin venait encore de chercher à étabhr entre la propriété ecclésiastique et la propriété bourgeoise, la première qui, née de la loi pourrait être supprimée par la loi, pendant que l'autre — tombée du ciel sans doute — serait au-dessus de la volonté — ou de Texpropriaiion — sociale.
Non, la propriété est une. Fondée sur une utilité sociale momentanée, elle peut et doit disparaître avec rintérêt môme qui lui a donné naissance. Et, selon la très juste expression de Vaillant, « l'expropriation du clergé n'est qu'un des éléments de l'expropriation de la classe capitaliste que réalisera la révolution », parce que, plus encore peut-être que la propriété ecclésiastique, la propriété capitaliste est incompatible avec le libre développement de l'humanité.
Elle est, dans les conditions de la production moderne issue de la machine, de la vapeur et de Télectricité, l'unique cause de la misère et de tous les désordres matériels et moraux qui sévissent sur notre espèce.
Si les églises, toutes les églises doivent être enlevées à leurs détenteurs actuels et fermées comme des écoles de servitude, de mauvais lieux où l'exploité apprend à aimer son exploitation, la servitude est ailleurs : elle est dans les ateliers, manufactures, usines, transformés en coupe -gorge pour la classe productrice par le fait de leur appropriation individuelle.
« Ici on vole » et « ici on tue », et on volera par
milliards et on tuera par milliers, aussi longtemps que toutes ces maisons de travail n'auront pas fait retour à la nation qui travaille.
L'expropriation s'impose, lion pas la petite, limitée à une église sur deux par quartier, mais la grande, étendue à tous les moyens de production qui, d'instruments de mort, ne passeront instruments de vie qu'en devenant moyens sociaux.
Pour la première fois, mercredi dernier, cette nécessité expropriatrice a été proclamée sur les lieux mômes, — sinon sous les mêmes voûtes, — qui virent la Commune de Paris. Mais ce ne sera pas la dernière. Nous en avons pour garant la vaillance de Télu révolutionnaire, qui ira répétant son delenda proprietas jusqu'au jour où, passant des paroles aux actes, nous pourrons ensemble la détruire.
L'Exécution de Waldeck
0 Waldeck, qui l'eût dit? ô Rousseau, qui l'eût cru?
Jouer les sous-Ferry à l'intérieur; être le ministre des Ballerich, via Camescasse ! et se voir dénoncer pour ses « théories sociales », s'entendre accuser de lancer les ouvriers dans la voie des « chimères » ! Quoi de plus invraisemblable ^ et de plus vrai cependant !
Voilà M. Waldeck-Rousseau convaincu de «sentir Je fagot » coUectivisle ow communiste ^ çarce
que dans son dernier discours devant la commission extra-parlementaire des associations ouvrières, il s'est laissé aller à dire que « le travail arrivera progressivement à demander sa rémunération de moins en moins au contrat de louage » et que, « pour mettre fin au conflit qui s'aggrave entre la main-d'œuvre et le fabricant, la seule solution pratique lui paraissait la réunion de ce qui est aujourd'hui séparé (le capital et le travail) de façon à ce que le travail soit rémunéré parles bénéfices mêmes qu'il aura procurés. »
Mais c'est à « la suppression du salariat » que vous tendez ! exclame la sentinelle avancée de notre bourgeoisie, le Temps, Et de croiser et te et d'appeler à la rescousse contre une Excellence aussi subversive.
Pour M. Waldeck-Rousseau naturellement, il ne s'agit pas de transformer les salariés en co-propriétaires nationaux ou sociaux des moyens de production par l'expropriation de la minorité capitaliste oisive — seule façon pourtant d'en finir avec le salariat. Ce qu'il entend par « l'association et la confusion des forces sociales », c'est la participation des ouvriers aux bénéfices — et pas même une participation obligatoire, mais une participation facultative, pour les fabricants auxquels la chose peut convenir, dans la mesure où il leur plaira et sans que jamais les ouvriers participants puissent « prétendre à contrôler \e \^\iV^^\^^ ^^^^
gracieusement concédé en se faisant ouvrir les livres de la maison. »
Mais, même dans cette limite du bon plaisir patronal, le salariat, non pas supprimé, à peine mitigé, fait trembler nos bourgeois pour leurs profits. Le travailleur une fois sorti de son rôle de marchandise ordinaire, qu'on achète sur le marché comme des pommes de terre ou du coton pour en tirer tout le parti possible et imaginable, et redevenu homme, considéré comme un producteur auquel on reconnaît certain droit sur son produit, qui sait où on s'arrêtera dans cette voie ? C'est le commencement de la fin d'un régime qui — les plus aveugles sont obligés de le voir aujourd'hui — n'a d'aboutissant que dans le collectivisme ou le communisme.
Ce n'est d'ailleurs pas sur ce terrain que se place le Temps pour exécuter son ministre. Pas si sot ! C'est dans l'intérêt même des travailleurs, qu'il prend contre M. Waldeck-Rousseau la défense du salariat, « dont on a longtemps médit », dans lequel on « voyait une condition inférieure », mais que « l'évolution industrielle en voie de s'accomplir réhabilite singulièrement ».
Pauvres salariés, gémit Sa Tartuferie le Temps^ « par la confusion du salaire avec les profits de l'entreprise, ils risqueraient trop souvent de fairç un marché de dupes, puisque les produits de l'industrie ne laissent plus qu'un bénéfice restreint et douteux ».
Voyez-vous cela ? Les salaires plus les profits laissant les travailleurs plus pauvres que les salaires moins les profits — ces profits sur lesquels vit grassement aujourd'hui toute la classe des fainéants ! Ce serait la première fois qu'une addition se terminerait en soustraction.
Et pourquoi ce miracle? — Parce que toutes « les entreprises ne réussissent pas » ; parce qu'il y a des fabricants qui se ruinent ?
Mais, mauvais perroquet de Bastiat que vous êtes, il y a longtemps que Lassalle vous a fait rentrer ce sophisme dans le gosier, en vous répliquant, sur le dos de M.Schultz, de Delitsh, que, si des fabricants peuvent faire faillite, Vensemble ou la classe des fabricants réalise toujours des bénéfices^ qui se chiffrent par milliards et pourvoient aux valets, aux cocottes, à toutes les orgies et à tous les caprices des bénéficiaires 1 C'est cet ensemble de bénéfices — qui est leur œuvre — que les producteurs, rétribués par leur produit, trouveront dans l'abolition du salariat.
L'autre argument du Temps est plus inepte encore. La fusion du salaire et du profit opérée dans le produit reconstitué et laissé entre leurs mains, les ex-salariés auront, dit-il, à leur charge « les achats de matière première, les commandes, la direction de l'entreprise, les ordres à donner, l'initiative à prendre, toute 1 œuvre qu'accomplit aujourd'hui le capitaliste çroçrecueïvid\t^^
Ton qualifie pour la circonstance de « travailleur spécial ».
C'est à se demander de quelle lune tombe le Temps. Depuis combien d'années les Scherer se sont-ils endormis au bruit de leur propre prose pour ne pas avoir vu les capitalistes se dépouiller, les unes apr^s les autres, des attributions qu'on leur prête encore en 1883, et lesrejeter toutes sur des salariés? Quel est l'actionnaire de chemin de fer qui « achète la matière première » ou fait une t' commande » ? Quel est l'actionnaire des mines qui « dirige Tentreprise »? Quel est l'actionnaire du « Printemps » ou du m Bon Marché » qui « donne un seul ordre » ou a prend une initiative » quelconque ?
Lorsqu'on est devenu aussi étranger au milieu dans lequel on se réveille, le mieux est de se rendormir pour toujours, ô Temps!
Ce qui fait plus que permettre, ce qui commande la disparition du salariat, c'est que les salariés, qui s'étendent du graisseur de roues à l'ingénieur et à l'administrateur, remplissent d'ores et déjà toutes les fonctions, de l'ordre le plus intellectuel comme de l'ordre le plus musculaire, inutilisant ainsi « le capitaliste proprement dit » qui n'est môme plus à conserver comme faiseur de guano — depuis l'invention des engrais artificiels.
Cuisine et communisme
Il n'y a pas longtemps encore, lorsque les gens — ou valets — de lettres de la classe qui se déshabille en serins et en dindes chez la princesse de Sagan, voulaient ridiculiser le communisme, ils le représentaient sous la forme d'une immense gamelle sociale à laquelle ils opposaient triomphalement le pot-au-feu individuel.
La soupe trempée an famille — avec beaucoup d'eau et peu de viande — n'était pas seulement la meilleure des soupes. C'était la caractéristique de rhomme, ce qui le distinguait de la brute et lui permettait de regarder verticalement le ciel — la demeure dernière d'Hugo.
Otez à notre espèce son fourneau — ou son réchaud — par tète, qui l'empoisonne sans la nourrir et immobilise des millions de femmes transformées en sous-chiens tourne-broche d'autrefois, et vous lui ôtiez toutes ses vertus. Les beaux sentiments, les nobles pensées ne venaient plus du cœur ; ils s'élevaient, comme une vapeur ou comme un parfum, de la cuisine privée, qui ne pouvait être éteinte parla cuisine publique sans nous replonger en pleine barbarie.
En vain leur ôbjectait-on, en haut, la vie d'hôtel et de cercles, librement et de plus en plus menée par la gent à millions, revenue des Vatel et des Trompette à domicile ; et en bas , Va n\^ Ôl^ ^^^%^H^fc >
obligatoirement sortie de rindustrialisation de la femme et de l'enfant. Ils ne voulaient voir que des accidents — momentanées — dans ces éléments, et ces prodromes en même temps, d'une révolution alimentaire basée sur la substitution d'une fonction collective à ce qui a été jusqu'à présent une servitude personnelle.
Or, qu'ai-je lu hier dans la feuille-maîtresse, dans le journal-type de notre France capitaliste ? Un éloge dithyrambique des gigantesques « cuisines publiques » qui, dues à l'initiative du capitaine Wolff, viennent d'être montées en Angleterre au capital de je ne sais combien de millions et fonctionnent avec un plein succès à Londres, à Liverpool et à Birmingham.
Le Temps^ après avoir expliqué qu'un seul des fourneaux en question coûte de 20.000 à 50.000 fr. et peut débiter jusqu'à quatre-vingt-dix millions de ration par an, proclame que là est le salut pour les estomacs délabrés de nos contemporains. « Suppression des intermédiaires, division du travail, achat des denrées en gros, réduction au minimum des frais de manipulation et de cuisson » — ce communisme alimentaire présente tous les avantages, en même temps qu'il permet seul d'en finir avec un empirisme aussi meurtrier que ruineux et « d'aborder scientifiquement (1) le grave problème
(I) 11 a été établi qu'il fallait en moyenne pour un adulte et par jour de 100 à 120 grammes d'albumine, 50 à 60 grammes dégraisse et 500 à 600 grammes d'hydrates de carbone.
de la nourriture humaine au point de vue de la santé générale de la race, de sa force et de son rendement. »
Le rendement supérieur résultant pour la machine humaine d'une alimentation plus hygiénique et plus substantielle devait naturellement figurer au premier rang des considérations qui ont conquis finalement Tindividualisme bourgeois à cette « transformation de la préparation des aliments en service général au même titre que l'éducation b. Ce n'est pas par philanthropie, c'est comme devant lui fournir des ouvriers capables de plus de travail, que la classe de nos employeurs salue et appelle la création de cuisines publiques monstres, lesquelles, d'autre part, en réduisant les frais d'entretien des travailleurs, permettront, sinon d'abaisser, au moins de ne pas augmenter de longtemps les salaires.
Mais peu importe le motif mercantile de la conversion du Temps et de sa caste. Il n'est plus actuellement un seul socialiste digne de ce nom qui ne sache qu'en régime propriétaire ce n'est jamais que dans la mesure où il sert les intérêts capitalistes que le progrès est faisable — et se fait.
Il n'en reste pas moins acquis, de l'aveu même des plus farouches anti-communistes :
1^ Que le foyer domestique, en tant que bouilleur de marmite, est condamné comme un mode inférieur et insuffisant de réparation des forces humaines ;
2^ « Que le fourneau commun » qui donne lieu au contrôle, désinfecte rtiabitation agrandie, et crée à l'humanité des loisirs « toujours mieux employés soit à des soins de propreté, soit à des lectures, soit h des exercices physiques », n'est pas seulement Yavenir, mais du bel eihea\ip?'és€nt;
3® Que les communistes tant honnis, que Ton renvoyait à Sparte et à son brouet noir, ont été, sur ce point comme sur tous les autres, des précurseurs, ayant seuls su dégager la marche évolutive de leur époque.
Et cela nous suffit — pour le moment.
Cardes « cuisines publiques » du capitaine Wolff à la cuisine sociale que nous réclamons, il n'y a qu'un pas, que ne manquera point de franchir la prochaine révolution ouvrière, en supprimant, avec les actionnaires, les 17 0/0 de dividende que ces messieurs empochent d'o;:*es et déjà à ne rien faire.
Les Bastilles modernes
Cette année, comme les précédentes, l'anniversaire de la prise de la Bastille a mis en branle, dans le plus triomphal des carrillons, toutes les cloches — et toutes les clochettes — de la démocratie vulgaire. A défaut d'un Victor Hugo, voulant que le 14 Juillet fut « la fête humaine », ne s'est-il pas trouvé des Marcelin Pelet par centaines pour inviter u la France k célébrer » ce que
la République française ose appeler « la grande fête de son émancipation politique et sociale ».
La France « émancipée politiquement » ? — alors qu'elle n'est maîtresse ni de son sang ni de ses millions que l'on répand comme l'eau depuis trois ans en Tunisie, au Tonkin, à Madagascar et dans TAnnam, sans qu'elle ait été consultée même pro forma,, que dis-je, sans qu'on ait encore daigné lui faire connaître le pourquoi des abattoirs ainsi ouverts aux quatre coins du monde !
La France « émancipée socialement »? — alors que le salariat — , cette dernière forme de l'esclavage, d'après Chateaubriand — se généralise et s'aggrave ; alors qu'on meurt de faim en travaillant à Lyon, et qu'à Paris seulement c'est par cinquante mille que Ton compte les familles réduites au pain, aussi humiliant que rationné, du bureau de bienfaisance!
Ce qui est vrai, c'est que le 14 Juillet est une fête bourgeoise, la fête de la classe qui n'a sans doute pas pris la Bastille, mais au profit de laquelle la Bastille a été prise sur le roi de la noblesse et du clergé.
L'avènement du Tiers date de cette mémorable journée qui lui livrait, en même temps que les biens des deux Ordres ennemis, le pouvoir public à exercer, soit indirectement par voie de monarchie constitutionnelle, soit directement sous la forme républicaine.
Aussi notre bourgeoisie gouverïie«ve.\^\îà\fô \i^-V
elle pas eu un moment d'hésitation lorsqu'il a fallu faire choix d'un « jour » dans l'histoire de sa Révolution. Au risque de glorifier tout ce qu'elle condamne aujourd'hui, c'est-à-dire l'insurrection, le pillage des dépôts d'armes, les troupes passant au peuple et le peuple se faisant justice lui-même, elle a pris le 14 Juillet — et pas le o Mai, ouverture des Etats Généraux, parce que le 5 Mai ne lui avait donné que le droit, c'est-à-dire rien ou peu de chose, pendant que le 14 Juillet lui a donné la force, c'est-à-dire tout.
Quant au peuple ouvrier, il n'a que faire d'une date qui ne représente pour lui qu'un changement de maitre, l'exploitation du capital substitué à l'exploitation de l'épée. Et s'il se mêle aux « réjouissances officielles », s'il y prend — quoique de moins en moins — part, c'est que le besoin de se divertir, de s'oublier dans le bruit et dans l'éclat, est physiologiquement en raison directe des fatigues ordinaires, du mal ou de l'effort quotidien.
En « s'amusant » — comme en buvant — il accuse sa misère de la veille et du lendemain. C'est Taccumulation de ses privations, de ses angoisses et de ses douleurs de chaque jour qui donne à sa « joie » d'un jour ce caractère d'intensité, on pourrait dire de fébrilité, que la mauvaise foi ou la bêtise des plumitifs conservateurs Inscrit à l'actif de la « meilleure des sociétés ».
Sa ou ses Bastilles — en effet — sont encore à prendre. Loin d'être tombées avec la Bastille féo-
dale et royale, elles se multiplient d'année en année avec les progrès de la grande industrie et du grand commerce, qui ne laisseront bientôt plus en dehors de leurs ateliers et magasins-bagnes que le petit nombre des oisifs.
C'est la mine, photographiée par Zola — entre les mains anonymes de ses actionnaires et obligataires — prenant le prolétaire enfant pour le rendre en morceaux ou vieillard avant l'âge, après en avoir, pendant des quinze ou vingt ans, extrait toute la santé et toute la vie, sous forme de houille et de dividende.
C'est la filature, c'est le tissage avec ses exigences patronales, enlevant la femme au mari^ le « petit » à la mère, pour en faire des instruments de la fortune — et du libidinisme — de quelques nouveaux seigneurs du coton ou de la laine.
C'est Tusine, propriété de quelques-uns qui ne font rien et qui bénéficieront seuls de la division du travail, du machinisme et de la vapeur, alors que, contre dix et douze heures de travaux forcés trois cent soixante-cinq jours par an, les populations entières y enfermées ne sont pas tnême assurées de « l'ordinaire » du prisonnier.
Là, dans cette appropriation, par la minorité non travaillante, des instruments et de la matière du travail^ est, pour les travailleurs, la privation d'air, de lumière et de liberté que représentait pour quelques nobles ou bourgeois la « vieille forteresse » de l'ancien régime. Là sont les « fosses »
382 LE SOCIALISME AU JOiJR LE JOUft
OÙ des millions et des milHons de producteurs de tout Age et de tout sexe sont enterrés vivants par le pouvoir discréditionnaire de lafaim, bien autrement terrible que le Ijoii plaisir d'un Louij XIV ou d'une Duharry,
El ta ut (]u'un 14 Juillet ouvrier n'aura pas passé sur ces Bastilles capitalistes ; tant que la classe qui y tient gnrnison n'aura pas clé oldigéc de capituler comme un simple De Launay, avec ces • invalides » de l'armée, de la magistrature ci de la police, le prolétariat — qui n'est heureusement plus â l'apprendre — n'aura rien îi célébrer, rien à fêter.
11 Juillet bourgeois ou 15 Août bonapartiste, ce sera toujours la fête des auires, des ses exploiteurs.
Ce ne sera pas la sienne — ni celle de l'humanité, dont l'affranchissement est conditionné au
A la recherche de la paix sociale
Il y a d'excellentes choses dans le dernier article de M. Molinari. D'abord son titre : La guerre civile du capital et du travail. Si les morts n'étaient pas " de la chaux dans du bois », il suffirait à ressusciter d'indignation Bastiat, le romancier dcsi^îïHo/"'"' économiques.
Cj^^^Hhieui' des verreries belges flambant ■et sous le coup de l'erabarre de De-
La Solution m
cazeville watrinant le Watrin que le directeur du Journal des Economistes a ouvert les yeux à Tévidehee, à la lutte qui sévit et s'aggrave entre les classes dans les pays les plus divergeants de conditions politiques. Et — nouveau bon point à lui décerner — M. Molinari ne veut pas que « le mal » soit imputable au socialisme, qui a pu « développer » (diriger, serait plus vrai) ce « sentiment d^hostilité », mais qui ne Ta pas créé.
« La cause est ailleurs », ajoute ce saint Jean — de plus en plus Bouche-d'or, qui explique ensuite comment « le remède philanthropique », lisez la participation aux bénéfices, loin de nous rapprocher nous éloignerait plutôt de la paix sociale. « Les mêmes conflits qu'engendre aujourd'hui la fixation du taux des salaires se reproduiraient pour celle du taux de la participation aux bénéfices, avec une difficulté aggravante : celle de la constatation des bénéfices ». Rien de plus irréfutable.
Mais là s'arrêtent les vérités arrachées par le fouet des événements à cette espèce d'âne de Balaam de l'économie politique, lequel redevient — pardon du mot — un Aliboron vulgaire, dès qu'il intervient avec sa solution prétendue expérimentale ou lorsqu'il ose toucher à la solution socialiste.
Ce n'est pas parler, en efiet, c'est braire, que de nous prêter le projet suivant — bon tout au plus pour M. Laur : « Expropriation, ^\^ç> qm '^.'^w^Ssjw.-
â84 LÉ SOCIALISME AU JOUR LE Jotfft
demnité, des entreprises existantes, à commencer par les charbonnages, et leur remise à des associations ouvrières constituées d'une manière plus ou moins égalitaire ». Jamais le communisme ou le collectivisme scientifique n'a poursuivi un pareil but, dont il connaît aussi bien que M. Molinari Y impraticabilité et dont il ne voudrait à aucun prix, même s'il n'était pas le dernier mot de ru- . topie.
Comme M. Molinari, nous savons que les compagnies ouvrières, « ne représentant que le travail », réduites à emprunter capitaux et capacités, ou ne les trouveraient pas dans le milieu hostile de rheure présente, ou seraient contraintes de les payer à un prix tel que le travail ne serait pas moins — quoique autrement — exploité qu'aujourd'hui. Mais nous savons encore autre chose : c'est que, ces difficultés surmontées — et elles pourraient l'être par l'entremise financière de TEtat, — d'une part \di production en vue du profit subsisterait, que les socialistes veulent remplacer par la production pour le produit ; d'autre part, la concurrence entre les groupes producteurs entraînerait le même gaspillage de forces et les mêmes inégalités individuelles que la concurrence entre capitalistes.
Aussi, laissant les inventeurs bourgeois de cette solution corporative se tirer d'affaire comme ils le pourront, n'admettons-nous et ne préconisonsnous que la solution sociale^ c'est-à-dire la société
LA SOLÙtlON â85
tout entière, formée de l'ensemble des producteurs, propriétaire indivise de tous les moyens de production qu'elle mettra directement et unitairement en valeur.
Et contre cette socialisation^ à laquelle nous entraine toute l'évolution économique moderne, aucune des objections de M. Molinari ne vaut, — la société n'ayant pas à chercher au dehors, possédant en elle-même^ dans la variété des hommes qu'elle embrasse, aussi bien « l'esprit d'initiative et la science qui fondent toute entreprise et la mettent en œuvre » que « le capital qui l'alimente ».
Plus à se préoccuper des « avances » , nécessaires à toute production. Elles sont constituées naturellement par la surproduction ou l'épargne (comme on voudra) des générations passées, assurant la consommation de la génération en activité.
Pas de sécession — ou de refus — à redouter de Vêlement science, chacun, qu'il sorte de l'Ecole polytechnique ou de la Primaire, devant, pour consommer ou vivre, fournir, sous la forme à laquelle il est le plus apte — autrement dit la plus utile à tous — sa quote-part du travail général déterminé par les besoins généraux.
Nulle crainte de « désastre », que dis-je? nul alea^ les risques^ même présentement^ n existant que sur et par le marché^ en suite de féchanqc ou de la vente^ et vente ou ècViaw^e \ie. V^oxxs^^x^. "^^^
386 LE SOCIALISME AU JOUR LE JOOft
place dans le grand, Vunique atelier, à la fois agricole et industriel, que formera la société, produisant pour elle môme et n'ayant pas k échanger ou à vendre ses produits, mais à les distribuer entre ses membres au prix de revient.
Ce sera, avec la fin des profils — c'est-à-dire d'une classe qui profite et d'une autre classe dont on profite — la paix surgissant irrévocable de la collaboration diverse de tous à l'œuvre commune — la satisfaction des besoins de l'espèce, — et de leur égale participation aux fruits du travail commyn.
J'arrive maintenant à la trouvaille de M. Molinari, à V Eurêka de notre nouvel Archimède — qui est bien ce que Ton peut rêver de plus stupéfiant. Mais les considérations qui Tont conduit à ce « remède » et les détails dans lesquels il entre sur la manière de s'en servir — il Ta rédigé en véritable ordonnance — m'obligent, faute de place, à en renvoyer l'exposé à un prochain article.
C'est du rire sur la planche pour les lecteurs du Cri du Peuple.
Le remède Molinari
C'est pour le partage du produit que se battent les deux classes correspondant aux deux facteurs — aujourd'hui séparés — de la production : le capital et Je travail. Dès lors, concluent les socia-
listes, pour faire cesser la bataille ou la guerre, il n'y a qu^à supprimer le partage ; et pour supprimer le partage — en salaires et en profits — il n'y a qu'à réunir les deux facteurs de la production dans les mains de la société, à la fois travailleuse et capitaliste, désormais maltresse de tolit le produit.
Erreur ! utopie ! nous crie M. Molinari : « Vous ne tenez pas compte des lois naturelles ». Et, au nom des lois naturelles (qui veulent, paralt-il, que l'outil, que la terre, mis en œuvre par Pierre soit possédé par Jean) le voilà qui, pour rétablir l'harmonie, préconise la transformation du partage à deux en partage à trois, salariés et salariants devant, parait-il, s'embrasser au lieu de se mordre, du moment qu'un troisième larron interviendra pour empocher une partie du produit en litige.
J'ai l'air de plaisanter et cependant — M. Molinari ne me démentira pas — je suis le plus fidèle, le plus littéral des traducteurs.
Après avoir rappelé — ce que tout le monde sait — que l'ouvrier isolé, qui ne dispose ni du temps (la faim le talonne), ni de l'espace (le marché du travail démesurément agrandi est pour lui un livre fermé), est dans les conditions les plus défavorables pour bien vendre ses bras, notre Jérôme Paturot à la recherche de la paix sociale entend que le commerce du travail soit organisé en dehors de l'ouvrier. C'est ainsi que l'on procède pour la marchandise-tissu ou la marchandise-blé ^ qui n'est pas mise par sou çroâL\3iç\.Çï.wt ^i.X^^^^'^^^
388 LE SOCfALîSME AU JOUR LE JOUR
du consommateur, mais passe par des mains intermédiaires exclusivement marchandes. La marchandise-travail — et travailleur - doit être soumise au môme régime, donner lieu à un trafic analogue.
A cet effet des Sociétés seraient constituées — dont M. Molinari a pris soin de rédiger les statuts
— qui moyennant commission ou finance, bien entendu — monopoliseraient le placement, Técoulement de la chair à machine, traitant pour elle, la transportant où besoin est et en garantissant à l'acheteur — c'est-à-dire à Temployeur — la bonne qualité — technique et morale.
Ces Sociétés de marchandeurs — M. Molinari ne recule pas plus devant le mot que devant la chose
— reproduiraient sur le terrain industriel ces condottieres ou chefs de compagnies franches du moyen-âge qui engageaient leurs hommes, pour un temps de ou pour une opération donnée, contre un prix de, au service de tel ou tel prince. Elles se chargeraient de la paie, prendraient à leur compte « les malfaçons, le gaspillage ou le vol des matières premières » et exécuteraient certains travaux directement, à forfait.
Seulement au lieu de courir les grandes routes
— poste et télégraphe n'ayant pas été installés pour les chiens — elles attendraient à domicile un signe de leurs agences pour mettre en mouvement, à coup sûr, leur bétail humain.
Par un autre côté — comaïc elles «r pourraient,
moyennant une commission supplémentaire, s'occuper de procurer à leurs enrôlés la nourriture, le logement et jusqu'à des délassements », — elles ressembleraient à certaines maisons bien femmées où, avec le travail, un certain nombre de jeunes personnes trouvent gite, table et le reste.
Elles y ressembleraient jusqu'à la carte inclusivement, qui serait remplacée par le livret (article 3 des statuts).
Et pour tous ces avantages assurés aux deux parlies — à l'ouvrier qui n'aurait plus qu'à se laisser faire, attendant comme le nègre sur le marché de Cuba de connaître, pour le servir, le maître auquel son négrier ou son planteur l'a vendu, et au patron désormais débarrassé de tout contact et de toutes difficultés avec sa machinerie de chair et d'os, — la Société modèle de M. Molinari, qu'il a intitulée le Travail^ se contenterait d'une rémunération ou d'un intérêt de 12 pour cent.
C'est pour rien, évidemment, si Ton songe qu'à ce prix la « bonne entente va renaître d'elle-même entré les entrepreneurs d'industries et leurs ouvriers ». Mais comme ces 12 0/0 ne .tomberont pas du ciel, comme il faudra les prendre sur le produit annuel du travail, la combinaison — pas « artificielle » et pas « arbitraire b du tout — de M. Molinari aboutit bien à ce que j'écrivais en commençant.
Notre économiste dit en substance aux salariés :
« Vous vous croyez — et vous êlÇi^ Aaxv's.ww^ ^<^^-
taîne mesure — exploités parce qu'il vous faut partager avec Toisiveté capitaliste le fruit d'un labeur que vous êtes seuls à fournir. De là les grèves qui se multiplient et teignent parfois de rouge l'horizon ou les pavés. Eh bien, pour supprimer cette exploitation, nous allons, si vous le voulez bien, la doubler. Pour vous désarmer, nous allons, à vos parasites et à vos voleurs d'aujourd'hui, adjoindre d'autres parasites et d'autres voleurs. Sur le prélèvement déjà opéré par l'entrepreneur se grefiTera un nouveau prélèvement à opérer par le marchand ou le marchandeur de mes rêves. Et vous nous f la paix, après cela. »
J'ai dans l'idée que c'est tout autre chose que la paix qui serait f.... à M. Molinari si, au lieu de déposer un pareil « remède » dans la seringue à feu Garnier, il s'avisait d'en saisir directement les intéressés.
Et j'ajoute qu'il ne l'aurait pas volé.
Autres Princes
Voilà qui est entendu.
Il y a grades et grades, comme il y a fagot et fagot.
Il y aies grades, fruits de l'effort, du travail personnel, lesquels constituent une propriété inviolable.
Et il y a les grades qui, tombés d'un ciel de lit
royal ou impérial, dus au seul hasard de la naissance, peuvent et doivent être repris ou annulés par une République, bien qu'à l'époque où ils ont été décernés ils rentrassent dans la légalité en vigueur et quelqu'usage qu'en aient pu faire ceux qui en ont bénéficié.
Ainsi Ta déclaré le général Boulanger — qui fait chauffer son four par le radicalisme des Dreyfus et des Clemenceau. Et il a eu pour lui — avec le bon sens — toutes les gauches qui ont ordonné l'affichage de son discours ; et il a pour lui le pays en masse qui, malgré les objurgations des Keller et des Lareinty, n'arrive pas à prendre au sérieux le généralat — à vingt et un ans — d'un d'Aumale et le colonellat — à douze ans — d'un Nemours.
. Mais, dans la société actuelle, il n'y a pas que les galons et les étoiles qui offrent cette différence d'origine : ici, le travail ; là, la «' simple peine de naître ».
A côté d'un demi-quarteron de fils ou de petitsfils de rois ou d'empereurs qui ont trouvé dans leur berceau ces titres sur lesquels on s'est finalement décidé à porter la main de la nation, ne voyons-nous pas, par centaines de mille, des fils, petits-fils, cousins, neveux et autres membres des familles capitalistes trouver également dans leur berceau des usines, des mines, ici des raffineries, là des terres, avec le pouvoir le plus absolu sur les hommes y travaillant?
Ces princes de Tordre économique n'ont, pas plus que les autres, conquis leur position à cette « sueur du front » qui est « la pointe de Tépée » de la lutte pour la vie. D'Aumale, encore, lui, a été au feu quelquefois, à la Smala, dit-on, et ailleurs. Mais eux, les Périer d'Anzin et les Lebaudy de la Bourse, par exemple, quand donc et où ont-ils jamais payé de leur personne ?
Et la question se pose par suite — posée par un ministre de la guerre, s'il vous plaît :
Comment, si le berceau ne fait plus droit pour les grades, pourrait-il continuer à faire droit pour les biens ?
(Comment, si la propriété militaire n'est respectable et respectée qu'autant qu'elle représente l'eflbrtet l'aboutissant personnel, la propriété civile pourrait-elle être plus respectable et plus respectée qui ne peut produire de la part de ses titulaires aucun travail originel et constitutif ?
Qu'une pareille question, qui est sous un certain rapport toute la question sociale, ne soit pas pour plaire à nos républicains bourgeois qui nonseulement refuseront de la résoudre, mais éviteront de lavoir et nieront, comme de beaux diables, qu'il y ait le moindre lien entre cette revision propriétaire et la revision des contrôles de l'armée qu'ils viennent d'applaudir, c'est ce qui n'est pas douteux. Mais il n'importe !
La France ouvrière, elle, ne s'y trompera pas. Avec la logique qui la domine, elle tirçra toutes
les conséquences de la théorie et de l'acte signé Boulanger.
Elle n'admettra jamais que ce qui au militaire est bon, juste et proclamé nécessaire par nos gouvernants eux-mêmes, c'est-à-dire la suppression de l'hérédité en matière de grades et le « sac » — le même sac — pour tous, ne soit pas aussi bon, aussi juste et aussi nécessaire an social.
Elle voudra étendre de l'armée à l'industrie, au commerce et à l'agriculture, cette hiérarchie des fonctions fondée sur les seules aptitudes constatées par l'expérience commune.
Et lorsqu'elle sera au pouvoir, lorsqu'elle fera sa république, elle mettra dehors les patrons ouïes employeurs par la grâce de la naissance et la volonté des « auteurs de leurs jours ,», comme la République-Boulanger vient de mettre dehors les officiers-princes — et sans avoir à chercher d'autre exposé des motifs.
Comme en Amérique
Les 67.000 voix — et non les 45.000, ô Figaro ! — réunies par le candidat socialiste à la mairie de Nevs^-York mettent quelque peu à l'envers la cervelle de notre bourgeoisie.
S'être endormi, il y a je ne sais combien d'années, sur l'Amérique de M. Laboulaye, ignorante et à l'abri de toute question sociale, et se réveiller
brusquement au clairon d'une armée entière jaillie du sol avec Texpropriation des compagnies de chemins de fer et des auires sociétés capitalistes pour but immédiat, voilà qui est dur, en effet.
On ferait la grimace à moins.
Les Débats cependant, qui ne sont pas pour rien une pépinière de diplomates, essaient de faire contre la plus mauvaise des fortunes le moins mauvais des visages. Et, pour tranquilliser leur classe sur le socialisme révolutionnaire et ses progrès aux Etats-Unis, ils ont imaginé l'explication suivante :
Si la nationalisation du sol ou sa rentrée à la collectivité a trouvé 67.000 électeurs ou soldats dans une seule ville, « c'est que l'Américain comprend que la violence est inutile pour réaliser les réformes sociales. Pour y réussir^ il veut conque- 7nr le pouvoir politique et procéder, ensuite, par moyens extrêmes peut-être, mais par moyens légaux. Il se rappelle que même la sainte cause de Témancipation des esclaves n'a pas été accomplie par le coup de main de John Brown à Harper's Ferry en 1859. »
Rien de plus exact. Mais si telle est la méthode du Parti ouvrier ou socialiste aux Etats-Unis, telle est également — et telle a toujours été — la méthode de tous les partis socialistes, non seulement en Europe, mais en France.
Nous aussi, et avec nous le Parti ouvrier belge et la Démocratie socialiste d'Allemagne, de Hol-
La âOLûtiô?^ 39^
lande et de Danemark, nous n'avons jamais cru à l'expropriation de la classe capitaliste par voie d'insurrection faisant directement et sous la forme privée passer les moyens de production de la main des oisifs dans celle des producteurs.
Nous aussi, nous sommes persuadés que « pour réussir » il faut d'abord et avant tout « conquérir le pouvoir politique. »
Et, pour cette première conquête, nous employons tous les moyens, y compris le suffrage universel ou le moyen légal. Témoin les campagnes électorales que nous menons depuis sept ans bientôt et qui ont abouti à l'introduction dans les conseils électifs des Vaillant et des Chabert, des Baudin et des Langrand, des Basly et des Camélinat.
Seul, le gouvernement occupé par le prolétariat, lui permettra, « par moyens extrêmes, mais par moyens légaux », de procéder à la restitution à la société des chemins de fer, des mines, des hautsfourneaux, des tissages, et en général de tout l'outillage de production et de distribution des richesses.
Ce n'est que pour la prise de possession du gouvernement que nous sommes révolutionnaires, et pas par goût, par nécessité, parce qu'en France notamment c'est toujours une révolution qui a porté au pouvoir même les partis politiques bourgeois.
Révolution, 1830, qui installe la monarchie tricolore.
Révolution, 1848, qui des barricades de Février fait surgir la deuxième République bourgeoise.
Révolution — ou coup d'Etat — ' le 2 Décembre 1851, qui intronise l'Empire.
Révolution, le 4 Septembre 1870, qui restaure la forme républicaine.
Toujours la force a couronné et fait aboutir Tentreprise gouvernementale ou politique commencée par le bulletin de vote. Le fusil a complété l'urne.
De là nos deux armes, imposées par l'expérience de toute Thistoire : Turne d'abord, le fusil ensuite, que les événements nous mettront en mains, malgré nous.
Lors donc que les Débats s'efforcent, pour rassurer leur clientèle, de mettre sur le compte de la tactique américaine la marche victorieuse du socialisme par de-là l'Atlantique, ils ne font, sans le vouloir, qu'augmenter et que justifier les terreurs de la France bourgeoise, puisque cette tactique qui a réussi là-bas est notre tactique.
C'est légalement, par voie électorale, qu'a été inauguré aux Etats-Unis le mouvement abolitioniste sous le coup de fouet de l'appel aux armes et de la pendaison de John Brown. C'est violemment, à coups de canon, dans le sang de plus d'un demimillion d'hommes, que l'esclavage noir a été aboli.
11 n'en sera pas autrement en France et ailleurs
pour la suppression de oet esclavage blanc qu'est le salariat.
C^est légalement, par voie électorale, que procède le mouvement collectiviste ou communiste, sorti des hécatombes de Juin 48 et de Mai 1871. C'est violemment, dans le pouvoir conquis par nous sur la voie publique, transformée en champ de bataille^ qu'il finira.
Et cette fin est proche, entendez-vous !
(Novembre 1895).
ia
Le Salariat et ses Apologistes
Le salariat — qui, môme à Fissue du banquet barberetiste de Saint-Mandé, ne paraissait pas à un Waldeck-Rousseau « la forme la meilleure de rémunération de travail », — a trouvé plus qu'un défenseur, un apologiste dans un des principaux organes républicains qui le proclame « le grand moyen d'émancipation des classes inférieures », (( la base essentielle du travail libre », etc., etc.
C'est un économiste — naturellement — qui a été chargé de cette besogne, ingrate peut-être, mais lucrative à coup sûr. Et son argumentation est trop abracadabrante pour que nous ne la mettions pas sous les yeux des intéressés.
Et d'abord — c'est M. Paul Leroy-Beaulieu qui parle — il a fallu « un esprit égaré » comme Chateaubriand « pour comparer l'état du salarié « à l'esclavage. Jamais il n'y eut de rapproche- « ment plus faux. »
Ccst aussi notre avis.
Il est vrai que le salaire — c'est l'économie politique la plus officielle qui nous l'apprend — ne saurait dépasser normalement les frais d'entretien et de reproduction du salarié et que, sous ce rapport, ce dernier ne se distingue pas de l'esclave d'autrefois réduit, quelle que fût la productivité de son travail, à ce qui lui était nécessaire pour vivre. Mais là s'arrête la confusion. L'^esclave devait s'acheter comme un bœuf ou un cheval ; sa mort par suite, comme celle du cheval ou du bœuf, représentait une perte pour le maître, tandis que le salarié peut disparaître sans appauvrir d'un centime son patron ou employeur. Qu'il travaillât ou non, l'esclave — toujours pour la même raison qu'il constituait une valeur vénale — devait être nourri, habillé, logé, tandis que, le travail venant à manquer, le travailleur salarié n'a plus droit à aucun moyen d'existence.
Double différence qui constitue évidemment le salariat en progrès sur l'esclavage — pour les salariants.
Mais continuons :
« Le salaire libère celui qui le reçoit de toute « dépendance. Le salarié n'a que l'obligation de « fournir une tâche déterminée ; il est libre aupa- « ravant, il est liiyve après. »
Voilà qui est topique et laissera bouche close ceux qui s'avisaient de prétendre qu'il n'y a pas de pire dépendance que celle de l'homme cyii ïv'*'^ que ses bras et qui est obVigfe Ôl^. \^>» n^\à^^^ ''î^
400 LE SOGIALISMl:: AU JOL'R LE JOUR
quelque prix que ce soit, s'il veut manger — c'està-dire vivre 1 Travailleui's que Toii jette sur le pavé pour avoir fait partie d'une chambre syndicale, pour une grève trop bien conduite ou pour un bulletin de vote (|ui vous a été imposé par le contre-maitre et qui n'a pas été retrouvé dans l'urne, vous êtes l'indépendance même. Comme l'explique admirablement le professeur en question, en dehors de*^ douze heures qu'il vous faut, trois cent soixante-cinq jours par an, passer dans la manufacture ou dans la mine, pour satisfaire vos besoins les plus organiques, et en dehors des autres conditions, politiques, sexuelles, etc., qu'il peut plaire à vos employeurs de mettre à votre entrée dans cette mine ou dans cette manufacture, vous êtes libres comme l'air. Libres, avant d'être embauchés, — de mourir de faim, — et libres encore — de mourir de faim — après que vous avez été congédiés.
Votre liberté va même beaucoup plus loin que ne parait le croire M. Leroy-Beaulieu puisque, toujours à la condition de mourir de faim, vous êtes mêmes libres de ne pas contracter V « obligation do fournir une tâche déterminée ». Ce n'est ni plus ni moins que la liberté absolue, in- (égrah» ou V u idéal d'anarchie » que la proposilion Ilévillon-Marot sur les successions déclare (< encore bien loin do nous » et qui, grâce au salariat, existe depuis un temps immémorial.
(( Le salarié est allranchi des aléas de la vente.
(( Que le fabricant trouve à vendre ou qu'il doive (( garder dans son magasin la pièce de coton ou « de toile que le salarié lui a livrée, celui-ci n'en « pâtit pas. »
Autre proposition incontestable. Comment le salarié ne serait-il pas affranchi des aléas de la vente de ses produits^ puisque ses produits lui sont soigneusement enlevés par ses employeurs? Il se trouve absolument dans le cas de l'étranger voyageant en Italie et qui dépouillé de son portefeuille et de sa bourse par un Fia Diavolo quelconque, est affranchi des aléas du change. Heureux étranger, et plus heureux salarié !
Une vente, en revanche, dont les aléas ne sont pas supprimés pour le travailleur, mais créés, au contraire, de toutes pièces par le salariat, c'est la vente de ses bras, de sa personne tombée à l'état de marchandise, avec ces aléas qui s'appellent chômages, heures supplémentaires, etc. Le pain de chaque jour du salarié, c'est-à-dire sa vie même, est suspendu à tous les hauts et les bas du (( marché du travail » — nom et forme modernes de l'ancien marché aux esclaves. Mais ça, c'est la condition du « travail libre »..., libre de ne pas nourrir le travailleur.
Qu'on ne croie pas, d'ailleurs, que M. Paul Leroy-Beaulieu soit au bout de ses arguments. Son sac en contient encore au moins deux — également irrésistibles : l'un d'ordre historique, l'autre d'ordre logique.
La preuve — nous continuons à citer textuellement — que « le salaire est le grand instrument « d'émancipation, c'est que partout où Tescla- (( vage et le servage ont disparu, on a vu naître le « salariat».
Adversaires du salariat, parez ce coup — si vous le pouvez ! C'est comme qui dirait : la preuve que l'esclavage est le grand moyen d'émancipation, c'est que, partout où Tantropophagie a disparu, on a vu naître l'esclavage. Ou encore : la preuve que les travaux forcés sont la liberté, c'est que partout où les galères ont disparu, on a vu naître les bagnes. Il n'y a décidément qu'un économiste pour étudier et comprendre l'histoire de notre espèce et ses recommencements économiques.
Quant à l'argument d'ordre logique, il est plus mirifique encore :
« Le salaire est, à nos yeux, la pierre angulaire de la société civilisée et démocratique. »
« A nos yeux », n'ayant jamais *-<56jistitué une démonstration suffisante depuis la deiïîa!84ê ^® Diderot : « sont-ce mes lunettes qui pêchen les vôtres ? » l'affirmation au premier abord paraît sans doute un peu trop subjective. Mais qu'on lui restitue sa vraie forme, la forme syllogistique, et, immédiatement, on devra se convaincre qu'elle renferme sa preuve en elle-même :
Nous sommes une société civilisée et démocratique ;
Or le salariat est la pierre angulaire de notre société ;
Donc le salariat est la pierre angulaire de la société civilisée et démocratique.
Encore une fois, rien à répondre à des dialecticiens de cette force. Il n'y a qu'à les prendre au mot et — puisque pour eux le salariat est le comble de rindépendance pour l'individu et de la civilisation pour la société — à les débarrasser au plus tôt, euxet leur classe, des propriétés mobilières et immobilières, qui les empêchent aujourd'hui de jouir de la liberté de nos salariés, à trois francs par jour, de Tindustrie, du commerce et de l'agriculture.
C'est à quoi ne faillira pas le Parti ouvrier, dès que son organisation et les circonstances le permettront.
{22 juillet i884).
L'Ordre empoisonneur
Nos bourgeois — qui cependant lui doivent tant puisqu'elle a été, avec « la lanterne », un des grands instruments de l'émancipation de leur classe — se sont pris depuis quelques années d'une sainte horreur pour la guillotine.
Les moins ingrats — comme M. Berthaud —
voudraient l'expulser de la rue, lui interdire le grand soleil :
Cachez ce sang que je ne saurais voir
s'écrient ces Tartufes d'un nouveau genre ; jetez par dessus, comme un voile, le mur d'une prison et qu'on exécute à l'avenir sans public, sans publicité, à huis clos, presque en chambre, disons le mot : comme on assassine !
Cette mise à l'ombre de la « hideuse machine » — qui vient d'être prise en considération par le Sénat — est loin de satisfaire les autres qui entendent supprimer la machine elle-même.
Ne suppose- t-elle pas, n'exige-t-elle pas le bourreau, c'est-à dire un homme qui fait métier, qui vit de tue?' et que les prétentions humanitaires de Joseph Prudhomme, comme les nerfs de « madame son épouse », sont exposés à rencontrer, à coudoyer tous les jours sur la voie publique, au café, au théâtre, partout ?
Tout en conservant les « hautes œuvres » — on ne saurait posséder et diriger à moins — ces classesdirigeants et possédants voudraient donc faire disparaître « la personnalité, l'office, Texistence de leur exécuteur », toutes choses qui, ils l'affirment, « ne cadrent avec rien de ce qui constitue nos mœurs, notre société, notre civilisation ».
Pour cela — c'est un rédacteur du Siècle ^^\. Frederick Thomas, qui a attaclié son nom à cette découverte — il suffirait de substituer le fusil au cou-
peret en transformant l'armée nationale en un seul Monsieur de Paris à quatre cent mille têtes.
« L'article portant : Tout condamné à mort aura la tête tranchée^ serait remplacé par cet autre article : (( Tout condamné à mort sera fusillé ! Douze citoyens jurés ayant prononcé la sentence, douze citoyens soldats l'exécuteraient ».
Rien de plus simple, comme on voit, et de plus économique, bien que l'assimilation des « citoyens soldats qui exécutent la sentence » aux « citoyens jurés qui la prononcent », ne supporte pas la discussion, les jurés qui coadamnent étant libres de ne pas condamner, pendant que le peloton préposé à l'exécution serait obligé d'exécuter quand même et toujours, Moreau, aussi bien que Lesurque, les innocents de par la Loi comme les innocents de par la Science.
Mais, sauf cette nouvelle violation de la liberté individuelle à ajouter aux mille et une autres qui constituent ce qu'on appelle le droit commun, la solution était digne de l'ordre bourgeois : tous bourreaux^ à tour de ro/^, gratuitement et obligatoirement.
Il parait cependant que, malgré tousses avantages, elle n'a pas trouvé grâce devant nos législateurs qui Tout écartée « sans débat » comme une simple revision à la Barodet. Et c'est alors que M. Edouard Charton — qui dans son Tour du Monde aéchoué au Luxembourg — estintervenu avec une proposition plus mirifique encore, laquelle a été
adoptée par la commission d'initiative parlementaire.
Pour M. Charton comme pour M. Thomas, Tinstrament de supplice qui sert en France à l'exécution de la peine de mort n'est plus ce qu'il faut à notre temps [aie) — le temps des fusils à répétition, des torpilles et de la dynamite ! C'est « un procédé barbare », emprunté, qui plus est, à TAUemagne du moyen-àge, contre lequel proteste « le souci de la dignité humaine ». Et au nom de « tout progrès qui exige un effort d'esprit » (resic) il demande qu'on le remplace par « un agent physique ou chimique assez puissant pour anéantir instantanément la vie. »
Empoisonnez ! ne décapitez plus /tel est le cri de la (( conscience » de notre sénateur qui nous promet — si cette modification, renouvelée de la cigiie de Socrate, est votée — « l'approbation de nos descendants ».
Sans attacher plus d'importance qu'il ne convient à ces bravos de nos arrières-neveux, je n'ai, pour ma part, aucune objection à ce que, au lieu de continuera découper, comme un vulgaire Billoir, les assassins qu'elle engendre commue le poirier porte des poires, notre honnête société capitaliste se mette à les intoxiquer comme une simple Brinvilliers.
Ça la changera en la complétant.
La révolution par en haut
On étonnerait fort M. le capitaine du génie Renard, directeur des ateliers militaires de Chalais, et M. le capitaine d'infanterie Krebs, en leur disant qu'ils sont en train de tuer la guerre étrangère et de préparer la guerre sociale.
Tel sera pourtant le résultat infaillible de la dirigeabilité des aérostats, qu'ils affirment avoir découverte — et qui l'est réellement, à moins que le ballon du 9 août dernier ne soit le plus énorme des canards qui ait jamais été lâché à travers la presse.
C'est d'un autre côté, dans un autre ordre de faits — je ne Tignore pas — que certains esprits, plus ou moins superficiels, ont d'abord cherché la révolution immédiate qu'entraînera fatalement la route de l'air ouverte à la liberté de l'homme. Devant ce nouveau moyen de locomotion, ils se sont écriés : « Plus de douanes, sinon plus de frontières ! C'est le triomphe du libre échange par la contrebande, désormais irrépressible. » Mais ils ont évidemment pris leur désir — que nous partageons — pour une réalité. Dentelles, diamants et autres menus objets de luxe, d'aussi grande valeur que de petit volume, pourront trouver dans la nouvelle voie l'affranchissement des droits qui les grevaient sur « le plancher des vaches ». Quant aux vaches elles-mêmes, c'est-à-dire au bétail, quant au blé.
408 LE socialismiî: au jour le jour
aux vins, aux fers, à la houille, et à tous les produits indispensables, leur poids les attachera — pour longtemps encore, sinon pour toujours — au rivage du fisc. Et c'est par un pied de nez que les gabelous peuvent, d'ores et déjà, répondre aux prochains défls aérostatiques, qui ne sauraient toucher à leurs appointements.
Ce que va révolutionner du jour au lendemain la navigation aérienne, c'est la face militaire du monde, et par contre-coup sa structure sociale.
Avec les torpilles sus-terraines que le ballon dirigeable — et dirigé — va pouvoir poser où bon lui semble, impossibles, les agglomérations de plus en plus considérables de porte-fusils et de traînecanons qui constituent les armées modernes ! Inutiles, les forteresses que Ton sème, comme autant de chausses- trappes, sur le parcours de ces armées pour les arrêter et les diviser !
Allez donc concentrer, pour une invasion ou une bataille, je ne dis pas même un million d'hommes, mais seulement quelques milliers, alors qu'il suffira pour les anéantir du passage à deux ou trois mille mètres au-dessus de leur tête d'un de ces nuages, de fabrication humaine, chargés de nitroglycérine ou de dynamite en guise de foudre !
Entêtez-vous donc à cuirasser vos villes d'enceintes continues ou de forts détachés, garnis de la plus puissante et de la plus coûteuse des artilleries, alors que sous la légendaire pluie de feu du moyen-âge, devenue une réalité par le génie de
VAHIA 409
MM. Kreps et Renard, tous ces moyens de défense ne seront qu'autant d'occasions de ruines!
La première nation qui — dans Tétat de nature où elles sont actuellement les unes vis-à-vis des autres — aura dans son jeu ces espèces de brûlots aériens fera, sans avoir même à s'en servir, la loi à toutes ses rivales, hors' de combat avant d'avoir combattu. Donc, menace de guerre — mais pas de guerre.
Et non seulement pas de guerre, mais pas même de menace de guerre, lorsque — la science comme l'eau tendant à retrouver partout son niveau — toutes les nations seront également pourvues de la nouvelle arme, c'est-à-dire également en mesure de se détruire réciproquement et simultanément.
Voilà, comme corrollaire, les gouvernants bourgeois des divers pays acculés à la suppression des armées permanentes, basées officiellement sur les nécessités de la défense extérieure, et désormais hors d'usage.
Quel prétexte vont-ils pouvoir invoquer pour maintenir Tarme au pied, dans les casernes et dans les camps, les forces vives du pays, dont Tentrainement et la mobilisation ont cessé de rimer à quoi que ce soit ?
Car il n'est pas admissible que, si moutons qu'ils soient, les contribuables qui ont consenti à se laisser saigner de 200 mille hommes et de 600 millions par année tant que la sécurité natioi
vait être à ce prix, laisseront courir de pareils frais devenus sans objet, se prêtant au déficit pour le déficit comme on fait de Y art pour Fart. Ils réclameront le licenciement d'une armée qui en cessant d'être une sauvegarde sera devenue un péril. Et de deux choses Tune :
Ou ils l'obtiendront, — et ce sera la bourgeoisie, incapable de se protéger elle-même, découverte matériellemeiit et livrée aux coups d'un prolétariat d'autant plus impatient que la camisole de force dans laquelle on l'emprisonnait aura' disparu.
Ou il leur sera refusé. Malgré que leur rôle international soit fini, infanterie, cavalerie et artillerie, par lesquelles a été remplacée la fameuse trilogie d'antan : Liberté^ Egalité^ Fraternité^ seront maintenues, mais sous leur vrai nom alors, avec leur vrai et unique attribut, comme troupes de police. — Et ce sera la bourgeoisie découverte moralement^ obligée — ce dont elle ne se relèvera pas — de proclamer que ses privilèges, sa monopolisation des moyens de production, la constituent en état de guerre contre le reste de la nation.
Dans les deux cas, c'est Tordre actuel ébranlé jusque dans ses fondements et précipité vers sa ruine.
La direction des ballons aura été pour le régime issu de 1789 ce que la poudre à canon a été pour le régime féodal : un instrument de mort.
Et — coïncidence remarquable — de même que
c'est d'un moine, c'est-à-dire du clergé, qu'est partie la découverte qui devait, avec la féodalité nobiliaire, balayer la féodalité ecclésiastique, c'est de deux épau/etiers, c'est-à dire de l'armée, que part aujourd'hui la découverte qui n'aboutira à la destruction de la nouvelle féodalité capitaliste qu'à travers la destruction du militarisme.
L'anthropophagie régressive
Le Tartufie de Molière qui s'écrie par l'organe de Coquelin ou de Got :
Cachez ce sein que je ne saurais voir
est ridéal de la franchise comparé aux bourgeois des deux mondes, qui devant « la vérité vraie » sur les derniers jours de l'expédition Greely au pôle Nord, se sont avisés de s'indigner et geignent dans toutes les langues :
(( Eloignez de nous jusqu'à l'idée de ces repas de chair humaine que nous ne saurions supporter. »
Il parait, en effet, qu'après trois années d'abandon dans les glaces, leur dernier canot fracassé, à bout de ressources et d'espoir, les entrailles tenaillés par la faim, les survivants du Proteus sont retournés à l'anthropophagie ancestrale.
Après s'être repus des cadavres de leurs compagnons délivrés par le scorbut ou la fièvre, ils^
412 LR SOCIALISMK AU JOUR LE JOUtt
auraient, mis en appétit, achevé les malades ouïes moribonds ainsi convertis en viande fraîche.
Les ossements rongés, qui, dans les couverturesbières, figuraient les victimes du Pôle, ne laissaient aucun doute sur ces scènes de cannibalisme. Et, j)énétré d'horreur devant une semblable découverte, Tétat-majordu navire tardivement libérateur, la Thé fis, s'était engagé par serment à taire ce qu'il avait vu, en môme temps qu'il faisait disparaître les preuves sous le bois scellé des cercueils.
Mais les matelots, qui n'étaient pas dans la conjuration, parlèrent. Et, mise en éveil, la tartufferie moderne put se donner libre carrière.
Anthropophages — en plein dix-neuvième siècle — dos blancs ? les libres citoyens de la « religieuse » Amérique ? Horrible ! most horrible !
Plusieurs semaines se sont écoulées depuis la douloureuse révélation, — et les exclamations et les lamentations durent encore.
S'il est cependant quelque chose de naturel — et d'humain, dans le sens scientifique du mot — c'est l'extrémité à laquelle se sont portés les naufragés de la nouvelle Méduse, A défaut d'autres aliments, Thomme servant d'aliment à l'homme ! Mais c'est plus que le droit, c'est le devoir.
Cette anthropophagie-là, qui s'est imposée pendant des siècles à notre espèce dans le passé ef qui a été le plus puissant agent du progrès en assurant la survivance des plus forts^ des mieux doués
aussi longtemps qu'il n'y a pas eu place pour tous à la vie ; cette anthropophagie, nécessaire et féconde, non seulement n'a rien qui puisse nous scandaliser, mais nous devons la saluer chaque fois qu'on Tévoque. Chapeau bas devant cette sélection par la mort dont nous sommes les fils et les bénéficiaires!
Il est, en revanche, un cannibalisme qui devrait soulever Thumanité comme un seul homme, non pas pour l'arroser de larmes impuissantes, mais pour le détruire d'un seul coup: c'est celui qui a perdu toute raison d'être, qui continue dans des sociétés arrivées à uniel degré de production agricole et industrielle que la mort des uns n'est plus la condition de la vie des autres et qu'existent pour tous, sur notre globe asservi et transformé par la science, les moyens de satisfaire tous leurs besoins.
Or, ce dernier cannibalisme — monstrueux parce qu'il ne répond à aucune utilité — est perpétué et a été généralisé par ce qu'on appelle Tordre capitaliste.
De quelque côté que nous jetions nos yeux civilisés, nous nous heurtons au spectacle de l'homme mangé, dévoré par Thomme. Et ce n'est pas le besoin qui préside à cette débauche de chair — ou d'existence humaine. Non, c'est pour le profit ; c'est pour couvrir de dentelles leurs cocottes légitimes et illégitimes, pour loger dans le marbre leurs chevaux, quand ce n'est pas simplement pour avoir « plus de dinersque d'appétit», que la
classe des employeurs consomme sur pied, tout vivants, tranche par tranche, les centaines de millions de prolétaires de tout âge et de tout sexe qu'ils ont achetés — comme un filet de bœuf ou un turbot — sur le marché du travail approvisionné par la faim.
Et ces hommes que Ton dépèce ainsi tous les jours, dans tous les ateliers de l'ancien et du nouveau monde, ne sont pas — comme au pôle Nord — des mourants que Ton aide à mourir, dont on abrège l'agonie. C'est la fleur de la race ; ce sont des organismes en pleine santé ; ce sont les reproductrices ou les créatrices de notre espèce, jeunes femmes et jeunes mères ; ce n'esl pas seulement la vie d'aujourd'hui, c'est la vie de demain : ce sont des enfants.
Malédiction, oh ! oui, sur cette anthropophagie régressive qui ne conserve pas et ne développe pas l'humantié comme l'autre — qui la saigne de son meilleur sang!
Sus aux cannibales du patronat, et deux fois sus aux crocodiles qui, des deux côtés de l'Atlantique, se paient des haut-le-cœur à propos des trois ou quatre malheureux mangés du Pôle, alors qu'ils déjeunent, dînent et soupent, eux, trois cent soixantecinq jours par année, de plusieurs centaines de leurs semblables !
La Libre-pensée émancipée
La Libre -pensée — avec un grand L — a eu à son berceau tous les sourires de la bourgeoisie qui, après lui avoir servi de marraine, sinon de nourrice, Fa fait sauter à Tenvi sur les genoux de ses Léo Taxil et de ses Edmond Lepelletier.
Poupée articulée disant mieux que papa et maman : inquisition, dragonnade, superstition^ etc., ça devait être la Iranquilité des patrons et Y amusement des ouvriers, traités en grands enfants et incapables, pendant qu'ils joueraient à Tanti-cléricalisme, d^inquiéter dans ses vols la classe capitaliste. Et partout, à Paris et en province, s'organisaient à grand renfort de drapeaux, de banquets et de discours — de discours surtout — les sociétés de Libres-penseurs, en opposition aux groupements socialistes dont il s'agissait d'enrayer les progrès.
Détourner, des accapareurs de la terre sur les exploiteurs d'un ciel de fantaisie, les colères et les efforts du prolétariat ; remplacer, par Pinutile et inoffensive guerre au prêtre, la nécessaire et féconde guerre à ï employeur, tel était, en efïet, le but des meneurs bourgeois de la Libre-Pensée.
Mais, plus forte que la volonté humaine, la nature des choses n'a pas tardé à faire éclater ce plan àlaTrochu. Au fur et à mesure qu'elle jetait des racines plus profondes dans la classe des tra-
416 LK SOCIALISME AU JOUR Li: JOUR
vaillenrs, la Libre-Ponsée, qui était dirigée contre le socialisme, s'imprégnait de socialisme. Et dans son quatrième Congrès, tenu la semaine dernière, salle Jussieu, elle vient de passer officiellement, avec armes et bagages, à l'ennemi, apportant au parti de l'expropriation politique et économique de la bourgeoisie l'appoint de ses groupes fédérés.
Convaincu que l'émancipation intellectuelle est inséparable de Témancipation économique, qu'elle ne saurait précéder, dont elle ne peut être que la conséquence, le Congrès a adopté la résolution suivante :
Nous croyons que la solution de la question sociale se trouvera dans l'abolition de la propriété individuelle et dans son remplacement par la propriété collective...
Nous estimons que, par la faute du capital, toute solution pacifique est désormais impossible, etc., etc.
Le Congrès a, en outre, fait sien — en ne le modifiant que dans sa rédaction — l'article 4 de notre programme de Marseille, Le Havre, Reims, Roanne et Roubaix, portant « instruction scientifique et professionnelle de tous les enfants, mis pour leur entretien à la charge de la société, représentée par l'Etat et par la Commune ».
Impossible d'entrer plus hardiment dans la voie socialiste révolutionnaire. Aussi faut-il voir « la tête » de nos braves bourgeois devant cet aboutissant — inattendu — du travail de leurs Morin et autres papes et sous-papes de la « religion laïque? »
La poule à laquelle on a fait couver des œufs de cane, et qui assiste du bord à la première pleineeau de sa progéniture putative, ne hérisse pas plus désespérément ses plumes et ne pousse pas des gloussements plus plaintifs que les volatiles du Temps.
« Imprudents et insensés que vous êtes — piaulent-ils à la volée de collectivistes ou de communistes sortis de la coquille libre-penseuse — à quelle catastrophe vous courez ? C'est votre mort — au moins morale — en ce sens que vous voilà à jamais a coulés » dans la population ouvrière dont (( aucune partie, si minime soit-elle, ne vous suivra ».
Et, en même temps que les bons apôtres s'égosillent à crier casse-cou k leurs affranchis^ ils s'efforcent de leur persuader, par voie démonstrative, de revenir au rivage, c'est-à-dire à la raison — sociale : Propriété^ Patronat et C^ :
Vous vous croyez — écrit le Temps — « les pionniers de l'avenir », et vous êtes a les êtres les plus arriérés du monde ». « Vieillerie, la communauté des biens ! »
Ce qui signifie sans doute que la propriété collective a, partout et pendant des siècles, présidé au développement de notre espèce — et ce à quoi nous rie contredirons pas et pour cause. Mais en quoi, parce qu'il a été d'utilité sociale dans le passé, le collectivisme aurait-il perdu le droit de l'être à nouveau dans Tavenir ? Combien d'institu-
tiens — à commencer par le suflFrage universel ou le principe électif — que le Temps défend înordieus contre les anarchistes, comme la pierre angulaire de la société moderne — ont dû, après avoir été abandonnées, être reprises par Textrême civilisation à Textréme barbarie ?
La communauté des biens ! — continue le Temps ^ qui, en matière de « nouveautés », est réduite à la plus vieillote des plaisanteries : — « Pourquoi pas aussi la communauté des femmes ? »
Mais tout simplement, excellent confrère, parce que cette communauté des femmes est la loi de votre aimable société qui l'a réalisée non seulement dans ses maisons dites de tolérance, mais dans tous les ateliers transformés en sérails patronaux, et que, ce que nous voulons précisément, c'est en finir avec ce communisme des personnes^ de la seule façon dont cela soit possible : par le corn- 7nunisme des choses. Ce n'est que lorsque la machinerie moderne aura cessé d'être appropriée exclusivement par quelques-uns que la femme cessera d'être, en même temps que machine à profit, machine à plaisir.
Quant à la mise des enfants à la charge de la société — les garantissant tous sans distinction et également contre la faim et contre l'ignorance — que le Temps qualifie « d'aberration » renouvelée des Grecs — ou des Perses, elle ne fait qu'accfen- ^^ler l'état mental — ou démental — de la bour- H^Ébsie qui ne s'aperçoit pas, la malheureuse, que
cette « réminiscence » qu'elle nous reproche s'est imposée à elle-même - témoins ces écoles primaires gratuites et obligatoires qu'il lui a fallu ouvrir, et dont l'instruction intégrale, entretien compris, que nous poursuivons n'est que le complément inévitable.
Tels sont pourtant les seuls arguments que dans son désarroi — trop explicable — l'état-major bourgeois de la Libre Pensée a pu mettre en avant pour ramener à l'ordre — propriétaire — ses soldats re tournés contre lui.
Autant dire qu'il en sera pour ses frais de salive — ou d'encre.
Attentat inutile
Il parait qu'après avoir été tiré à plomb comme un simple lapin en 1878, l'empereur de M. de Bismarck a failli, en septembre de rannéc dernière, être passé à la dynamite comme la première roche neptunienne venue, lors de l'inauguration de la Germania,
C'est du moins ce que tendrait à faire croire le procès qui se déroule, depuis quelques jours, devant la cour suprême de Leipzig et qui, jusqu'à présent, n'a établi qu'une chose : c'est que la Providence, sous la forme pluie, n'est pour rien dans l'insuccès de « l'attentat », dû tout entier au cigare
4f0 LE SOCIALISME AU JOUR LE JOUR
préalablement éteint avec lequel le prévenu Rupsch a feint de mettre le feu à la mèche.
Mais en fùt-il autrement ; la mine de Niederwald eùt-elle été allumée pour de bon ; et, au lieu du renvoi de huit ouvriers devant la justice impériale, elle eut abouti à Texpédition — eu morceaux — du vieux Guillaume IV de Prusse dans « le monde meilleur » où Ta précédé Alexandre II de Russie, que je ne verrais pas là matière à tant d'indignation de la part du parti de Tordre capitaliste.
A voir nos bourgeois de toutes couleurs lever les bras au ciel ; à les entendre accuser la «peste » du socialisme, à propos du faux dynamité d'outre- Vosges, on dirait, ma parole, que c'est la première, fois qu'un roi ou un empereur aurait été « aidé à mourir » par un ou plusieurs de ses sujets. On dirait que le régicide est d'invention ouvrière. Alors qu'au contraire il n'existe pas dans toute la classe possédante et gouvernante un seul parii politique qui n'ait et pratiqué et théorisé^ si je puis m'exprimer ainsi, le meurtre des souverains.
Monarchistes, vous avez joué du couteau — préalablement trempé d'eau bénite — contre vos monarques les plus légitimes, avec Jacques Clément et Ravaillac. Vous avez eu Thonneur de la première machine infernale avec Cadoudal. En même temps que vos docteurs en Loyola maxi- /?2«/e;2/ longuement le droit de se débarrasser par tous les moyens des chefs d'Etat ayant cessé de plaire, et que votre grand de Maistre n'avait pas
, VAHIA 421
peur de donner pour correctif au pouvoir absolu un poignard ou toute autre arme maniée d'une main sûre.
Républicains, ce sont vos pères, les grands bourgeois de 92, qui, dans « le temple même des lois », comme on disait à Tépoque, mettaient « les tyrans » hors de l'humanité et proclamaient leur « assassinat » un acte de justice. Et toute la première moitié de ce siècle est remplie &e vos « attentats ». Depuis « l'eustache » de Louvel jusqu'aux bombes d'Orsini, en passant par la mitrailleuse de Fieschi, il n'est pas d'engin que vous n'ayez appliqué à vos battues royales et impériales.
Et remarquez que ni aux uns ni aux autres je ne reproche ce « tir aux porte-couronne ». J'admets que dans une société basée sur la force, vous ayez mis la force individuelle au service de vos intérêts collectifs. Et je salue tous ceux des vôtres indistinctement qui — nouveaux Manlius — ont payé de leur vie la trouée sanglante ainsi ouverte à leur parti ou à leur classe.
Mais que ne vous enfermez-vous alors dans la plus respectueuse des réserves lorsqu'encouragés par votre exemple, formés à votre école, des prolétaires se rencontrent pour prendre votre suite et jouer, à leur tour, leur peau dans le plus inégal des duels contre des chefs d'empire retranchés, comme dans une triple cuirasse, derrière leur police, leur magistrature et leur armée ?
A quel titre, pourquoi et comment les condam-
ner, lorsqu'ils ne font que vous plagier — à moins que ce ne soit parce qu'ils ne savent pas viser — témoin Alphonse d'Espagne encore vivant — ou parce que leur dynamite ne part pas — témoin Guillaume d'Allemagne, moins mort que jamais ?
Non, notre droit au régicide est entier. Nul ne saurait le contester. Et si nous n'en usons pas, nous les socialistes révolutionnaires ; si nous avons pour ainsi dire rayé cette arme de notre arsenal, ce n'est pas qu'elle ne soit aussi légitime dans nos mains que dans les vôtres ; c'est, qu'étant donné notre but, elle est — certaines circonstances réservées — devenue inutile ; c'est qu'elle ne porte pas, dans la lutte de classe qui s'impose à l'émancipation humaine.
En quoi, par exemple — je le demande àReinsdorf et à ses co-accusés de Leipzig, qui, devant leurs juges, ont affirmé la nécessité d'exproprier au profit de la masse les détenteurs individuels du capital — en quoi la suppression d'un homme — et de quel homme ! un vieillard de quatre-vingtquatre ans — en quoi une substitution violente d'empereur oiU-clle pu avancer l'heure de cette expropriation libératrice, conditionnée à l'avènement au pouvoir d'un prolétariat organisé ?
Guillaume disparu et remplacé par un Frederick quelconque, terres, usines, manufactures, en eussent-elles moins été possédées exclusivement par minorité aussi riche qu'oisive et mises en va
leur par une majorité aussi laborieuse que misérable ?
Ni le salariat, cet esclavage moderne, plus hypocrite mais non moins dur que l'ancien, n'aurait été supprimé ou modifié ; ni les salariés n'eussent vu améliorer si peu que ce soit leur condition, livrée, comme par le passé, à l'arbitraire de l'offre et de la demande.
Là est la raison de notre abstention — et elle n'est que là.
On s'en apercevra le jour où, l'armée ouvrière prête pour l'assaut, un coup frappé haut et juste deviendrait nécessaire comme signal.
Gribouille !
Nos gouvernants n'ont, paralt-il, pas renoncé à leur fameuse loi contre les récidivistes,, que le Sénat va être prochainement mis en demeure de voter.
En vain, Channing, qu'ils citent sans le comprendre, leur déclare « les sociétés responsables des calamités qui .éclatent dans leur sein ».
En vain, la science leur crie, par la bouche peu suspecte d'un Littré ou d'un Vyrouboff, que « ce qu'on appelle le crime est, comme la folie, le produit fatal, immanquable de certaines conditions organiques et sociales ».
En vain, confirmant la science, avec laquelle
elle ne fait qu'un, l'expérience, une expérience de tous les jours, leur montre « l'armée du désordre » se recrutant exclusivement parmi les individus privés de moyens d'existence.
Données expérimentales et données scientifiques sont nulles et non avenues, du moment qu'elles se retournent contre un ordre économiqlie que la bourgeoisie, qui Ta fait à son image, loin de vouloir accuser et modifier, n'admet même pas qu'on discute.
Et lorsque le grand, l'unique coupable est le Code civil qui, après la propriété exclusive de quelques-uns, a créé la misère des autres et, avec cette misère accumulée et transmise, l'ignorance, rivrognerie et les autres causes secondaires de toute criminalité, c'est au Code pénal que continuent à s'en prendre nos dirigeants apeurés. C'est à l'aggravation des châtiments qu'il édicté qu'ils s'obstinent à demander une protection impossible.
Impossible^ ai-je dit, et avec raison : car s^il est une prétention absurde, une entreprise chimérique, c'est de conserver la prostitution dans la loi, après l'avoir rendue nécessaire, et d'avoir la (( fille » en carte ou en maison sans avoir le « souteneur » dans la rue. C'est d'avoir, .^ la base de la production et de l'échange, le vol normalisé ous le nom de profit, de bénéfice ou de dividende, sans retrouver ce droit des oisifs d'en haut mis en pratique par les oisifs d'en bas. C'est d'avoir, dans
les rapports de peuple à peuple, l'homicide en grand glorifié dans la guerre, dans toutes les guerres, même les guerres de « conquête économique », comme au Tonkin hier et à Madagascar aujourd'hui, sans le rencontrer dans les rapports individuels à Tappui de brigandages privés.
On pourra remettre en vigueur la vieille loi de 1791, qui stipulait que « quiconque ayant été repris de justice pour crime viendrait à être convaincu d'un nouvel attentat serait, après avoir subi sa peine, transféré pour le reste de la vie dans le lieu de déportation des malfaiteurs ».
On pourra, empruntant k la Convention une de ses dispositions les plus atrocement bourgeoises, « assimiler aux récidivistes les vagabonds », c'està-dire ceux dont le seul crime est d'avoir, à leur naissance, trouvé, confisqué par quelques-uns, le patrimoine de tous, disons le mot, à'avoir été volés.
On pourra enfin — comme l'a décidé la Chambre — donner un effet rétroactif à la nouvelle loi de transportation, c'est-à-dire faire violer la loi par le légiféreur, afin d'en inculquer le respect aux légifères.
Toute cette orgie de répression — qui n'atteint que les fruits et laisse subsister l'arbre — n'aboutira pas. Ou, si elle aboutit, ce sera à augmenter le danger qu'elle tend à conjurer.
Il faut, en effet, toute la sottise conservatrice
pour s'imaginer que « les éternels ennemis de
toute société », comme la bourgeoisie appelle les fils naturels de ses œuvres, vont se laisser mettre ainsi hors la loi sans se défendre et ne rendront pas guerre pour guerre.
Acculés à une peine perpétuelle, sous le coup de la guillotine sèche qui les attend quoiqu'ils fassent ou ne fassent pas, n'est-il pas de toute évidence qu'ils voudront aller jusqu'au bout, en découdre avant de se rendre ?
Et qui fera — sinon nous tous — les frais de cette résistance désespérée ?
La prison mettait cinq ans, dix ans, quinze ans, à faire d'un vagabond ou d'un voleur un assassin. Et c'est pourquoi les « honnêtes gens », qui tiennent à leur peau, n'en veulent plus.
La transportation, la peur de la transportation, la volonté d'y échapper à tout prix, opérera la transformation meurtrière en quelques secondes.
En vérité, en vérité, je vous le dis, Gribouille, qui se jetait à l'eau par crainte de la pluie, n'était pas seulement un profond politique. Gribouille était la politique môme, comparé à nos gouvernants bourgeois.
Fous à lier
Après avoir doublé le cap de la Chambre, le projet de loi sur les récidivistes, promis par Gam-
betta et tenu par Waldéck, est entré hier dans le port du Sénat^ remorqué par 198 voix sur 218 votants.
On connaît, dans ses grandes lignes au moins, ce projet à la veille de devenir loi et aux termes duquel seront obligatoirement relégués — ou enterrés — dans une quelconque de nos Guyanes d'Afrique, d'Amérique ou d'Océanie les « malfaiteurs d'habitude ou de profession ».
Sont compris dans cette catégorie non seulement les condamnés pour meurtre, vol, escroquerie, abus de confiance, outrage public à la pudeur ; mais^ les mendiants et les vagabonds qui auront accumulé un certain nombre de condamnations.
Un droitier, M. de Gavardie, a en vain essayé d'arracher à cette guillottine sèche les u voleurs de récolte », en soutenant très justement et très courageusement qu'on pouvait être un « très honnête homme » et « grappiller sur le terrain d'autrui, en souvenir de l'ancienne et primitive communauté de la terre ».
Sans plus de succès, un ex-magistrat, M. Bérenger^ a réclamé en faveur du vagabondage et de la mendicité qui, même arrivés à leur maximum, ne « sauraient justifier » les rigueurs exceptionnelles de la prochaine loi.
« Les gens sans moyens d'existence et sans travail sont un danger, le pire des dangers pour la société » — des propriétaires, ont répondu ministère
et commission aux applaudissements du grand conseil des communes de France.
Pauvreté n'est pas vice — elle est crime, le crime des crimes, ceux qui par violence et par fraude se sont approprié le patrimoine commun de Thumanité ne pouvant pas pardonner à ceux qu'ils ont
dépouillés.
Quant à ce que coûtera la relégation ainsi étendue, on rignore, ou on le cache. Mais comme, sur les 75.000 récidivistes accusés par la dernière statistique, plus du quart tombent sous le coup du nouveau Code pénal, il n'est pas douteux que dès la première année le supplément de sûreté exigé par la classe capitaliste dépassera de beaucoup les 25 millions qui la semaine dernière ont été refusés par la plus républicaine des majorités aux sans pain de l'heure actuelle.
Et tout cela, millions dépensés et atrocités accumulées, inutilement. Car pour croire un seul instant qu'en supprimant les récidivistes on va supprimer la récidive, il faut se crever les yeux à plaisir et refuser de voir que meurtres, volset autres « fleurs du mal » de Tordre actuel sont inhérentes à cet ordre et repousseront aussi drues, sinon plus, au fur et h mesure qu'on pourra les couper.
Ce n'est pas seulement l'académicien ultra-réactionnaire ïaine qui le crie à notre République bourgeoise assoifée de transportation, avec son inoubliable axiome : v< Le vice et la vertu sont des produits comme le vitriol et le sucre »,
Ecoutez deux maîtres ès-sciences, le statisticien Quételet et Thistorien Buckle, aussi conservateurs Tuu que l'autre :
« La société — écrit le Belge Quételet — renferme en elle les germes de tous les délits qui seront commis. C'est elle en quelquesens qui les prépare, et le coupable n'est que l'instrument par lequel ils sont exécutés. Tout état social suppose donc un certain nombre et un certain ordre de délits qui résultent comme conséquences nécessaires de son organisation, r. {Physique sociale^ 2^^® édition, t. I, p. 97.)
« On pourrait bien supposer — reprend TAnglais Buckle — que de tous les crimes, le meurtre est un des plus arbitraires et des plus irréguliers... Or, que résulte-t-il en réalité de l'étude approfondie h. laquelle chacun peut se livrer ? c'est que le meurtre est commis avec autant de régularité et est en rapport aussi conforme avec certaines circonstances connues que le sont les mouvements des marées et la rotation des saisons {Civilisation en Angleterre^ t. I, p. 32 de l'édition française).
Des hommes veut-on passer aux faits ? Ils ne tiendront pas un autre langage. En comparant les statistiques judiciaires et les mercuriales des marchés dans les divers pays on a constaté que le niveau de la criminalité hausse et baisse constamment avec le prix des denrées, c'est à-dire que le crime diminue avec le paupérisme pour augmenter avec lui.
Et c'est au moment où ils s'occupent de faire renchérir le pain par des droits sur les blés étrangers — c'est-à-dire d'intensifier la misère — que nos gouvernants prétendent « nettoyer la rue » à coup de déportation ?
Ils sont fous à lier ! — Mais quand les liera-t-on ?
La Guerre féconde
Tant va la cruche à l'eau...
Tant est allée l'autocratie militaire russe d'annexions en annexions, prenant Merv après Khiva et Saraks après Merv, que finalement elle s'est heurtée à la ploutocratie commerciale anglaise décidée à ne pas laisser entamer l'x^fghanistan, cette porte des Indes,
Depuis quelques jours les deux adversaires sont en présence, sans que d'un côté ni de l'autre il soit possible de reculer — ou d'avoir l'air de reculer — sans perdre, avec tout prestige, le fruit d'un siècle de conquête et de pillages.
C'est la guerre — demain peut-être ; guerre depuis longtemps prévue et prédite, à laquelle on se préparc de part et d'autre avec une égale ardeur: r Angleterre en appelant sous les drapeaux les réserves de Tarmée et de la milice, en armant ^^ÉMœusement tous les bâtiments disponibles et en ^^^Bbtrant à Qucttah cinquante mille hommes «Dupes de Tlnde sous le commandement de
sir Donald Stewart ; la Rm>sie en précipitant ses forces du Caucase à travers la mer Caspienne et de là sur Arkabad.
Loin d'ailleurs de constituer un point noir dans le ciel révolutionnaire, ce gigantesque duel, que ne voit pas approcher sans terreur l'Europe gouvernementale, ne peut que faire les affaires du socialisme occidental, quel que soit celui des deux Etats <( civilisateurs » qui en sorte désemparé. A plus forte raison, si tous les deux devaient être blessés à mort.
La Russie écrasée dans l'Asie centrale, c'est la fin du Tzarisme qui a pu survivre à la mise en pièces d'un tzar mais ne saurait résister à l'effondrement de la puissance militaire sur laquelle il s'appuie et avec laquelle il se confond. Les classes aristocratique et bourgeoise qui, trop lâches pour opérer elles-mêmes, n'ont su jusqu'à présent que laisser passer les bombes nihilistes, se trouvent du coup portées au gouvernement, désormais constitutionalisé, parlementarisé, occidentalisé ! Et le premier effet, l'effet inévitable de cette révolution politique à Pétersbourg, est la libération de l'Allemagne ouvrière. Débarrassée du cauchemar moscovite, certaine de ne plus trouver en travers de ses efforts l'armée d'un Alexandre derrière l'armée d'un Guillaume, voilà la démocratiesocialiste allemande en mesure d'ouvrir, sur les ruines de l'Empire de fer et de sang, le bal révolutionnaire, le quatre-vingt-neuf ouvrier. Esl
43i LE SOCIALISxME M JOUR LE JOUR
attendant, et avant toute défaite — les journaux tzaristes sont obligés de le confesser — c'est la banqueroute russe, qui va ébranler tout le vieux monde.
L'écrasement de l'Angleterre n'aurait pas des conséquences moindres — et moins heureuses. Du seul fait de tous les moyens militaires britanniques transportés et concentrés sur la route de Hérat, rirlande — desétatdesUgée — respire. Des dynamitades individuelles qui font plus de bruit que de besogne et ne sauraient en tous cas aboutir, elle peut passer à Faction collective, seule féconde, et imposer par la force — qui a changé de camp — sa volonté à llle fratricide ; pendant que de son côté le Soudan — et par contre-coup l'Egypte — échappe aux bienfaits de la civilisation à coups de fusils que Wolseley, après Gordon, avait mission de lui imposer.
Au premier échec sur les bords du Murghab et de l'Heri-Roud c'est un « décollage » général du plus immense et du plus exploité des empires coloniaux. Depuis les « métis » du Canada qui ont pris les devants et tiennent déjà la campagne, jusqu'aux « boers » du Cap, c'est à qui secouera le joug des marchands — et des marchandises — de la métropole.
Mais vienne le désastre définitif, vienne la perte de l'Inde, insurgée dans ses rajahs mal domestiqués d'abord, dans ses cipayes ensuite, au fur et à mesure de l'invasion russe triomphante: et depuis
la liquidation de l'Empire romain le spectateur humain n'aura jamais assisté à un pareil krach, ne laissant intact aucun point de Tunivers connu.
C'est le marché indien, c'est le marché mondial à approvisionner qui, en créant une situation à part, véritablement privilégiée, au prolétariat d'outre-Manche, lui a permis jusqu'alors de se tramer, sans en sortir, dans les voies légales et Ta soustrait aux nécessités révolutionnaires qui emportent les salariés des deux-mondes.
Ces débouchés fermés, rejetée dans la misère commune, l'Angleterre ouvrière sera la première acculée à la lutte, lutte qui, avec le degré d'organisation auquel elle est parvenue, ne saurait être ni longue ni douteuse.
Le capitalisme britannique — qui est la clef de v^ùte du capitalisme européen — trouvant son Sedan sur les rives de l'Oxus, c'est un 18 Mars universel à bref délai, avec le prolétariat anglais pour avant-garde.
Aussi s'explique-t-on l'elfroi qui s'est emparé des gouvernants de partout h la seule perspective du conflit anglo-russe et les efforts qu'ils accumulent, à Londres et à Pétersbourg, pour conjurer une éventualité aussi grosse de mort pour l'ordre de choses actuel.
Quant à nous, quant aux socialistes qui savent à quels cataclysmes nécessaires est suspendu Tordre nouveau, la société de l'avenir, ils ne peuvent
qu'appeler de tous leurs vœux ce commencement de la fin du plus insupporta])le des régimes.
Coule, coule, sang du soldat, Soldat du tzar ou de la reine, Coule en ruisseau, coule en tbniaine.
C*est pour Thumanité cette fois que cette rosée sera féconde.
Vive la Guerre !
Les derniers « risques » de paix se sont évanouis. D'une part, la Russie n'a répondu à la demande d'une enquête mixte sur Taflaire d'Ak- Tépé que par une nouvelle et plus flagrante violation de « l'engagement solennel » du 17 mars : elle s'est emparée de Meruchak ù 24 kilomètres en avant de Penjeh. D'autre part, M. de Bismarck fait décliner par ses journaux les plus autorisés le rôle de médiateur qui, sans lui avoir été ofi'ervt, lui était cependant réservé !
Les destinées vont donc s'accomplir. Dans quelques jours, dans quelques semaines au plus tard, le militarisme moscovite et le commercialisme anglais seront aux prises. Et pendant que, selon l'expression du Temps, a l'Europe » — capitaliste — (( voit avec anxiété grandir le spectre d'une pareille guerre » ; pendant que le monarchisme du Soleil, l'opportunisme «le la République française et le
dicalisme de la Justice, une fois de plus d'ac-
^2aai
cord, s'époumonnent à crier au « desastre », nous battons, nous, des mains à ce duel entre les deux plus grandes forces conservatrices de Tépoque, et nous disons avec les socialistes d'outre-Manche, par leur organe officiel, le Commonweal :
« Puisse-t-il avoir pour issue l'anéantissement définitif, non pas de l'un, mais des deux adversaires ! »
Contrairement, en effet, aux guerres qui, en jetant un peuple sur un autre, font œuvre de réaction en substituant les haines de race aux haines de classe, la guerre qui va s'ouvrir — et qui passe par dessus la tête des deux nationalités nominalement engagées, aussi peu menacées l'une que l'autre — fera, de quelque façon qu'elle se termine, œuvre de révolution.
Quel que soit celui des deux systèmes ou des deux régimes — également, quoique diversement, oppresseurs — qui doive succomber ; que la caserne russe ait raison du comptoir britannique ou que l'or anglais brise le fer moscovite, c'est une des assises de la présente société qui se détache ; c'est la brèche ouverte par laquelle passeral'ordre nouveau.
Et nous pouvons par suite donner carte blanche au Dieu des batailles qui, quoiqu'il fasse, est forcé de travailler pour nous.
Au bout de la défaite russe — je l'écrivais il y a un mois^ mais on ne saurait trop le répéter, en présence du russophilismc d'une certaine presse
— au bout de la défaite russe il y a la fin du tzarisme, rémancipation politique de la Russie, qui a déjà failli il y a trente ans surgir de la prise de Sébastopol. fit la Russie, je ne dis pas socialisée
— il est des phases historiques qu'on ne saute pas, quoique Ton puisse les raccourcir — mais simplement libéralisée, c'est l'empire allemand frappé au cœur, isolé et incapable de résister aux coups répétés d'une démocratie socialiste qui n'a plus à (( coller l'oreille contre terre » dans la crainte du canon des Romanoff — désormais encloué. De même que l'Allemagne ouvrière au pouvoir, c'est la sanglante question de TA Isace -Lorraine résolue
— de la seule façon dont elle puisse Têtre : par la suppression des frontières.
Au bout de la défaite anglaise, c'est l'émancipation sociale de l'Angleterre — l'Irlande y compris
— qui n'est séparée de la plus communiste des révolutions que par le plus gigantesque empire colonial — et commercial — qui fut jamais.
Si, malgré sa grande propriété foncière, malgré son développement industriel et la puissante organisation corporative de son prolétariat, elle a pu jusqu'à présent rester la « loyale » — et conservatrice— Angleterre qu'admire M. le comte de Paris, c'est que, dans le marché universel à approvisionner, ses ouvriers ont toujours trouvé un à peu près de travail et de pain. C'est d'autre part qu'avec l'Inde et ses « fonctions lucratives » il lui a été possible de se débarrasser, en les satisfaisant,
des fils de sa bourgeoisie « implacables » dans la métropole, et d'échapper ainsi au « péril des déclassés » — ce levain de toute pâte révolutionnaire.
Mais que son commerce soit gravement atteint par les croiseurs — ou les corsaires — ennemis et par la concurrence plus dangereuse des neutres ; que ses colonies s'égrènent et qu'avec l'empire indien elle perde son grand débouché politique et administratif; et, prise entre une classe ouvrière affamée et les «sans emploi» de la classe moyenne, on verra ce que durera la ploutocratie britannique.
Défaite anglaise ou défaite russe, c'est le triomphe à bref délai du socialisme international auquel la débâcle qui se prépare, qu'elle vienne du nord-est ou du nord-ouest, mettra tous les atouts en main.
A lui, à la France du Dix-Huit Mars surtout, h se préparer pour cette grande et dernière partie
Classé !
La Chambre des députés, présidée par M. Floquet, a, sur la proposition de M. Brisson, refusé hier de prendre en considération la demande de mise en accusation du Ferry et de ces co-tonkinois.
Sous la présidence du même Floquet, et sur la proposition du même Brisson, la même Chambre,
il y a quelques jours, donnait force de loi au décret envoyant Hufro au Panthéon, après avoir mis à la charge de la nation les obsèques du grand
— et cinq fois millionnaire — artiste.
Voilà qui suffit à classer Victor Hugo — même pour ceux qui pourraient avoir oublié < le vandalisme » reproché par la vieillesse du poète à la Commune vaincue et ses rimes insultantes coulées dans les trous ouverts par les balles versaillaises au front de nos Du val, do nos Rigault et de nos Serizier.
Inutile, en effet, de repasser les œuvres complètes de Fex-prestidigitateur qui a fait « passer successivement toutes les muscades » du siècle, depuis la Restauration jusqu'à l'Empire, y compris la meilleure des Républiques orléanistes (d'où, sans doute, la mirobolante velléité de donner son nom au siècle des Darwin, des Marx et des Claude" Bernard ; au siècle de la vapeur et de l'électricité). Point n'est besoin de reprendre sa longue vie, de la pension de Louis XVllI, ramassée dans le sang de Delon, à Texil dont il ne connut que les gloires sans s'arrêter un seul instant aux barricades de Juin qui le trouvèrent à la tête d'un bataillon de Tordre. Ce sont ses funérailles mêmes ; c'est l'apothéose dans laquelle il s'est couché et ceux qui la lui ont faite qui le mettent à sa véritable place
— à celle que le temps lui imposera de plus en plus.
Il n'y a rien comme les entcrreurs pour donner
la mesure d'un enterré. « Dis-moi qui te panthéonise, et je te dirai qui tu es ».
Qui « juge Honoré Riquetti Mirabeau digne de recevoir l'honneur du nouvel édifice de Sainte- Geneviève », est la Constituante, c'est-à-dire la grande Assemblée bourgeoise qui, l'ordre féodal brisé et la propriété libérée, voit dans le Roy des nobles et des prêtres conquis par le Tiers-Etat un frein indispensable aux appétits populaires. Dès lors, qu'on l'ait ou non suivi dans ses apparentes variations, Varmoire de fer aurait pu disparaître avec son secret, Mirabeau est jugé. Il a dû mettre au service de la Cour contre la révolution plébéienne le génie tribunitien qu'il a mis, contre la même Cour, au service de la Révolution bourgeoise ou patricienne.
Qui dans la crypte panthéonesque, préalablement vidée des cendres de Mirabeau, installe Jean-Paul Marat, est la Convention ; la Convention lorsqu'elle était encore dominée par la Commune de Paris, c'est-à-dire par la rue en armes. Dès lors Marat est jugé. Bougeart peut n'avoir pas existé ou n'avoir jamais écrit une ligne. Nous sommes sûr d'avoir dans le panthéonisé de 93 un véritable << ami du peuple ».
Il n'en est pas autrement du panthéonisé du l®*^ juin 1885, avec le concours presque unanime des acquitteurs de Ferry et C*®.
Qui a libellé le décret imposant Victor Hugo à « la reconnaissance de la Patrie » est Allain-Targé ,
440 LK SOCIALISME AU JOUR Lli JOUR
c'est-à-dire le ministre rouge encore des assassinats policiers du Père-Lachaise.
» Qui l'a libellé encore est Brisson, c'est-à-dire le chef suprême de cette justice qui vient de mettre le bagne et ses tortures au service des tortureurs à la Chagot contre leurs esclaves blancs poussés à bout.
Et qui Ta signé est Grévy, — ■ le même Jules Grévy qui, en qualité de président de l'Assemblée de Versailles, contresignait, le 22 mai 1871, Tordre du jour suivant « délibéré en séance publique » :
L'Assemblée nationale décrète que les armées de terre et de mer, que le chef du pouvoir exécutif ont bien mérité de la Patrie.
Nous sommes dès lors tixé sur le « grand homme » qui nous est mort.
Que sera-ce si des decrêteurs du nouveau dieu nous passons à ceux qui l'ont installé dans son temple et — qu'on me passe l'expression — ont officié six heures durant derrière sa « dépouille mortelle ! »
Ici, tambours voilés, sabres au clair et fusils renversés, c'est la troupe, énormément de troupe, cette troupe dont Hugo a fait — la France du 2 Décembie sait à quel prix — miroiter les cuirasses et claquer les drapeaux ; et sous quels ordres ? sous les ordres des mêmes galonnés à la Garcin qui, quatorze ans auparavant, presque jour
VARÎA 441
pour jour, coupaient par des feux de peloton le cri de : Vive l'humanité ! dans la bouche ensanglantée de Minière.
Là, ce sont les conseils municipaux — y compris et en vedette celui de Paris — qui n'ont eu ni pain ni travail pour la France ouvrière passée au fil de la plus affamante des crises.
Plus loin, ce sont toutes les « sociétés des gourdins réunis » qui, dans leur costume de paillasse et sous prétexte de tir et de gymnastique, ont déjà trempliné sur le cercueil de cet autre comedianie qui fut Gambetta; ce sont les preneurs d'assaut de bocks allemands, les Déroulèdistes en rut ; c'est YEstudiantina de Bullier, cette jeunesse des écoles, fleur de possédants et graine de dirigeants, qui se ruail à coups de pierres aux obsèques de Vallès sur la couronne des socialistes allemands ; ce sont les garde-chiourmes commerciaux de tous les Bon Marché ; c'est l'usurier Crépin ; c'est enfin le chœur de toute la presse conservatrice, depuis le Voltaii'p de ce qui reste de Ranc, jusqu'au Soleil de Philippe VII, sans oublier le Peuple de Napoléon V, ensevelissant son collaborateur successif dans l'éclat de sa poésie omnicolore.
Et derrière cette plus officielle dès Frances on voit surgir une Europe non moins officielle, incarnée dans la monarchie embastilleuse d'Italie et dans la monarchie fusilleuse d'Espagne.
A son char de triomphe funéraire, Victor Hugo — le prétendu socialiste — a attelé tous les re-
présentants du monde gouvernemental et capitaliste. SaufTKglise — avantageusement remplacée par la déicolâtre franc-maçonnerie — il a au bas de son passeport pour rimmortalité le visa de toutes les puissances anti-révolutionnaires.
Je ne dirai pas que c'est là son châtiment. Mais < c'est ce qui le juge. Ce Béranger solennel, ce chantre impénitent d'un Dieu qui n'a jamais existé, d'une famille qui existe de moins en moins et d'une patrie qui ne saurait exister qu'en tuant rimmanité, appartient à l'ennemi, au vieil ordre de choses que la mission historique du prolétariat est d'enterrer et que le nouveau 93 redouté d'Hugo jetera — pas au Panthéon — à l'égout.
Le droit aux Otages
A-t-on assez exploité contre la Commune de Paris le décret sur les otages qu'elle était obligée de prendre le 5 avril pour couper court aux assassinats à la Vinoy et pour « défendre — selon ses propres expressions — l'honneur et la vie des deux millions d'habitants qui avaient remis entre ses mains le soin de leurs destinées » !
C'est ce décret, qualifié de sauvage et dénoncé comme tel par le faussaire Jules Favre au monde civilisé, qui armait les belles de jour — et de nuit — de Versailles fouillant de leurs ombrelles les ssures de nos prisonniers.
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C'est lui qui, une semaine durant, mit en mouvement les mitrailleuses sommaires.
C'est lui qui, en attendant que les conseils de guerre en bourrassent les fusils de Satory et les convertissent en milliers de ho7i pour la Nouvelle, faisait souhaiter par Pévangélique Sarcey que « le couteau restât rivé aux mains du bourreau » .
Et cependant lorsque les révolutionnaires du 18 Mars eurent recours — sur le papier — à ces représailles, la guerre battait son plein ; les cadavres de fédérés égorgés après la bataille jonchaient la route de Versailles.
Et cependant le rôle « d'otages du peuple de Paris » avait été entouré de toute espèce de garanties, limité aux « complices de Versailles «dont « les crimes auraient été reconnus par un jury d'accusation ».
Et cependant, enfin et surtout, cette mesure, qui appliquée à temps eût sauvé tant des nôtres, resta lettre morte, dormit dans les cartons de l'Hôtel de ville tant que le pouvoir insurrectionnel fut debout.
Or, qu'est-ce que j'apprends par le Soleil^ par une lettre — tout ce qu'il y a de plus apostolique — adressée de Saïgon à V Avant-Garde d'Aix?
C'est que le système des otages, dont on lapide encore la mémoire de notre grande Commune, après le lui avoir fait expier par un « massacre auprès duquel, de l'aveu du Times^ la Saint-Barthélémy n'a été qu'un jeu d'enfant », c'est que ce
système a été repris et est pratiqué aujourd'hui en pleine paix, à Tombre du drapeau tricolore, et par qui ?
Par un de ces doux missionnaires qui ont tellement horreur du sang qu'ils se refusent à en payer rimpôt et par un chancelier français agissant de son autorité privée, comme « volontaire », « par dévouement» !
Sur un avis de Cant-Hoa que « des massacres vont avoir lieu dans cette province d'ici quelques jours », le père Geffrôy et le chancelier français de Koin-Hone ont nolisé un vapeur allemand qui (( arrivé en vue de la chrétienté qu'on voulait secourir » est obligé, par suite des eaux basses, de jeter l'ancre loin du rivage.
Mais ici je dois laisser la parole au père Dourisboure qui intitule carrément cette partie de son récit : On puend des otages.
(( Cinq Allemands et deux Français (le père et le chancelier) descendirent dans un canot. Ils étaient armés jusqu'aux dents. Avant d'atteindre le rivage, trois mandarins montant une embarcation se présentent à eux pour s'enquérir du bateau à vapeur. Que font nos braves ? (sept contre trois et les sept sont armés jusquaux dents !) Le revolver à la main, ils forcèrent les mandarins à les suivre au vapeur. Avec ces otages, ils se sentent d'autant plus forts, etc., etc. »
Ce n'est pas tout : après « le sauvetage de sept cents chrétiens, que la capture providentielle des
mandarins — c'est le nouveau nom de « Fodieux » système des otages^ lorsqu'il est appliqué ad majorem Dei gloriayn — a rendu possible » ^ un seul des otages est renvoyé libre et le père Geoffroy lui dit ceci : « Nous reviendrons dans quelques jours, va dire à terre que si les chrétiens que nous ne pouvons embarquer aujourd'hui et que nous viendrons chercher ont quelque chose à souffrir, vos deux chefs que nous emmenons avec nous auvont vécu. »
Je ne veux pas rechercher ici si cet enlèvement à main armée de trois fonctionnaires annamites dans Texercice de leurs fonctions ne rentre pas dans les faits de piraterie que prévoit et punit le Code international ; ni jusqu'à quel point de pareils exploits, accomplis par des représentants officiels de la France en Orient, sont de nature à réconcilier nos protégés malgré eux avec leurs protecteurs.
Je laisse de côté ces considérations, si importantes soient-elles ; j'irai plus loin : je veux admettre que la fin justifie le moyen, et que nous nous trouvons devant un acte d'héroïsme pour lequel on décorera — si ce n'est déjà fait — le chancelier de Koin-Hone dont je regrette de ne pas connaître le nom.
Il n'en restera pas moins établi que le système des otages a du bon, que le droit aux otages existe — de par ceux-là même qui, après nous l'avoir
imputé à crime, ne se font pas faute d'en user et d'en abuser.
Le tout, quand on s'en sert, est d^être le plus fort jusqu'au bout, d'avoir le dernier mot, d'être vainqueur, disons le mot : de réussir.
Avis A la prochaine Commune !
Fin de Monde
Tous les rappels à l'ordre du plus bismarckien des Heichstag n'empêcheront pasBebel, Bebelle communiste, d'avoir mille fois raison lorsqu'il se refuse à voir la main du socialisme dans les « tragiques événements » du Hainaut et lorsqu'il dénonce la bourgeoisie gouvernementale belge comme capable de chercher dans des « bains de sang » ouvrier une vigueur qui lui manque, un renouveau de vie.
Si) comme le veulent les Puttmaker de l'empire allemand et de certaine presse républicaine française, le socialismj3 — c'est-à-dire la partie organisée du prolétariat — avait été au fond ou à la tête des « troubles », Charleroi ne serait pas au pouvoir de cette contrefaçon de Gallifel qui s'appelle Van der Smissen. Ainsi que le constatait hier Goullé, cette ville eût été emportée dès le début, pendant les vingt-quatre heures où, découverte, elle est restée à la merci des « révoltés ».
Si le socialisme — c'est-à-dire la partie cons-
ciente du prolétariat — avait présidé au mouvement, ce n'est pas deux ou trois usines qu'on eût « flambées » — au seul détriment des Compagnies d'assurances ou du Trésor public. — Les usiniers ? je ne le dis pas ! — Ce n'eût pas été aux particuliers qu'on se fût attaqué pour leur demander ou leur prendre quelque menue monnaie. C'est, comme l'écrivait le Vooruit — aujourd'hui poursuivi — sur les Hôtels de ville qu'on eût marché ; ce sont les pouvoirs politiques qui auraient été assiégés — sinon enlevés — parce que l'Etat, conquis, livre tout, tandis que laissé aux mains de la classe ennemie, il rend inutiles et stérilise les plus héroïques ejfforts.
L'espèce de prise d'armes — sans armes — qui transforme depuis quelques jours la petite armée belge — ou anti-belge, puisqu'elle n'a jamais servi que contre la Belgique ouvrière — en un vaste peloton d'exécution, est si peu socialiste, l'œuvre des socialistes, que, partout où il existe im véritable parti socialiste on ouvrier ^ il n'y a rien eu.
Gand, ni les Flandres n'ont bougé, qui sont pourtant le quartier-général incontesté du communisme révolutionnaire. Ils sont demeurés l'arme au pied de leurs milliers de militants, pendant que le parti ouvrier de langue française se bornait à protester contre les massacres en cours et à menacer du suffrage universel, imposé de haute lutte, l'oligarchie censitaire bourgeoise.
Non pas que socialistes wallons et socialistes
flamands no fussent do vœuv avec leurs frères de misère soulevés, errants et traqués comme des bêtes fauves, — auxquels ils ont envoyé des chariots de pain, en môme temps qu'au péril de leur liberté ils criaient aux soldats- assassins : Ne tirez pas !
Mais ils savent — eux qui sont prêts pour la Révolution — que cette révolution est condamnée à venir d'Allemagne ou de France, les deux seuls grands pays d'Europe où puisse se vider uîilement et définitivement la grande querelle des classes, la petite Belgique révolutionnaire ne pouvant que servir d'appoint.
Ils savent qu'ils n'ont devant eux — quelques proportions qu'elle ait prises — qu'une explosion de soufïrance et de désespoir ; un de ces conflits comme en recèle et comme en entraînera de plus en plus le prétendu ordre capitaliste, — précurseurs du hran/r-bas, mais non branle-bas euxmêmes.
Rien de préparé, rien de prévu, rien de voulu dans ce fleuve ouvrier sorti de son lit industriel par la faim et qui se répand au hasard, plus menacé que menaçant. C'est la bête humaine qui veut vivre, qui se défend comme elle peut : ici contré l'abaissement des salaires ; là contre le four à bassin supprimant, avec le souffleur remplacé par l'apprenti ou le manœuvre, le pain pour des familles entières ; plus loin contre Técrasoment de la petite industrie par la grande.
Ce sont les intérêts, les existences sacrifiés par les perfectionnements ou les progrès scientifiques — instruments de chômage, de faillite et de mort dans notre « meilleure des sociétés », plus imbécile encore que cruelle — qui regimbent, s'insurgent, ne voulant pas mourir et brisant les machines pour ne pas être brisés par elles.
Loin d'ailleurs que cet^e spontanéité, cette né cessité et cette réflectivité., si je puis m'exprimer ainsi, de la nouvelle jacquerie lui enlèvent de sa portée, elles aggravent au contraire la situation, puisque, produit naturel, filles légitimes de l'état de choses actuel, les violences d'hier se répéteront demain et ne pourront aller qu'en croissant.
Il y a là, dans cette anarchie organique^ que les néo-Versaillais de Bruxelles traitent par la saignée, portant les tueries au maxinviin dans l'espoir de quelques années de repos ou de digestion tranquille, la condamnation irrévocable de la pseudocivilisation moderne convaincue de créer ellemême, dans son propre sein, les barbares sous le flot desquels elle disparaîtra.
Il y a là Téclatante confirmation de nos conclusions touchant l'impossibilité pour le moule capitaliste de contenir les forces industrielles en voie de développement et la fatalité d'une brisure prochaine.
C'est la fin d'un monde qui n'a su de la surabondance des produits faire sortir que l'extrême misère des producteurs et dont l'ordre est, et sera de plus en plus, le désordre en permanence.
Une prime aux crimes et délits
Je ne suis pas — tant s'en faut — hostile à la proposition de loi « sur les moyens de prévenir la récidive » qui, partie du Sénat, est arrivée samedi devant la Chambre où elle a été votée sans conteste.
Venant après le double tour donné aux prisons politiques par le refus de l'amnistie et après la transportation en masse et sans jugement des récidivistes de la mendicité et du vagabondage — autrement dit de la pauvreté qui n'est plus seulement vice mais crime — elle forme dans l'impitoyable désert parlementaire comme une espèce d'oasis.
On sait en quoi elle consiste : Cessant d'être considéré comme un homme à la mer, tout condamné pour la première fois — ou « primaire », selon la très juste expression de M. Le veillé — pourra (devra, vaudrait mieux) être mis conditionnellement en liberté à moitié de sa peine, s'il s'est montré digne de cette faveur ; et, dans un temps de, il obtiendra de droit et par voie judiciaire sa réhabilitation intégrale. D'autre part, de la geôle ouverte avant l'heure, le libéré provisoire traité en convalescent, passera à une société de patronage qui, subventionnée par l'Etat, sera chargée d'achever saguérison en lui procurant du pain et du travail.
Cette dernière disposition est évidemment la plus importante. On peut dire qu'elle est le pivot de la nouvelle loi, — la libération anticipée ne pouvant et ne devant qu'anticiper la récidive au lieu de la prévenir si elle ne se doublait pas pour celui qui en est l'objet de moyens assurés d'existence.
Mais ces moyens d'existence, ainsi garantis socialement, à l'aide du Trésor public, qu'est-ce sinon le droit au travaiL à la vie par le travail, organisé au profit des « retours » de la Santé, de Poissy et autres Clairvaux ?
Et comme un pareil droit, qualifié de subversif, a été repoussé à coups de canon d'abord, à coups de déportation ensuite, lorsqu'il fut, en Juin 48, revendiqué par le prolétariat parisien ; comme il n'a pas cessé d'être refusé à la France ouvrière par la troisième république bourgeoise, la réforme en voie d'accomplissement — que je ne combats pas, je le répète, dont je me borne à étudier les effets — va mettre notre société française dans la situation suivante :
D'une part tous ceux de ses membres qui, trop honnêtes — ou trop bêtes — pour « attenter aux biens ou aux personnes», continueront malgré le chômage, malgré la faim, au péril de leur vie, à s'abstenir de tout crime ou délit. Ceux-ci continueront à rester en dehors des préoccupations — et de l'appui — de l'Etat qui ne se reconnait, il s'en vante, vis-à-vis d'eux de devoir d'aucune sorte.
M\i LK SOCIAIJSMK AU JOITK LE JOUR
(loiiimo récrivait |)hilanthropiquement Malthus, s'il n'y i\ pas de couvert pour eux au banquet de la vie, qu'ils en sortent par le suicide !
J)e Taulro côté, ceux qui, plus osés ou moins jobards, sîins se laisser arrêter par le Code, au risque de tomber entre les mains de la justice, ne se feront pas faute de prendre ce dont ils auront besoin — ce qui s'appelle « voler » dans le langage de la classe qui possède tout parce qu'elle a tout pris. (iOu\-là, qualifiés de malfaiteurs et poursuivis et condamnés comme tels, trouveront immédiatement et de droit dans la société par eux bousculée protection et assistance. Le môme Etat qui ne leur devait rien ax'unl le délit ou le crime leur sera obligatoirement, aprvs^ père et mère, mère nourrice et père caissier.
Pendant qu'un casier judiciaire vierge, véritable passr-porf pour In mort, laissera son malheureux possesseur lutter seul et succomber dans le combat inégal pour l'existence, l'école « primaire » de Tescroquerie, à\x pich-pockettage et de l'abus de confiance conduira au pain assuré et- au travail garanti. Il suffira d'avoir pris le premier grade dans l'armée de la correctionnelle pour se voir, à sa sortie du service, casé, loti gouvernementalement, aux frais du budget.
« Comment ! » dira Tordre social actuel, par la bouche de nos législateurs, aux producteurs victimes des crises de surproduction qui viendront, comme il y a trois mois, frapper aux caisses gou-
vernementales : « Vous avez la prétention devons faire embaucher ou nourrir par les pouvoirs publics, alors que vous ne sauriez produire, à Tappui de vos exigences la moindre condamnation ! Où est le cofiFre-fort que vous avez forcé? le passant que vous avez dévalisé? Passez votre chemin, braves gens, et rappelez-vous que nos guichets ne s'ouvrent pour donner que devant ceux qui s'y font conduire entre deux gendarmes. »
Il ij'y a qu'un mot pour caractériser un pareil système distributif : c'est une prime à tous les genres d'exploits que prévoit et punit le Code pénal.
Si monstrueuse cependant que paraisse — et que soit — cette mission providentielle de TEtat limitée aux seuls « pris de justice », elle s'explique par la classe qui monopolise cet Etat aujourd'hui et qui n'a jamais obéi qu'à deux mobiles : l'intérêt et la peur.
Les récidivistes coûtent — et coûtent fort cher. Ils coûtent à arrêter, à condamner, à détenir et ils vont coûtera « reléguer », c'est-à dh'e à tuer, à la Guyane ou ailleurs. Si Ton pouvait en réduire le nombre en les prenant au premier pas dans la carrière et en leur procurant le vivre et le couvert, il y aurait là une économie notable.
Les récidivistes, d'autre part, sont gens dangereux — témoin Marchandon. Si l'on pouvait, en y mettant le prix, les empêcher d'aller jusqu'à ce terrible couteau, qui coupe si désagréablement
454 LE SOGIALtSMK AU JOUR LE JOUR
les « Cornet », ce serait encore de l'argent bien placé — d'autant plus que cet argent est celui des contribuables.
De là le projet Bérenger et les entrailles dont il a fait preuve pour les criminels en herbe.
Mais la masse des prolétaires qui ne volent ni ne tuent, qui sont les volés et les tués de chaque jour, n'a jamais coûté un centime à la bourgeoisie : ils rapportent au contraire. D'un autre côté, rien à craindre d'eux, de leur désespoir, ni pour la bourse, ni pour la vie. Dès lors, véritable « quantité négligeable », on peutles laisser impunément crever devant les ateliers fermés et les magasins regorgeant.
Et ils crèveront, jusqu'au jour où, décidés à en
finir avec une société où
Dans le crime une fois il suffit qu'on débute pour et-re mis, sa vie durant, à l'abri du froid et de la faim, ils reprendront en bloc tout ce que les protégés de M. Bérenger filoutent aujourd'hui en détail.
Le fond du sac
Chaque jour qui s'écoule nous permet de voir plus clair dans le jeu de la bourgeoisie catholique belge, qui a trouvé dans la bourgeoisie libérale le compère le plus éhontc.
Non seulement le mouvement — exploité par
Bismarck contre la démocratie socialiste allemande — n'a rien de socialiste, comme l'affirmait hier Wolders après Bebel ; non seulement il n'est pas anarchiste (témoin le seul anarchiste qui ait été arrêté, l'avocat Spingard, et qui a dû être remis en liberté par Van der Smissen lui-même) ; mais les « désordres » dont on a fait tant de bruit — et dont on devait tirer tant de sang ouvrier — n^ont pris les proportions que l'on sait qu'avec la permission, sinon sur la commande, des gouvernants à la Beernaert. p
Des grèves tumultueuses, il y en a toujours eu, surtout en Belgique, ainsi que des masses jetées par le pain rogné ou supprimé sur les baïonnettes de Tordre. De tout temps et partout les afiFamés, que crée et multiplie la production capitaliste, sous la double action de la concurrence et du machinisme, ont porté dans la rue le cri de leur ventre vide et aveuglément, bestialement, tenté la destruction d'un outillage homicide.
A ce point de vue, « les scènes lamentables », pour parler comme la presse bourgeoise, dont le Hainaut a été le théAtre, ne se distinguent pas de milliers de scènes analogues qui illustrent et ensanglantent l'histoire de tous les pays industriels. Ou, si elles s'en différencient, c'est par la douceur, l'humanité, Yinoffensivité des « émeutiers » de 1886 qui n'ont pas à leur actif une seule violence contre les personnes. Oui, canardés comme des lapins, devant la poitrine ouverte des leurs par les
4o6 LE SOCIALISME AU JOUB LE JOUR
fusillades les plus sommaires, ils ont eu entre les mains les fabricants à la Baudoux, qui avaient commandé le f^u, et ils n'ont même pas songé à « revancher » leurs assassinés sur ces assassins avoués !
C'est même parce qu'ils savaient à quoi s'en tenir sur le troupeau de moutons moutonnant qu'ils s'acharnaient dans leurs dépêches nationales et internationales à transformer en fauves de la pire espèce, que les catholiques au pouvoir ont osé jouer avec le feu en laissant se développer, s'étendre un incendie qui ne brûlait pas et dont on allait pouvoir se servir comme d'une arme contre le véritable « péril social »>.
Il ne faut pas oublier, en efiFet, que lorsqu'à Liège se produisit le premier accès de colère prolétarienne, toute la fraction organisée de la Belgique ouvrière, tous les. partis socialistes s'étaient donné rendez-vous à Bruxelles, pour le 13 juin, à relfet d'arracher à une oligarchie censitaire le suffrage universel et ouvrir ainsi au Quatrième-Etat une brèche dans le gouvernement jusque-là monopolisé par les riches.
Contre cette manifestation qui, triomphante, eût mis au rancart et pour toujours et catholiques et libéraux, aucun moyen de défense, ni dans la loi qui autorise ces sortes de jjronunciamientos populaires, ni dans l'armée qui réduite, dispersée et plus ou moins acquise à la réforme poursuivie, eût été impuissante ou complice.
Tout changeait, au contraire, si avant la redoutée et redoutable échéance, on pouvait inspirer une peur salutaire à la petite, toute petite bourgeoisie, de cœur sur ce point avec le prolétariat de la mine et de l'usine ; si des troubles suffisamment sérieux — et qu'on exagérerait au besoin — permettaient de mobiliser les troupes, de les concentrer, de proclamer Tétat de siège et de décapiter, il l'aide d'arrestations en masse, les sociétés ou organisations populaires.
De là le laissez-faire, laissez-passer des premiers jours, qui découvrait — et aurait livré Charleroi s'il s'était réellement agi d'une insurrection ayant un objectif et des chefs, et qui n'avait d'autre but, en encourageant la formation en bandes des grévistes et leurs incursions, ou, plus exactement, leurs promenades, que de porter les choses h l'état aigu, à ce moment psychologique où. sous le couvert de l'ordre h sauver, on pourrait sauver ses portefeuilles.
Les Beernaert ont rejoué le Cavaignac de Juin, laissant les barricades se généraliser, menaçant même de se retirer dans la plaine Saint-Denis avec ses bataillons, pour se rendre indispensable et apparaître, sur un monceau de cadavres, comme une véritable providence aux boutiquiers affolés.
Ils ont rejoué le Thiers de 1871, sortant à la première alerte de Paris abandonné tout entier à une Révolution dont il avait mal calculé la force et la portée, pour s'imposer dans le désarroi géné-
rai, à une majorité monarchique et pêcher dans le sang de la grande ville reconquise sa présidence de la République.
Il leur fallait une ou deux usines brûlées et Teffroi que ces quelques flammèches tirées à un million d'exemplaires devaient répandre au Nord et au Sud, à TEst et à l'Ouest, pour fermer la bouche
— par la terreur — aux bourgeois démocrates. Il leur fallait, en même temps qu'une armée sur le pied de guerre et complétée par l'appel des réserves, une jonchée de morts comme une barrière entre cette armée et la population. Il leur fallait
— en attendant la mise hors la loi des associations ouvrières — la mise de la police dans leurs papiers et les prisons regorgeant, et les razzias en permanence.
Tout cela, ils l'ont aujourd'hui. Et cela ne leur a coûté que deux cents cadavres de prolétaires. En vérité, c'est pour rien.
Aussi n'hésitent-ils pas. De concert avec le bourgmestre de Brùscelles, M. Bull — un libéral, s'il vous plaît — MM. Beernaert, Devolder et autres yniiiistérieux viennent de décider que la mani- ,festation du 13 juin était et demeurait interdite. Enterré le 24 Février belge qui menaçait d'emporter, avec la monarchie du Cobourg, la domination politique d'une caste.
A moins pourtant que renversant tous les calculs, cette interdiction ne soit l'allumette qui mettra le feu aux poudres, « savez-vous ».
Un vilain rêve
Succi, qui prétend posséder le secret de vivre sans manger ou de ne manger qu'un jour sur trente, est devenu un dieu pour nos capitalistes, — que dis-je ? un faiseur de dieux.
« Vive Succi ! » clament les uns ; puisse-t-il « réussir», reprennent les autres; pendant que tous, les yeux et les oreilles fixés sur Milan, suivent avec passion « le programme et la marche » de l'épreuve, arrivée ce matin à son quinzième jour.
S'il y a cependant quelque chose de plus que probable c'est que le Naviglio sur les bords duquel opère Grac-Succi est^ doit être un dérivé de la Garonne.
Ce qui est plus certain encore, c'est qu'il n'y a rien de désirable, soit dans cette suppression — si elle était possible — de la faim, laquelle, mère de la science dans le passé, est appelée — sa fille aînée aidant — à devenir mère de justice dans un avenir très prochain ; soit dans le remplacement des excellents gigots et des meilleurs vins — qui ne manquent pas puisqu'on les arrête à la frontière — par je ne sais quelle mixture, arrosée d'une eau purgative quelconque.
Cette façon de nourriture artificielle et pharmaceutique ne serait pas plus un progrès que la fécondation artificielle et mécanique dont il a été tant
parlé pendant un temps, les lavemenh par en haut ne valant pas mieux que la seringue par en bas, à Taidc de laquelle, sous le haut patronage d'Aui;uste Comte, quel(|ues chapons avaient songé à nous faire faire l'économie du « contact de deux épidermes », comme on appelait irrévérencieuse- Tamour au dix-huitième siècle.
Et la preuve, c'est que tout en qualifiant de « divin » Télixir — à vertu démontrable — du Tanner subalpin, nos bourgeois ne se font pas faute de déclarer, par leur organe ordinaire, le Figaro, qu'ils nVntendent pas, mais pas du tout, user pour eux-mêmes de la fameuse recette.
Non, si bestial, si arriéré que puisse être le régime actuel, ils sont décidés h s'y tenir, à u se gaver jusqu'aux yeux de ces belles dindes au foie gras ou aux truflfes, arrosées d'un vieux chambertin ; et de ces magnifiques pêches de Montreuil ; et de ces huîtres succulentes de la Hollande ». « Priver l'humanité, en leurs personnes, de toutes ces voluptés qui réjouissent quatre de nos cinq sens à la fois, les yeux qui les contemplent, le nez qui les subodore, les mains qui les palpent et la bouche qui les engloutit » ? Jamais.
C'est pour les ouvriers, pour les producteurs salariés — et pour eux seuls — que notre classe aussi possédante qu'oisive accompagne de ses vœux Texpérimentateur milanais et son jeûne plus ou moins authentique. Parce que si, par hasard, il était vrai qu'avec « soixante grammes d'une
liqueur jaunâtre » Torganisme humain pût fonctionner sans déficit un mois durant, quelles économies on pourrait du jour au lendemain réaliser sur les salaires !
C'est Necker qui récrivait à la fin du siècle dernier : « S'il était possible de découvrir une nourriture moins agréable qu&le pain, mais qui puisse entretenir le corps de Thomme pendant quarantehuit heures, le peuple serait bientôt réduit à ne manger que de deux jours Tun, lors même qu'il préférerait son ancienne habitude ».
Or, ce peuple, ainsi réduit aux « gouttes SuQci », serait condamné à travailler aussi longuement et à produire autant.
Il faut être, en eflfet, aussi ignorant de la loi qui régit la rétribution du travail en régime de salariat que la gendelettreriQ politicienne pour s'imaginer un seul instant que, les frais de la vie ouvrière venant à s'abaisser, les travaux forcés ouvriers seraient allégés, je ne dis pas même d'autant, mais dans une mesure quelconque.
Lorsqu'un Albert Millaud, tenant pour acquise la prétendue découverte d'un Succi, ose écrire :
Au lieu du labeur quotidien d'aujourd'hui, pénible, fatigant, monotone, indifférent aux indispositions du corps et de l'àmc, etc., nous aurons un aimable travail intermittent, aux heures et aux convenances de chacun. Quelques jours avant le terme, on se mettra à la besogne pour payer son loyer. Le menuisier fera une table pour s'acheter un petit complet h la Belle-Jardinière, et le cocher de fiacre daignera faire une petite
462 LE SOCIALISME AU JOLR LE JOUK
course pour s'oflVir, le soir môme, une deuxième gaherie au thé«1lre du Châtcau-d'Eau ;
Et lorsque le Fl^nro imprime tout chaud une pareille berquinade, journal et journaliste ne peuvent même pas se douter de la somme de ridicule dont ils se couvrent.
Ni le cocher ne fera une course de moins, ni le menuisier n'épargnera un coup de rabot, ni le labeur écrasant d'aucun prolétaire ne sera interrompu un quart d'heure, parce que la force-travail, au lieu de coûter quatre francs par jour à entretenir, coûtera cinquante centimes par moià, — le prix d'un londros de M. Millaud.
' Pour les dix sous nécessaires à son existence, le travailleur, qui n'a que ses bras pour vivre, devra se vendre aussi complètement, aussi intégralement qu'à l'heure actuelle, où cent francs sont indispensables. Parce que on mourra alors faute de dix sous coï)ime on meurt aujourd'hui faute de deux cents fois dix sous.
Les seuls à bénéficier — et par milliards — du « secret » de Succi, si secret il y avait et a s'il pouvait être mis au service de l'humanité soufiPrante », ce seraient les employeurs, ceux qui font travailler et consomment des ouvriers de tout sexe et de tout Age comme ils consomment de la houille, et dont les profits se trouveraient augtnentés de toute la différence entre les présents et les futurs salaires. De même que toute baisse dans le prix des
fourrages bénéficie aux propriétaires de bœufs ou de chevaux et nullement à ces herbivores.
De là l'espèce de Messie vu dans le fumiste d'au -delà des Alpes par les patrons de partout. Plus besoin — comme se tue à le leur conseiller la saine et patriotique économie politique — d'aller chercher à grands frais dans l'extréme-Asie les sodomistes jaunes qui vivent d'une poignée de riz.
Tous Chinois, comme par enchantement, que dis-je ? tous moins cher que les Chinois, nos prolétaires, par la grâce du '< consommé milanais » qui ne tarderait pas — selon la prophétie de Necker — à devenir pour eux le plus obligatoire des aliments, « malgré qu'il préférassent l'ancienne habitude... »
Heureusement qu'il ne s'agit que d'un rêve, d'un vilain rêve.
Autour d'un cadavre !
C'est Piron, je crois, celui « qui ne fut rien, pas même académicien », qui surpris par le plus terrible des orages un vendredi dit saint qu'il s'était attablé devant une omelette au lard, se levait exaspéré et, lançant à la face des éclairs et des tonnerres son assiette à moitié vide, s'écriait :
« Tant de bruit pour un peu de lard ? Eh bien, la v'ià ton omelette ! »
464 LR SOCIALI^^MK AC JOUR LE JOUR
Le» tapaiio qui se fait depuis quelques jours autour de l'huile dont on aurait /// e.rtremis graissé les pieds de devant et de derrière de feu Paul Bert, me remet en mémoire cette historiette du XYU!»^ siècle.
Il est certain, clame la bourgeoisie cléricale, qu'après avoir fait amende honorable aux bas de je ne sais quel monseigneur, le prédécesseur de M. Hihour s'est laissé, comme Littré, extréme^onC' tionnov par un curé quelconque.
C'est faux ! hurle la bourgeoisie libre-penseuse, furieuse du nouveau Léo Taxilque lui vole le cléricalisme qui « est Tennemi ».
Jo trouve, quant à moi, que voilà beaucoup de bruit, beaucoup trop de bruit pour rien. Et vous, citovens travailleurs ?
Que Tathéisme de Paul Bert ait déménagé ou non avec ce que le choléra lui avait laissé de cerveau, qu'est-ce que cela peut bien nous faire ?
Ce sont les vivants qui me préoccupent. Et sur ces vivants, je sais, nous savons tous quelle a été l'action de l'homme dont les frères ennemis de la famille bourgeoise se disputent aujourd'hui le dernier soupir.
Athée, Paul Bert l'a été — mais pour lui, pour sa classe, dans le domaine scientifique, monopolisé, comme le reste, par les maitrcs du jour.
Mais pour la masse, pour les dépossédés, pour les volés de la terre et do son paradis, Paul Bert a été un bondieiisard, votant et revotant le budget
Varia 46o
de tous les cultes par lui considérés comme le meilleur moyen d'asservir, d'émasculer, d'abêtir les prolétaires.
Freppel Ta eu pour allié, pour complice, dans cette (cuvre de « stultification » populaire.
Là est le crime du savant devenu politicien, dans la religion qu'il voulait et qu'il entretenait pour le peuple, et non dans le bon dieu de pain à cacheter qu'il se serait, à l'agonie, mis en posture d'avaler et qui « n'aurait pas passé ».
C'est là qu'est l'apostasie — et Tapostasie moyennant finances — lorsque, ayant au bout de son scalpel trouvé le vide des cieux qui ne racontent que l'ignorance et l'impuissance humaines, un physiologiste repeuple ces cieux, redore les idoles, pour la tranquillité et la sécurité de la classe capitaliste, comme instrument de gouvernement et de police.
Or, ce côté de la vie de Paul Bert n'est ni contesté, ni contestable. Paul Bert, comme Littré, comme Gambetta, comme tous nos dirigeants — riant entre eux des dieux qu'ils imposaient aux dirigés — a maintenu, de nos deniers, l'Eglise, toutes les Eglises.
11 a salarié les clergés, en les tenant pour ce qu'ils sont, des mystificateurs. L'ambassade auprès de leur pape, ou du grand chef de l'imposture, a eu sa voix partout et toujours.
11 a fait plus : à la veille de partir pour le Tonkin, lesté de 180.000 fr., il s'est déclaré prêt à cou-
vrir de sa protection, au même titre que les cotonnades et que les machines françaises, les articles... de foi qu'y exportent et dont trafiquent les plus compromettants dos missionnaires.
Dès lors il est jugé et peu nous importe qu'il ait ou non usé, pour son compte personnel, de Topium cérébral dont, après avoir empoisonné ses compatriotes, il s'était fait dans Textrême-Asie Tentrepositaire et le placier.
Il me plairait^ au contraire, qu'il eût été pris lui-même au piège qu'il dressait urbi et orbi contre ses semblables.
Paul Bert mourant, à sa honte et pour le déshonneur de sa mémoire, dans les bras de cette religion qu'il passait comme une corde autour du cou de la classe ouvrière pour la conduire et Tétrangler, — mais ce serait justice.
Ce n'est pas la première fois qu'un débitant de poison aurait trouvé la mort au fond du breuvage préparé pour d'autres. Et j'espère, pour ma part, que ce ne sera pas la dernière.
Le Crocodile
C'est du mauvais Jules Verne.
En revanche, c'est du plus mauvais Jean Raybaud.
M. Sardou baisse décidément ; il ne sait même plus cuisiner les pommes du voisin.
De sa contrefaçon pitoyable de Yile mystérieuse en ile des palétuviers^ je n'ai rien à dire. C'est — ou ça à la prétention d'être — de la littérature. Aux abeilles de lettres à arranger ce frelon.
Mais il n'en est pas de môme de sa contrefaçon de Jérôme Paturot à la recherche rie lameilleure des Républiques enColtou en Morgan à la recherche de la meilleure des sociétés. Cette incursion sur le terrain socialiste — pour faire sa cour au bourgeois et lui prendre sa monnaie — me livre M. Sardou.
11 s'est frotté à nous : tant pis pour lui, pour ses oreilles que je vais, comme à un simple baudet, lui allonger d'importance .
Le constructeur du Crocor/i/^ n'est cependant pas un âne simple, c'est un àne double — ignorant qu'il est et des hommes et du milieu qui rendent possible et inévitable la transformation sociale qui s'élabore.
Ses hommes à lui, ses héros, ses réformateurs, sont des financiers décavés et voleurs (Morgan- Colt), des filles nobles tombés dans la domesticité (Mlle de Witt), des reporteresses en quête de nouvelles à sensation — qui se paient bien (Miss Olivia), des petits crevés qui ne savent à quels voyages se vouer pour tuer le temps et manger leurs rentes, c'est-à-dire l'argent des autres (de Clievillac). Quand ils parlent — au clair de la lune et entre deux romances — « d'un sort aveugle » et « d'une société stupide », c'est parce qu'ils ont la police à leurs trousses. Leur idéal social est celui
iG8 LE SOCIALKSMI:: AC JOLK LK JOL'U
qui leur procurera cette fortune, « pour uc dépen-. dre de personne », que les coups de Bourse leur ont refusée ou leur ont prise.
Et pour collaborateur, comme éléments de la vita imovak organiser, M. Sardou leur donne une parvenue de fromage qui renie le chester paternel auquel elle doit des millions (lady Chipsick), une autre parvenue, du café celle-là, fière au contraire du magot et de la haronnie enlevés à la pointe du plus voleur des commerces (veuve Jordaëns), un avocat-polilicien à la Jules Favre, bon à tout et propre à rien (M. Peterbeck), un grec de cercle en rupture de baccarat iStrapoulos) et enfin le rebut des ports du Levant, manollais, nègres, maltais, plus alcooliques les uns que les autres et figurant naturellement le peuple, les travailleurs,17/<lernatumale (sicj.
Quant au milieu nppelé à encadrer et à constituer* cette éeuuKî — on pourrait dire ces récidivistes — du vi(iuv monde, ce sera une île déserte sur laquelle on aura naufragé. Pas d'industrie possible — sans autres outils que ses mains — et quelles mains ? habituées à remuer des hanck no tes ^ à abattre des cartes et à « taper du piano » ! Pour '
satisfaire les besoins de nos llobinsons*, rien que la pèche, la chasse — et quelques barils d'eau-de-vîe et de légumes secs.
VA comuKîsur ce véritable « radeau de laMéduse», fixé en plein océan au lieu d'être roulé parla vague, l'harmonie ne régnera pas. Comme après avoir
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élu un chef qui disposera de la force armée — les quatre fusils sauvés — et imposera à chacun sa tâche, en se réservant et en réservant à ses favoris et favorites le farniente le plus absolu ou la besogne de leur choix, il y aura — parmi ces parasites obligés d'opérer eux- mêmes — des intrigues et des complots. Comme la lutte de classes éclatera entre les classes maintenues — M. Sardou en conclut triomphalement qu'il n'y a rien à faire de l'homme, qui est bien le plus « imbécile «et le plus « gredin » des animaux; que le problème social est insoluble et que la meilleure des sociétés, la société idéale, c'est encore un homme et une femme u faisant la bête à deux dos » dans un lit préalablement garni de cent mille livresde renies {/eco?ijungo final de Colt-Morgan et de Miss Nett).
Cela veut être méchant et ce n'est qu'idiot, mais d'un idiotisme transcendental.
Le pauvre Sardou a beau être académicien comme le duc d'Aumale qui écrit princièrement autographe par un /, il ne sait pas ce que sait le premier ouvrier d'usine, pris au hasard, c'est-à-dire que le socialisme ou le communisme est une catégorie historique, n'est et ne peut être que le couronnement de la longue évolution humaine; que, pour entrer dans la terre promise, il faut que notre espèce soit sortie, non seulement de la période pécheresse et chasseresse, mais encore du travail privé Ov. ' 'Uviducl qui engendre fatalemetLi -^ xxiWcmeni alors — la proçrifelfe ^\:\NfeÇi . ^ ^'sîCS^
470 LE SOCIALISME AU JOUti LE JOUR
vail collectif ou en commun né de la machine et de la vapeur, et devenu le seul travail possible, qui fait plus que permettre, qui entraîne l'appropriation collective ou sociale et la distribution sociale des produits.
PourFordre nouveau, il fautFusine, il faut lamine, il faut Foutillage énorme qui manque à File des Palétuviers et qui caractérise le régime capitaliste. Il faut, non pas le manque de tout, mais la surabondance de tout, que nous avons en France, en Allemagne, en Angleterre, aux Etats-Unis, dans tous les pays industrialisés etmourant de surproduction ou de trop de richesse. Tant que la production est restreinte, insuffisante, le surtravail s'impose au plus grand nombre au profit non seulement d'une minorité qui vit et vit seule de la vie humaine, mais de Fhumanité qui bénéficiera, sous la forme des arts cultivés et des sciences créées et développées, de ces bienheureux loisirs faits à quelques-uns ; la division de la société en classes est à la fois nécessité et avantage. De même que la disparition de ces classes devient à son tour nécessaire et avantageuse lorsque, grâce aux millions de chevaux-vapeurs remplaçant les bras de l'homme et centuplant les produits^ chacun peut consommer et jouir de Fexistence sans nuire à la consommation et à Fégale jouissance de personne. Ce qui est le cas de l'Europe et d'une partie de l'Amérique, mais pas celui de votre lie inliabitée — et inhabitable sans conserves, ô conserve vous-même !
VAftiA iU
n faut, d'autre part, pour celte société nouvelle gu'exclut votre terre vierge, des cerveaux prépa- :*és, coulés dans le moule de la solidarité, de la dépendance mutuelle, par la communauté de l'effort 3t du travail. Il faut un prolétariat musculaire et inbellectuel discipliné par les exigences de la production moderne, convaincu par Texpérience que les individus ne sont que les rouages d*une gigantesque machine qui ne peut fonctionner, c'est-àdire produire de bien-être pour tous, qu'autant que ' tous seront à leur poste et à leur heure.
Or, votre bateau ne porte aucun de ces hommes d'aujourd'hui et de demain. Ce qu'il débarque, c'est la pourriture bourgeoise ; ce sont ces marchands de paroles, ces tant la ligne, et ces aventuriers et aventurières d'en haut et d'en bas, qui sombreront dans le naufrage de leur classe ou que nous serons obligés — l'heure du balai venu — de couler à fond, nous les révolutionnaires.
Et de cette coulée vous serez, Monsieur Sardou, Peterbeck de la scène, non pas comme nuisible, mais comme inutilisable — à moins pourtant que, comme les Spartiates soûlaient des ilotes pour dégoûter leurs fils de l'ivresse, nous ne vous conservions, pour l'éducation de nos enfants, comnie un des échantillons les plus complets et les plus répugnants de la bêtise — ou du crocodilisme — capitaliste disparu.
Cruoiflez-les !
La littérature ne fait ni ne défait les mœurs. Elle les révèle et les accuse. C'est un miroir, plus ou moins poli, plus ou moins fidèle, du milieu qui Ta créé et s'y reflète.
A ce titre, elle a sa place dans la bibliothèque socialiste. Plus le livre est vécu, plus l'auteur y a mis de lui-même et des siens — famille et classe — et plus vaut le document.
C'est le cas du Calvaire de M. Octave Mirbeau, qui devait s'appeler le Cabanon.
Ils sont/ en effet, tous fous dans cette histoire, qui n'est pas un conte, de cette folie multiple qui marque la fin d'une catégorie sociale, l'agonie d'un monde.
Folie du suicide, folie du sang, folie du fut.
La grand'mère — une noble — s'est pendue. La mère, hantée par le souvenir de cette corde, traîne une existence d'épileptique. Et le père — un bourgeois — quand il n'est pas à son étude — héréditaire — occupé à faire passer dans sa poche l'argent de ses clients, tue pour tuer, semant le c<*ble de sa propriété d'autant de cadavres d'oiseaux et de chats que peut en faire son fusil.
Quant au fils de pareils œuvres, au héros, Jean Mintié, sans volonté et sans but, inutile aux autres et insupportable â lui-même, il finit entre les... bras d'une fille qui, après lui avoir croqué ses
eux mille livres de rente, et Ta voir chargé es crapuleuses, après lui avoir vidé ce qui
de cervelle, le traite — et le maltraite — lant de cœur ».
alvaire^ c'est ça; c'est le chemin de cette banale montée dans la ruine de la fortune d'abord, dans Fépuisement du plus névrosé ^anismes ensuite, dans la boue enfin du mautage le plus conscient, e christ de Tordure — lorsque, haletant sa Juliette Roux, il aura été la relancer jusi descente de la Courtille des Champss — sera pris de colère contre « un ouvrier ntdu travail avec ses outils sur Tépaule et iplant sans haine » ce défilé triomphant des geuses d'hommes ».
lui criera :
j fais-tu là, imbécile ? Pourquoi regardes-tu ces femji ?... Ces femmes qui sont une insulte à ton bourgeron
à tes bras brisés de fatigue, à tout ton pauvre corps ir les souffrances quotidiennes... Aux jours de révolucrois te venger de la société qui t'écrase, en tuant des et des prêtres, des humbles et des souffrants comme ilt jamais tu n*as songé à dresser des échafauds pour tures infâmes, pour ces bêtes féroces qui te volent de , do ton soleil... Regarde donc!... La société qui le sur toi, qui s'efforce de rendre toujours plus lourdes nés qui te rivent à la misère éternelle, la société les
les enrichit ; les gouttes de ton sang elle les trans-
or pour en couvrir les seins avachis de ces misérables. \r qu'elles habitent des palais que tu t'épuises, que tu
faim et qu'on t§ casse la tête sur les barricad
Mlg^
. . .Regarde donc ! . . . Lorsque dans la rue lu vas réclamant du pain, les sergents de ville l'assomment, toi, pauvre diable !. . . Vois coïiime ils font la route libre à leurs cochers et à leurs chevaux ! Regarde donc ! Ah! les belles vendanges pourtant ! Ah ! les belles cuvées de sang ! . . . Et comme le bon blé pousserait haut et nourricier dans la terre où elles pourriraient!... »
L'imbécile, c'est toi, 6 Mintié ; et, si tu avais bien lu dans les yeux de ce prolétaire que tu voudrais convertir en chien mordant qui t'a mordu, ce n'est pas seulement de Tindifférence, mais de la joie que tu y aurais vu éclater.
Oui, une immense joie — et des plus fondées.
Car ta Juliette, car ces femmes qui se sont abattues sur toi et ta classe, se repaissant de vos biens, de votre sève et de votre honneur, ces Vénus tout entières à leur proie attachées, le vengent, lui, le dépossédé, et par vous ! Elles volent ses voleurs, elles torturent ses tortureurs, elles tuent ses meurtriers. Quand elles vous tordent dans leurs suçoirs jusqu'à la dernière goutte de votre or et de vos moelles, quand elles vous salissent dans leur cuvette et vous arrachent des cris de douleur et de honte ; elles sont sa revanche à lui, revanche des siens morts à la peine pour vous emmillionner ; revanche du travail dépouillé par Toisiveté, revanche de ses enfants transformés, selon le sexe, en machines à profit ou en machines à plaisir.
Dans ce lit, d'autre part, à travers lequel elles font passer la rue et sur lequel vous pantelez comme sur une croix, que font-elles ces justicières,
sinon vous achever intellectuellement et musculairement, désarmer la classe capitaliste, c'est-àdire Tennemi, de ses dernières virilités?
Elles vous changent en bêtes, les Circé modernes. Et c'est autant d'économisé pour le bourreau.
Les Juliettes, les Nana et autres goules ou Goulue, qui n'opèrent que sur et contre les privilégiés de Tordre actuel qu^elles imptiissantent^ accomplissent une œuvre éminemment salubre, éminemment révolutionnaire. Et loin de leur montrer le poing et de leur demander compte de leurs victimes, nous leur crions :
Poursuivez ô Prêtresses de la décomposition sociale, et prenez tout ! Prenez les Mintié, ces Jérôme Paturot à la recherche d'un talent qui les rente, et les Lerat avec, ces artistes qui n'admettent l'art « que pour eux et deux ou trois amis vivants » ! Prenez ce qui reste de l'ancienne aristocratie, prenez la bourgeoisie tout entière! Dévalisez- les, crevez-les ou crucifiez-les I comme dit M. Octave Mirbeau, pourrissez-les !
Les Dubarry ont beaucoup fait pour l'efiTondrement de l'ancienne royauté.
Vos priapées ne feront pas moins pour refibndrement de la société capitaliste, appelée, elle aussi, à s'en aller en fumier!
Fonctionnarisme obligatoire
Croirait-on qu'il se trouve des gens pour se féliciter et pour féliciter la Chambre de « la voie nouvelle » dans laquelle elle est entrée ?
Quelle voie ? — Celle des économies, parbleu !
Or, CCS fameuses économies se réduisent à huit inspecteurs pénitentiaires supprimés — soit 50.000 francs, et à soixante-six sous-préfectures abolies sur trois cent quarante-cinq — soit 500.000 francs, dont 200.000 sont immédiatement repris pour « frais de tournée d'inspection » des sous-préfets maintenus.
Ces 350.000 francs, péniblement épargnés sur un budget de plus de trois milliards, vous paraissent le comble de la dérision.
C'est que vous « n'y êtes pas » — mais pas du tout!
Comme résultat, c'est de la dernière insignifiance ; c'est moins que rien, les nouveaux impôts et les nouveaux emprunts pour des centaines de millions, sinon pour des milliards, étant là à la porte de l'équilibre budgétaire qui demandent à entrer — et qui entreront.
Mais il y a là, parait-il, un « symptôme » et une « promesse ».
Symptôme « de la guérison prochaine d'une des plus grandes plaies qui ronge la France et qui nous a été léguée \)ar la monarchie ».
Promesse « d*enrayér le fonctionnarisme, dix fois pire que le choléra ».
La cognée est dans le mancenillier des sinécures : il ne s'agit plus que de la faire jpuer jusqu'à rabattage complet.
Sans doute. Mais elle ne jouera pas.
Pour voir dans les économies de bouts de chandelle, jetées par nos honorables comme de la poudre aux yeux du pays, le commencement de la fin du phylloxéra administratif, il faut débarquer de chez les Hurons ou tomber de la lune, être ignorant comme une carpe des conditions de TEtat moderne.
L'Etat est et a toujours été le gouvernement d'une classe, de la classe privilégiée, quelle qu'elle soit, aux besoins de laquelle il lui a fallu et il lui faut pourvoir.
Lorsque cette classe est la noblesse, sous la monarchie, la monarchie doit créer toutes les classes nécessaires à l'entretien des nobles. Elle doit « caser », c'est à -dire satisfaire tous les affamés dont elle est le représentant, la providence. De là les « offices », qui nous paraissent aujourd'hui plus ridicules les uns que les autres, qui pullulent sous l'ancien régime, l'interminable liste des pensions qui scandalisa si fort le Tiers lorsqu'il put y jeter ses yeux de victorieux.
Lorsqu'au lieu de la noblesse, c'est, comme à l'heure présente, la bourge,ovi5ivç.,\^ Ov:^'^'^^ ^'^^^- Yiste, qui est au pov\vo\Y, ^ows» \^ ^^v^^^
478 LE SOCIALISME AU JOUll LE JOUR
comme sous la monarchie constitutionnelle ou parlementaire, il n'y a de changé que les bouches à gaver, les poches à remplir. Mais les mêmes nécessités gouvernementales existent de faire vivre sur la nation la classe dominante ; et comme cette classe s'est accrue, le fonctionnarisme, c'est-à-dire les fonctions inventées pour les fonctionnaires, s'accroît — et fatalement.
C'est ainsi que le régime démocratique, comme on appelle le régime bourgeois, loin de pouvoir, je ne dis même pas comme le Gambetta de Belleville, en finir avec les sinécures^ mais les raréfier, les multiplie et est condamné à les multiplier à rinfini.
Pour une que l'on se donnera le genre de supprimer avec éclat de temps à autre — il faut bien faire quelque chose pour le principe — on en créera dix, vingt, cent nouvelles.
Que voulez-vous que la bourgeoisie fasse de ses fils, de ses cousins et arrière-cousins, actuellement surtout que toutes les carrières sont encombrées ; alors que « les situations indépendantes » disparaissent dans une industrie et dans un commerce de plus en plus centralisés ne laissant place qu'à des prolétaires en blouse ou en paletot, mais également serfs, également misérables ?
La conservation sociale exige que l'on fasse, sous forme d'emploi, leur part du gâteau gouvernemental à ces inclassables^ si on ne veut pas les
retourner, avec leurs dents longues, contre leur propre classe dévorée du coup.
Voilà ce dont se rendait parfaitement compte le Freycinet, lorsque, plutôt que d'avaler Tabolition subversive des sous-préfectures, il a rendu le tablier ministériel.
Voilà ce dont se rend non moins exactement compte le Goblet lorsque, sans même attendre la cassation du Sénat, il met tout simplement dans sa poche ce vote abolitionniste.
Mais voilà ce que, pour le placement de leur « papier », feignent d'ignorer les exploiteurs de la démocratie vulgaire, négligeant systématiquement d'éclairer leur lanterne.
Ppo domo
Qup^qu'en ait dit le « quelqu'un » cité hier par ^erine, au Cri du peuple « on ne prêche pas », on n'a ja.mais prêché « le vol en masse, en le traitant de restitution ».
Sinon, aucun de nous n'aurait mis le pied — ou la plume — dans le journal de Vallès. Ni Massard, ni Goullé, ni Duc-Quercy, ni Fournièrc, ni De ville, — ni moi.
Socialistes, nous poursuivons et ne pouvons poursuivre quune chose : la fin du vol, de tous le&jpols qui constituent et qu'engendre la proprii taliste.
Et c'est pourquoi, parce que sur notre drapeau il est écrit : Guerre aux voleurs ! il nous est interdit de pactiser avec des voleurs, d'où qu'ils viennent, et pourquoi surtout il nous est interdit de laisser donner la théorie du vol comme le dernier ou comme le premier mot de la Révolution.
Qu'un homme prenne quand il a faim, quand les siens ont faim — et ce n'est pas le cas de Duval — nous ne lui jetterons certes pas la pierre. Mais nous ne confondrons pas cet acte de conservation iiiflividuelle on familiale avec un coup de feu d'avant-garde.
Voici des siècles et des siècles que cette reprise individuelle s'opère, de la main à la poche ; que Pierre vole Paul qui a lui-même volé Jean, sans que ces vols accumulés — vols par besoin ou vols par métier — aient, je ne dis pas, transformé, mais modifié si peu que ce soit la face de la société.
Pour « défendre » des opérations — non pas de nécessité, mais de « principe » — comme celle de rhôtcl Lemaire, vous dites que « les malheureux » dont nous battons le rappel, que nous poussons à s'organiser pour la grande reprise sociale, « ne nous ont pas compris ». Vous invoquez, à l'appui de leurs oreilles fermées ou mal ouvertes ce que vous appelez « l'hystérie de la misère » et la « névrose de la révolte ».
flaison de plus, alors, cour que nous surveillions nos paroles et çouy cji^\3L>Aftw èj ^\5l^q.w\^^\^
■vl^N-.; i-Y-
; -: ' VARIA i;
ces égarés dans un malentendu aussi nuisible eux-mêmes que mortel à la cause, nous nous dre.s siens, nous les « meneurs » comme vous écrive^ devant eux, leur criant non pas anathème, mai casse-cou ! et leur barrant de toute notre influence comme an ti- socialiste, comme anti-ré vol utioa naire, la voie où les engage leur infirmité céré brale.
« Responsables », oh! oui^ nous le serions — et d'une responsabilité que pour ma part je n'accepterai jamais — non pas même en applaudis sant, mais seulement en ne coupant pas court à ce genre de... « véhémence » !
Nous serions responsables à la fois de la Sociale compromise, devenue un objet d'horreur pour le monde du travail qui peut seul créer Tordre nou veau, et des prisons remplies et des échafaudj dressés.
Combien de Duval peut faire éclore demain oi après la seule illusion (entretenue qu'en forçan une serrure et en faisant main basse sur ceci oi sur cela, on sert sa classe ou son parti, ou passe martyr, sinon héros !
Ceux qui font — et défont — les Duval, ceu5 qui leur mettent au collet la main de la société bourgeoise et les livreraient ligottés au couteau de monsieur de Paris si — ce qui ne sera pas — le monstrueux verdict du jury de la Seine pouvail recevoir son exécution finale^ ce sont ceux c^ui i^ax sentimalité ou par horreur à^^ \Xi^c>Y\fc^^ <5\^\s^
passer, sans lui arracher son masque insurrectionnel, la théorie de l'action individuelle, le droit au vol.
Quant à Babeuf, quant aux insurgés de Juin, quant aux fédérés de la Commune, que notre collaboratrice a ressuscites pour les jeter dans le débat, je ne leur ferai pas la suprême injure de défendre leur mémoire contre un pareil rapprochement.
La réaction bourgeoise, qui ne juge pas sa victoire complète tant qu'elle n'a pas sali ceux qu'elle tue, a pu les dénoncer à Thistoire — qui n'en a rien cru d'ailleurs — pour des « voleurs » et essayer de transformer leurs fusils en pince-monseigneur, comme elle tente aujourd'hui de coudre les socialistes-révolutionnaires aux « faiseurs de portemonnaie » ou de bijoux.
Mais leurs actes, mais leurs œuvres sont là, qui, pour la confusion des calomniateurs, nous les montrent aussi adversaires que nous du pillage qui n'est qu'une des formes de cette propriété privée pour la suppression de laquelle nous combattons et ils sont morts.
Reste le problématique Jésus, que je vous abandonne, pour mon compte, ô Séverine, et qui a pu, s'il a existé, tenir école de filles publiques et de larrons.
Mais vous m'avouerez que ce qui pousse, sous le gibet où on l'a ressuscité et d'où il règne depuis dix-neuf siècles sur le monde, n'est pas de nature
à me réconcilier avec le nouveau gibet que vous montrez du doigt aux foules.
Le christianisme, avec sa longue malfaisance, me suffît — sans le Duvalisnie,
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