‹ Le socialisme au jour le jourChapitre 8 sur 11 · I ... 1 ■ ■ ilii · texte numérisé non relu

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% S»ut, d'autre part, en finir avec la « philan-

H^l^ ^Vkpênies Compagnies et déclarer Tin-

^Êr fC exclusive de l'industrie de la nour-

jM^^ M industrie du logement. Sous prétexte

m marelle leurs ouvriers et de leur

AUTOUR D'UNK GRÈVK 80

fournir au prix de revient pain, vin, viande et le reste, les nouveaux seigneurs de la houille ont rétabli plus que le servage, l'esclavage, — tel qu'il se pratique encore à Cuba et au Brésil, où les noii*s dépendent du planteur pour la satisfaction de tous leurs besoins organiques.

L'économat capitaliste^ tel que le Watrin Tavait organisé à Decazeville, c'est le (ruck system — ou le paiement (à peine déguisé) en nature, dont le prolétariat anglais a eu raison après une lutte de plus de cinquante ans. Interdit dans le Royaume- Uni, il est impossible qu'il soit maintenu dans la République française.

Cet instrument de servitude et de spaliation, Basly sommera nos gouvernants de le briser — sous peine d'être brisés eux-mêmes. Et il aura pour appuyer sa sommation nos cent et quelques mille mineurs dû Midi, du Nord et du Centre, et plus de cinquante mille petits commerçants qui, — on a pu s'en convaincre la semaine dernière — n'entendent pas se laisser Watriner impunément.

L'Extrême-Gauche démasquée

Le faux nez socialiste dont s'étaient affublés les radicaux de l'extrême-gauche pour les besoins de leur réélection n'aura pas été long à réintégrer le magasin aux accessoires.

Il a suffi à Basly de revenir de ï)eeaxe\*\\\^ tvn^^

une demande d*interpellation pour que leur bourgeoisisme se montrât dans toute sa hideur.

Ce sont les extrêmes-gauchers, en effet, M. Clemenceau en tcte, qui, plus ministériels que ne Tespérait M. Baihaut, ont barré au « député des mineurs » Tescalier de la tribune. Ce sont eux qui « en le rendant responsable du rejet de l'amnistie » s'il parlait^ l'ont contraint de se taire et d'attendre.

D'attendre quoi ?

Qu'au contact des baïonnettes — de la République — qui les couvrent à nos frais les Petitjean et autres Watrin II aient repris leurs esprits et les concessions de la première heure ? Qu'à force de voir vider les fosses au profit des prisons, la patience échappe aux forçats de la mine et que le sang coule à nouveau ?

Mais le radicalisme de ces' messieurs ne s'est pas borné à jouer avec le feu en remettant à huitaine une population entière et ses griefs.

Basly ayant prononcé le mot « d'exécution » à propos delà défenestration de l'ingénieur tortionnaire, M. Clemenceau s'est emporté. Pour lui et ses collègues, des ouvriers qui, atteints dans leur existence et dans l'existence de la femme et des e^^igts, se défendent comme ils peuvent et, à déla justice sociale qui se dérobe, se font )ux-mêmes, sont des « assassins ». Le mot ;. Il n'y a que ceux d'en bas, que nul et que

rien ne protège, à qui il est interdit de se protéger, sans crime, jusqu'à la mort de l'assaillant.

M. Clemenceau et M. Maret ont donc « protesté vivement » contre la mise en liberté des enfants de dix-huit ans et des femmes qui encombrent les prisons de Rodez et sur lesquels la classe des Watrins, maîtresse du pouvoir, s'apprête à venger son mort.

Ils ne veulent pas davantage entendre parler de poursuites contre « la Société des houillères et des fonderies del'Aveyron », malgré la série de vols, dans le sens du Code pénal, relevés <\ son actif : depuis le vol' à la retenue — l'ouvrier du fond n'étant jamais payé du premier mois et devant faire crédit un autre mois à ses richissimes employeurs — jusqu'au vola la 'paie — les berlines tarifées 100 francs étant réglées à 38 et à 36 — en passant par le vol à V économat qui rappelle le détroussement desfilles dans les maisons de tolérance.

MM. Clemenceau, Maret, et autres Wickersheimer ont enfin combattu — risiim teneatis — comme du « pur communisme » tout minimum de salaire à imposer aux Compagnies. L'Etat qui a abandonné à quelques-uns le sous-sol de tous ne saurait, parait-il, intervenir pour garantir un minimum d'existence aux dépossédés que la faim attache à cette glèbe souterraine et qui devront continuer à en extraire des millions pour d'autres sans être assurés d'en extraire pour eux et les leurs du pain en quantité suffisante.

Tel est, en matière de vie ouvrière le dernier mot de la bourgeoisie radicale, qui n'admet pas la moindre limite légale à l'exploitation capitaliste et qui n'en fait pas moins fonds sur les travailleurs parisiens pour compléter dimanche la victoire de ses candidats.

Espérons qu'elle aura cette fois compté sans son hôte et qu'éclairé par cette dernière expérience notre prolétariat se refusera à faire le jeu des Jaclard et des Lefèbvre-Roncin, des Longuet et des Richard qui se présentent sous un pareil patronage.

Au nom de nos frères de l'Aveyron « lâchés », livrés par l'extrême-gauche toute entière, ouvriers de Paris, votez pour Andrieux ! votez pour Piéron ! votez pour AUemane et pour Joffrin !

Redoublez l

Le mineur Basly, l'ouvrier en bronze Camélinat et Temployé Boyer étaient d'excellents citoyens, la crème des candidats, lorsque, pour faire pièce au socialisme révolutionnaire et pour décrocher — ou acheter — les suffrages ouvriers, les politiciens de la bourgeoisie les portaient tapageusement sur leurs listes.

Les mêmes Basly, Camélinat et Boyer ne sont plus bons qu'à pendre, aujourd'hui que le tour — électoral — est joué et du moment qu'au lieu

' AUTOUR D'UNli GRÈVE i»3

■ dese laisserembourgeoiser,(lomestiquer comineles Nadaud et les Corbon, ils entendent demeurer fidèles à leur classe et faire leur devoir de prolétaires.

Basly qui, après avoir été au premier danger payer de sa personne à Decazeville, s'apprête à porter demain à la tribune du Palais-Bourbon le cri de douleur des watrinés^ n'est plus qu'un éuergumène.Energumènes — et pour la même raison — les Boyer et les Camélinat qui, au meeting de dimanche, sont venus prêter serment de fidélité au peuple travailleur, dont ils seront à la Chambre les ouvriers, selon l'admirable expression de l'un d'eux.

Cette manière, une fois passé de l'atelier au Parlement, de rester en communion avecTatelier et de redescendre dans la rue pour en dégager la volonté et la jeter vivante, violente, k la face du plus récalcitrant des pouvoirs, parait à la plus républicaine des presses le dernier mot de la trahison.

Il faut opter, dit en toutes lettres le Temps ^ entre ses collègues et ses électeurs. « Ayant les idées qu'ils ont et méditant les desseins dont ils nous font confidence, nous comprenons très bien que MM. Basly, Camélinat, Boyer, et ceux de leur école aillent dans les réunions populaires pour y organiser les forces matérielles dont ils attendent la victoire : ce que nous ne comprenons pas, c'est qu'ils retournent, après cette profession de foi, nu Palais-Bourbon. >^

En bon français, c'est leur démission qu'on leur demande. Ou voudrait que, comme Rochefort, après s'être donné lasatisfaction puérile de souffleter sur les deux joues une Chambre incapable de rougir, ils laissassent le champ libre aux députés à tout faire des grandes Compagnies, aux souteneurs des Léon Say et des d'Audiffret-Pasquier.

Mais cette sortie collective, — qui serait une véritable abdication, — on ne l'obtiendra pas des mandataires ouvriers. S'ils n'ont pas, d'après nos docteurs ès-légalité, le droit de conserver leur siège de députés et de travailler en même temps à la révolution sociale, eh bien, ce droit, qu'on leur dénie, ils le prendront !

Plus l'ennemi voudrait les voir — ouïes mettre ^hors du pouvoir législatif, et plus leur devoir est de se maintenir dans la place, en attendant que les circonstances leur permettent de l'ouvrira ceux du dehors, au prolétariat organisé et armé.

Une parole de Blanqui m'est toujours restée en mémoire. Nous revenions de Reims, où trois mille tisseurs avaient fait une véritable ovation au démuré de Clairvaux. Et cet homme d'action, qui était doublé d'un observateur de premier ordre, me disait : « C'est toujours à l'extréme-gauche des corps élus que dans les moments tragiques le peuple va chercher ses nouveaux chefs. Qu'au 24 fé- ^48, au lieu des libéraux à la Lamartine et [e, il ait trouvé dans la Chambre envahie lée une poignée seulement de révolution-

AUTOUR D'UNE GBÈVE 95

naires, et au lieu d'uu gouvernement provisoire faisant les journées de Juin et l'Empire^ nous aurions eu la vraie République définitivement fondée. Qu'au 4 septembre 1870, au lieu de capitiilards à laFavre^d'afîameursàlaFerry et de massacreurs à la Jules Simon, l'extrême gauche du Corps législatif eut compté quelques Delescluze, quelques Minière et quelques Varlin ; et la dictature dans de pareilles mains eût été la fin de Tinvasion et le commencement de la révolution. »

Rien qu'en vue d'une pareille éventualité, qui n'est pas seulement inévitable, mais prochaine, il importe que nous ayons au Palais-Bourbon un certain nombre d'hommes sur lesquels les masses puissent compter.

D'icilàles Basly, lesCamélinat^ lesBoyer et d'autres — s'il en existe, — ont à compléter Téducation révolutionnaire du pays en harcelant de leurs mises en demeure l'Etat bourgeois, en dénonçant, par les carreaux toujours brisables de la Chambre, ses dénis de justice et en lui arrachant, si possible, des lambeaux de réforme et de mieux-être qui n'apaiseront pas — qu'on n'ait aucune crainte — la large faim ouvrière, qui ne feront que la creuser et la surexciter.

Qu'ils laissent en attendant la meute des journaux capitalistes « hurler après leurs chausses. » S'ils crient, c'est que leur caste est touchée. Marquez le coup — citoyens du groupe ouvrier — et redoublez !

96 LE SOGlALISMIi AU JOUR LE JOUR

Le 11 février 1886

Les mineurs de Decaze ville — dont la « misère générale » peut seule, d'après un collègue de Watrin, M. Jules Garnier, expliquer la tragique entrée en scène — n'ont rien à attendre du gouvernement de la République bourgeoise. Rien que des condamnations, des arrestations et l'état de siège.

A leurs réclamations portées par Basly à la tribune, et appuyées par Boyer et Camélinat, le ministre des travaux publics d'abord, le président du conseil ensuite, ont répondu par un refus formel.

Refusée, la journée de huit heures!

Refusé, un minimum de salaire ou de vie, alors qu'un minimum de profits est, sous le nom de «garantie d'intérêt », assuré, pour cent millions cette année, aux Rothschild et sous-Rothschild de nos voies ferrées !

Refusé, même la fin de ce triple vol que représentent la retenue du premier mois, l'économat obligatoire et la réduction in extremis des « forfaits » intervenus !

A l'exception de la paie à la quinzaine, que la Société à Léon Say a « promis de mettre à l'étude » les serfs de l'Aveyron sont renvoyés les mains vides.

En revanche, grâce à l'intervention gouvernementale, la susdite Société sort de la présente crise avec des tarifs de transport considérablement abais-

AUTOUR D'UNE GRÈVl!: 07

ses, et avec une nouvelle commande par l'Orléans de 130.000 tonnes par an pendant dix années.

C'était le travail aifamé qui criait vers nos gouvernants .

C'est au secours du capital à court de dividendes qu'ils se sont républicainement portés !

Mais ce n'est pas cette mille et unième faillite faite par TEtat bourgeois à notre classe ouvrière^ qui caractérisera la journée d'hier; pas plus que l'ordre du jour motivé qui Ta dignement couronnée.

En affirmant sa confiance dans « la sollicitude » et dans « l'énergie » dirigeantes, qui se traduisent sous Freycinet comme sous Ferry, sous Ferry comme sous Bonaparte, par les mêmes baïonnettes mises au service des mêmes patrons, la Chambre du scrutin de liste a simplement continué les Chambres du scrutin d'arrondissement.

Ce qui domine l'inoubliable séance du 11 février 1886, c'est l'unanimité et la spontanéité avec lesquelles tous les partis politiques bourgeois ont fait corps, se sont retrouvés unis contre les premiers porte-parole du prolétariat, prolétaires euxmêmes.

Depuis l'extrême-droitc jusqu'à Textrême-gauche, en passant par le banc des ministres et sans oublier le fauteuil présidentiel, il n'y a eu qu'un mouvement, qu'un cri — le même — de fureur et de guerre contre le « quatrième-état » introduit finalement dans la place.

W LE SOQALISME Al' JOITI LE JÙCE

Pour répudier les - violences ouvrières » — li- »ez le coup pour coup du salarié au salariant — l'extrême -gaucher Wickersheimer n'a pas été moins violent que rextreme-drt>itier Raoul Duval. Cétiit le même intérêt, disons le mot, la même caisse qu'ils défendaient avec le même emportement.

» Les classes et leur lutte fatale ont fait hier leur entrée au Palais-Bourbon, séparées par leurs morts qu'elles se sont jetés mutuellement à la face, et créant deux Parlements dans le Parlement, comme il v a deux nations dans la nation.

Le Parlement ou la représentation prolétarienne peut ne compter, pour Finstant, que trois membres, que quatre en y comprenant Clovis Hugrues. Mais, selon l'exclamation pittoresque de ce dernier, ces ù'ois — comme les cinq de l'Empire — « feront des petits », et bientôt. L'avenir — et un avenir prochain — leur appartient. A eux les masses qui faisaient la force du radicalisme et qui, abandonnées, livrées par lui, iront au socialisme (jui se lève et qui s'est affirmé hier comme la personnification non seulement de leurs intérêts, mais de leurs colères.

(^atilina n'est plus aux portes. Il est dans Rome,

prét^à l'ouvrir à ceux du dehors qui, d'un bout à

lu pays noir, du monde des esclaves, répon-

tr une longue clameur de triomphe à leur

planté, comme un poignard, au cœur

'de Tcnnemi.

[jrôtàl't

AUTOUR DUNE GRÈVK 99

Un défi

Injures et calomnies lui étant restées pour compte, la presse bourgeoise, perdant la tète, en est arrivée, contre*le champion à la Chambre des écrasés de Decazeville, à l'espèce de défi suivant, que nous ramassons, de nos ciseaux transformés en pincettes, dans un journal du matin :

Il me semble que les journaux qui ont favorisé l'élection de Basly ont des comptes à lui demander de sa conduite, qu'il y a lieu de le remettre en présence de ses commettants et d'exiger de lui des jBxplications catégoriques. Puisque Basly représente Paris par son mandat, il faut qu'on sache si Paris approuve l'assassinat de M. Watrin. Puisque Basly, serviteur respectueux du suffrage universel, a tenu ce langage que nous réprouvons tous, il faut que l'on sache s*il est le mandataire fidèle ou infidèle de la population parisienne. Les noms des journaux qui ont soutenu sa candidature sont connus. Celui du Temps figure en tête de la liste . Pourquoi ces journaux n'organiseraientils pas une réunion ?

Cette réunion justicière, dont on a Timprudence de menacer Basly, n'est pas pour nous déplaire.

Non seulement nous l'acceptons au nom de notre vaillant ami, mais nous Texigeons.

Ah ! on ose parler de « mandat outrepassé », parce que le Palais-Bourbon, où il entre à peine, n'a pas fait oublier à Basly la mine où il a travaillé dix-huit ans et où il a laissé cewl ^V q^^<<3^| mïïle camarades ! il

Eh bien ! En avant les mandants ! En avant les électeurs — en majeure partie ouvriers — de la Seine qui, en votant pour l'ancien « haveur », ont entendu donner un député, un défenseur aux serfs d^Anzin et d'ailleurs !

Que le Temps ou tout autre journal à la solde des Compagnies les convoque en tribunal populaire, en jury national. Basly, qu'on se le tienne pour dit, y sera.

Et tant pis pour les accusateurs si, les rôles intervertis, ils en sortent accusés, condamnés et quelque peu exécutés.

Comme il se pourrait cependant que les capitaines Fracasse de la bourgeoisie, après s'être aussi avancés, reculent devant la justice populaire par eux évoquée dans une heure d'aveugle colère, nous les prévenons loyalement que cette réunion qu'ils se sont avisés de braquer contre les députés ouvriers aura lieu quand même. Si ce n'est pas eux qui la font, c'est nous qui en prendrons l'initiative.

Dimanche 21, au plus tard, si Jiasly n'a pas été traduit devant ses commettants, c'est nous qui traduirons à cette barre ouvrière les Watrins de la Chambre et de la presse.

La réunion !

^■deux

rEvfhirment^ voici venir \o Figaro ^v^w^

appuyer l'idée d'un meeting*, dans lequel les Lockroy et autres prometteurs d'une amnistie qu'ils liront pas tenue, demanderaient des comptes au mineur Basly, resté au Palais-Bourbon fidèle à ceux de la mine.

Les monarchistes de tout poil s'offrent, par la plume de M. Francis Magnard, a servir d'aides aux républicains bourgeois pour l'érection des bois de justice et « l'exécution » du député socialiste.

C'est édifiant! Ecoutez plutôt :

M. Edmond Deschaumcs développe dans V Événement une idée qui fait honneur à son bon sens et à la loyauté de ses opinions républicaines : il estime que M. Basly, dans son apologie de l'assassinat (?!), a été le- mandataire infidèle de la population parisienne, qui Ta sottement élu par un esprit de discipline mal compris, et il demande que les journaux qui ont soutenu la candidature de M. Basly, le Temps par exemple, provoquent une réunion publique où les électeurs viendront dire si M. Basly a, oui ou non, méconnu son mandat. Nous approuvons chaudement cette idée ; si à défaut du Temps et de la République française, journaux un peu graves pour avouer facilement leurs torts, l'Evénement veut prendre l'jnitiative de cette consultation de la population parisienne, notre concours lui est acquis.

Maintenant qu'ils ont le concours de l'organe en partie triple, du trône, de l'autel et du bidet, les républicains à la Magnier ne sauraient plus hésiter.

Voyons, Messieurs, un peu de courage à la poche ! vous voilà tous réunis, sans distinction de torchon politique, classe contre classe, q^^^VV^W^V^*^

contre prolétaires, et nous montrant le poing. — Frappez donc !

Si vous ne voulez pas vous faire chansonner comme les derniers des pleutres par nos mioches de la primaire, ne restez pas dans cette posture de gens qui... veulent, mais qui ne peuvent pas.

La réunion ! on demande la grrrande réunion qui doit dénommer Ba^ly pour ne pas s'être laissé mettre en carte par un Parlement de tolérance et le remplacer par Watrin ou un de ses apologistes, au hasard : Deschaumes ou Magnard !

Trop taf*d !

Ce n'est pas une retraite. C'est un sauve-quipcut !

Pour faire détaler comme autant de lièvres nos bourgeois inquiets pour leurs oreilles, il a suffi de les prendre au mot et de les sommer d'organiser contre Basly la réunion qu'ils brandissaient sur nos tètes.

Invité à prendre l'initiative de (( cette consultation de la population parisienne», le Temps s'est hâté de disparaître dans le trou du plus systématique des silences.

VEvé)ie7nent ne fait pas meilleure figure. Malgré le renfort qu'il a trouvé dans le Figaro^ il joue si frénétiquement des jambes que c'est à peine si, ' au loin, clans la poussière de l'horizon, on aper-

çoit encore la voiture qui lui sert de refuge ordinaire.

Pendant que la Lanterne qui, allourdie par ses dessous financiertî, est tombée, dans sa fuite, sur son Mayer, s'égosille à demander grâce : « ce n'est pas elle, c'est lui, c'est Deschaumes qui a eu cette idée cocasse (sic) et il ne le fera plus. »

Trop tard ! messieurs. Si désarmés que nous puissions être par tant de couardise, le vin est tiré — tiré par vous — et il va falloir le boire.

Vous avez évoqué le diable, c'est-à-dire le peuple des réunions publiques. Il est là, qui veut entrer ; et devant votre refus de lui ouvrir les portes, c'est nous qui les lui ouvrirons. Les comptes que vous vouliez, dans votre imprudence, demander à deux des élus d'octobre dernier, il entend les demander à tous, aux trente-sept qui siègent encore.

Au Lockroy qui avait promis formellement l'amnistie et qui l'a égarée dans les couloirs ministériels, il mettra le nez dans son parjure.

Aux Clemenceau, aux Pelletan et autres radicaux de la salle Cadet qui, dans leur programme minimum, s'étaient engagés à mettre immédiatement fin aux aventures coloniales et à séparer immédiatement l'Eglise de l'Etat, il clouera dans le dos les tonkinades maintenues ad œtermim^ comme le budget des cultes.

Il ne fallait pas toucher à la hache... de la déchéance. Mise en mouvemeut çaY \o\\.s ç^Q>\î^-'t^

104 LK SOCrALL-ME AU JOUR LE JOUU

Basly, elle retombera de tout son poids sur les autres, qui vont être mis en demeure de « rendre le mandat )).

Dimanche prochain, 21 février, la parole sera donnée aux électeurs de la Seine, au suffrage universel parisien.

Les députés de la Lanterne figureront gratuitement -^ ce qui les changera — sur cette liste... de prévenus.

Mais, malgré ce bon procédé, auquel on ne les avait pas habitués, nous doutons fort qu'après l'opération ils trouvent encore « amusante et cocasse » l'idée de leurs maladroits amis, les Deschaume et les Magnard.

Ouvrons l'œil l

Ap'rès avoir, par l'organe de la Lanterne, rengainé leur fameuse réunion dans laquelle on devait demander des comptes à Basly et à Camélinat, voilà que, par voie d'affiches et de circulaires, et dans leurs journaux, les radicaux du gouvernement annoncent pour aujourd'hui dimanche, au Chàteau-d'Eau, un « grand meeting public » sous la présidence d'honneur du ministre Lockroy et sous la présidence effective de l'avocat-député Delattre.

C'est le « commerce parisien » qui convoque Que) commerce'^ Celui des articles Paris fabriqués

AUTOUR D'UNK GREVK lOo

en Allemagne ou celui des mandats législatifs et municipaux ?

Après les mille tours de Goblet, dans lesquels nous servions de muscade, auxquels se sont livrés nos politiciens, ce meeting enfariné ne nous dit rien qui vaille. Il nous parait d'autant plus louche que « tous les députés de Paris » y figureraient et que dans les circulaires on parle en toutes lettres de a manifestation ». Sous prétexte que Basly et Camélinat sont compris a dans tous ces députés », on aurait l'arrière-pensée de profiter du public à Ifr, 50, 1 fr. et 75 centimes, qui seul est admis à « manifester », pour combler de félicitations les républicains qui ont lâché les mineurs de Decazeville et de blâmes les socialistes qui ont pris leur défense, que nous n'en serions pas autrement surpris.

Ce serait horiblement « canaille », puisque Tordre du jour, limité aux grands travaux publics et à la revision du code de commerce, écarte et exclut toute consultation des électeurs parisiens. Mais ces canaille ries-là rentrent dans la manière de faire de nos jésuites, trop lâches pour donner loyalement un rendez-vous à leurs adversaires, quitte à triompher en leur absence et de leur absence.

Le plus prudent serait donc d'ouvrir l'œil. Il ne faut pas que — môme à une assemblée trompée — on puisse « filouter » un satisfecit pour les faux bonshommes qui, comme Lockroy, ont repoussé l'amnistie après J 'avoir promise et Woeev\\\Ç:\\\ ^^

supprimer le suffrage universel sous prétexte de ne pas le fatiguer.

Avis surtout aux électeurs ouvriers du XP qui connaissent le Lockroy, leur ancien élu, pour l'avoir blakboulé dans toutes les réunions.

Manœuvre prévue et dénoncée est manœuvre plus qu'aux trois quarts déjouée.

Fallait pas qu'y aille !

Quand nous disions aux valets de plume de la bourgeoisie qu'il ne fallait pas jouer avec le feu des réunions publiques, et qu'à faire appel au peuple on risquait toujours de se brûler les doigts !

Malgré nos avertissements, après avoir pris la double précaution de dissimuler l'objet de leur « grand meeting » et de se barricader derrière des droits d'entrée de 75 centimes et de 1 fr. 50, les Delattre et autres sous-Mayer de la Lanterne ont voulu tenter l'aventure.

Ils ont donné rendez-vous au théâtre du Château d'Eau — qu'il s'agissait de purifier de la dernière affirmation révolutionnaire — aux électeurs de Paris. Prétexte ! les grands travaux publics ; véritable but : faire « manifester » contre les trois ou quatre députes socialistes et en faveur des députés capitalistes qui, sans distinction de radicaux et d'opportunistes, avaient, le 11 courant, enterré les réclamations des sans-soleil de Decazeville.

Ce que nous avions prévu est arrivé. Avec cette admirable prévisian qui le caractérise, le Paris ouvrier est accouru. Etpour faire disparaître comme un seul fuyard dans le trou du souffleur le ban et Tarrière-ban des bourgeois entraînés à grand renforts de tambour et de clairon par la Lanterne et par le Radical^ il lui a suffi de se montrer.

Disparue, sous des huées préalables, la présidence d'honneur du député ministre Lockroy et son commerce d'amnistie en faux et de mutilation en vrai du suffrage universel !

Disparu — après avoir eu le temps de se faire appliquer sur ces joues glabres trois salves d'applaudissements pour Basly — le président eff'ectif Delattre ! '

Disparus, Georges Martin le sénateur, etBrialou le député (à tout faire de M. Clemenceau), que toutes les mises en demeure n'ont pu dessouder de leurs fauteviils — muets !

Et disparu le Mayerqui, venu pour« encaisser » sa victoire — escomptée d'avance — a dû, selon sa propre expression, « foutre le camp » pour ne pas être accroché à sa propre Lanterne !

L'exécution projetée a eu lieu ; — mais ça a été l'exécution multiple de tous les élus — prometteurs — du radicalisme.

Basly, au contraire, et ses collègues en socialisme, les Boyer et les Camélinat, sont sortis de ces assises parisiennes convoquées — et triées — par l'ennemi, en vainqueurs sans combat, pour ne pas dire en triomphateurs.

108 LE SOUfALiSME AU JOCK LK JOUR

Paris, malgré la coalition de la presse financière pour rémasciiler, est pour la révolution et avec Tavant-garde qui a fait trouée dans le Conseil municipal et dans la Chambre.

Et il chantait hier et il chantera demain, à la confusion des marchands de lorgnettes à la Maret et à la Magnier, son vieux refrain de barrière (comme disent ces messieurs de Tortoni).

C'est bien fait Via c'que c'est Fallait pas qu'y aille (bis) C'est bien lait.

Le crime de Basiy

Basly — c'est entendu — n'a apporté à la tribune qu'un tissu d'inepties, justiciable, d'après le grave Journal des Débats^ de la correctionnelle, sinon de la cour d'assises. Basly — c'est entendu encore — a compromis, par ses exagérations, la cause si intéressante des mineurs.

Comment se fait-il alors que loin de démentir les monstruosités par lui signalées^ tous ceux qui sont intervenus dans le débat aient été obligés de les confirmer, depuis le ministre Baïhaut jusqu'à Textrême-gaucher Wickersheimer ?

Comment se fait-il que les mesures réclamées par lui d'urgence et exécutées comme du a pur communisme » soient présentement reprises par la

presse la plus opportuniste, dès qu'au lieu d'insulter elle s'avise de raisonner ?

« L'énergumène » Basly avait dit — je cite l'Officiel :

Les sociétés coopératives ne servent à la Compagnie qu'à réduire le salaire de l'ouvrier. Ce système permet aux administrateurs de contrôler la consommation, sur laquelle ils se basent ensuite pour réduire le salaire.

On veut encore tenir par le crédit les ouvriers qui, en réalité, ne sont presque jamais payés en espèces, et sont presque toujours payés en marchandises.

Je nMndique que pour mémoire les 25 0/0 de retenue opérée sur les salaires ouvriers pour constituer le capital de ces magasins.

Notez bien que ces sociétés coopératives sont constituées avec l'argent des ouvriers^ et qu'elles sont administrées par la Compagnie des mines en dehors de tout contrôle ouvrier.

De l'aveu de M. Jules Garnier, dans sa communication à la Société des ingénieurs civils en date du 5 février dernier, la Compagnie, au lieu de payer son salaire aux mineurs, paye directement au magasin coopératif qui a fait la fourniture...

N'y a-til pas là un abus contre lequel vous seriez les premiers à protester si on voulait l'appliquer à votre indemnité parlementaire?

Les Compagnies qui traitent avec les ouvriers pour un travail de..., à un salaire de..., n'ont qu'un devoir: c'est de payer le travail accompli, et n'ont pas à savoir si les travailleurs ont des dettes. Ce n'est pas avec les fournisseurs que la Compagnie a traité, c'est donc à l'ouvrier que la Compagnie doit payer.

Et il avait conclu aussi justement que logiquement à « la suppression de Téconomat qui confisque la liberté de consommation des ouvriers ».

Or, lorsque le ministre des tra\^\v^ ^\iJù\vvi>'$. ^

tenté de confondre, au nom du gouvernement, le député des mineurs, il ne s'est pas exprimé autrement sur l'économat « qui a des liens — ce n'est « pas douteux — avec la Compagnie, car le prési- « dent et le vice-président sont deux de ses ingé- (( nieurs.De plus, c'est elle qui prête les locaux. Enfin « le paiement se fait pour la boulangerie avec des « jetons et pour la boucherie au moyen de livrets. « C'est àl'aide de retenu es faites sur les salairesque (( la société de consommation se trouve payée des « quantitésdepainetde viande consqmmées par les « ouvriers... Il y a là une ingérence des agents de « la Compagnie qui (pour M. Baïhaut lui-même) (( soulève d'assez nombreuses objections, une surveillance, un contrôle, une police exercée sur la consommation ouvrière... ».

Le mandaté de l'extrême-gauche contre Basly et ses « violences » qu'il a répudiées avec fracas, est encore plus catégorique :

« L'ouvrier, a dit M. Wickersheimer, pendant le courant du « mois paye ce qu'il consomme avec des bons, des jetons qui « lui sont remis par la Compagnie, et que celle-ci rembourse « au magasin coopératif. Si l'ouvrier paye avec son argent, il « est libre, on ne peut pas savoir exactement quel estlemon- « tant de ses dépenses^ tandis que s'il paye avec des jetons, il « est dans une dépendance bien étroite vis-à-vis de la Gompa- « gnie. Il arrive souvent qu'à la fin du mois, les ouvriers après « la retenue des jetons, n'ont que six, huit ou dix francs à tou- « cher. Qu'arrive-t-il? C'est que ces ouvriers sont exaspérés « contre la société d'alimentation qui n'est plus pour eux une ff société de prévoyance, mais qui les rend plus misérables

« qu'avant ou, en tous les cas, qui leur fait sentir leur misère « d'une façon beaucoup plus dure. »

Et plus loin :

« Au début, la société coopérative de Decazeville ncfournis- (c sait que le pain. Depuis on l'a étendue au vin et k la viande, « et dans ces derniers temps on a essayé de l'étendre aux au- (( très objets d'alimentation et môme aux chaussures et aux vô- « tements. Eh bien, qu'arriverai t-il, le jour où la société cooc( pérative fournirait, avec tous les objets d'alimentation, tous « les objets d'habillement ? C'est que les ouvriers seraient vête ritablement alors, et sans métaphore, les esclaves delà Gom- « pagnie. »

Aujourd'hui, enfin, c'est M. Ranc, — dont les frères et amis ont voté comme un seul hommecontre Basly et son ordre du jour — qui écrit dans la Petite République Française :

« La société coopérative de Decazeville est en fait adminis- « trée par la Compagnie, en dehors de tout contrôle ouvrier. « Que fait la Compagnie? Au lieu de payer son salaire au « mineur, elle paye directement les sommes dues par l'ouvrier « au magasin coopératif. Est-ce acceptable ? Et les ouvriers « n'ont-ils pas raison de protester contre un système qui les « traite en gens incapables de gérer leurs propres affaires. »

Et M. Ranc, ajoute:

« Je n'aime pas les mots déclamatoires, mais je suis bien « obligé de reconnaître que l'organisation en apparence coo- « pérative, mise en œuvre par les compagnies minières, serait « purement et simplement l'organisation du servage. Il est « temps que les pouvoirs publics avisent. »

Ainsi, de l'aveu du peu déclamatoire et e\v^ç>^^

moins socialiste M. Ranc, comme de l'aveu du légaliste Wickersheimer, le crime de Basly — pour lequel on voudrait le mettre hors de la Chambre, ne pouvant pas le jeter en prison — son crime est d'avoir dénoncé le servage qui s'organise^ le véritable esclavage en voie de rétablissement dans tous les pays noirs, et d'avoir voulu qu'on « avisât » séance tenante !

Ces crimes-là, citoyen Basly, vos électeurs de la Seine vous diront dimanche par leurs acclamations qu'il est glorieux de ks commettre — et plus glorieux encore de les répéter.

A quand la récidive ?

Condamné !

C'est qu'il a raison d'avoir « peur», le pleurardfusilleur de Mai qui signe Jules Simon.

(( Peur » du mort qui fut Watrin et qu'il a (( fallu enlever clandestinement », et « plus peur encore » du vivant qui s'appelle Basly et qui, prenant simplement et courageusement à son compte Tacte de colère et de justice de sa classe, « rédige un ordre du jour qu'on dirait un ultimatum imposé à la société » capitaliste.

L'ultimatum n'est pas douteux. Et pendant que les sous Rivarol à tant la ligne des Actes des apôtres de 1886 essaient de rire de Torthographe de celui qui l'a porté à la tribune, oubliant son rôle

d'académicien pour ne se souvenir que de ses intérêts de possédant, M. Simon «tremble », — et ij Tavoue

Il « tremble » de la comparaison faite en pleine Chambre entre les exécuteurs ouvriers du Watrin et les exécuteurs bourgeois des Flesselles et des Foulon. Une pareille assimilation contre laquelle il proteste, mais sans conviction, lui .révèle dans les couches profondes du prolétariat, dont le député des mineurs n'est que Técho, « la volonté de transformer la bourgeoisie en une caste oppressive contre laquelle une révolution est nécessaire. » Et, bien que Basly ne Tait pas dit, il a entend malgré lui » la voix des mines, des manufactures et des ateliers répétant : « Nous écraserons les bourgeois, à la fin du dix-neuvième siècle, comme les bourgeois, à la fin du dix-huitième, ont écrasé les nobles et les prêtres. »

Impossible d'avoirloreille plus fine et plus juste.

Comme il est impossible de mieux voir et de mieux dire les causes fatales de la révolution qui s'apprête qu'en s'exprimant comme suit :

« Ce n'est ni la Constituante, ni la Convention, qui a jeté parmi nous ce nouvel élément, jusque-là inconnu au monde, qu'on appelle l'ouvrier de fabrique, c'est la vapeur. Les ateliers de mille hommes et au-delà, la journée de dix heures (et de douze et de quatorze), le travail de nuit, l'ouvrier de huit ans, les ouvrières enrégimentées et casernées, sont autant de nouveautés du dix-

neuvième siècle ; elles en sont la force et la faiblesse, Tespérance et la terreur. »

Et plus loin: « Il semble, à regarder notre état social, qu'on soit en présence, non d'un peuple, mais de deux armées. »

Ainsi parle le sénateur Simon et ainsi ont toujours parlé les socialistes scientijRques, ces aflPreux communistes qu'on bafoue et qu'on emprisonne quand on ne peut pas les coller au mur.

Oui, c'est la vapeur, c'est le machinisme qu'elle a développé et la concentration des capitaux qui en a été le corollaire, qui, en dépouillant les producteurs de leur instrument de travail, du produit de leur travail et de leur qualité d'hommes, pour en faire des sous- outils, a donné lieu à un nouvel esclavage pire que l'ancien.

Oui, ces esclaves de tout sexe et de tout âge, qui vont se multipliant, sont « la terreur » de Tordre actuel, qtii peut de moins en moins contenir leur mécontentement et, « l'espérance » de l'ordre nouveau qui surgira de leur nombre organisé et irrésistible.

Oxxh le peuple, qui n'est qu'un mot, cache de moins en moins les deux armées, les deux classes en présence : travailletirs sans propriété, contre propriétaires sans travail ; et la défenestration de Decazeville, cortîme les journées de Juin et la Commune de 1871, n'est qu'un des incidents de cette grande lutte.

Mais comment, la « situation » ainsi établie par

AUTOUR D'UNE GRÈVK 115

lui-même, M. Jules Simon peut-il chercher « le remède dans quelques lois mieux bâties que les syndicats professionnels » ou dans des « écoles plus fortifiantes que le^ écoles neutres ? » Il n'y a pas de « maître intérieur » — lisez de Dieu — qui tienne. Pût-on le « ressusciter » comme le voudrait Tauteur de la religion naturelle^ qu'il ne serait pas moins impuissant « que la loi écrite, qui ne suffira pas, môme appliquée. »

Sous la poussée des forces matérielles et humaines qu'il a déchainées, votre ordre social éclate, M. Jules Simon. Il est condamné. Et tous les miracles que votre déisme in extremis attend du plus vide des cieux ne le sauveront pas plus qulls ne rendront la vie au Watrin, sa victime.

Les Faits

Rit-on assez dans la presse — de ce gros rire bête qui n'appartient qu'à \ office — lorsqu'il arrive aux socialistes de soutenir que, sous la République comme sous l'Empire et sous la Monarchie, l'Etat est aux mains d'une classe, la classe capitaliste, à laquelle il sert à la fois de garde du corps et de garde-meubles et immeubles ! Baptisés pour la circonstance d'anarchistes, nous sommes traités de (( sectaires haineux », quand on ne nous accuse pas de nous crever les yeux pour ne pas voir le soleil — ce soleil du suffrage vi\iYV^\^^Va^^4k.'^

son apparition sur l'horizon politique, a balayé comme de simples vapeurs les classes et leur antagonisme et n'a plus laissé place qu'à la nation se gouvernant elle-même. Or, que se passe-t-il dans l'Aveyron depuis un mois ? D'un côté était une puissante Compagnie, quelques centaines de capitalistes poussant Toisiveté jusqu'à ne pas exploiter eux-mêmes, faisant exploiter par leurs Watrin et leurs Blazy. A leur tête, Léon Say, le prophète du Dieu-capital fait homme: Rothschild !

De l'autre, plusieurs milliers de sans-terre ou de sans-propriété condamnés par le besoin de manger et de vivre à un travail littéralement infernal, — les mines de Decazeville, de Taveu de Y Economiste français, réaUsant parleur état constant d'incendie Fenfer rêvé des chrétiens.

Survient un conflit entre ces membres — outrageusement inégaux — de la même société française (je ne veux pas rechercher pour l'instant d'où est partie la provocation). Et immédiatement que voyons-nous?

Dans cette lutte, pour le pain ici, pour les proiRts là, entre le pot de terre ouvrier et le pot de fer capitaliste, TEtat, la puissance publique, la République aujourd'hui, intervient. Et voici le bilan — mathématique — de son intervention.

Pour les exploiteurs — par procuration — de la mine, des cadeaux d'abord. C'est ainsi que le ministre Baïhaut s'est hâté de leur obtenir de l'Orléans un nouveau marché pour dix années de

135.000 tonnes par an et une réduction de 25 0/0 sur les tarifs de transport.

On leur a fourni ensuite — aux frais du trésor public, c*est-à-dire aux dépejis de la nation, dont les ouvriers du fond sont partie intégrante, ce me semble — de Tinfanterie et de la cavalerie à volonté. Depuis trois semaines, nos soldats, levés pour la défense du territoire, sont devenus de simples estafiersau service de la plus privée des entreprises, qui ne les paie même pas, qui se les fait payer par nous.

Ce n'est pas tout. Dans ce différend entre la misère des uns et les millions des autres, les misérables qui ont tout contre eux, jusqu'au temps qui s'appelle pour eux la faim, n'ont qu'un atout dans leur jeu. Ce sont les risques que l'arrêt général du travail, la grève étendue aux gardes barrages, fait courir à la propriété des concessionnaires. Le feu est là qui, cessant d'être combattu, va transformer en feuilles sèches le papier-monnaie des actionnaires. Que fait TEtat^ cet Etat de tous ? Il tranquillise et sauve les porteurs de titres en astreignant le génie à cette corvée de pompiers souterrains. Désormais, ces messieurs peuvent affamer en paix leurs victimes, quine pouvaient déjà pas attendre, et qui n'ont plus rien à attendre d'une résistance inutile.

Quant aux exploités de la même mine, tout ce qu'ils ont obtenu du même Etat, de la même puissance publique, de la même République^ <;'a 4^4^

en dehors de Teau bénite de cour préfectorale, des gendarmes, beaucoup de gendarmes, pour les empoigner, de la troupe, plus encore, pour les intimider par le sabre ou la baïonnette au clair de ses patrouilles, et des tribunaux correctionnels, en attendant la Cour d'assises, pour les condamner, comme les mitrailleuses de mai 1871 exécutaient : en masse et au jugé.

Mais il n'y a plus de classe, n'est-ce pas, messieurs de la bourgeoisie rose ou rouge ? Et le gouvernement n'est pas — oh ! non — l'instrument de la classe des riches contre la classe des pauvres ?

Que serait-ce si, après avoir laissé de côté — je n'en avais pas besoin — les causes du conflit ainsi tranché gouvernementalement contre les salariés, je montrais ces derniers aussi innocents que l'enfant qui vient de naître de l'explosion à laquelle on les a acculés, ne faisant en réalité que se défendre?

Ce sont, en efl'et, les voleries dont on a abusé contre eux depuis des années et sous toutes les formes — éloignement des bois laissés à leur charge, économat obligatoire, paye au mois et violation des prix convenus — qui ont fait pour la première fois sortir des fosses les plus résignés, pour ne pas dire les plus moutons, des<( haveurs )>.

C'est la parole — protestée — du préfet que satisfaction leur serait donnée dans un délai maximum de six semaines qui a préparé la nouvelle grève. C'est l'annonce — provocatrice — d'une diminution d'un salaire — déjà de famine — avec la remise

en fonction de \ aller ego du Watrin, Blazy^ qui Ta fait éclater.

Et c'est Tavis de Léon Say que le travail — autrement dit les vivres — serait coupé à tous ces grévistes — malgré eux — qui la maintient et Téternise.

Tous les « torts » — soyons parlementaires — sont donc à la Société dés mines et fonderies de TAveyron qui â, comme à plaisir, créé de toutes pièces la crise. Et malgré ces torts — confessés aujourd'hui par les journaux les plus anti-ouvriers — c'est avec cette Société — de bandits — que se sont identifiés nos gouvernants, incapables de désobéir quand le capital commande et prêts à aller s'il le faut jusqu'aux fusillades — bonapartistes — d'Aubin et de la Ricamarie.

Je n'apprécie pas, je constate — les faits ainsi groupés parlant trop haut et trop clair pour que tout commentaire ne devienne pas inutile.

Bon voyage, messieurs les actionnaires !

Pendant que les députés socialistes font leur devoir à Decazeville — payant de leur personne et épargnant celle des mineurs ; retenant les colères d'une population à bout de provocations et opposant leur poitrine — et celle de notre ami Duc — aux fusils du désordre prêts à, devenir les fvislU

120 LE SOaALISME AU JOUR LE JOUU

du massacre — les conseillers socialistes de Paris ne restent pas les bras croises.

Eux aussi sont à leur poste — de solidarité et de justice. Après avoir ^énoncé à Tindignation publique les propriétaires-directeurs à la Léon Say, ils ont demandé au Conseil de prélever en faveur des mineurs privés de travail, des grévistes à leurs corps défendant, une somme de 10.000 francs sur la réserve du budget de 1886.

Vaillant, Jofifrin et Chabert, réunis dans une action commune, ont fait plus et mieux ; ils ont saisi leurs collègues d*un projet de vœu tendant :

A « faire annuler par le Parlement les actes de concession des mines dont la Société des houillères de l'Aveyron est devenue propriétaire » ;

A « déclarer cette Compagnie déchue de son droit de propriété » ;

Et à « voter par une loi à cet effet la reprise de ces mines, devenues ainsi définitivement propriété inaliénable de la nation ».

Là est en effet — et elle n'est que là — la solution de la question de Decazeville, comme la solution du problème social est et n'est que dans la reprise générale de tous les moyens de production transformés en propriété nationale ou collective.

Mais sans attendre cette loi générale — ou même partielle — d'expropriation capitaliste et d'appropriation sociale qui viendra, mais qui ne viendra que lorsque, maître du pouvoir politique, le prolétariat sera lui-même la loi, les agissements de la

AUTOUK D'UNE GRÈVE 121

Société à Léon Say vont obliger nos gouvernants k entrer dans la voie indiquée à THôtel-de-ville.

On a lu dans tous les journaux la menace officielle du Léon Say et de ses complices de « fermer chantiers et forges dès aujourd'hui et de cesser tout à fait l'exploitation », — menace à laquelle les forçats de là- bas ont répondu en se déclarant prêts à exploiter la mine pour le compte de la nation.

Or, cette cessation d'exploitation de la part des concessionnaires est prévue par les lois dé 1810 et

Nul besoin de légiférer à nouveau. De par l'ancienne législation impériale et royale, une telle grève de la Compagnie, c'est la déchéance.

Le jour où u l'exploitation du sous-sol est restreinte ou suspendue de manière à inquiéter la sûreté publique » — et c'est le cas, avec l'incendie en permanence dans les houillères aveyronnaises — '< ou les besoins des consommateurs » — et c'est encore le cas, par suite des anciens et desnouveaux marchés passés avec l'Orléans — le sous-sol ainsi déserté et compromis rentre, fait retour à l'Etat, comme à son propriétaire naturel et légal.

Que la Société des mines et fonderies de Decazeville mette donc la menace à exécution. Le plus tôt sera le mieux.

Bon voyage, messieurs les actionnaires !

Grâce au comité central et aux comités locaux dont Basly a jeté les puissantes bases, voici les mineurs organisés, en mesure de prendre la sixc-

cession, d'opérer eux mêmes, avec le concours d^iugénieurs, non plus imposés comme des gardeschiourmes, mais librement choisis, élus par eux, devenus de simples collaborateurs.

Que les Freycinet, Sadi-Carnot et autres copains à Léon Say, ne voient pas d'un bon œil cette substitution de Sociétés ouvrières aux Sociétés capitalistes, et qu'ils ne s'y résignent pas facilement, c'est possible, sinon probable.

Mais c'est alors que commence le rôle, le devoir de l'opinion publique, jetant son poids dans la balance et arrachant de force au pouvoir ce qu'il n'est pas disposé à concéder de gré.

C'est ànous, c'est à la presse, c'est aux réunions, c'est aux chambres syndicales et autres groupes ouvriers à intervenir, à sommer l'Etat de faire le nécessaire pour le transfert, des non-travaillant aux travailleurs, de l'usufruit de la mine — nationalisée.

Nous demandons que, la déchéance prononcée contre la Société des mines et fonderies de l'Aveyron, en vertu des lois impératives de 1810 et de 1838, les mines en question, restituées à la nation, soient remises pour leur exploitation à la disposition du personnel extracteur.

Nous demandons que si, aux termes des mêmes lois, on doit avoir recours à radjudication, les ouvriers mineurs associés soient mis par le trésor public en mesure de devenir adjudicataires.

L'Etat sert bien trente et quelques millions de

subvention aux financiers des Messageries maritimes. Il a bien fait cadeau de plus d'un milliard en espèces aux richissimes Compagnies de chemins de fer.

11 peut — il doit — trouver losquelques millions nécessaires à la libération de la sous-glèbe de Decazeville et des prolétaires qui y sont attachés.

Sans compter que ces millions lui seront remboursés et au delà par la fin des expéditions militaires dont ce bassin houiller a été, est et serait encore le théâtre en régime d'actionnariat.

Récusé et récusation

Les quelques journaux qui osent encore défendre la Société de Decazeville croient avoir tout dit, lorsqu'ils ont répété qu'au fond du conflit il n'y a qu'une question de personne — ou de personnel.

Faisant l'âne pour avoir du son — sans avoir Tair de se douter qu'à ce métier-là on risque des coups — ils demandent niaisement « à quel titre les grévistes de là-bas persisteraient à maintenir hors des fosses Fingénieur revenant, Blazy. »

Mais à titre de légitime défense, triples maîtres Aliboron.

Comment! l'ingénieur Blazy a été mêlé à toutes les canailleries que l'ingénieur Watrin a fini par payer de sa vie. Comme Watrin, Blazy a failli être ccharpé par ses victimes exaspérées et il w'vyà^^'^.^^v

salut qu'au train en marche dans lequel il a pu sauter à contre-voie. Dans tous les mineurs que, sous la protection des baïonnettes, on remet sous ses ordres, il doit voir non seulement les a assas- • sins » de son compère et complice, mais ses propres meurtriers. Se venger — en vengeant l'autre — telle sera sa constante et unique préoccupation, parce qu'il est homme et parce qu'il a eu peur — ce qu'on pardonne le moins. Et il se trouve des gens pour feindre l'étonnement qu'avant tout les serfs de M. Léon Say veuillent se soustraire a une pareille sous-direction, qu'ils « récusent » ce conducteur de travaux qui a un compte, une dette de sang à régler avec eux, et qui pour ce règlement est armé de toute la puissance, de tout l'arbitraire que comporte une semblable fonction !

Ce qui est stupéfiant, ce n'est pas qu'après l'acte de justice qui les sépare et les « irréconcilie » à jamais une population entière refuse de se laisser livrer, pieds et poings liés — par la faim, — à un individu dont le vrai nom est représailles. C'est que (( les pieds sur ces chenets » — que l'on prête grotesquement à Basly et à Camélinat qui sont au feu, eux, — des administrateurs se soient recontrés pour faire ce rêve de ressusciter Watrin dans la personne de Blazy et de l'imposer comme chef à ses exécuteurs. A moins que ce rêve ne soit un calcul et qu'alléchés par le marché avec l'Orléans et la réduction des prix de transport que leur a valu le cadavre de Watrin, ils n'aient cherché de non-

AUTOUR D'UNE GREVL: 125

veaux bénéfices dans un second cadavre, créé de toutes pièces, celui de Blazy.

Mais, reprend le Journal des Débats^ par la plume de M. Léon Say, ce « droit de récusation contre les ingénieursquileurdéplaisent, qu'entendent exercer les mineurs de FAveyron, » n'est pas si « simple » que cela. Forts de ce précédent, qui nous garantit qu'ils ne voudront pas ensuite nommer eux-mêmes leurs ingénieurs comme des capitaines de la garde nationale ?

C'est possible. Et après ?

Est-ce que l'élection n est pas depuis longtemps la base — directe ou indirecte — de toutes les fonctions publiques? N'est-ce pas en cela précisément que consiste la République, cette République à laquelle, au moins nominalement, s'est rallié M. Léon Say : le choix des gouvernants par les gouvernés? des administrateurs par les administrés?

Est-ce que ces mêmes ouvriers qui pourraient réclamer — et qui réclameront avant peu, je l'espère, — la nomination de leurs dirigeants industriels, nenommentpas déjà directement conseillers et députés, et indirectement maires, préfets, ministres et jusqu'au chef du pouvoir exécutif?

En quoi leur intervention par voie de bulletin de vote dans la direction économique du pays serait-elle plus extraordinaire, moins justifiée que leur intervention — aujourd'hui acceptée par tous — dans la direction gouvernementale du même pays ?

Les intérêts qu'ils ont dans l'atelier, mine ou usine, ne sont-ils pas plus considérables que ceux qu'ils peuvent avoir dans TEtat ou dans la commune ? S'il s'agit d'impôt, c'est-à-dire d'argent, ici, il s'agit là de salaire, c'est-à-dire de vie.

Leur compétence n'est pas plus contestable. S'ils sont capables de gérer, au moyen de mandataires^ les affaires publiques, à plus forte raison ont-ils toutes les qualités requises pour la gestion de l'entreprise industrielle particulière à laquelle ils sont attachés. Qui donc — fut-ce M. Léon Say — aurait l'audace de prétendre que les mineurs, par exemple, sont moins aptes à élire dans le corps des ingénieurs les sujets nécessaires que les actionnaires, qui sont aujourd'hui des fils de famille et qui seront demain des dames du lac, ou des administrateurs à la Bontoux et à la Féder qui, en matière d'extraction,, ne sont jamais allés plus loin et plus bas que les poches des gogos qu'ils ont retournées et vidées !

Le droit, pour lés travailleurs, non seulement de récuser, mais de nommer les chefs de travaux, qui scandalise si fort les Débats^ c'est-à-dire l'électorat économique, n'est pas seulement une chose pratique. C'est une chose nécessaire.

La République — c'est-à-dire le principe électif

— n(î peut exister sur le terrain politique, sila Monarchie — c'est-à-dire le principe du bon plaisir

— continue à fonctionner dans le domaine de la jDPoduction

Ou la République sera partout — dans Tatelier comme dans l'Etat — ou elle ne sera nulle part. Et comme, malgré tout, elle s'impose de plus en plus, non seulement en France, mais dans toute •l'Europe force va lui être de devenir sociale — ou socialiste — ce qui est tout un.

Le Watrinat — les Blazy et autres sous-Say peuvent en faire leur deuil — touche à sa fin.

Battu et Content

Le 11 février dernier^ en réponse à Tinterpellation du citoyen Basly, M. Baïhaut, ministre des travaux publics s'exprimait comme suit {Journal officiel ^dJinée 1886, page 187, col. 1):

Le bruit a couru que la société (dite coopérative) de Decazeville allait étendre ses opérations, en dehors de la boucherie et de la boulangerie, à Tépicerie, à la chaussure et au vêtement.

Tai reçu des administrateurs de la Compagnie l'assurance qu'elle ne persévérerait pas dans cette voie, et la Compagnie a donné des instructions pour ç'w'au moins jusqu'à nouvel ordre, dans l'intérêt de l'apaisement des esprits, la tentative à laquelle on avait songé, en ce qui concerne lépicerie ou le vêtement, soit du moins interromjnie ou ajournée.

Hier 7 mars, on a pu lire dans le journal le Temps (correspondance de Decazevillc, page 2, colonne 4) :

Il vient d'être décidé qu'à l'avenir la Société cooi[\^'\ a-

thfe, qui jusqu'ici n'a débile que le pain et la viande, vendî^a aussi du cafêy du sucre et d'autres denrées.

C'est ainsi que la Société des houillères et fonderies de TAveyron tient la parole donnée au gouvernement à qui elle doit : V sa concession, 2^ le renouvellement de ses marchés avec TOrléans et la réduction de ses frais de transport ; 3® les 1.700 hommes de troupes qui la protègent en terrorisant ses ouvriers ; 4" les procureurs qui abusent à son profit des arrestations illégales.

On peut se faire, d'après cela, une idée de la façon dont la même Société doit exécuter ses engagements avec les pauvres diables de mineurs en matière de salaire, de payement, de pension, etc.

Quant à nos gouvernants ainsi joués, bernés, bafoués, par une poignée de financiers aussi voleurs qu'aflfameurs, qu'ils protègent aux dépens de la République, qu'on ne croit pas que ce soufflet en pleine joue de leur Baïhaut les sorte de leur longue complicité.

Comme la femme de Sganarelle, battus ils sont — par le Léon Say — et contents, du moment que sur leurs dosles coups n'atteignent que des petites gens, ouvriers et débitants.

La Déchéance !

De l'aveu du ministre des travaux publics à la tribune do la Chambre (séance du 11 février), il

AUTOUR D'UNE GRÈVK 129

y a lieu à reprise des concessions minières dans les deux cas suivants, que cumule la Société des houillères et fonderies de TAveyron :

(( Si l'exploitation est restreinte ou suspendue de manière à inquiéter la siireté publique ou les besoins des consommateurs » (art. 49 de la loi de 1810) ;

« Si les travaux de recherche ou d'exploitation sont de nature à compromettre la conservation de lamine » (art. 50 de la même loi).

Les mines de Decazeville étant plus que compromises, s'en allant chaque jour en éboulement et en fumée, force va donc être à nos gouvernants, malgré les entrailles de frères en capital qu'ils se sentent pour les Léon Say et C**^, de prononcer la déchéance prévue et ordonnée par la loi.

Aussi, galopes par cette crainte, n'est-il pas de combinaisons auxquelles ne se livrent nos financiers affameurs pour tourner le péril.

Mais la plus abracadabrante de ces combinaisons est à coup sûr celle du Soleil,

Sous prétexte qu'il faut en finir, l'organe orléaniste ne propose-t-il pas sérieusement que « l'Etat rachète la concession en l'emboursant à la Compagnie — non pas même les 3 millions 600 mille francs aux prix desquels elle s'en est rendue adjudicataire — mais les 6 millions SOO mille francs, auxquels il lui a plu de porter son capital- action s. » Les actionnaires — parait-il — seraient prêts à faire ce sacrifice à la paix publique. Oui, pour ne

pas laisser s'éterniser un conflit — qui les ruine — ils consentiraient à recevoir en échange d'une propriété, qui demain ne vaudra même pas son pesant de papier, six millions cinq cent mille francs en beaux écus sonnants ou en bons titres de rentes ? Excellents actionnaires !

Car ce n'est pas pour eux — oh ! non ! — qu'ils demandent à l'Etat de leur racheter ce qui lui appartient. C'est pour ces pauvres mineurs, qu'ils portent dans leur cœur et auxquels l'Etat pourrait alors « donner ce qu'ils réclament, la mine » ; dont on « ferait », comme ils le veulent, des propriétaires « et qui pourraient expérimenter partiellement les théories socialistes ».

Impossible d'entasser plus de sottises en moins de mots. D'abord les watrinés de TAveyron n'ont jamais « demandé la mine » — pas plus que la lune. Ce qui les a fait sortir de leurs fosses et ce qui a arméleurs bras, ce sont les vols qu'ils étaient fatigués de subir et dont ils poursuivent la fin avec l'éloignementdu Blazy et autres Petitjean.

Où le Soleil^ ensuite, a-t-il pris que les théories «^ socialistes » concluaient à un changement de propriétaires, à la propriété de la mine passant des porteurs d'actions aux manieurs de pic ?

Le socialisme qui est — son nom l'indique suffisamment— l'appropriation sociale, indivise et inaliénable de tous les moyens de production, exclut toute espèce de propriété privée, non seulement individuelle, mais corporative ou professionnelle.

Et quand nous poussons à la reprise par la nation de la mine de Decazeville — et des autres mines — ce n'est pas pour que la nation, remise en possession, s'en désaisisse à nouveau au profit de qui que ce soit, mais pour qu'elle en confie l'exploitation, sous son contrôle, aux intéressés, c'est-àdire aux mineurs.

Mais il est bien entendu qu'aujourd'hui surtout où les mineurs, dépouillés de génération en génération, ne se possèdent pas eux-mêmes ou ne possèdent qu'une force musculaire ou intellectuelle outrageusement réduite par la misère, l'ignorance et le sur-travail, c'est la nation qui devra fournir, à ces fermiers ou métayers du sous-sol, les ressources nécessaires à la mise en valeur.

Dans ces conditions, c'est-à-dire l'Etat traitant avec les ouvriers du fonds associés, qui auront à se distribuer le travail et à élire leurs ingénieurs, et auxquels il assurera et matériel et débouchés, alors, oui, nous acceptons, nous faisons plus, nous réclamons « l'expérience » dont le Soleil a l'impudence de nous menacer.

Mais, pour cela, point n'est besoin d'un rachat, qui serait une véritable prime au vol et à l'afifamement. La déchéance nous suffit. Que l'Etat rentre dans son bien, et que les millions, dont une poignée de Say, Cibiel et Deseilligny nous feraient la grâce d'alléger nos poches, il les emploie à réparer les ruines humaines et non-humaines de l'ancienne exploitation et à la mise en kamd^V^ nouvelle.

La loi violée

L'arrestation de Soubrié, dépouillée même de l'appareil militaire dont elle a été réhaussée et qui rappelle les razzias versaillaises d'il y a quinze ans, n'est pas seulement une odieuse provocation.

C'est encore — et surtout — la plus flagrante dos illégalités. On connaît, par le télégramme de notre collaborateur et ami Duc-Quercy, la. phrase reprochée à Soubrié. Loin de constituer une menace à l'adresse de qui que ce soit, elle était une garantie généreusement offerte par les délégués à leurs mandants : « Ayez confiance en nous, car si nous trahissions notre mandat, vous auriez le droit de nous \vatriniser ».

Mais en fût-il autrement ; Soubrié eût il provoqué à traiter comme des Watrin tous les traîtres à la cause ouvrière, que des poursuites contre lui ne pouvaient être exercées qu'en vertu de Tart. 24 de la loi du 29 juillet 1881, ainsi conçu :

Ceux qui par menaces ou discours proférés dans une réunion publique auront directement provoqué à commettre le crime de meutre, sans que cette provocation ait été suivie d'effet, seront passible, etc., etc.

Or l'article 49 de la même loi non seulement ne permet pas^ mais interdit formellement toute espèce d'arrestation préventive en pareil cas :

Si le prévenu — dit textuellement cet l'article — est domicilié en France, il ne pourra être arrêté préventivement.

C'est ainsi que lorsqu'en vertu de l'article 24 de la loi du 21) juillet 1881, il plut au parquet de l'Allier de poursuivre notre collaborateur Jules Guesde pour des conférences à Montluçon et à Montvicq, malgré son très vif désir de mettre notre ami à Tombre, M. le juge d'instruction Piquant dût, en vertu de l'article 49, le relaxer aussitôt l'interrogatoire terminée.

Soubrié pouvait être poursuivi, il ne pouvait être arrêté. Et, en le faisant enlever par la force armée, nos gouvernants dits républicains ont outrageusement violé leur propre loi, cette légalité dont ils prêchent le respect aux prolétaires à coups de gendarmes, de procureurs et de porte-baionnettes.

Le Procureur de la République poursuivi

Le Cri du Peuple^ qui ne s'en tient pas, à de vaines protestations, a, d'autre part, envoyé à la citoyenne Soubrié le télégramme suivant :

Arrestation de votre mari illégale^ la loi de 1880 interdisant arrestation préventive des prévenus des délits de réunion^ domiciliés en France, Poursuivez immédiatement procureur de République, Cri du Peuple fera frais du procès.

Arrestation illégale

Les poursuites suspendus, avec \e co\\.ç,ç»\^'è» $i:Nx

C?n du peuple, sur la tête du procureur de la République de Villefranche pour Tarrestation illégale du délégué mineur Soubrié, ont fait coup double.

En même temps qu'elles relevaient le courage des affamés de là-bas, assurés qu'on ne les laisserait pas traiter comme pays conquis, elles ont mis sens dessus dessous nos gouvernants qui essayent vainement de se justifier et de justifier leur agent.

C'est ainsi que le Temps, après mille précautions oratoires et sur un ton doucereux qu'on ne lui connaissait pas, se fait écrire de Decazeville que le magistrat qui a ordonné l'arrestation avait « avisé au préalable le garde des sceaux, aucune mesure n'étant prise sans que ceux qui doivent la commander se soient assurés dans un conseil qu'elle est pleinement autorisée par la loi ».

C'est ce qui s'appelle plaider h côté, personne, même le Temps, n'osant soutenir que l'égalité ou rillégalité d^un acte puisse dépendre de l'autorisation ou de la non-autorisation de cet acte par un ou plusieurs ministres. Au lieu d'un coupable, nous en avons deux : le procureur et son chef hiérarchique, M. le garde des sceaux. Voilà tout.

Le Temps expose ensuite que le procureur de la République ne saurait être actionné que devant les tribunaux civils — seule juridiction dont il soit parait-il, justiciable. Et après ? En quoi la juridiction spéciale qui aura à connaître d'un abus de pouvoir, supprime-t-elle cet abus ?

Le Jemj)s arrive enfin à expliquer que Soubrié

ne serait pas poursuivi et n'aurait pas été arrêté en vertu de l'art 24 de la loi du 29 juillet 1881, mais en vertu de l'art. 414 du Code pénal. Et cette substitution d'article lui suffit pour se donner — et pour donner — à son client — gain de cause.

C'est avoir, en vérité, le triomphe trop facile.

Que Soubrié soit prévenu de menaces tendant à maintenir une cessation concertée du travail, au lieu d'être prévenu de provocation au meurtre, peu importe !

Nul ne nie et nul ne saurait nier, pas même le Temps^ que ces menaces, comme la provocation dont on avait tout d'abord jugé bon de l'accuser, résultent de discours proférés dans une réunion publique. Et dès lors son cas est régi, obligatoirement régi par la loi sur les réunions publiques qui interdit l'arrestation préventive pour les prévenus domiciliés en France.

S'il en était autrement la loi du 29 juillet 1881 ne vaudrait même pas son pesant de papier. Elle serait et elle ne serait pas en même temps^ puisque tous les délits qu'elle prévoit et qu'elle soumet à une procédure et à une pénalité spéciale parce que commis par voie de presse ou de réunion^ étant déjà prévus et punis d'une autre façon par le code pénal, il suffirait de viser dans leurs poursuites ce dernier code exclusivement pour annuler l'œuvre législative d'il y a cinq ans.

Ce n'est pas sérieux.

Le délit — quel qu'il puisse ekii — ÔlcwX, '^ ^

convenu à la complicité de nos gouvernants de charger Soubrié pour faire leur cour à M. Léon Say, ayant été commis dans une réunion, ne relève et ne saurait relever que de la législation particulière aux réunions.

Soubrié, par suite, ne pouvait être arrêté préventivement sans violation de la loi. Non seulement il devait être laissé libre, mais il ne pouvait comparaître que devant les assises.

Et si son défenseur, M. Maillard, fait son devoir lundi, comme nous Tespérons, le tribunal correctionnel devra S(; déclarer incompétent et ordonner la mise €fn liberté immédiate de la victime.

Sans préjudice, bien entendu, du compte à régler — et qu'on réglera — avec le magistrat prévaricateur, qui n'a pas craint de rendre à la Compagnie minière un service de cette nature.

Un défi

Pour avoir, au cours d'une réunion publique — la police le prétend, du moins — déclaré qu'on « watriniserait les traîtres », Soubrié, le mineur, a été arrêté aussi préventivement que militairement, trainé en police correctionnelle et condamné à quatre mois de prison.

Arrestation, juridiction et condamnation, tout, dans cette affaire, est également illégal, également

onstpueux.

AUTOUR D'UNK GRÈVE 137

J'ai déjà eu l'occasion de l'expliquer avec textes à l'appui. Mais puisqu'il a été passé outre, aujourd'hui y^ tiens à le démontrer par le fait.

Ce n'est plus Soubrié, dans une réunion, c'est moi, dans ce journal, qui m'écrie — vous entendez, messieurs du parquet — : « // faut tvatriniser ceux qui trahiraient ! »

La presse étant régie par la même loi que les réunions, si délit il y a dans cette affirmation, mon cas est absolument celui de Soubrié.

Si Soubrié a pu légalement être arrêté préventivement, je puis, je dois être honoré de la même arrestation préventive.

Si Soubrié a pu légalement être jeté en pâture aux juges de la correctionnelle, je puis, je dois être livré aux mêmes bêtes.

Si Soubrié a pu légalement être frappé, en vertu de l'art. 414 du Code pénal, de plusieurs mois d'emprisonnement, je puis, je doifj être frappé de la même peine, en vertu du même article du même Code.

Eh bien ! qu'on essaie !

Je mets au défi tous les procureurs de la République de la Seine de rééditer à mon adresse les exploits de leurs collègues de l'Aveyron !

Je les défie de décerner contre moi le moindre mandat d'amener !

Je les défie ^ s'ils poursuivent, de me faire comparaître autrement que libre et ailleurs que devant les assises !

Je les iléfie^ si je suis condamné, de me faire purger ma peine autre part qu'à Sainte-Pélagie, prison de presse !

S'ils le peuvent, nul doute qu'ils ne saisissent Toccasion de fourrer un socialiste dans la peau d'un prévenu et d'un condamné de droit commun.

Mais vous verrez qu'ils ne le feront pas.

Ils ne le feront pas, parce qu'ils savent aussi bien que moi — quoique l'avocat-député Maillard ait feint de l'ignorer - que depuis le 29 juillet 1881, les réunions comme la presse sont soumises à une législation spéciale qui, en matière de « menaces proférées par discours ou écrits », a abrogé les articles du Code pénal visant les menaces en général.

Ils ne le feront pas, parce que si le propos qu'on a prêté à Soubrié, et que je tiens, moi, en le signant, présente un caractère délictueux, le délit qu'il renfermerait ne tombe et ne peut tomber que sous la loi de 1881, qui ne veut pas que Von puisse arrêter préventivement les prévenus (lomiciliés en France^ et qui les enlève aux juges correctionnels pour leur garantir des jures.

Et en ne le faisant pas, ils proclameront euxmêmes, en même temps quç Tillégalité, la nullité de la procédure imaginée contre le mineur Soubrié, sur l'ordre et au profit d'une Compagnie de forbans.

Ce sera fini, bien fini de cet atroce Code pénal, çue ïon restaure pour le braquer en mitrailleuse

sur les réunions et sur raction ouvrières. — Et j'estime qu'un tel résultat vaut qu'on se découvre comme je le fais.

Saltimbanquerie radicale

Nicolet a fait école.

C'est à Textrême-gauche, comme chez ce saltimbanque, « de plus fort en plus fort. »

Lors de l'interpellation Basïy, il y a un mois, nos bons radicaux n'intervenaient, par Forgane de leur Wickersheimer, que pour renchérir sur Baïhaut-le-ministre contre les assassinés du Watrin transformés en assassins.

Hier, ils ne sont intervenus, par l'organe de leur Brousse, dans l'interpellation Camélinat, que pour doubler — ou tripler — le même Baïhaut dans son exécution des grévistes.

Reculant les bornes de l'opportunisme qui, du vivant de Gambetta, voyait dans l'apparition de la troupe sur le terrain de la grève une « menace pour le travail » et un encouragement pour le capital », le radicalisme de M. Brousse s'est formellement prononcé pour Toccupation militaire de Decazeville. Du moment qu'un homme avait été tué en janvier, non seulement en février, mais en mars, mais en avril, mais toujours, la parole doit être passée et maintenue aux baïonnettes. Et ce devoir — auquel manque le go\VN^iîw<^\xvev^ ^"û^

plein Paris, puisqu'on a tué hier rue de la Galté, et que le quartier Montparnasse n'est pas encore mis en état de siège — M. Brousse s'est déclaré, aux applaudissements de la droite et du centre, prêt à le remplir aussitôt — ce qui ne peut tarder — qu'il aura sa part du pouvoir.

Le radicalisme de M. Brousse ne s'est pas moins scandaleusement affirmé contre ce qu'il a appelé (( la solution collectiviste », lisez l'exploitation de la mine par les mineurs syndiqués sous le contrôle de la société, remise en possession du sous-sol. Il a lourdement raillé les pauvres « haveurs » embarrassés d'un pareil cadeau et incapables, paraitil, de choisir ingénieurs et administrateurs. Pour diriger ou faire diriger les travaux d'extraction, il n'y a que des financiers à la Léon Say qui ne connaissent des fosses que les gogos qu'ils ont « mis dedans. »

Tout ce que peuvent espérer les travailleurs du fonds et du tréfonds, c'est « une participation aux bénéfices », — alors que, de l'aveu de M. Brousse, les houillères de l'Aveyron ne produisent et ne peuvent produire aucun bénéfice.

Et, en attendant, le radicalisme de M. Brousse les invite à reprendre immédiatement le travail.

Qu'ils capitulent d'abord, subissant tout, le Blaz y-restau ré comme leur pain diminué, ainsi que le veulent les Léon Say et ainsi que n'ose pas le leur demander le gouvernement, — et l'ex- Irême-jçauche daignera s'occuper deux.

Elle prendra leur cause en main, comme elle a pris en main la cause de ceux d'Anzin et de ceux de la G.rand'Combe qui, après des années de soumission, sont encore à attendre le premier bout de réforme.

M. Brousse et ses collègues en radicalisme qui se font ainsi les rabatteurs des Compagnies, ne sont pas seulement mûrs pour des portefeuilles.

Ils sont pourris.

Tous fusilleurs

M. Brousse était bien Tinterprète de Textremegauche lorsqu'il a revendiqué hautement pour le gouvernement d'aujourd'hui — dont il a failli être — et pour le gouvernement de demain — dont il sera à coup sûr — le droit et le devoir de traiter les grèves militairement.

Ce langage — qui a dû faire tressaillir d'aise dans leur tombe les Rouher et les Pinard — est repris et aggravé aujourd'hui par la Justice et par le Radical,

Le journal de M. Clemenceau écrit en toutes lettres :

11 nous est impossible de reprociier au gouvernement, comme M. Camélinat l'a fait, d'ôlre intervenu dans la grève de Decazevillc en envoyant des troupes. La tliùse économique que M. (]ambetta défendait en. 1870, h propos des grèves du Creuzot, n'est pas applicable ici. On conçoit, en etfet, très bien que le gouvernement ne pèse pas sur les con^\ls êeotvo\tv\c\\5L^%^Yv\\<î>^

que, s'il intervient avec des régiments, personne ne s'y trompe, ce sont les patrons qui se sentent appuyés. Ce n'est pas le cas de la grève de Decazeville. Quand la troupe est arrivée, il y avait un meurtre commis. Ce n*est donc plus la liberté économique qui était menacée, — c'est Tordre public lui-même.

Le journal de M. Maret est plus explicite encore !

Pour prétendre que la présence de la troupe constituait, par elle-même, une menace à l'adresse des ouvriers, M. Camélinat s'est appuyé avec complaisance sur un passage d'un discours de M. Gambetta au Corps législatif impérial. M. Gambelta a dit un jour, ou à peu près, à un ministre de Bonaparte.

« Du moment que vous envoyez des troupes, tout le monde comprend ce que cela veut dire. Les patrons se sentent protégés, les ouvriers se sentent menacés » .

Il n'avait pas l'air de se douter d'une toute petite chose : c'est que nous ne sommes plus tout à fait sous l'Empire. Certes Napoléon III régnant, Gambetta avait raison : des troupes envoyées par Bonaparte ne pouvaient, en eftet, avoir d'autre rôle que celui de protéger les patrons et de menacer les ouvriers.

Ainsi, pour une partie de nos extrêmes-gauchers, il suffit qu'un homme — et quel homme ! — ait été tué pour qu'une population toute entière puisse être envahie et couchée en joue pendant des mois par dix-sept cents fusils.

Et, pour l'autre partie, il suffit qu'au lieu d'être mises en mouvement par un empereur, les baïonnettes le soient par un président de République pour qu'elles cessent d'être oppressives.

On ne commente pas de semblables théories. On les dénonce à la France ouvrière en la mettant sur ses gardes contre ces aspirants fusilleurs^

AUTOUR D'UNE GRÈVK 143

Le Défi

Il n'y avait pas trois moyens de faire cesser — comme une suprême illégalité — la condamnation du mineur Soubrié et d'empêcher qu'à l'avenir les délits de parole et de réunion soient, par l'arbitraire gouvernemental, transformés en délits de droit commun.

Ou en appeler du verdict de Villefranche, et de l'appel aller jusqu'en cassation. C'était un supplément de je ne sais combien de mois de prison à infliger à un travailleur père de famille. Ou se mettre dans la peau de la victime de ce monstrueux jugement, et pour cela commettre son délit et faire ainsi soi-même les frais d'une campagne que l'on jugeait d'intérêt supérieur pour la classe et pour l'action ouvrière.

C'est à ce dernier parti que s'est arrête notre collaborateur Jules Guesde, qui ne précipite personne dans le gouffre, qui s'y jette lui-même ; ayant pour habitude — ses six années et demie de prison et d'exil en font foi — de payer de sa personne.

De là son « défi » d'hier — qu'il renouvelle aujourd'hui.

Voici, en attendant, comment cette façon de présenter sa poitrine aux coups est appréciée par la bonne foi de la presse bourgeoise, sans distinction de républicains et de monarchistes :

U4 LK socialismiî; au jouk le jour

Le National :

Le Cri du Peuple lui-même se hâte de lancer à l'autorité le «défi » que voici: Il reprend le mot de l'ouvrier Soubrié, le mot pour lequel on a mis celui-ci sous les verrous, le mot « il faut watrini.ser les traîtres ». Ce mot, M. Jules Guesde se l'approprie et le répôle.

11 est à supposer, en effet, que cela passera comme le reste. Les lois fléchissent, les autorités fléchissent. Il n'y a plus que l'anarchie qui tienne ferme. Eh bien ! nous ne craignons pas de le dire, quelques temps encore d'un pareil régime et c'en sera bientôt fait, pon pas seulement de la moralité, mais de rindustrie française.

Le Français :

Le gouvernement n'a pas le droit de se plaindre lorsqu'il reçoit de pareils défis. Les lecteurs du Cri du Peuple pourront trouver dans son article un certain air de courage. Pour qui connait la faiblesse du gouvernement, il n'y a là que des bravades sans péril. Le Cri du peuple avait mis le gouvernement au défi d'annuler la délibération du conseil municipal. La délibération a été approuvée, exécutée. Le succès obtenu par le défi de la veille explique suffisamment les nouveaux défis du lendemain.

Paris :

Nous n'avons pas à nous demander ce que fera le gouvernement, et, à vrai dire, nous nous soucions fort peu de sa résolution, mais n'est-on pas autorisé à dire, en regardant ces choses, en écoutant ces paroles et bien d'autres, que ce sont-là autant de sjrmptômes alarmants, les prodromes d'un cataclysme, comme les grondements souterrains sont les précurseurs des tremblements de terre et des éruptions volcaniques.

Le Télégraphf :

La défection de Soubrié laissait une place à prendre : M. Ju)cs Guesde vient de s'en emparer. 11 reprend pour son

AUTOUR D'UNE GRÈVE Uo

compte la belle maxime politique qui avait fait un moment la fortune de son précurseur, in'enchûsse dans un article, du Cri du Peuple, il la souligne, il la signe. Ce n'est pas tout : il supplie le parquet et les juges de Paris de le poursuivre ; il les objurgue, il les met au défi de l'arrêter ; il les injurie même un peu, pour les décider, Polyeucte auprès de lui n'était qu'un modéré.

Je ne m'étonnerais pas qu'il n'eût aucune conséquence pour son auteur, pas même les quinze jours de prison qu'il a l'air de solliciter, et qui lui vaudraient peut-être l'entrée du Conseil municipal, cette antichambre des députés.

Le Mondr :

Que va faire le parquet ?

La question est curieuse et intéressante à suivre. Il est probable que M. Jules Guesde en sera pour son défi. La justice républicaine, qui fait condamner un pauvre diable à quatre mois de prison par un petit tribunal do province, ne voudra pas poursuivre un rédacteur du Cri du Peuple.

Elle craindra trop le bruit qu'on ne manquerait pas de faire autour de ce procès.

U Univers :

Nous verroiR s'il sera répondu au défi du citoyen Jules Guesde, dont le scandale s'ajoute à celui du citoyen député Basly, prononçant impunément les paroles pour lesquelles on a condamné Soubric, et à celui du citoyen député Camélinat, déposant tranquillement une demande d'interpellation sur les événements de Decazeville, sans qu'on y ait répondu par une demande en autorisation de poursuites contre lui et Basly,pour le rôle provocateur qu'ils ont joué dans ces événements.

Il s'est enfin trouvé un journal pour comprendre le sens et la portée de mon « défi » — qui tient toujours.

Et, bien que ce journal me qualifie « d'ami des pires doctrines » et demande qu'on me pende haut et court, je ne lui en suis pas moins obligé de rétablir les véritables termes du débat.

(( Qu'on le veuille ou non — écrit le Courrier du soir — c'est ici le combat d'un homme contre la loi ou plutôt contre l'application qui a été faite de cette loi ».

Impossible de mieux dire :

Oui, c'est le combat d'un homme contre l application illégale — ou contre la violation flagrante — de la loi, prostituée comme Farmée aux bandits de la finance.

Et de ce combat engagé à mes risques et périls, je suis fier, quoi qu'il doive en résulter, ne pouvant que plaindre ceux qui ne se rendent pas compte qu'il s'imposait comme un devoir.

Le droit des majorités

En attendant que — selon la promesse du ministre de la guerre — la troupe fasse gamelle commune avec les grévistes qu'il lui est interdit d'aborder même dans la rue, les arrestations, avec beaucoup de soldats à la clé, continuent à Decazeville.

Toujours sous le même prétexte : atteinte à la

liberté du travail. On sait en quoi consistent ces

gMÉteintes : des paroles et rien que des paroles —

simples rappels à la solidarité ouvrière le plus souvent — que la police est obligée de dénaturer pour en extraire des délits et des condamnations. Alors que la Compagnie, elle, peut — sans que la liberté du travail soit atteinte, ni surtout vengée — signifier par voie d'affiches leur renvoi — ou leur mise dans l'impossibilité de travailler — à tous ceux de ses serfs qui n'ont pas répondu Ame?i à la réduction du prix des bennes et à la réintégration du Blazy.

Mais je laisse de côté une justice aussi inégale, ce Code pénal qui veille et frappe dans son article 414 dirigé contre le travail, et qui dort au contraire, — du sommeil du juge — dans son article 415 visant le capital, sans jamais le toucher.

Je fais plus. Je veux admettre, contrairement à la vérité, que des violences aient été réellement exercées contre les quelques mineurs qui auraient voulu se soustraire à la grève décidée par la grande masse (1.100 sur 1.300, à s'en tenir aux chiffres donnés l'autre jour par le ministre des travaux publics). Et je me demande, et je demande à tous ceux que n'aveuglent pas des dividendes en péril, en quoi cette immense majorité ouvrière, en opérant de la sorte contre une infime minorité, aurait fait autre chose que ce qui se fait tous les jours dans notre monde politique bourgeois sans que personne s'avise de réclamer.

Est-ce que — par cela seul qu'ils n'étaient pas le plus grand nombre — lesrèç\\\A\ç.^m'à\y<^\iX>^'^'^

été obligés — obligés matériellement, pas à coups de poing, à coups de fusils — de subirTEmpire pendant dix-huit ans ? Est-ce que tel h'est pas encore le cas des divers partis monarchiques, contraints, parce que minorité, à s'incliner devant la République de Theure présente?

Est-ce que toutes les décisions les plus graves, les plus vitales, dans toutes les assemblées communales, départementales et nationales, ne sont pas prises h la majorité et obligatoires pour là minorité ?

Notre argent, notre sang, notre liberté, tout ce que nous sommes et tout ce que nous pouvons avoir, tout cela n'est-il pas, avec la loi qui n'est que l'expression de leur volonté, à la discrétion de la moitié plus un des citoyens actifs ou de leurs mandataires ?

Et que sont armée, magistrature, police avec leur attirail de codes, de prisons et de baïonnettes, sinon la « violence » — à l'état latent ou en exercice, suivant les cas — contre une minorité éventuellement ou effectivcmeut récalcitrante ?

Cette loi des majorités, avec le droit pour ces dernières d'employer la force contre une minorité réfractairc,. n'est pas limitée à l'ordre gouverne, mental proprement dit. Nous la voyons fonction ner, avec le même droit poussé jusqu'à la mém violence, dans Tordre le plus privé.

Est-ce que, par exemple, dans toutes les s*

^*,és industrielles, commerciales et financière

toutes les mesures arrêtées par une majorité d'actionnaires ne sont pas valables pour la minorité, c'est-à-dire imposables et imposées à cette dernière ?

Est-ce que ce n'est pas h la majorité, soit de seS actionnaires, soit de son conseil d'administration, que la Compagnie des houillères et fonderies de TAveyron a dû décider ces provocations abominables qui s'appellent le Blazy restauré et les salaires diminués ? Et s'il s'était trouvé hier^ — et s'il se trouvait demain — une minorité de cœur et de tête pour s'opposer au conflit ainsi créé, qui donc oserait soutenir que, de par les tribunaux, il ne serait pas passé outre à sa protestation, c'est-à-dire qu'il ne lui faudrait pas, malgré elle, rester la complice du Léon Say et de ses Petitjean ?

Et ce qui existe comme la règle, comme la base de tout ordre, non seulement pour cette grande société qu'est la nation, mais pour tous les groupements de capitalistes, serait interdit, comme un délit ou comme un crime, aux groupements de travailleurs ! Au droit des majorités actionnaires -çoxxv affamer ne correspondrait pas le droit des majorités ouvrières pour la défense de leur pain ! Ce serait monstrueux. Et pourtant cela est. Les exécutions judiciaires de Villefranchene le prouvent que trop. Seules les majorités ouvrières n'ont pas le droit — même de parole — sur les minorités qui compromettent plus que les intérêts, l'existence de tous.

Le prolétariat est hors la loi, — hors de la loi des majorités comme des autres.

Ère nouvelle

Parlez-moi du Temps pour ne pas être manchot et pour mettre finalement, non pas un doigt, mais les deux mains sur la plaie ouverte par la grève de Decazeville au flanc de l'ordre capitaliste ! Ce qui épouvante — et avec raison — le grand organe bourgeois, ce n*est pas la grève elle-même — qui n'est « ni plus violente, ni plus tragique w que beaucoup d'autres. Ce sont les circonstances dans lesquelles elle se prolonge, ou, pour employer son expression, « les scandales auxquels elle a donné lieu, delà part d'une opinion publique énervée, d'un gouvernement incertain et d'une Chambre partagée. »

Premier scandale : « Le monstrueux assassinat » du Watrin qui, loin de faire « tressaillir d'indignation la nation entière », a été accepté par la conscience populaire avec une indifférence voisine de la complicité.

Deuxième scandale : Ces « prétendus députés ouvriers, qui désertent le Parlement d pour se transporter au milieu des mineurs en lutte, et qui travaillent ouvertement, non pas à la capitulation ouvrière, mais à « la ruine » de la Compagnie provocatrice.

Troisième scandale : la Chambre qui, après avoir

« écouté avec facilité les explications atténuantes

ÉÊÊÊsâtême la violente apologie du meurtre de l'in-

fortuné sous-directeur », a « accordé à Basly sans réserves et sans protestation d'aucun genre un congé régulier » pour organiser la résistance des ivatrinés.

Quatrième scandale : « Le chef de notre armée républicaine qui, dans une improvisation irréfléchie, s'est plu à montrer les soldats amenés sur les lieux pour maintenir l'ordre, partageant leur soupe et leur pain avec les grévistes. »

Cinquième scandale : « L'ordre du jour si laborieusement cherché, où l'on a eu l'air de promettre une réforme de la législation minière. »

Pendant qu'il y était, le Temps aurait dû, pour être complet, évoquer le sixième — et non le moindre — scandale de Conseils municipaux, au nombre de dix-huit à cette heure, qui, de l'argent des contribuables, jusque-là réservé aux besoins des possédants^ se sont avisés de faire du pain — et des munitions — pour les militants affamés de là-bas.

Mais malgré cette lacune, qu'il tiendra à combler, je n'en doute pas^ la série des abominations qu'il découvre — et qu'il dénonce — suffit à justifier son cri d'angoisse.. Il est certain que la « peau % du Watrin,bien qu'on ait essayé au début delà monter en tambour de deuil, ne parait pas avoir ému outre mesure le pays et qu'au lieu de se cotiser pour élever à ce tortureur, comme au massacreur Bréa, un monument expiatoire, c'est à. ses» exécuteurs qu'est allée et que \a de ^W^ ^\i^\y$»\^

sympathie des masses sous la forme de gros sous — dépassant aujourdliui cinquante mille francs.

Il est certain que jamais, de mémoire de gréviste, on n'avait vu des membres du Parlement jeter leur mandat, leur écliarpe et leur inviolabilité législative, du côté du travail fatigué de se laisser exploiter et faisant tête au capital exploiteur. Jusqu'alors, quand par extraordinaire Tombre d'un député s'éiait profilée sur un champ de grève, c'était — comme à la Grand-Combe et à Bessèges — au secours des Compagnies, pour rééditer à l'adresse des sortis-des-fosses le mot cynique de Dupin à la Représentation nationale décembrisée : « Vous avez le droit pour vous, mais vos maîtres ont, avec Tarmée, la force ; cédez ! » Mais des législateurs couvrant de leur corps des prolétaires et, nouveaux Baudin, opposant leurs poitrines aux baïonnettes de l'ordre — le plus financier — voilà qui bouleverse toutes les idées reçues en matière de massacres ouvriers.

Il est certain encore qu'une Chambre, qui, au lieu d'user contre Basly, Camélinat et Boyer du (( petit local », les laisse courir la France en « commis voyageurs de la Révolution sociale )),fait tache sur le Reichstag de Berlin, par exemple, qui, au moyen de sa loi contre les socialistes, ne permet aux Liebknecht et aux Bebel de communiquer avec leurs électeurs que sous la surveillance de la police.

Il est certain enfin que ce ministre de la guerre

ik

AUTOUU D'UNE GRKVE 153

qui, en paroles du moins, refuse d'être le ministre de la guerre civile, et ne crie pas : « feu à volonté » sur des femmes et des enfants, en ajoutant comme Ferry en 1871 : « Vous n'en fusillez jamais assez », il est certain que ce Boulanger ne cuit pas le pain des Lespinasse et des Vinoy dont notre bourgeoisie était si friande.

Mais c'est ainsi. Et toutes les jérémiades du Temps contre ce qu'il appelle «un manque absolu de tenue de Topinion publique, des pouvoirs publics et en général des hommes politiques » , comme ses objurgations pour leur arracher a un acte viril » se briseront contre la force des choses, contre le nouvel état d'esprit sorti d'une propagande socialiste de dix années et qui ne laisse plus déplace au rran traditionnel.

Novus nascitur ordo . Une nouvelle ère a commencé, qui, sans désarmer encore la classe capitaliste^ ne lui laisse pas la liberté de ses armes gouvernementales. Ce que les aveugles — par intérêt — du Temps et des Débats prennent pour une i< anémie morale » est, au contraire, Taffirmation, l'imposition de la morale nouvelle basée sur le droit des dépossédés, des travailleurs, de ceux qui produisent tout sans jouir de rien.

Toutes les fins de régime, de classe, ont été marquées par de pareils abandons, les sabres restant cloués au fourreau par l'invincible main des événements encore sous l'horizon et les fusils se retournant d'eux-mêmes, crosse en l'air. Signe des

temps — qui vont cesser d'être durs pour la grande humanité laborieuse.

Le prix de l'emprunt

Duc-Quercy est arrêté ! Ernest Roche est arrêté !

Empoignés dans leurlit hier matin, ils ont été, les menottes aux mains et enchaînés Tun à Tautre, traînés militairement à la prison de Villefranche.

Non pas qu'ils se soient portés ou qu'ils aient poussé à des violences. Nous mettons au défi le plus Laubardemont des juges d'instruction de relever, malgré des provocations de toute nature, malgré la troupe et ses menaces, malgré la justice et ses razzias, le moindre désordre, depuis la présence sur les lieux de notre collaborateur et de son confrère de V Intransigeant,

Mais ils avaient — c'est le Temps qui le déclare — « imprimé au mouvement un caractère absolument socialiste ».

Ils avaient amené les forgerons à faire cause commune avecles mineurs, alors a qu'on avait cru que les forgerons, à qui l'arrêt des travaux àFirmy faisait subir du chômage, s'animeraient contre les grévistes ».

Ils avaient, par leur appel à la solidarité ouvrière, assuré du pain et de l'eau à « des gens qui, plutôt que de céder, vivront de pain et d'eau des mois entiers. »

Us avaient, enfin et surtout, par le calme qu'ils avaient apporté dans une grève — qui est un droit, de par M. Sarrien — enlevé tout prétexte à un de ces Joue! feu! qui n'emplissent pas seulement les cimetières, qui repeuplent les fosses par la terreur.

Avec eux, c'est encore le Temps qui Tavoue cyniquement, « pas de fin à la crise » .

Or, il fallait en finir, parce qu'en dépit des mensonges du Bochet entassés sur les mensonges du Laur, la mine brûle., parce que la Compagnie allait être acculée à la ruine ou à la déchéance.

Et comme il y avait à la tête de la Compagnie ainsi condamnée un Léon Say, bras droit de TEmpereur de toutes les monarchies et de toutes les Républiques, Sa Majesté Rotschild ; et comme la République de MM. Grévy-Freycinet avait un emprunt à placer, la Finance a fait ses conditions :

DébaiTOSsez-moi de la grève de Decazeville, — ou je tue votre emprunt avec votre crédit.

Et la République Grévy-Freycinet s*est inclinée.

Elle a accepté le marché.

Elle a livré — contre sa propre légalité — Duc- Quercy et Ernest Roche, deux des têtes de la grève, et elle aurait livré la troisième, Basly, si Basly n'était pas couvert par son inviolabilité parlementaire.

De même que demain elle fera tirer ^ remplaçant les gamelles partagées par du plomb à plein fusil, si le travail n'est pas repris — et il ne le sera pas — et si Ja Compag'nie rordoTixie»

4oG LE SOCIALISME AU JOUR LE JOUR

Nos gouvernants n'en sont pas à quelques cadavres près, pourvu que leur émission de 3 0/0 soit couverte.

La suppression de Duc-Quercy et de Roche ne suffit pas à la haute banque qui — pour laisser passer Temprunt actuellement en discussion — exige deux autres têtes.

Il lui faut l'arrestation des deux députés Basly et Camélinat. Excusez du peu ! Et elle Taura, à en juger par ce qui s'écrit et par ce qui se dit. Le seul point encore en litige est celui de savoir si, avant de faire empoigner les deux Manuel ouvriers par les gendarmes, on demandera à la Chambre une autorisation voulue par la loi ou si, sous prétexte de flagrant délit, on ne procédera pas comme pour Minière.

C'est ce dernier parti qui, hier, paraissait devoir l'emporter.

L'Empire aggravé

Ce n'est pas seulement l'opportunisme de MM. Ferry- Waldeck qui est dépassé — ou aggravé — par le radicalisme de MM. Freycinet-Lockroy, c'est l'Empire de M. Bonaparte.

Et lorsque devant les arrestations de Decazeville nous voyons un grand journal radical s'écrier avec indignation : Comme autrefois! nous nous demandons où ce journal a appris l'histoire.

Lors de la grande grève du Creuzot, en 1870, le

AUTOUR D'UNK GRÈVE ^ 157

correspondant de la Marseillaise, Assi (dont on annonce aujourd'hui même la mort), fut bien, comme Duc-Quercy et comme Roche, arrêté et dirigé sur la prison d'Autun, pour décapiter la résistance ; mais l'Empire n'osa pas invoquer contre lui l'article 414 du Code pénal, cet article qui aboutit à la suppression complète du droit de coalition ou de grève.

C'est comme affilié à V Internationale que le Duc-Quercy d'alors fut poursuivi. Et it trouva des jugespour V acquitter.

Vous entendez, messieurs les magistrats de Villefranche !

L'extrême-gauche complice

La question que M. Maillard devait hier poser au gouvernement relativement aux monstrueuses arrestations de Decazeville, a été renvoyée à aujourd'hui, du consentement de l'extrêmc-gauche, qui a refusé de transformer la question en interpellation.

Non pas que nos radicaux contestent que la loi ait été violée contre Duc-Querey et contre Roche. M, Camille Pelletan, entre autres, a soutenu que l'art. 414 du Code pénal ne pouvait être appliqué dans le cas présent, abrogé qu'il était par la législation sur la presse et les réunions.

Mais d*uno part iJ n'y a pas pér\\ en \îv. âi^\sv^w\^^

du moment que ceux qu'on « décembrise » sont des socialistes. D'autre part, comment serait-on jamais possible au pouvoir si Ton se montrait si chatouilleux en matière d'illégalités ?

La consigne est donc de se taire ; et l'on se taira à Textrême-gauche — à moins que Ton n'applaudisse.

Réaction et révolution

Où est le temps que la bourgeoisie prenait le fusil, descendait dans la rue, faisait des barricades, et renversait un gouvernement — tout cela parce qu'avait été quelque peu chiffonnée la liberté octroyée à la presse par la Charte des Bourbons restaurés?

Aujourd'hui, on peut tirer à plein Code pénal contre la loi sur la presse de 1881, enlever des journalistes à domicile elles traîner, les menottes aux mains, dans des culs-de-basse-fosse, sans que l'illégalité de ces violences soulève autre chose que des applaudissements.

Jusqu^à la « chaînette » liant Duc-Quercy à Roche, la Chambre a tout ratifié, tout bissé par 485 voix contre 65.

Elle a été plus loin. En « approuvant les déclarations du gouvernement», elle a approuvé un gouvernement se déclarant prêt à traiter demain rinan^ovibilité parlementaire comme la loi sur la

presse, et à faire empoigner Basly et Camélinat comme ont été empoignés Roche et Duc-Quercy.

Sous TEmpire, lorsque sur le cadavre de Victor Noir, Rochefort signait crânement son appel aux armes, malgré le flagrant délit, avant de procéder à des poursuites contre un député de Paris, le Bonaparte crut devoir saisir son corps législatif d'une demande en autorisation. La République bourgeoise n'a pas de ces scrupules. Qu'il plaise demain à un Vacquier où a un Barrada de mettre k la charge de Basly les délits qui ont servi de prétexte aux lettres de cachet décernées contre nos confrères et amis, et — M. Demôle s'en est vanté — la sale main de gendarme qui s'est abattue sur Manuel s'abattra demain sur l'élu de la Seine, jeté en prison sans plus de façon que les Madier-Montjau et les Charamaule au Deux-Décembre. Aussi un ministère agissant et parlant de la sorte a-t-il eu pour lui, le couvrant de leurs félicitations et de leurs votes de confiance, toutes les droites, la droite monarchique, comme la droite bonapartiste.

C'est mieu^ç que l'Empire, s'est écrié le Cassagnac ; et il s'est fait inscrire, lui et les siens, dans la majorité gouvernementale.

Notre Roi ne ferait pas davantage, a repris le Baucarne-Leroux, et il s'est perdu, avec son parti, dans la suite du Freycinet,du Granet et du Lockroy.

Pour que la bourgeoisie républicaine retourne ainsi sa veste et brûle ses dieux d'antan, il a suffi

que ses intérêts, que ses privilèges économiques fussent enjeu.

Le masque du libéralisme, qui lui a servi à tromper le peuple, s'est alors détaché sans effort, tout seul.

On était pour la liberté, pour toutes les libertés, jusqu'à « Imsurrection sainte », lorsqu'on était séparé du pouvoir par une dynastie, Bourbon, Orléans ou Bonaparte. Cet obstacle renversé, la place prise et occupée, la liberté n'est plus qu'une échelle à briser entre les mains ou sur le dos du prolétariat qui suit et qui arriverait au gouvernement par la même voie.

A votre aise, messieurs !

Libre à vous de plagier Bismarck et, à la première entrée en ligne d'un parti socialiste opérant légalement, de chercher le salut de vos capitaux dans la réaction coulant à pleins bords.

Mais ne vous étonnez pas si, en semant le venrt, vous récoltez la tempête.

Ne vous étonnez pas si, mise hors la loi, hors de votre propre loi, la classe ouvrière que les Duc- Quercy et les Roche retenaient l'arme au pied et que les Basly et les Camélinat enpêchaient de partir avant l'heure ; ne vous étonnez pas si cette masse, ainsi provoquée par vous, acculée, éclate et vous brise comme un simple Watrin.

Barrer les fleuves est encore le plus sûr moyen de les faire déborder.

Le fleuve humain surtout, que grossit tous les

jours la fonte de ces neiges qui s'appelle le salaire réduit, la servitude accrue et le chômage généralisé.

Pas de chance !

Si nos gouvernants étaient tatoués — comme ils devraient Têtre, en Peaux Rouges qu'ils sont — il n'y aurait qu'à les déculotter pour lire en belles lettres bleues ou jaunes sur leur fessier, droit ou gauche :

Pas de chance !

Pas de chance, les Lockroy et les Clemenceau qui, pour se faire réélire, entrelardent leur liste d'ouvriers à la Basly et à la Camélinat, et qui introduisent ainsi dans la bergerie bourgeoise le loup socialiste.

Pas de chance, les Freycinet et les Sadi-Carnot qui, pour amadouer les sous-Rotschild à la Léon Say et les rendre seçourables au fameux emprunt, font, sur la fausse nouvelle de la rentrée de Basly à Paris, empoigner Duc-Quercy et Roche, s'imaginant en finir de la sorte avec la grève de Decazeville, soit que, livrés à eux-mêmes, les grévistes s'enferrent sur les baïonnettes de Van der Borson, soit que, terrorisés, ils redescendent comme des taupes dans leur trou de mine.

Non seulement Basly n'est pas parti, enipêchant par sa seule présence la tuerie ou la capitulation ; mais Camélinat et Massard sont arrivés. Et après

eux, c'est Meusy. Et, après Meusy, c'est Antide Boyer et Clovis Hugues, redonnant plus de têtes à la résistance que les deux mandats d'amener n'ont pu lui en couper.

Pas de chance^ enfin et surtout, le Floquet, qui s'est avisé samedi, avec la complicité d'une majorité étendue jusqu'à l'extrême-droite, de refusera Basly le renouvellement de son congé.

Ces gens qui se vendent vingt fois par mois pour des recettes générales, voire pour des recettes particulières, et dont les Compagnies de chemins de fer connaissent à un franc près le tarif des votes, jugeant les députés socialistes par euxmêmes, s'étaient dit :

(( Devant la suppression de son traitement — car pas de congé régulier, pas de traitement — Basly devra lâcher ses anciens camarades de fosse. Et, comme loin de ne jouer là-bas qu'un rôle se« condaire et honorifique, c'est réellement lui l'àme de la lutte prolongée, poussée jusqu'à la victoire ; comme c'est bien à son écharpe de représentant du peuple, jetée avec sa poitrine en travers des fusils Gras, qu'est due l'impossibilité de massacrer les grévistes ad majoren Léon Say gloriam^ Basly courant à la questure de la Chambre toucher son indemnité, c'est le terrain laissé libre dans l'Aveyron aux manœuvres, aux menaces, aux violences et aux voies de fait de la Compagnie, appuyée et servie par la plus belle armée que la France expJoitrice ait jamais possédée » .

Et Ton se frottait ses quatre cent trente-cinq paires de mains dans la plus immonde des Chambres* à la seule idée du bon tour que l'on venait — — contre tous les précédents — de jouer au plus gêneur des collègues.

Or, il se trouve qu'aux termes du règlement (art. 116), un député « n'est réputé absent sans congé que lorsque pendant six séances consécutives, il n'a pas répondu aux appels nominaux. »

Il se trouve, d'autre part, que, par suite des vacances auxquelles le Parlement doit se livrer le 17 avril, cinq séances seulement peuvent être tenues avant cette séparation pour un long mois.

De telle façon que la mesure prise odieusement contre Basly tombe da6s l'eau, et que, gauche et droite du Palais-Bourbon, transformé en caverne d'Ali -Baba, se seront déshonorées inutilement.

Basly, certes, serait resté à son poste, malgré toutes les suspensions d'indemnité, les seuls atteints en cet cas étaient les syndicats ouvriers auxquels le « 4éputé des mineurs » verse la majeure partie de ses émoluments parlementaires.

Mais, même cette satisfaction de voir?' au syndicat des mineurs du Nord la subvention que lui fournit l'ancien herscheur d'Anzin, les députés de la finance ne l'auront pas.

Pas de chance^ messieurs les hommes d'argent et de sang !

De plus en plus, pas de chance !

A-t-oïi assez hurlé à droite et au centre lorsque par trois fois, retournant le fer dans la plaie, Boyer a parlé des saluts dont Basly, Camélinat, Clovis Hugues et lui étaient l'objet à Decazeville de la part des soldats?

L'armée saluant des députés socialistes ?

Mais c'est le comble de la « démoralisation » militaire ! a clamé Cassagnac. De mon temps, sous mon empereur, au Deux-Décembre, elle fusillait les députés simplement républicains.

Et les républicains gouvernementaux de reprendre en sourdine : En Mai 71 aussi, les représentants du peuple qui ne juraient ni par Chambord, ni par Orléans, ni par Tliomme de Sedan, recueillaient plus de balles que de saluts !

Rien de plus exact. Et nous nous expliquons sans peine le désespoir de la majorité de samedi, Mais tous les gémissements ne feront pas revenir ce bon temps à jamais disparu.

Faites votre deuil, messieurs, des soldats qui ont fusillé et Baudin et Millière. Vous ne les reverrez plus !

Chateauviilain et Decazeville

Les chapelles, que les grandes et les petites dames peuvent — comme une cuvette morale — faire adosser à leur boudoir, me laissent complètelifTérent — quelles soient autorisées ou non.

Les chapelles que les Giraud de Chateauvillain ouvrent en plein tissage, comme les Chagot de Monceau en pleine mine, me préoccupent en revanche énormément, parce que, quoiqu'en écrive M. Maret^ elles ne représentent plus la liberté de se faire messer, mais une nouvelle servitude ouvrière : la messe ou la porte — et la porte ici, c'est la faim !

Lors donc que nos gouvernants ordonnent la fermeture d'une de ses églisettes patronales, je suis avec eux, comme j'étais avec les mineurs de Saôneet-Loire lorsque — faute des moyens de les fermer — ils faisaient sauter tabernacles, sacristies et autres locaux d'un culte transformé en instrument de torture.

Mais cela ne veut pas dire — oh ! non — que je ne proteste pas contre les tueries de femmes et d'enfants auxquelles a donné lieu Tœuvre de libération accomplie dans Tlsère. La morte et la blessée que les de Mun et les Keller ont hier portées à la tribune de la Chambre, en demandant justice, me révoltent moi aussi et me font crier : au meurtre !

Il m'est pourtant impossible de ne pas faire remarquer qu'en se présentant en armes devant une chapelle non autorisée — et interdite — non seulement l'autorité républicaine avait la loi pour elle, mais elle avait apporté à l'application de la loi tous les tempéramments possibles et imaginables ^- jour et heure ayant été pris d'un commun accord pour l'apposition des scellés.

Il m'est impossible encore et sm^out de ne pas observer que les gendarmes qui ont tiré — et tué — avaient préalablement essuyé quatre coups de revolver.

Or les mêmes droitiers qui hurlent si fort de ce que — au prix du sang — force ait été assurée à la loi, sont les mêmes qui depuis deux mois ne pardonnent pas à la République de ne pas avoir renouvelé, contre la loi, à Decazeville, les massacres de la Hicamarie et d'Aubin.

Ce sont les mêmes qui^, samedi dernier, ont approuvé les menottes infligées à Duc-Quercy et à Roche, et réclamé des gendarmes — les gendarmes de Chateauvillain — contre l'inviolabilité d'un Basly, d'un Camélinat et d'un Boyer.

La grève est un droit — et contre des mineurs usant de ce droit il n'y avait pas de violences que monarchistes et cléricaux ne fussent prêts à autoriser et à provoquer.

La chapelle de Chateauvillain est un délit. Ce délit a été suivi, accompagné du crime, prévu et puni par le Code pénal^ de résistance à main armée à la force publique régulièrement mandatée. Et, parce qu'on a fait feu légalement dans l'Isère, comme ils voulaientqu'onfîtfeu illégalement dans l'Aveyron, cléricaux et monarchistes s'indignent.

Indignation perdue, mes bons messieurs !

Quand on a, comme vous, poussé à l'assassinat ^^^riers défendant pacifiquement leur pain, on

contre rexécution d'autres ouvriers et ouvrières faisant des barricades ad majorem Dei gloriani.

Vous avez crié bravo ! et bis ! à un gouvernement sortant de la légalité pour entrer dans le droit de tout faire, de tout sabrer. Aujourd'hui ce gouvernement applaudi, échaffaudé par vous, se retourne contre votre clientèle qu'il soumet au même régime.

C'est bien fait. Vous recueillez ce que vous avez semé. Et notre seul regret est qu'au lieu de trouer les poitrines de vos dupes, les revolvers de cette gendarmerie — qui est votre gloire et votre espoir — ne vous aient pas, vous, les responsables, couchés sanglants sur le sol.

Ce que nous aurions ri alors, tandis qu'il nous faut pleurer, nous, les socialistes* sur les tisseuses de l'Isère, sœurs de nos mineurs de l'Aveyron, qui sont tombées sous vos votes assassins.

Vive la réaction !

Le vent de réaction^ qui s'est levé sur la République bourgeoise et qui souffle en tempête depuis quelques jours, n'est pas pour nous surprendre.

Encore moins pour nous effrayer.

Il y a beau temps que, instruit par la lutte des classes qui domine le passé et le présent de l'histoire humaine, nous avons, à la grande fureur des

radicaux trompés ou trompeurs, prévu et annoncé ce qui arrive.

Après s'être réclamé de la liberté sur tous les tons et dans tous les domaines, avant d arriver et pour arriver au pouvoir politique qui la faisait reine et maltresse, la classe bourgeoise ou capitaliste devait réagir contre toutes les libertés — traitées de guitare ou de foutaise — aussitôt qu'elle trouverait en face d'elle, combattant pour l'existence et pour la domination/ une autre classe, le prolétariat, en voie de conscience et d'organisation.

A peine votée la loi de 1881 sur la presse et sur les réunions, nous avons dit — et redit, écrit — et reécrit, à l'adresse des aveugles qui ne voulaient voir là qu'un premier pas : « Ceci est le nec plus ultra du libéralisme bourgeois. Non seulement on n'ira pas au-delà, mais on reviendra en arrière, biffant l'une après l'autre, au fur et à mesure des progrès de Y idée socialiste et du fait ouvrier, les quelques garanties octroyées. »

Voilà qui est fait.

11 a suffi de la grève de Decaze ville, de la constitution dans ht Chambre d'un groupe ouvrier jetant dans le plateau du travail — môme républicain — contre le capital — même orléaniste — sa part de pouvoir public, pour que le recul se produisît.

La liberté de la parole écrite ou parlée — pour laquelle on a fait les Glorieuses — kékcékçà^ du moment qu'elle fait échec aux négriers de la mine ? Et pendant que, piétinant sur leur propre légalité,

AUTOUR D'UNK GREVK 169

les Freycinet et les Lockroy font enlever et (nanienotter\it% Duc-Quercy et les Roche, un Bozérian se lève qui réclame — et obtient d'urgence d'une moitié du Parlement — une légalité nouvelle créant pour la presse et les réunions des délits et des peines ignorés de tous les Code pénal.

L'inviolabilité des représentants du peuple — dont la violation était par les hommes mêmes du Deux-Décembre considérée comme un crime que les plébiscites seuls pouvaient absoudre — kélicékça encore, du moment qu'elle est un obstacle aux fusils de Tordre exploiteur trouant les poitrines des exploités ? Et en même tenq^s qu'il s'excuse de ne pas avoir flécpmhrisé Basly, un ministre de la justice est obligé, 2)our trouver une majorité dans une Chambre républicaine, de s'engager à le faire lorsqu'il jugera qu'il y a lieu.

C'était fatal, je le répète ; ce qu'on appelle « les principes » n'étant, n'ayant jamais été, et ne pouvant être que des masques, qui tombent d'euxmêmes dans la mêlée, lorsque commence le corpsà-corps d'une classe arrivée contre une classe montante, d'intérêts qui se défendent contre les intérêts qui attaquent.

Mais, loin que la voie de compression, loin que la période dictatoriale dans laquelle entre notre bourgeoisie apeurée, puisse nous inquiéter, elle nous plait et nous enfiérit.

Si l'on forge contre nous des armes d'exception, SI l'ancien arsenal du droit commun ne suffit plus,

c'est que nous sommes devenus forts, plus forts que nous ne le croyions nobs- mêmes ; c'est que nous sommes moins éloignés du moment psychologique ou de la Révolution que les révolutionnaires les plus outranciers n'osaient eux-mêmes l'espérer.

Nous nous rappelons, d'autre part, la bourgeoisie allemande, commandant il y a huit ans à son Bismarck la muselière du petit état de siège contre le socialisme ouvrier d'Outre-Vosges. Nous nous rappelons la presse socialiste supprimée, les caisses ouvrières forcées et vidées, et Liebknecht et Bebel — les Basly et les Camélinat de là-bas — passant de forteresse en forteresse pour tomber sous la surveillance de la haute police.

Et nous savons — et le grand chancelier sait — le résultat de cette politique de fer : 25 députés démocrates-socialistes au lieu de 5, et derrière eux, prêts à l'assaut, 750.000 combattants au lieu de 200.000 !

Il n'en sera pas autrement en France, dans le pays de Juin devenu le pays du Dix-huit Mars. Qu'on accumule contre nous carcere durissimo sur carcere duro ; tous les coups dont on pourra nous frapper ne feront que faire surgir du sol ouvrier, labouré et ensemencé par les événements, de nouvelles légions au communisme.

La réaction aujourd'hui, avec les cent mille têtes incoupables d'une minorité prolétarienne consciente et résolue, c'est la Révolution demain.

Vive la Réaction !

Vive la Révolution !

Quinze mois de prison !

Duc-Quercy et Roche sont condamnés chacun à quinze mois d'emprisonnement !

Voilà ce qu'il en coûte sous la République de se mettre du côté des ouvriers républicains contre une compagnie orléaniste.

Voilà ce qu'il en coûte de substituer aux explosions, qui n'emportent les Watrin qu'au profit des Blazy, la résistance organisée de travailleurs résolus — et capables — d'aller jusqu'au bout.

Voilà ce qu'il en coûte de transformer en socialistes, en champions de la Révolution, le troupeau humain qu'hier encore

la frayeur menait paître Entre le sacristain et le garde champêtre.

On n^attend pas de nous une protestation stérile. De pareils jugements ne se jugent pas, ils s'affichent pour la honte des hommes et du régime qui les provoquent.

Pour leur honte — et, nous ajouterons pour leur perte. Car ils se tromperaient étrangement, nos gouvernants bourgeois qui ont rédigé — sur Tordre et sous la dictée de Say-Rotschild — ce monstrueux verdict, s'ils s'imaginaient avoir fait preuve de force.

C'est de leur faiblesse, de leur peur, qu'ils viennent de nous donner une si large mesure.

Oui, ils oui peur — et non sans raison — de la facilité avec laquelle des « ouvriers à moitié paysans » peuvent au sinij^le touché de nos « agitateurs », se retourner contre le présent ordre capitaliste.

Ils ont peur des foyers qu'allume, sur les points qui paraissaient les plus réfractaires, la parole nouvelle, l'Evangile socialiste, dès qu'ils y sont j^ortés.

Peur des étincelles qui, jaillies de Decazeville, propagent — et propageront de plus en plus — partout l'incendie révolutionnaire.

Et plus, dans leur épouvante, ils se retranchent derrière les Bastilles ressuscitées et accrues, plus ils accusent leur déroute et notre triomphe.

Redoublez donc d'illégalités, ô moribonds !

Traînez, dans la boue des arrêts rendus en service, ce que vous appelez votre justice, après avoir piétiné sur les libertés qualifiées autrefois par vous de nécessaires !

Tirez sur nous à plein Vacquier !

Loin de crier : Grâce ! nous crierons : Bravo !

Bravo ! parce que c'est sur vous finalement que retombent tous les coups dont vous croyez nous frapper.

Bravo ! parce que le peuple est là, à qui vos infamies ouvrent les yeux, en attendant qu'elles lui ferment les poings !

Bravo ! parce que, comme en Juillet 1830, comme en Février 1848, il ramassera vos victimes pour vous les jeter entre les jambes et faire trébucher.

AUTOUR D'UNIC GRÈVE 173

non plus rétiquctte gouvernementale seulement, mais le sac aux iniquités capitalistes.

Bravo ! parce qu'il cassera demain vos jugements par la grande voix du suffrage universel, en allant chercher ses élus dans la geôle de Villefranche !

Bravo ! parce qu'après avoir cassé vos jugements, ce sont vos juges à la Loubers, vos généraux à la Borson, c'est vous tous qu'il cassera après demain.

Vive Duc-Quercy ! Vive Roche !

Vive la Révolution sociale !

Au pied du mur

Clientèle oblige. Et la presse radicale a dû faire chorus avec la presse socialiste contre les attentats qui s'accomplissaient dans TAveyron et dont les trente mois de prison de dimanche ne sont que le couronnement.

Elle a protesté — et elle proteste — contre l'enlèvement préventif de Duc-Quercy et de Roche — contre les -menottes à eux infligées — contre un tribunal à la solde substitué au jury — et contre un verdict que le Radical qualifie de « déplorable » ;

La Nation, « d'inouï » ;

Le Petit Parisien, de « plus violent que sous l'Empire » ;

174 LE SOaALlSME AU JOUR LE JOUR

La Lanterne, « d'odieux » ;

^i\'à, Justice^ de « scandale » et de « crime ».

Dont acte.

Mais les porte-plume de Textrême-gauche ne trouveront pas mauvais que^ si bien jouée qu'elle soit, toute cette belle indignation sur le papier ne suffise pas à la France ouvrière, pour laquelle — en la défendant — ont été frappés nos amis.

Ils ne trouveront pas mauvais qu'aux paroles . — dont on nous paie depuis si longtemps^ sans que nous en soyons moins pauvres — nous préférions les actes, et que ces actes, nous les exigions.

Ah ! MM. Clemenceau, Yves Guyot, Dreyfus, Maret et autres meneurs du radicalisme sont aussi révoltés que nous de « TillégaUté » des arrestations et de la « monstruosité » des condamnations ?

Eh bien ! qu'ils le prouvent !

Ils condamnent comme nous un gouvernement qui, pour les beaux yeux de la Bourse, fait litière des « idées qui sont la fierté et la force d'une République ! » Eh bien ! ce ministère a coupable » qu ils Texécutent !

Ils clament avec nous qu'au lieu de Duc-Quercy et de Roche, c'est Léon Say qui — en bonne justice — devrait être sous les verrous ?

Eh bien ! qu'en attendant d'y fourrer le financier assassin, ils sortent les journalistes innocents de la Bastille de province où on prétend les enterrer !

La candidature de Duc-Quercy ou de Roche est

là qui^ réclamée par le comité de la grève de Decazeville, acclamée salle Favié et définitivement posée demain par l'unanimité socialiste, va leur permettre de prouver leur libéralisme, de châtier des gouvernants criminels et de rendre à la liberté les victimes.

Cette candidature — qui, si elle signifie pour nous Emancipation du travail, signifiera pour eux Droit et République — qu'ils l'appuient, qu'ils la fassent leur ! Sinon, toutes les réclamations platoniques dont ils nous rebattent les oreilles ne les sauveront pas d'une complicité flagrante.

Au pied du mur électoral du 2 mai, on va connaître le maçon radical. On va savoir la qualité du mortier républicain des gâcheurs en chef de Textrême-gauche.

A l'ordre!

Au moment où j'écris — mercredi soir six heures — j'ignore sur lequel les deux condamnés de Villefranche le Congrès électoral qui ne se réunit qu'à neuf invitera la démocratie socialiste parisienne à s'affirmer le 2 mai prochain.

Sera-ce Duc-Quercy ? Sera-ce Roche ? C'est ce qui importe peu — et ce qui n'importe pas davantage à notre ami Duc-Quercy qui vaillamment nous télégraphie de sa prison : Qu'on 'prenne Roche^ si son passé de travailleur manuel doit faciliter

riinion socialiste. Roche a beau protester ; je suis résolu à remplir ce que je considère comme un devoir, »

J'ignore également le parti auquel s'arrêtera la presse radicale devant cette candidature unique de protestation en partie double. Protestation contre la violation des libertés de presse, de réunion et de grève dont rextreme-gauche s'est toujours réclamée, et protestation contre le sous-sol volé à la nation et transformé en instrument de famine ouvrière avec la complicité d'un gouvernement dit républicain.

Ce que je sais, c'est que parmi tous les journaux radicaux il en est un qui a une situation spéciale et qui se mettrait au ban de la conscience publique s'il n'épousait pas notre candidat, quel qu'il soit.

Ce journal, c'est celui de MM. Maret et Sigismond Lacroix. Le Radical — en effet — - a commis tous les délits — si délits il y a — pour lesquels Duc-Quercy et Roche, après avoir été arrachés de leurs lits par les gendarmes et traînés les menottes aux mains en prison, viennent d'être embastillés pour quinze mois.

Duc et Roche sont condamnés pour avoir — je cite les termes du jugement (sur commande)— r « adressé le 18 mars à leurs journaux un télégramme annonçant que le matin même Ficat père et fils, gardes-barrages, ont été atteint par le feu dans les galeries de la mine do Palayrct. » — Et

AUTOUR D'UNK GUÈVE 177

le Radical du 20 contient un télégramme de Decazeville, 18 mars, 7 heures, ainsi conçu :

J'apprends qu'aujourd'hui, à la mine de Palayret, les citoyens Flicat père et fils gardes barrages, ont été retirés d'une galerie à demi-aspliyxiés et grièvement brûlés sur diverses parties du corps.

Duc et Roche sont condamnés pour avoir « le 19 mars adressé un télégramme dans lequel on lit qu'on a retiré du puits 13, à Bourran, un soldat qui était affreusement brûlé par les feux ; qu« ce malheureux est mort à l'hôpital de Rodez après plusieurs heures d'alfreuses souffrances. » — Et le Radical à\i 21 publie un télégramme de « Decazeville, 19 mars, 7 heures, » dans lequel on lit :

Un soldat du génie, qui avait été employé par le garde des feux, a été retiré, hier, au puits n® 13, grièvement brûlé. Le malheureux est mort aujourd'hui des suites de ses brûlures à rhôpital de Rodez.

Duc et Roche sont condamnés pour avoir « affirmé l'un et Tautre, Duc dans le Cri du Peuple et Roche dans V[fitransi(/ea?if, que la Compagnie voulait forcer les ouvriers h accepter ses conditions sous la menace de leur rendre leurs livrets quand ils se présenteraient à la paie ». Et le Radical a affirmé la môme chose dans son numéro du 23, télégramme du 21, 9 heures, ainsi libellé ;

La Compagnie avait fait afficher que la paie de lavance de quinzaine aurait lieu aujourd'hui.

On devait prolitcr de cette circonstance pour essaye de

circonvenir les mineurs individuellement en les menaçant de leur rendre leur livret.

Celte maniruvre de Petitjean a piteusement échoué; aucun des grévistes ne s'est présenté pour toucher !

Duc et Roche sont condamnés pour avoir, dans le Cri du Peu])le et Y Intransigeant du' o avril (( annoncé que la Compagnie a embauché des centaines d'ouvriers du Piémont qui arrivent sous la garde des soldats français. » — Et dans le Radical du 5 avril s'étale la dépêche qui suit :

La Compagnie prépare une cantine et des logements pour plusieurs centaines d'ouvriers piémontais.

Le bruit court qu'ils vont arriver escortés de soldats.

Duc et Roche sont condamnés pour avoir (( affirmé que l'enquête confiée à M. l'inspecteur général Bochet a été une comédie ». — Et sous le titre, non pas de comédie^ mais de fumisterie ministérielle, le Radical du 29 mars s'exprime, par télégramme, comme suit, et en italiques, s'il vous plaît :

Il résulte de Tentrevue des délégués mineurs avec M. Bocbet que, bien que toutes les mines de l'Aveyron soient fortement compromises, le ministère s'oppose absolument à ce que la lumière se fasse, et ne veut obtenir d'autres renseignements que ceux que voudra bien lui donner la Compagnie.

En matière d'inspection-Bochet comme en matière d'importation d'ouvriers étrangers, en matière de livret comme en matière de feux, il n'est pas un seul des faits dits mensongers, pas une seule des manœuvres prétendues frauduleuses

SOUS lesquels ont été accablés nos amis, qui n'existe également à la charge du Radical.

Comme nous, dans les mômes termes que nous, le Radical a « entretenu les ouvriers du bassin de Decazeville dans ces espérances de déchéance de la concession », qui ont été transformées en crimes contre Duc-Quercy et Roche.

Gomme Duc Quercy et comme Roche, il aurait du être par suite, passé au fil de Tarticle 414 dans la personne de son correspondant.

Et si, après être sorti indemne d'une campagne dans laquelle les autres — les socialistes — ont laissé leur liberté, il osait se mettre, par voie de contre-candidature, en travers de la libération électorale des nôtres, il n'y aurait pas, dans toute la langue française, de termes pour qualifier une pareille conduite.

Que dis-je ? Il n'y aurait pas de soupçon que cette conduite ne justifiât.

Le Radical feint de croire que je me suis étonné de la non-arrestation de son correspondant de Decazeville coupable des mêmes « fausses nouvelles » que Duc-Quercy et que Roche.

Le Radical me fait plus naïf que je ne suis. Je sais — et j'ai toujours su — que pour les radicaux il y a des grâces d'Etat et que la justice (voir notre Cabochon : Toie piétinant le Code) est aussi indulgente pour eux qu'impitoyable aux socialistes.

Je me suis borné à exprimer l'espoir qu'ayant commis tous* les méfaits pour lesquels nos amis sont embastillés et en connaissant par suite le néant, le Radical comprendrait le devoir qui lui incombe d'aider à la cassation, par voie de scrutin, du plus scandaleux des jugements.

Et si je me suis trompé — comme on me le notifie aujourd'hui — tant pis pour MM. Marct et Sigismond Lacroix.

Quand à 1' « indépendance » d'un journal qui soutient contre Roche en prison le candidat du ministre emprisonneur, il n'y a pas que les « ministres » qui « la connaissent » ; il y a aussi la (Compagnie du gaz.

Le Candidat de la Grève

Soubrié, le mineur, écarté à un double titre, parce que moins condamné — quatre mois contre quinze — et parce que déclinant la candidature, il n'y avait pour affirmer la grève de Decazeville, pour la faire triompher en la jetant en pleine Chambre, que les deux hommes qui expient dans la prison de Villefranche le crime à jamais glorieux d'avoir permis la résistance en l'organisant.

11 n'y avait que Duc-Quercy et que Roche.

Le sort ayant, au Congrès électoral socialiste d'hier, désigné Roche, Ernest Roche est et sera le

AUTOUR D'UNE GRKVE 181

candidat unique de la protestation ouvrière contre les infamies capitalistes et gouvernementales.

Voteront pour Roche tous les travailleurs qui savent — et qui le prouvent par leurs souscriptions de tous les jours — que, dans l'Aveyron, c'est le travail qui est en cause, en lutte, et qui voudront que le dernier mot reste à leur classe.

Voteront pour Roche tous les socialistes qui, dans la restitution à la société des mines, ateliers, machines, poursuivent la fin du salariat, cet esclavage moderne.

Voteront pour Roche tous les révolutionnaires qui croient — et avec raison — à laforce pourlinstauration de Tordre nouveau, d'une République véritablement républicaine.

Voteront pour Roche tous ceux qui ne traitent pas de « guitares », les Droits de l'homme proclamés à la lin du siècle dernier et qui, dans la liberté de la presse, dans la liberté de réunion et dans la liberté delà grève, voient les instruments indispensables, les charrues nécessaires au labourage et au semage cérébral qui préparent le messidor de l'humanité.

Il y a, en effet, dans la situation sortie de la grève de Decazeville, ceci d'admirable, d'extraordinaire, de « providentiel )), aurait dit Proudhon, de «divin», dirait Renan, qu'elle fait plus que permettre, qu'elle commande la coalition de toutes les bonnes volontés, disons le mot, de toutes les honnêtetés.

Sur le terrain qui nous est mis sous les pieds, il

y a place pour tous, à rcxcej)tion et en opposition des exploiteurs éconoiniques et des tripoteurs politiques.

Venez à nous, venez à Hoche, qui cesse d'être un homme pour devenir un drapeau, tous ceux qui n admettent pas qu'une propriété aussi nationale que le sous-sol soit abandonnée aux spéculations de financiers à la Say ou à la Bontoux. — Les condamnes de Villefranche ont poursuivi — et ont été frappés pour avoir poursuivi — le retour des mines à la nation.

Venez à nous, tous ceux que révolte le nouveau servage — pire que l'ancien — né de la féodalité houillère, avec les chapelles et les croix édifiées comme à Montceausur les ruines de la liberté de conscience ouvrière ; avec les magasins dits coopératifs aggravant le « four banal » d'autrefois; avec le mineur attaché à la sous-glèbe par le « coron » devenu une prison. — Roche, comme Duc, comme Basly, a sommé l'Etat d'intervenir pour interdire aux Compagnies de loger, de nourrir et à^encapuciner leurs ouvriers.

Venez à nous, tous ceux qui n'acceptent pas que, sous couleur de liberté du travail et des contrats, les prolétaires condamnés par la faim au plus infernal et au plus meurtrier des travaux puissent être dépouillés du produit le plus clair de leur activité souterraine et volé du soleil par des journées obligatoires de dix et onze heures. — Les grévistes pour lesquels Roche et Duc sont embastillés ont

demandé par Forgane de Basly un minimum légal dô salaire et une journée légale de huit heures.

Venez à nous, vous tous qui ne croyez pas que le rôle d'une armée nationale soit de jeter ses baïonnettes — en attendant ses balles — dans le plateau des fainéants millionnaires contre les producteurs à jeun. — Dans TAveyron, malgré les protestations de Roche, qui ne fait qu'un avec Duc, ce crime a été commis, contre lequel Gambetta réclama sous l'empire et contre lequel, au nom de leurs enfants transformés éventuellement eu assassins, tous les pères de famille doivent réclamer aujourd'hui.

Venez à nous, vous tous qui vous glorifiez de la prise de la Bastille en 89. — Sous le titre de mandats d'amener, ce sont des lettres de cachet que les Demôle ont délivrées au Léon Say contre Roche, qui, comme Duc^ gênait ses combinaisons d'affameur.

Venez à nous, vous tous qui vous souvenez qu'on a fait en 1830 une révolution contre les menottes des ordonnances infligées à la presse, et qui n'entendez pas plus laisser bâillonner la pensée parlée que la pensée écrite. — Contre Roche-Duc emmenotte, on a violé tous les droits inscrits dans la loi en faveur de la presse et des réunions.

Aux urnes, tous, pour le candidat de la grève, qui, pour toutes ces raisons ou pour quelques-unes seulement de ces raisons — peu importe — est et doit être votre candidat ?

18i L\ù SOCIALISME AU JOL'R LE JOL'R

Candidat unique aujourd'hui.

Candidat victorieux — élu — demain.

Candidature de ratification

Il était dit — ou écrit - que la grève de Decazeville déchirerait, depuis le haut jusqu'en bas, le voile du temple — radical, et découvrirait, dans toute leur complicité capitaliste etgouvernementale les Clemenceau et les Maret, les Dreyfus et les Pelletan.

Il ne suffisait pasaux Janus et — Janot — de Textréfne-gauche d'avoir, contre les plus légalistes des grévistes, laissé le champ libre aux baïonnettes et aux sabres que Garabetta, sous l'Empire, tentait au moins d'arrêter au passage.

Il ne leur a pas suffi de ne rien vouloir entendre aux réclamations des forçats de la mine, et de tout leur refuser, depuis la déchéance de la Compagnie affameuse jusqu'à un imnimum de salaire.

Voici que, pour couronner cette série de défections,ils viennentde prendre à leur charge, de faire leurs toutes les infamies par lesquelles la lâcheté des libéraux au pouvoir a acheté à la haute-ban- (|ue la permission de recourir au crédit, de placer leur emprunt.

^^X^st eux-mêmes qui s'époumonent à le crier (fl^^BLoiatin : « La loi a été violée dans la personne

^^■^•Quercy et de Roche ; violée au profit d'une

ALTOUH D'UNE GRÈVE 485

poignée d'exploiteurs orléanistes ; violée au détriment des travailleurs républicains, qu'il s'agissait d'amener à capitulation par la terreur. Depuis les menottes dont on a chargé les deux champions de la plus régulière des grèves jusqu'au Vacquier contre eux démuselé ; depuis leur arrestation arbitraire jusqu'à leur condamnation monstrueuse, tout, dans cette page — qu'on croirait empruntée à l'Empire — est également scandaleux — et également funeste à la République. »

Et lorsqu'en appuyant la candidature de Tune des victimes, en portant Roche, — sans conditions, sur leur propre terrain — ils peuvent redresser la balance de la plus faussée des justices, venger le droit, châtier les coupables et débarbouiller l'institution républicaine des turpitudes dans lesquelles on la vautre pour sa perte, que font les grands chefs du radicalisme ?

Non seulement ils « lâchent » Roche, mais ils inventent contre lui Gaulier.

Ils vont — comme des anguilles à la vase — au collaborateur du ministre Lockroy, à l'homme du gouvei'nement qui a tout manigancé et lout perpétré, qui a signé les mandats d'amener, qui a autorisé la chaînette, qui a « chargé à boue » le Vacquier et qui a dicté l'odieux verdict.

A la candidature de protestation^ ils opposent la candidature d'acquiescement^ de ratification, d'encouragement. Car tel est — qu'on le veuille ou non — le sens ; telle est — toutes les réserves faites où

à faire n'y changeront rien — la portée de la candidature Gaulier jetée en travers de la candidature Roche.

Candidat agréable et agréé contre le candidat embastillé, Gaulier représente, incarne toutes les illégalités et toutes les violences ministérielles. Il a derrière lui, dominant le morceau de papier qui peut lui servir de programme et le déchirant, Borson et ses dragonnades. Vacquier et ses réquisitoires, Léon Say et son bon plaisir, qui ne fait pas seulement loi, qui supprime la loi.

Et en le piquant en tête de leurs journaux, en le patronnant auprès de leur clientèle, les radicaux ratifient, contresignent tous les coups portés, à travers les libertés les plus nécessaires^ à la forme républicaine. Ils se rangent, à la suite des Sarrien et des Demôle, à la remorque des spéculateurs bonaparto-orléanistes pour le compte desquels on a déshonoré la République. Que dis-je ? Ils délivrent de nouveaux bons pour de nouvelles razzias dès que le besoin capitaliste s'en fera sentir.

De même que Gaulier élu — s'il pouvait l'être — ce serait Téponge passée, par Paris, sur les attentats de TAveyron ; ce serait les travailleurs de la Seine prenant contre les mineurs de là-bas la suite de la gendarmerie et de la police, de la troupe et de la magistrature, et les rattachant de leurs propres mains à la sous-glèbe.

Aussi n'avons-nous aucune inquiétude. Même Tappui d'un Portalis et d'un Reinach, le caii-

AUTOUR D'UNli GRÈVE 187

didat des nienottes et des arrêts sur mesure, des petits gouvernements et des grandes Compagnies, restera piteusement sur le carreau.

Et les Dreyfus et les Pelletan, les Maret et les Clemenceau en seront pour leur honte éternelle.

Aux abois !

L'Etat-major du radicalisme qui voit fondre comme cire son armée ouvrière, révoltée par le dernier coup de la candidature capitaliste et gouvernementale de Gaulier, ne sait à quelles manœuvres se vouer pour ramener une partie au moins des fuyards.

« Si, pour rendre notre candidat plus avalable, nous le « dorions » de magnanimité ? » se sont dit les uns. Et vite on fait écrire au Gaulier une lettre à « Monsieur le président du Conseil » demandant pour Roche condamné par défaut le saufconduit que Rochefort, condamné contradictoirement, recevait en 1869 i^waproprio mo/2/ impérial.

Encre perdue, les travailleurs de Paris se rendant parfaitement compte que, s'il est sincère, M. Gaulier a autre chose à faire qu'à mendier Touverture provisoire de la prison de Villefranche.On ne sollicite pas la mise en liberté, pour quelques jours, d'un Ernest Roche ou d'un Duc-Quercy, quand on est maître, en se retirant de la lutte, de

188 LE SOCIALISME AU JOUIl LE JOUR

les libérer pour toujours. On se désiste purement et simplement, Monsieur Gaulier !

D'autres ont imaginé une démarche solennelle de MM. Clemenceau, Maret, Lacroix et Dreyfus — les quatre pousseurs de verrou à la cellule de Roche — à Veffet d'obtenir de M. de Freycinet l'élargisse ment immédiate du prisonnier-candidat. Autre malice cousue du même câble. On n'implore pas les geôliers, messieurs, quand on a en main la clé du suffrage universel qui ouvre les portes les plus cadenassées. C'est vous qui détenez Roche aujourd'hui avec la contre-candidature que vous lui avez jetée dans les jambes. Cessez de vous opposer à son élection — et il est libre !

J'arrive maintenant à un sous-ordre, M. Lucipia, qui n'osant pas plus que ses patrons défendre Gaulier, combat Roche — on ne devinerait jamais au nom de qui ? au nom de Duc-Quercy — « sacrifié par le tirage au sort ».

Oui, le même Radical^ qui fait campagne contre la candidature de protestation^ en voudrait deux aujourd'hui. Le reproche qu'il nous adresse, c'est de ne pas avoir porté « simultanément les deux condamnés de Villefranche. » Il lui faudrait à la fois Roche et Duc-Quercy — de façon à diviser les voix et à faire passer, entre les candidats de la grève, le candidat de M. Léon Say, n'est-ce pas, ô le plus jobard des roublards !

M. Pelletan, enfin, dans la Justice^ prend la chose de plus haut. Pour se justifier — et pour

AUTOUR DUNK GRKVE 18«J

justifier ses amis et complices — auprès du prolétariat parisien, il invoque, non pas en faveur de Gaulier — définitivement indéfendable, — mais contre Roche et sa candidature on peut dire impersonnelle, une série de « points » sur lesquels il demande qu'on s'explique et sur lesquels je vais m'expliquer.

Si les radicaux-socialistes à la Clemenceau ne soutiennent pas et ne peuvent pas soutenir Roche, s'ils se croisent et doivent se croiser contre lui, c'est, dit « Pelletan-la-raison », parce que « cette candidature représente la politique qui veut faire appel aux moyens de force », qui est « pour l'emploi des moyens auxquels nous avons dû une première semaine de Mai », et parce que les « hommes étant peu de chose et les idées étant tout, l'élection de Roche faite sans programmç ne serait même pas républicaine ».

Ainsi, pour le rédacteur en chef de la Justice^ c'est Paris, ce n'est pas Versailles ; ce sont les fédérés, ce ne sont pas ceux qu'on appelait les ruraux qui sont responsables de la Semaine sanglante ? Ce n'est pas M.Thiers qui, sous la poussée d'une réaction furieuse, a, en usant etenabusantde la force, en jetant Vinoy et ses Lecomte sur Théroiquc population du siège, obligé cette dernière à repousser le fusil par le fusil ? Vous entendez, citoyen Longuet, ancien membre de la Commune, dans le journal duquel on peut écrire ainsi l'his-

toire et transformer les provoqués en provocateurs, les massacrés en massacreurs !

Rien d'étonnant qu'après avoir de la sorte falsifié une révolution qui, comme celle du Dix-Huit Mars, a sauvé la forme républicaine, si elle n'a pu, parce que vaincue, fonder la vraie République ; rien d'étonnant que le Loriquet bourgeois dénature la « politique » des condamnés de Villefranche et de ceux qui ont pris — faute de pouvoir les prendre tous les deux — le nom de Roche pour drapeau électoral le 2 mai. Mais puisque M. Pelletan « attend une réponse », je lui répondrai, sans le faire attendre, que notre politique, la politique de Roche et de Duc-Quercy, \di politique socialiste n^est pas une politique de moyens^ violents ou non (les moyens n'ayant jamais constitué une politique), mais une politique de but.

Or, le but que représentent Roche et sa candidature, c'est la fin des Compagnies doublement exploitrices, exploitrices de l'ouvrier mineur et exploitrices de l'industrie dont la houille est le pain ; c'est le retour des mines — et du reste — à la nation. Quant aux moyens d'opérer cette restitution d'intérêt général, ils ne dépendent pas de nous, mais des détenteurs de cette propriété nationale et du gouvernement qui la leur a livrée. Ce que je répondrai encore, c'est que les moyens — dans ce but — employés par Roche et Duc-Quercy ont été et n'ont été que la parole et la plume. Par uels moyens c violents » il a été riposté à ces

« moyens pacifiques et légaux », tout le monde le sait, y compris M. Pelletan. Et ce n'est pas à Roche, ce n'est pas à nous, qu'il faudra, par suite, s'en prendre, si les voies régulières, légales, nous^ étant ainsi coupées, contre la force nous avons à notre tour recours à la force.

L'absence de programme — et de mandat, en conséquence — dont argue M. Pelletan est encore moins fondée, si possible, le Congrès électoral socialiste qui a acclamé Roche, comme il aurait ac»clamé Duc-Quercy, n'ayant pas eu à « préciser » et à « faire signer » quoi que ce soit, tout simplement parce que les agissements de nos amis à Decazeville, transformés contre eux en délits^ constituent le plus précis des programmes^ le plus signé des mandats — signé de leur liberté, comme ils l'auraient à l'occasion signé de leur vie.

C'est pour avoir pris la défense des exploités des houillères que Duc-Quercy et Roche ont été condamnés. C'est pour avoir protesté contre l'armée mise au service des exploiteurs. C'est pour avoir poursuivi la déchéance de la Compagnie et l'exploita tion, par le personnel extracteur, du soussol nationalisé,

La candidature Roche signifie donc — comme aurait signifié la candidature Duc-Quercy — en outre de la liberté individuelle, des droits de presse, de réunion et de grève à venger, émancipation du travail^ fin de T intervention gouvernementale au profit du capital contre le travail^ et

reprise par la société de ces moyens de production que sont les mines.

Les radicaux bourgeois le savent comme nous, en sont aussi convaincus que nous. C'est même pourquoi, parce qu'elle ne prête à aucune « équivoque », ils se sont attelés au déboulonnage de cette candidature, sans s'apercevoir — ou en s'apercevant trop tard — que les seuls déboulonnés ce sera eux.

Chands d'programmes !

Si, comme le veut le proverbe, on ne doit pas parler de corde dans la maison d'un pendu — ou d'un duc d'Aumale — à plus forte raison devraitil être interdit de parler de programme dans la boulique radicale. Non pas que depuis Gambetta — leur tête — jusqu'à M. Clemenceau — ^ leur queue — les bourgeois qui ont fait — et qui font encore — dans le radicalisme n'en aient signé des programmes, et de bons.

Mais qu'est-il advenu dp ces billets à l'ordre du peuple électeur ? Qu'on m'en cite un seul qui ait été payé, je ne dis pas à Téchéance, mais après une série de renouvellement plus gratuits et plus obligatoires les uns que les autres !

Le dernier, en date d'octobre 1885 — véritable dividende de faillite — était signé du sur-Gaulier Lockroy et des Pelletan et des Maret qui patron-

AUTOUR D'UNK GRÈVK ig^

nent aujourd'hui le sous-Lockioy Gaulier contre Roche. Et il portait à titre de paiement ou d'exécution (( immédiate » :

La lin des aventures coloniales ;

La séparation des Eglises et de TEtat ;

La souveraineté du suffrage universel débarrassée d'un Sénat- obstacle ;

La refonte de l'impôt dans le sens démocratique ;

Enfin et surtout des lois protectrices et émancipatrices du travail.

Comment cette traite îuinima a été réglée, on le sait. Depuis sept mois que nous nous présentons à la caisse, on nous répond par des tonkinades et les madagascarades maintenues ad œternum ; par le renvoi, pour études, aux calendes grecques de la suppression du budget des cultes ; par l'aplaiissement de la Chambre devant le Sénat en matière même de finances; par un emprunt d'un milliard en attendant la nouvelle taxe sur l'alcool, et par le travail — à Decazeville comme à Roubaix, à Saint-Quentin comme à Reims — placé sous la surveillance des baïonnettes.

Quand des signatures coûtent si peu, quand on les laisse protester avec cette désinvolture, rien d^étonnant qu'on n'en soit pas avare et que non seulement on les offre, mais qu'on se les fasse imposer.

Nouveaux frères Davemport, les banqueroutiers du radicalisme réclament avec d'autant plus de

tapage qu'on les lie avec des « mandats étroits », avant de les déposer dans Tupne qui leur sert d'armoire, qu'ils savent la manière de se débarrasser en un tour de main — ou de vote — des cordes du programme le plus précis.

Mais ils ne trouveront pas extraordinaire non plus que les masses qui ont appris k leurs dépens le secret de ces exercices ne se laissent plus prendre aux fameux « contrats écrits ».

Ils ne trouveront pas extraordinaire qu'aux bouts de papiers les plus paraphés, dans lesquels

se mouchent les paf'apheu?\s^ nous préférions

comme garantie des actes.

Je crois aux témoins qui sont morts, disait je ne sais plus quel agitateur chrétien d'il y a quinze ou seize siècles.

Le peuple de Paris, les travailleurs de la Seine, ne sont pas d'un autre avis. Ils croient à ceux qui payent de leur personne; à ceux qui, comme Roche et Duc Quercy, ont été là-bas mettre leur poitrine entre les plus désarmés des mineurs et les fusils les plus provocateurs.

La campagne à fond de Roche contre la Société des houillères et forges de l'Aveyron et contre un gouvernement complice, son arrestation préventive, les menottes qu'il a subies, et la prison dans laquelle le plus fangeux des Vacquier l'a fait murer pour quinze mois, paraissent aux prolétaires parisiens une caution supérieure à tous les enga-

gements imprimés des Gaulier, même avec Taval de Tancieii jérômiste Portails.

Et j'ajouterai que les théoriciens comme nous de la Révolution sociale partagent cette manière de voir et pratiquent cette manière de faire. L'œuvre socialiste et l'œuvre révolutionnaire que les condamnés de Villefranclie ont faite au pays noir suffisent à ce qu'on a appelé notre <r sectarisme », sans que nous songions même à leur demander, pour les considérer comme nôtres et pour voter pour eux, une déclaration quelconque.

On ne demande pas de reconnaître comme un fait et d'affirmer comme une nécessité la lutte de classe à ceux qui Ï07it luttée et qui sont frappés pour l'avoir luttée.

On ne demande pas ce qu'ils pensent de l'expropriation capitaliste à ceux qui ont poursuivi cette expropriation libératrice sous le nom et sous la forme de la déchéance de Léon Say, Cibiel et consorts.

On ne demande pas s'ils sont pour la socialisation des moyens de production à ceux qui ont fait mieux que de prêcher cette expropriation, qui l'ont tentée, en poussant de toutes leurs forces, au prix de leur liberté, à la reprise de la mine par la nation.

A moins de s'appeler Brid'oison ou de faire commerce de programmes.

Imbécile et malhonnête

M. Maret tient absolument à ce que les collectivistes ou les communistes (qui ne font qu'un) « le traitent d'imbécile ». El si peu de raisons que j'aie de lui être agréable, me voici prêt, non seulement à lui donner ce qualificatif — qui manque à son bonheur — mais à lui prouver qu'il le mérite deux fois pour une.

M. Maret est un « imbécile lorsqu'il écrit » :

J'ai toujours combattu la lutte de classe parce que je ne reconnais pas de classe ; je ne sais pas ce que c'est que des classes, je ne connais que des citoyens égaux. »

Autant dire : je combats la vaccine, parce que je ne reconnais pas de variole, je ne sais pas ce que c'est que la variole, je ne connais que des citoyens également non varioles.

Encore la négation delà variole, qui n'est qu'un accident, témoignerait-elle de moins d'imbécilité que la négation des classes qui constituent un fait universel, la loi même de l'ordre actuel.

Nier sincèrement les classes devant les quelques-uns qui sans agir, avant même d'être capables d'action, trouvent aujourd'hui dans leur berceau les moyens d'être tout, d'arriver à tout, alors que pour l'immense majorité ce même berceau ne contient qu'un lait tari — ou volé — l'ignorance /a plus absolue on la dérision de Tinstruction pri-

ALTOim D'UNIi: GRKVK 197

maire, les travaux de Fusine ou de la mine dès Tâge de dix ans et réternelle misère du salariat, ce n'est plus de rimbécillité, c'est de l'idiotisme.

De même qu'il faut être idiot — si Ton est sincère — pour ne pas reconnaître que, de la lutte seule, entre les travailleurs sans propriété et les propriétaires sans travail, pourra sortir, par le triomphe des premiers, une société réunissant dans les mêmes mains le travail et la propriété ou le capital.

« La paix », entre citoyens aussi inégaux, entre les salariés de la mine, par exemple, et les salariants à la Léon Say ou à la d'Audiffret-Pasquier, c'est la perpétuation de l'inégalité ou de l'exploitation des uns par les autres, comme la paix entre esclaves et maîtres, entre serfs et seigneurs — si elle avait été possible — eut été le maintien du servage et de l'esclavage.

M. Maret est encore et de plus en plus un « imbécile », lorsqu'il se déclare « plus ennemi que qui que ce soit de la féodalité financière ou de la grande propriété » et qu'il repousse ensuite comme « une pure utopie et comme devant faire reculer la civilisation de je ne sais combien de siècles » l'appropriation nationale ou sociale des moyens de production.

Dans le domaine industriel comme dans le domaine commercial, comme dans le domaine terrien ou agricole, nous assistons k une concentration qui crève les yeux et que rien, we ^îcvvc^\V "^\^^\^^.

Au petit atelier qui est mort, tué par l'usine, la petite boutique fait suite, mourant tous les jours du grand commerce représenté par un Bon Marché^ un Louvre^ un Printemps, en même temps que la petite culture paysanne non seulement se meurt sous les coups de la grande agriculture scientifique et mécanique, mais est en train de tuer la France.

Et les pires utopistes, ce sont ceux qui; comme le rédacteur en chef du Radical^ se refusant à lévidence, ne comprennent pas que cette concentration fatale, née hier de la machine et de la vapeur, accélérée demain par l'électricité, ne peut cesser d'être féodale — concentration aux mains et au bénéfice de quelques-uns — qu'en devenant sociale ou nationale — concentration aux mains et au bénéfice de tous.

On « n'émiette » pas la propriété des chemins de fer — pas plus qu'on n'émiette postes et télégraphes. Pour les déféodaluei\ pour les arracher aux Compagnies qui, de ces instruments de transport, ont fait des instruments d'asservissement et de vol : asservissement de deux cent mille travailleurs y employés et vol des consommateurs, industriels, commerçants et voyageurs, il n'existe qu'un moyen : les nationaliser ou les socialiser.

On « n'émiette » pas davantage mines, canaux, hauts-fourneaux, raffineries, verreries, et autres organes de la production moderne, qui sont condamnés à rester propriété féodale de quelques-uns

OU à revêtir, par leur appropriation collective ou commune, la forme de services publics

Et lorsque M. Maret parle d'en finir avec le régime féodal — qui est pour lui, comme pour nous, l'ennemi — sans vouloir entrer dans le régime nationaliste, dans Tordre collectiviste, il recule les bornes de Timbécillité permise même à un gens'de4ettres.

Cette imbécillité, d'ailleurs, dans laquelle le rédacteur en chef du Radical se réfugie comme le rat de la fable dans son fromage, n'exclut pas la responsabilité. Au contraire! Quand on ne sait pas, on se tait ; on n'accepte pas surtout le rùle de conducteur de peuple, de directeur d'opinion, k raison de Iff.OOO fr. comme député et de 30.000 fr. comme journaliste.

Rendez l'argent, M. Maret, si vous voulez cumuler : Rester imbécile et honnête homme.

Sans concurrent

M. Gaulier n'aurait pas écrit plusieurs années au Temps ; il n'aurait pas, « du mois d'août 1878 jusqu'au 15 janvier 1880 » collaboré à la République française où il se montra plus gambettiste que Gambetta ; il ne serait pas, au Rappel même, l'homme de tous les cabinets Freycinet, passés, présents et futurs, que sa candidature, improvisée en dehors de tous les comités radicaux par une

i>00 LE SOCIALISME AU JOLK LK JOLU

demi-douzaine de Clemenceau et de sous-Clémenceau, n'en serait pas moins jugée et condamnée par le fait suivant :

Monsieur Gaulier, candidat « radical-socialiste » — sur les murailles — n'a pas et n'aura pas de concurrent, pas plus de concurrent monarchiste que de concurrent opportuniste.

Devant lui, pour faire pièce à Roche, au militant de Dccazeville, au condamné de Villefranche, tous les partis politiques bourgeois s'effacent, lui passant la main et votant et faisant voter pour lui.

Malgré le petit — tout petit — caillou jeté, par sa déclaration, dans le jardin de la « politique d'atermoiement », il est jugé suffisamment aterinofjeur par les Ranc, les Charles Laurent et les Reinach qui en font leur « vase d'élection ».

Malgré le coup de pied, tout ce qu'il y a de plus ouaté — décoché par la même déclaration « aux régimes déchus », Orléans et Bonaparte le trouvent suffisamment bonapartiste et orléaniste pour lui ouvrir toute grande la route du Palais Bourbon.

Du moment qu'il combat Roche, qu'il « proteste » contre Roche et les intérêts et la classe que représente Roche, Gaulier, le candidat anti-Roche^ est le meilleur des- candidats ; il est et restera le candidat unique.

C'est ainsi qu'en 1871 , contre Paris debout, armé pour la défense de la République et l'affranchissement du travail, la majorité ultra-monarchiste de Bordeaux, transportée à Versailles, se dissimulait

AUTOUR D'UNK GUKVE 201

derrière le républicanisme de commande et de situation de Thiers ; pendant que le Thiers lui-même se faisait couvrir par le radicalisme, que dis-je ? par le socialisme de Louis Blanc.

Avant tout, il fallait écraser la Commune ; comme aujourd'hui avant tout il faut écraser , dans et avec Roche, les revendications d'un prolétariat qui ne veut plus attendre.

Les radicaux de 1871 se sont prêtés à ce jeu ; ils ont consenti — pour tromper la France départementale— à servir de pavillon à la marchandise rurale.

Les radicaux de 1886 ne sont pas moins complaisants. C'est sous leurs couleurs que la classe capitaliste coalisée va livrer dimanche bataille à la classe ouvrière, de violentée transformée en violente, de terrorisée en terroriste.

Loin de nous d'ailleurs toute inquiétude sur l'issue de ce combat. Malgré l'uniforme radical, malgré la capote socialiste prêtée à Tennemi par la trahison des Pelletan et des Dreyfus, des Maret ctdesPichon, le peuple parisien est aujourd'hui sur ses gardes. Il saura reconnaître les siens.

Derrière Gaulier il voit Léon Say, les Compagnies affameuses, toute l'exploitation patronale raccompagnant de leurs vœux, le comblant de leurs bulletins, et s'apprêtant à triompher de son triomphe.

De même que derrière Roche il voit les mineurs

202 LE sogiaLismh: au jour le jour

de là-bas, les torturés de dessous^erre, criant vers lui, lui demandant secours et justice. Et il votera en conséquence.

Langage des Faits

Lil)rc aux radicaux de chanter — ou plus exactement, de pleurer — victoire.

Au lieu de porter leur Gaulier à la Chambre sur un air presque aussi folâtre que le « Malborough porté en terre » de la chanson, ils réussiraient, en se cotisant, à se composer pour leurs lecteurs — et ce qui leur reste d'électeurs — un visage de triomphateurs, que ce masque ne tromperait personne et ne tiendrait pas devant les faits et leur témoignage.

Ce que disent les faits, contre lesquels ne saurait prévaloir aucune phrase, si bien tournée soitelle, c'est d'abord ceci :

Pour faire de leur candidat — qui était en même temps celui du ministère — un représentant au quart de Paris, il a fallu à nos extrêmes gauchers le secours de 50.000 voix opportunistes.

Réduits à leurs seules forces, malgré la presse vendue et la finance complice, ils arrivaient mauvais derniers, battus de quelques milliers de suffrages par « le candidat de la violence », par l'échappé — de la veille — de la prison de Villefranche.

Ce que disent encore les faits, c'est que les Ranc

AUTOUR D'UNK GRÉV£ 203

et les Reinach auraient eu beau faire le trottoir et raccrocher pour le compte du candidat Clémenceau-Freycinet, il suffisait que les monarchistes posassent une candidature pour que, ne réunissant pas la moitié des votants, le Gaulierfut ballotté — c'est-à-dire nové.

Ce qu'ils disent enfin et surtout, c'est que tous les galonnés du radicalisme, les chefs de rayon de la grande boutique bourgeoise Extrême-Gauche et O"" sont restés piteusement sur le carreau de leurs anciens collèges.

Le XX^ arrondissement qui, jusqu'au 4 octobre était représenté par Lacroix et Révillon, ne donne que 7.225 voix au candidat des deux rédacteurs du Radical^ contre 8.341 à Roche et 1.100 à Soubrié. C'est-à-dire que, dans leurs propres circonscriptions, les deux collaborateurs de Maret, en dépit de l'appoint opportuniste, sont en minorité de deux mille voix sur les socialistes.

M. Dreyfus, de la Nation, n'est pas plus heureux dans le XV% où son candidat, l'opportunisme aidant, groupe à peine 5.305 suffrages contre 5.295 à Roche et 24 à Soubrié. Soit, pour les socialistes, une majorité de 14 suffrages.

Pour conserver encore, grâce à l'appoint gambetto-ferryste, une majorité d'un millier de voix dans le XVIIP, sa place forte, j'allais dire son bourg-pourri, M. Clemenceau, directeur de la Jz^vtice^ n'en voit pas moins ses électeurs tomber de 21.000 à 10.022, contre 8.139 à Roche et 917 à

204 Lli SOGIALlSMl!: AU JOUR LK JOUR

Soubrié. Défalquez les voix dues à la charité du A7A'''' .siècle^ du Voltaire, de la République française et du Paris, et là encore la majorité est passée au socialisme.

Il n'est pas jusqu'au XIX^, dont TAUain-Targé, de la Lanterne, était, avant k scrutin de liste, le député depuis deux législatures, qui ne mette en minorité de plus de 500 voix le candidat de la Lanterne (3.303 à Gautier contre 5,151 à Roche et 712 à Soubrié) ; en même temps que dans la banlieue, dans l'arrondissement d'un autre lanternier Delattre, six communes, Saint-Denis^ Courbevoic, Pantin, les Pré-St-Gervais, Puteaux, St Ouen, secouent le joug radical pour venir à nous avec armes et bagages.

Un parti qui se « décolle » de la sorte, qui voit ses meilleurs régiments, sa vieille-garde lui fondre ainsi dans la main et se retourner contre lui, — et ce après avoir une semaine entière joué du spectre rouge retiré du magasin aux accessoires de l'Empire et montré la fameuse hydre de l'anarchie cousue à la jaquette de Roche et sortant avec lui de l'urne ; un parti qui s'est réduit à prendre ses candidats dans les bureaux de placement ministériels et n'arrive à les faire passer à la minorité de faveur qu'avec la permission et le concours de ses rivaux de l'opportunisme et par suite de l'abstention de ses adversaires monarchistes ; ce parti-là est mort et bien mort, quelque tapage qu'il puisse

ALTOLIK D'UNt: GREVE i>0o

mener pour faire croire à ses créanciers, non seulement à son existence, mais à son succès.

Les Charles Laurent me font rire qui invitent sérieusement M. Clemenceau à « couper sa queue. » Comme si, pour se soumettre à Tablation de cet appendice, la première des conditions n'était pas que Tappendice existât. Or, depuis dimanche, M. Clemenceau n'en a plus.

Etat-major sans armée, les radicaux pourront encore — en se faisant aider par tous les partis réactionnaires proprement dits — prendre la suite des Vacquier et réintégrer dans leur prison les candidats socialistes.

Oui, ces messieurs sont encore capables de cette besogne. Hoche en saura quelque chose jeudi, aussitôt le scrutin officiellement proclamé. Mais c'est là tout.

Qu'ils illuminent donc pour un pareil résultat, — s'ils l'osent !

Notre minorité

Les radicaux — c'est la Justice qui nous Tannonce par l'organe de son rédacteur en chef — ont renoncé à « chercher un triomphe dans l'élection actuelle ».

Ce qui est de la bonne économie : ne pas chercher ce qu'on est sûr de ne pas trouver.

Mais, dansTimpossibilité, finalement avonée.dc monter au Ca[iitole pour le quart de député qu'ils n'ont pu faire qu'avec la collahoratiou opportuniste et Tabstention monarchique, ils se retournent avec d'autant plus de rage contre nous, s'inscrivant en faux contre la qualité et la quantité de notre armée, traitée de « fantôme ».

« Le langage des feuilles révolutionnaires qui enregistrent le résultat du vote en portant à leur actif les cent mille voix de M. Roche est une simple puérilité », — écrit l'enfant de chœur du radicalisme, puer-ViQhon qui sert la messe Clemenceau.

Et le barbu et chevelu Maret, un patriarche, j'allais dire un évêque (ô Sura !) de reprendre en basse profonde :

« On se souvient des voix ol)tenues parle parti révolutionnaire aux dernières élections. Ce parti ne s'est pas accru. »

« JPas accru, » le parti socialiste, alors que, de l'aveu du même Maret, « la candidature Roche qui a réuni plus de cent mille suffrages représentait la lutte de classe et le socialisme d'Etat^ autrement dit le communisme » ! {Radical du 29 avril.)

Pas à nous, les électeurs de Roche, alors que, du double aveu du Pichon et du Pelletan, le condamné de Villefranche incarnait « la politique des moyens violents, de l'appel à la force » ! [Justice des 24 et 25 avril.)

Relisez-vous donc, messeigneurs, et relisez en-

core sur les murs, d'où elles n'ont pas disparu, les cent mille affiches de votre candidat, de protestation, lui aussi, mais de « protestation contre les

THÉORIES DE VIOLENCE, CONTRE LA POLITIQUE RÉVOLU- TIONNAIRE», que Paris était invité à condamner.

Ou vous étiez des calomniateurs au premier chef, lorsqu'avant l'ouverture du scrutin vous déclariez que, se réclamant de la Révolution, Roche n'était acceptable, éligible que par des révolutionnaires ; ou vous êtes « les blagueurs » dont parlait Proudhon, lorsqu'après le vote, effrayés de notre formidable minorité, vous niez entre deux calembredaines le révolutionnarisme des Rochistes.

Non pas que des radicaux par milliers n'aient mêlé leurs suffrages aux nôtres. C'est même parce que Tétat-major bourgeois du radicalisme a été abandonné par un grand nombre de ses soldats — presque en totalité ouvriers — que le Parti socialiste a pu s'accroître. Mais cette armée, qui était vôtre encore au 4 octobre, lorsque les événements de Decazeville n'avaient pas ouvert les yeux populaires sur la trahison radicale, et qui est devenue nôtre le 2 mai, saluez-la, et bien bas, tous tant que vous êtes, les Clemenceau et les Dreyfus, les Lacroix et les Pelletan, vous ne la reverrez plus — que contre vous.

Vous en êtes vous-mêmes tellement persuadés, au fond, que votre littérateur terrible, le de plus en plus je-m'en-foutiste Maret, s'estlaissé entraîner à lire sur la veste électorale de votre Gaulier:(( Le

iO>s LE SotjfALISMK AL JOIR LK JOL R

peuple est très patient, mais il est las de patience. Il n'a pas le désir de barricade ei nous donc?;, mais il ira plutôt vers la barricade que de rester dans le marais on vous le faites patauger depuis si longtemps ».

Après la valeur révolutionnaire, c'est Timportanro numérique de nos militants à coups de bulletins que le radicalisme bourgeois s'est mis en tête de contester.

Oui, aujourd'hui même, M. Sigismond Lacroix qui, avec son frère siamois Revillon, a été mis en si belle minorité dans sonex-XX*" arrondissement, plaisante sur nos cent mille électeurs.

« Cent mille voix, keckcékçà? Un peu moins du cinquième des inscrits ! Est-ce qu'il y a lieu de s'arrêter à une pareille minorité?

De la part des gens qui hoockmakant le scrutin^ transformant les urnes en /////, et escomptant notre manque d'argent, pariaient — et croyaient parier à coup sûr — quenous n'arriverions pas à cinquante mille voix, ce dédain de surface rappelle celui de certain renard pour certains raisins trop verts.

Do la part de radicaux qui — n'étaient les Grouchy de l'opportunisme marchant au canon par instinct de classe — seraient restés sur le pré avec moins de quatre-vingt mille fidèles^ il nous fait hausser les épaules. Compte-toi toi-même, 6 radical isnie!

^^Mais laissant de c6té ces considérations toutes PHyectivcs ou d'ordre historique, ne voulant voir

que Favenir et un avenir très prochain, nous répondrons aux contempteurs de notre minorité socialiste :

Le jour où « las de patience », emportés à la barricade obligatoire par Favortement légal, nos « cent mille hommes à peine » entreront en ligne, si vous n'avez pour vous couvrir que votre majorité Gaulier, m'est avis que vous agirez sagement en faisant vos malles — en les oubliant môme au besoin.

Rien ou tout!

Ainsi, rien !

La République bi-bourgeoise, à face opportuniste et à pile radicale, n'a rien fait et ne fera rien pour les grévistes — à leur estomac défendant — de Decazeville !

Comme les travailleurs parisiens de 1848, les mineurs républicains de TAveyron auront inutilement mis trois mois de misère au service des républicains bourgeois de 1886.

Si engagés qu'ils fussent parla parole de leur préfet, ni les Baïhaut-Ferry ni les Granet- Clemenceau n'ont su ou voulu, pendant ces trois mois, dénouer ou trancher localement le nœud gordien du siècle.

Dans le pays noir cependant la question sociale se posait dans des termes très simplifiés, puisque

des prolétaires, ne deniandant qu'à vivre en travaillant, avaient devant eux, contre eux, non pas la propriété ordinaire, absolue, mais une propriété spéciale, créée par la loi, concédée.

Et malgré les droits qu'il tenait de Tacte même de la concession, bien qu'il fut armé par sa propre légalité, un gouvernement qui s'intitule républicain a refusé d'intervenir ou n'est intervenu que contre le travail, au profit du plus orléaniste des capitalistes.

En vain, introduit dans le conflit par une élection législative complémentaire, Paris — la grande ville sans laquelle et contre laquelle on ne gouverne pas — a jeté ses cent mille sutirages du côté des watrinés contre le Watrin et ses successeurs.

En vain, talonnés par la faim — que la solidarité de la classe affamée n'a pu conjurer que dans une certaine mesure et pour un certain temps — les mineurs ont successivement réduit leurs exigences, d'ordre purement défensif, se contentant des anciens prix, de l'éloignement du Blazy et de la reprise sans distinction de tous les bras.

Ni cette reddition — sa u fie drapeau ou l'honneur — après un siège pour lequel ils ont fourni à la finance assiégeante soldats, "police, magistrature, condamnations ; ni le grand cri de pitié et de justice de Paris^ n'ont eu prise sur nos gouvernants de toutes les gauches qui laissent froidement les bloqués du travail « cuire dans leur jus » et attendent, en tripotant leur emprunt avec le Léon

AUTOUR D'UNK GRÈVE 211

Say, que, la dernière bouchée de pain digérée, ils capitulent à merci.

C'est, en même temps que le dernier mot de la complicité, la faillite déclarée du républicanisme bourgeois.

Ah ! ils peuvent maintenant dans des affiches sang de bœuf — ou sang d'âne — promettre « la revision des contrats ayant aliéné la propriété publique », parler de « lois de protection et d'émancipation du travail » et, comme le Gaulier, s'inscrire parmi ceux qui poursuivent (f l'affranchissement complet du prolétariat». Un les renverra — avec un coup de pied dans leur urne électorale — àDecazeville.

A Decaze ville, où ils n'ont revisé que la loi sur la presse et les réunions contre l'action ouvrière et ridée socialiste, remises illégalement sous le joug de l'article 414 du Code pénal.

A Decazeville, où pouvant d'un trait de plume, par la déchéance d'une Compagnie prévaricatrice, racheter, libérer les captifs par milliers de la piraterie capitaliste, ils n'ont affranchi que les pirates à la Léon Say des obligations à eux imposées par les lois et par l'intérêt national.

A Decazeville, où ils refusent, je ne dis plus d'émanciper, mais de protéger le travail à bout de pommes de terre, épuisé, contre les représailles homicides du capital vainqueur et décidé à abuser de sa victoire.

iMi> LE SOCIALISMi-: AU JOUIl LE JOLR

La preuve est faite et irrévocablement faite pour ceux qui, malgré les leçons du passé, s'obstinaient à espérer quelque chose de l'évolution régulière et pacifique de l'institution républicaine aux mains de la classe possédante.

Ce quelque chose, qui n'est pas venu, ne viendra jamais pour la classe dépossédée ou en voie de dépossession,laquelle est enfermée dans le dilemme de : tout ou rien.

Rien, si elle continue à s'en remettre à la charité ou à Taumône d'une fraction quelconque, fût-ce la plus radicale, de la bourgeoisie.

Tofft, si elle ne compte plus que sur elle-même et si elle s'organise et agit pour la reprise, fatalement révolutionnaire, de ce qui lui a été volé.

Ce font oti rien, ce rien ou fout, que le cloumisme littéraire d'un Maret impute à crime au communisme, ce n'est pas nous qui, comme le sphinx antique, le posons à l'état de question de vie ou de mort au prolétariat moderne.

C'est le radicalisme lui-même qui, après son frère aîné, ennemi et finalement réconcilié., l'opportunisme, vient de donner, sur le dos, hélas ! de nos pauvres camarades de rAveyron,la mesure de son impuissance complice.

Bien Brait!

Balaam et son àne — qui n'était entre parenthèse qu'une Anesse — ont fait des petits.

Al'TOUR irVSK GUKVK 213

C'est la grève de Decazeville qui a opéré ce miracle.

Devant « la lin pacifique de cette crise », voici que la vieille mule de retour monarchique qui répond au nom de (}azett(^ de France^ au lieu de « se frotter ce qui lui sert de mains et de se féliciter » dénonce « les optimistes qui paraissent convaincus de l'avortement misérable du parti socialiste sur ce point. »

« C'est là, clame-t-elle, une erreur des plus graves. »

Quand bien môme les ouvriers reprendraient le travail sans avoir, ainsi qu'ils l'espéraient, contraint la Compagnie de se soumettre à leurs conditions, ce serait une illusion de prétendre que la grève de Decazeville a échoué. Loin de là ; elle marquera, au contraire, une phase des plus graves dans le mouvement anarchiste

Il ne s'agit pas, en effet, d'une grève comme il s'en est tant produit depuis vingt ans, il ne s'agit pas davantage d'une explosion violente, comme ce que nous avons vu à Liège et dans une partie de la Belgique. Ce qui caractérise l'affaire de Decazeville, c'est que la ^v^\(i a été conduite avec ordre, avec discipline et qu'elle est, pour la première fois, la mise en application d'une organisation générale des forces socialistes.

Les efforts des citoyens Basly, Camélinat et autres qui sont allés prendre la direction de la grliSQ n'ont pas eu seulement pour but de pousser les ouvriers à une résistance acharnée, mais surtout de discipliner cette résistance, de la modérer dans une certaine mesure et d'éviter des violences qui auraient eu pour résultat de provoquer un conflit sanglant et d'amener la fin de la grève.

L'objectif des chefs socialistes n'est pas, comme les ouvriers ont pu le supposer, d'obtenir des modifications de détail à la

situation présente des travailleurs, une augmentation de salaire, une diminution des heures de travail, etc. . ., mais d'amener la substitution des ouvriers eux-mêmes au patronat, de préparer la révolution sociale.

Le résultat obtenu par eux, à Decazeville, en déterminant les ouvriers à une résistance aussi aigùe que celle dont ils ont donné l'exemple et en les soumettant à la forte discipline dont on a eu le spectacle, ne peut que stimuler leurs espérances.

Sauf la qualification u cVanarchiste » idiotement accolée au plus organique des niouvements. et le dédain qu'on nous prête — el contre lequel proteste tout notre programme — pour les salaires accrus et la journée de travail réduite, tout est parfait, prophétique dans ce morceau.

Bien brait, Gazelle !

C'est Fesprit nouveau qui souffle à travers ton reste de mâchoire ; c'est notre Dieu qui, en Couvrant les yeux, parle dans ton bruit.

Oui, quelle que doive être l'issue immédiate de la grève, l'œuvre est accomplie, la victoire est à nous.Ni les mineurs n'auront tenu et soufi'crt en vain; ni la France ouvrière ne se sera inutilement retiré, en pleine famine, le pain de la bouche pour l'envoyer au pays noir. Une grande étape a été franchie dans la voie de l'émancipation du travail conquise de haute lutte.

Oui, la situation, sortie de cette bataille de trois mois, est « autrement sérieuse, autrement révolutionnaire que ne le supposent » les réformistes à la guimauve qui s'appellent Lockroy après s'être appelés Waldeck-Rousseau.

ALTOUR D'UNE GRÈVE 215

Là OU, avant de se heurter, salariés contre salariants, il n'y avait que de la poussière ouvrière, il y a aujourd'hui etil y aura demain une organisalion, des cadres, une armée prolétarienne.

Là où l'exploitation poussée au delà de toute limite n'avait fait que des mécontents, des encolérés, la campagne de dévouement et de propagande menée par les Basly et les Camélinat, les Duc- Quercy et les Roche, laissera derrière elle des socialistes par milliers, c'est-à-dire des travailleurs poursuivant, comme unique fin à leur misère et à leur servitude, la rentrée à la collectivité des mines et autres moyens de production.

Là, où contre Torléanisme d'une compagnie il y avait, pas plus tard que janvier dernier, des confiants dans la République bourgeoise, dans la légalité républicaine, il n'y a plus aujourd'hui que des croyants dans la révolution, dans la nécessité de la force ouvrière mise au service du droit ouvrier.

Mais si, à la grande joie du Balaam de la Gazelle et de la Gazette du Balaam, « l'impuissance des républicains » bourgeois en matière d'évolution et de révolution prolétarienne éclate, plus claire que le soleil, dans TAveyron, les Bourgeois monarchistes et cléricaux auraient tort, grand tort, de compter sur leur trône et leur autel, même réédifiés en Bastille, pour sauver la plus insauvable des sociétés.

situation présente des travailleurs, une augmentation de salaire, une diminution des heures de travail, etc. . ., mais d'amener la substitution des ouvriers eux-mêmes au patronat, de préparer la révolution sociale.

Le résultat obtenu par eux, à Decazeville, en déterminant les ouvriers «'i une résistance aussi aigiie que celle dont ils ont donné l'exemple et en les soumettant à la forte discipline dont on a eu le spectacle, ne peut que stimuler leurs espérances.

Sauf la qualification <( (Vanarchiste » idiotemeiit accolée au plus organique des niouvements, et le dédain qu'on nous prête — el contre lequel proteste tout notre programme — pour les salaires accrus et la journée de travail réduite, tout est parfait, prophétique dans ce morceau.

Bien brait, Gazelle !

C'est l'esprit nouveau qui souffle à travers ton reste de mâchoire ; c'est notre Dieu qui, en Couvrant les yeux, parle dans ton bruit.

Oui, quelle que doive être l'issue immédiate de la grève, l'œuvre est accomplie, la victoire est à nous.Ni les mineurs n'auronttenuetsoufi*erten vain; ni la France ouvrière ne se sera inutilement retiré, en pleine famine, le pain de la bouche pour l'envoyer au pays noir. Une grande étape a été franchie dans la voie de l'émancipation du travail conquise de haute lulte.

Oui, la situation, sortie de cette bataille de trois mois, est « autrement sérieuse, autrement révolutionnaire que ne le supposent » les réformistes à la guimauve qui s'appellent Lockroy après s'être appelés Waldeck-Rousseau.

ALTOUR D'UNE GRÈVE 215

Là OÙ, avant de se heurler, salariés contre salariants, il n'y avait que de la poussière ouvrière, il y a aujourd'hui etil y aura demain une organisation, des cadres, une armée prolétarienne.

Là où l'exploitation poussée au delà de toute limite n'avait fait que des mécontents, des encolérés, la campagne de dévouement et de propagande menée par les Basly et les Camélinat, les Duc- Quercy et les Roche, laissera derrière elle des socialistes par milliers, c'est-à-dire des travailleurs poursuivant, comme unique fin à leur misère et à leur servitude, la rentrée à la collectivité des mines et autres moyens de production.

Là, où contre Torléanisme d'une compagnie il y avait, pas plus tard que janvier dernier, des confiants dans la République bourgeoise, dans la légalité républicaine, il n'y a plus aujourd'hui que des croyants dans la révolution, dans la nécessité de la force ouvrière mise au service du droit ouvrier.

Mais si, à la grande joie du Balaam de la Gazette et de la Gazette du Balaam, « l'impuissance des républicains » bourgeois en matière d'évolution et de révolution prolétarienne éclate, plus claire que le soleil, dans TAveyron, les Bourgeois monarchistes et cléricaux auraient tort, grand tort, de compter sur leur trône et leur autel, même réédifiés en Bastille, pour sauver la plus insauvable des sociétés.

ine LE SOCIALISME AL' JOUR LE JOUR

Relisez votre Bible, messieurs du Nouveau- Testament si ingrats pour TAnoicn, et vous vous convaincrez de ceci : C'est que les Aliborons — voire les Aliboronnes — peuvent, sous la rossée providentielle des événements, prévoir et prédire « les catastrophes » mais ; les conjurer, non pas.

Heureusement !

A Mardi

A ma rentrée à Paris, je trouve lalcilre suivante, en date du 16 mai :

Monsieur le Rédacteur du Cri du Peuple,

Les mineurs en grève de rAvcyron que l'on nous donnait comme menés, pour ne pas dire violentés par M. Basly, ont été loyalement consultés par ce dernier et mis en mesure deso j)rononcer au vote secret par oui ou par non :

1® Sur les « concessions » accordées h M. Uemès parla Compagnie et qu'ils ont repoussées comme illusoires, à l'unanimité moins deux voix ;

2*^ Sur l'arbitrage sans condition de M. Laur, qu'ils ont au contraire accepté et qui, au grand scandale de presque toute la presse, vient d'être enterré par un refus formel des administrateurs de la Compagnie.

Pourquoi les actionnaires de la Société nouvelle des Houillères et des Fonderies de l'Aveyron ne seraient-ils pas à leur tour consultés, avec la même loyauté, par leur conseil d'administration qui, jusqu'à présent, a eu seul la parole ?

Pourquoi ne seraient ils pas appelés en assemblée générale à voler à bulletins fermés sur les réclamations des ouvriers du fond et, en cas de refus, sur l'arbitrage Laur ? Pourquoi enfin, h défaut du conseil d'administration se dé-

robant à celte convocation, le gouvernement n'en prendrait- il pas l'initiative ?

Qui sait si, de CQtte mise en contact directe des intéressés des deux camps, ne sortirait pas la conciliation si désiral)le ?

J'ai l'honneur de vous saluer.

Signé : Un de vos lectews qui n^est pas un de vos partisans.

Que mon correspondant soit socialiste ou non, peu importe ! Sa proposition est d'un honnête homme et cela me suffit pour lui donner la publicité nécessaire.

Oui, dans cet appel aux actionnaires, à tous, aiix petits surtout, peut-être trouverait-on, sinon la solution, au moins une base de transaction, les porteurs d^un ou de deux titres n'étant pas gens k hésiter entre la perte de leurs quelques sous et la révocation du Blazy, par exemple.

Mais c'est précisément pourquoi, ami — ou ennemi — lecteur, ni les Say, ni les Deseilligny, ni les Cibiel ne se prêteront à la consultation que vous leur demandez. La plèbe actionnaire leur tient aussi peu à cœur que la plèbe ouvrière. Ils n*ont pas plus de scrupule, ils ont autant d'intérêts à ruiner celle-là qu'à affamer celle-ci.

Financiers avant tout, c'est-à-dire pêcheurs en eau trouble, ils savent que rien ne rapporte comme certaine faillite Témoin la faillite de la première Société des mêmes mines aveyronnaises qui n'a pas appauvri M. Cibiel, qui en était — au contraire I

Il se garderont donc bien d'imiter B^^^ ^V ^^

218 LE SOCIALISME AU JOUR LE JoUft

fournir à leurs gogos ^ en les interrogeant, Toceasion et le moyen de se sauver eux-mêmes.

Quant à nos gouvernants, si réellement la dernière canaillerie du Petitjean et du gros Léon leur avait ouvert les yeux, ils auraient mieux à faire qu'à se pourvoir, contre le non vohimus d'un conseil d'administration ne cherchant que plaies et bosses^ devant les administrés réunis extraordinairement et saisis par eux du conflit.

L'interpellation Planteau Michelin — la troisième — va leur permettre dans quelques jours d'en finir d'un coup avec les résistances homicides d'une poignée de forbans. Ils n'ont pour cela qu'à accepter un ordre du jour les invitant à user contre des concessionnaires non-exploitants des armes que leur fournit la plus monarchique des législations et qui vont — personne n'en ignore et M. Baïhaut moins que personne — jusqu'à la déchéance.

A défaut du retrait de la concession, si motivé soit-il, mais qui bouleverse leurs sentiments propriétaires, qu'ils se rallient seulement à la proposition subsidiaire qui ne manquera pas d'être déposée et qui tendra à l'ouverture d'un crédit de 500.000 francs au profit des victimes de la plus forcée des cessations de travail ; et avant même qu'un centime soit sorti des caisses publiques, rien qu'à l'annonce du pain ainsi assuré aux assiégés de là-bas, les assiégeants à la Léon Say, qui ne comptent que sur la faim pour avoir raison de leurs nègres blancs, auront mis les pouces.

AUTOUR D'UNE GRÈVIi! 219

Mais cette indemnité qui s'impose — et qui se^ vote sans phrase et à l'unanimité lorsqu'il s'agit de propriétaires incendiés à la Guadeloupe ou inondés aux Indes — la laisseront-ils passer, lorsqu'il s'agit de prolétaires dévastés, en pleine France, jusque dans leur estomac, par le cyclone capitaliste ?

C'est ce que nous saurons mardi prochain.

Pauvre Compagnie !

Nous a-t-on depuis trois mois .assez apitoyé sur la Société des houillères et fonderies de l'Aveyron? La meilleure des Compagnies, qui n'aurait pas demandé mieux que de mettre un peu de beurre sur le pain sec, très sec, de ses ouvriers, mais qui était elle-même aux abois, joignant à peine les deux bouts, quand elle n'exploitait pas à perte !

Ce qu'il y a au fond de cette misère — que les ministres de notre République bourgeoise ont tenu à secourir sur Theure au moyen de nouveaux marchés pour dix ans arrachés à l'Orléans — on le sait aujourd'hui.

C'est M. Laur, ingénieur civil et député opportuniste, qui a découvert le pot aux roses.

Loin d'être menacée dans son présent, la Compagnie de Decazeville a devant elle l'avenir le plus doré ; si elle n'a dislrîbwfe v^vve^ \ ^\^ ^^

220 LE SOGIALISlkiE AU JOUR-LE JOUft

moyenne à ses actionnaires, c est qu'elle a consacré pendant des années jusqu'à 800.000 francs par an à des travaux neufs, installant un nouveau procédé de criblage, une fabrique d'agglomérés, des fours perfectionnés pour sa métallurgie et « achetant enfin la surface de ses mines, ce qu'aucune autre concession minière n'a pu faire et ce qui dégrève son prix de revient d'environ 1 franc par tonne ».

Elle a, d'autre part, devant elle Ténorme quantité de 22 millions de tonnes de charbon, soit, en tabhant sur le bénéfice actuel de 1 fr. à 2 fr. la tonne, un produit net de 20 à 40 millions de francs, pour ne rien dire des millions de tonnes de fer que lui assure le gite presque inépuisable de Mondalazac et qui Tappelle à devenir Fusine par excellence de tout le sud-ouest de la France.

Enfin, alors que le prix de la main d'œuvre est par tonne de 4 francs dans la Loire, de 4 francs à 4 fr. 25 dans le Nord, de 4 fr. 50 dans le Gard et de 5 fr. 41 à Carmaux, il atteint à peine dans TAveyron 2 fr. 56 à la Vayssc, 2 fr. 46 au Bourron. Et les 10 centimes par benne de gros que réclamaient les grévistes n'auraient même pas renchéri de 5 centimes une main-d'œuvre inférieure de plus de 50 0/0 à celle de toutes les autres Compagnies.

Qu'on ne croit pas cependant que toutes ces révélations foudroyantes — suivant et aggravant le refus de se laisser arbitrer — aient retourné

contre les Léon Say et consorts le gouvernement ou la Chambre.

L'interpellation Michelin -Planteau a été enterrée avec moins de forme encore que Tinterpellation Camélinat en mars et l'interpellation B^^y en février. ;. :a^

Basly revenu exprès de Decazeville^v ohsidérant que, selon Texpression de M. Ranc, et aient « les exigences intolérables » de la Conij^ùgnie qui, seules, empêchaient la reprise du travail, voulait que les grévistes, malgré eux, que les sans salaire par milliers, fussent mis sur le même pied que les propriétaires incendiés de la Guadeloupe ou inondés des Indes françaises et de TAlgérie, et qu'un crédit de 500.000 francs fût ouvert à titre de « secours » aux victimes du sous-sol aliéné.

Cet appel à l'assistance sociale n'a pas rencontré le moindre écho, même sur les bancs de l'extrême-gauche, et pour écarter ce pain national de la bouche des malheureux mineurs, nos gouvernants n'ont eu besoin ni d'un mot, ni d'un geste. On dépensera et Ton dépense depuis trois mois 3.000 francs par jour en baïonnettes mises aux ordres des Petitjean affameurs, mais sortir un centime du Trésor public au profit des affamés ? jamais I

M. Michelin, qui n'a jamais eu faim, se serait contenté, lui, d'un ordre du jour motivé exprimant le regret que « tous les moyens n'aient pas été employés qui pouvaient amener \^ ^•^^^^^C\Qw^^^^

grève, et que l'arbitrage notamment n'ait pas été imposé ».

Même ce regret — ultra-platonique — n'a pas paru acceptable àM. Baïhaut,qui, au nomdugouvemement, a réclamé Tordre du jour pur et simple — et l'a obtenu.

Pauvres mineurs ! est-on tout d'abord tenté de s'écrier, devant un abandon aussi absolu. Mais bientôt, malgré soi, certaines paroles du même M. Laur vous reviennent en mémoire : « Si un arrangement n'intervient pas, nous aurons des coups de dynamite

« Si vous aviez été comme moi à Decazeville, si vous aviez été témoin de l'exaspération qui existe, vous comprendriez que cet état ne peut cesser par la capitulation des ouvriers.

« Quelques-uns redescendront dans les mines, c'est certain. Mais savez-vous quelle est la situation de la mine du Bourran ? Elle est à la merci de huit hommes déterminés à sacrifier leur vie. »

Et l'exclamation change d'objet ; et l'on se surprend à s'écrier : « pauvre Compagnie ! »

Le radicalisme afTameur

La presse radicale aura beau crier avec nous :

« A l'assassin ! en désignant du doigt — ou de la

plume — un gouvernement qui, pour la quatrième

foJs, a passé sanjedi la maiij — ou le couteau — à

AUTOUH D'UNK GRÈVE 2^Z

la plus homicide des Compagnies minières. Elle ne réussira pas, quoiqu'elle fasse, à donner le change à la France ouvrière et à dégager la responsabilité des Clemenceau, Maret, Dreyfus et autres du crime qui s'achève dans TAveyron.

Sans doute, nos ministres, ou, plus exactement, les leurs, les Granet et les Sarrien, les Lockroy et les Baïhaut ont accumulé depuis trois mois contre les plus républicains et les plus en droit des travailleurs plus d'attentats qu'un évêque à la Freppel n'en bénirait.

Leur intervention policière, militaire et judiciaire au profit du Léon Say a, dans l'échelle de la complicité patronale, mis la République qu'ils représentent plus bas que l'Empire de M. Bonaparte.

Et lorsque devant « l'éclatante lumière » faite par M. Laur, en présence des fours à zinc de Viviers éteints faute de charbon — du charbon de Decazeville — le cabinet a persisté à nier qu'il y eût lieu et moyen d'appliquer l'article 49 de la loi de 1810 (portant retrait de la concession quand, par suite de l'exploitation suspendue, les consommateurs se trouvent lésés), il a reculé les bornes de « la mauvaise plaisanterie. »

Mais c( les mauvais plaisants » ne sont pas limités au banc gouvernemental; ils s'étagent sur tous les gradins de la gauche la plus ex^èTO^Qi a^\^ ^^ se cotisant, en additionnant ses s^vx\\^aV\\\ei^ "^^^"^

Touvrier », n'avait abouti qu'à un ordre du jour de regret.

- Oui, un premier regret que le ministre n'ait pas usé des moyens que la loi met à sa disposition pour faire cesser la grève ; et un deuxième regret que l'arbitrage n'ait pas été imposé à la Compagnie et aux mineurs, voilà tout ce que le radicalisme avait imaginé de mettre au service des sanspain du pays noir.

On affame depuis des mois des milliers de femmes et d'enfants et à ces ventres creux, à ces bouches ouvertes par la faim et criant désespérément vers la République, la fleur du panier républicain bourgeois se préparait à envoyer — et aurait envoyé, n'étaient la droite et son vote ministériel — une provision... de soupirs.

Pas un parmi eux qui ait appuyé Basly disant : (( On ne vit pas de regrets, mais de pain », et invitant les pouvoirs publics à ouvrir sur l'heure à la famine ouvrière ces crédits extraordinaires dont on e^t si prodigue en faveur de la propriété incendiée, inondée ou simplement lézardée par des tremblements de terre.

Pas un qui soit intervenu, je ne dis même pas (le sa parole, mais de son geste, de ses applaudissements, à l'appui des 500.000 francs réclamés à titre de secours et dont le vote seul, avant et sans qu'ils aient pris la route de Decazeville, aurait entraîné J 'arrangement que la Compagnie ne refuso (ju'à répuiscmcnt des rcssovwee^ o\\^T\^^î^s,

Messieurs les radicaux veulent bien quand, par dessus leur tête, un conseil municipal ou général vient en aide aux victimes d'une cessation forcée de travail, blâmer le pouvoir central qui arrête ces subsides au passage, on menace de les arrêter. Autonomisme et popularité obligent.

Mais entrer eux-mêmes dans cette voie, mais pratiquer même exceptionnellement le grand devoir d'assistance sociale dont les bourgeois révolutionnaires de 89 avaient fait un droit pour les pauvres ; mais seulement entrebailler au profit d'une fraction quelconque du prolétariat le guichet de ce trésor public que le produit du travail prolétarien est cependant seul à alimenter? jamais ! au grand jamais !

Les mineurs de l'Aveyron ont le droit pour eux. Il n'y a qu'une voix sur ce point non seulement dans le camp radical, mais dans le camp opportuniste. Mais l'argent, les subsistances leur manquent pour le faire valoir, ce Qu'ils crèvent ! » concluent républicainement et humainement les radicaux.

Soit ! ils c( crèveront », avec ou sans les rouges funérailles que M. Laur a tracées comme un nouveau manê, thécel, pharh sur les murs du Palais-Bourbon.

Mais ils sauront à qui s'en prendre de leur supplice. Ils sauront qu'au bourreau-Compagnie et au bourreau-gouvernement, s'est ajouté le bourreauextrême-gauche. Et comme louV. ^^ ^^\Çi ., xv^v^ç^v^^

OU l'autre, il ne fera pas toujours bon être dans la peau dç§ Clemenceau et consorts.

Le coup de Bourse

Elles en disent long et constituent le plus éloquent appel aux souscriptions ouvrières les dernières dépêches échangées entre M. Laur et la Société des houillères et fonderies de TAveyron.

M. LauTi député^ à M. Petitjean à Decazeville.

3 juin, reçue à 10 h. 50 m.

Au nom de notre camaraderie, vous conjure accorder 5 centimes par benne gros ; arriverai demain et ferai tout pour apaisement. Faites efiforts, télégraphiez réponse.

Les Pi^ésident et vice-président de la Société des houillères de VAveyron, à M. Laur, député.

3 juin 1886, 3 h.

Monsieur le Député,

Nous avons reçu communication de votre télégramme en date de ce jour, 3 juin, adressé à M Petitjean, à Decazeville. Vous demandez par cette dépêche à la Compagnie d'accorder 5 centimes par benne de gros, et vous annoncez votre arrivée à Decazeville pour demain, 4 juin, dans un but d'apaisement. ,

Votre intervention antérieure et la production que vous avez faite à la tribune de chiffres absolument inexacts sur les conditions de nos exploitations nous font considérer une nouvelle intervention de votre part contraire aux intérêts des ouvriers et de la Compagnie, et comme de nature à amener toute autre chose que l'apaisement.

Nous vous en laissons, en conséquence, toute la responsabi- Jlté et vous prions de recevoir, etc.

Voilà donc le plus ministériel des députes rendu comme Basly responsable de la grève, et, comme le « cabaretier Basly », Laur, l'ingénieur, passé « fauteur de désordre » !

M. Léon Say, à qui, en sa qualité d'orléaniste, nos républicains bourgeois n'ont rien à refuser, veut bien pour l'instant ne pas exiger son arrestation. Mais qu'il prenne garde ! Demain, qui sait si les menottes qui après avoir servi à Duc et à Roche, s'étaient allongées du côté de Goullé, ne seront pas appelées à faire connaissance avec ses poignets « d'honorable »?

Ah ! c'est qu'en abattant sur la table de l'opinion publique les cartes des administrateurs de Decazeville, et en obligeant la myopie la plus volontaire à lire dans leur jeu comme dans un livre ouvert, M. Laur a commis un de ces forfaits qu'aucune peine ne serait suffisante à expier.

Il a — quoique bien tardivement — déjoué le coup de Bourse échafaudé sur un conflit créé de toutes pièces et entretenu avec passion par des exploiteurs d'ouvriers qui sont en même temps des détrousseurs d'actionnaires. Il existe, en effet, dans la meilleure des sociétés... pour les hommes de proie, deux genres de Compagnies : les unes — d'exploitation — qui se bornent à gagner, c'est-àdire à voler, sur les travailleurs qu'elles em • ploient. Les autres — de spéculation — qui opèrent à la fois sur le produit du travail d^ V^x^^^ '^'^lariés et sur le capital-action a eV\e^ ç.o\iSv^. ^^ ^^

qu'a établi M. Laur — plus clair que ses bilans encore à venir — c'est que la Compagnie de Dccazeville, présidée par M. Léon Say et vice-présidée par M. Deseiligny, appartient k cette dernière catégorie, k ces voleurs à la deiixihne puissance^ prenant de la main droite dans la poche des serfs qu'elle afTame, et de la main gauche dans la poche des gogos qu'elle administre.

La Compagnie de Decazeville est riche, très riche. Elle a devant elle, cubés par les ingénieurs de l'Etat, plus de 20 millions de tonnes de houille représentant un bénéfice minimum de vingt à qua- , rante millions. Elle a devant elle une autre source de profits, plus considérable encore, représentée par le gîte de fer « presque inépuisable » de Montanasac. Elle a pu, comme l'a pleurniché M. Baïhaut, ne distribuer à ses actionnaires qu'une moyenne de 4 fr. 55 pour cent. Mais pourquoi? parce que le surplus était consacré à des travaux neufs, se chilTrant pour trois années seulement — et années de crise, s'il vous plait — à 2 millions 400 mille francs. Parce qu'elle acquérait — ce qui n'a été possible k aucune autre concession minière — une grande partie de sa surface, dégrevant ainsi son prix de revient d'un franc par tonne.

La main-d'œuvre, d'autre part, qui varie par

tonne de 4 fr. à 5 fr. 41 partout ailleurs, atteint k

peine 2 fr. 40 dans TAveyron^ soit une économie de

p}us de 50 0/0. Et si, plutôt que d'accorder k ses

malheureux mincuivs les 10 cenlime^ i^^^ Wwwe de

gros qu'ils réclamaient au début et qui n'auraient augmenté le prix de revient de la tonne que de 2 à 3 centimes, elle a non seulement accepté la grève d'un cœur léger, mais tout fait pour la prolonger pendant des mois, c'est parce que cette cessation de travail rentrait dans les calculs des Say, Deseiligny, Cibiel, Duval et autres écumeurs de crise.

C'est que, les dividendes forcément suspendus^ les actions, les titres allaient baisser, qu'on pourrait racheter à vil prix.

(^est que réduits k vendre, les petits actionnaires, soigneusement tenus dans Tignorance de la fortune qui les attend, allaient permettre aux gros d'accaparer la poule aux œufs d'or. Telle est l'honnête opération au succès de laquelle Ministère et Chambre se sont généreusement prêtés, en mettant au service des opérateurs gendarmerie, armée, justice et jusqu'à la violation de la loi.

Tel est le sac que, dans son dépit d'avoir été joué comme arbitre, M. Laur a fini par vider sur la tête des forbans qui s'apprêtaient à le remplir.

Ce qui le fait traiter de « pelé » de « galeux » de Basly numéro deux, par nos voleurs volés, aux applaudissements des braves républicains du Temps qui écrivent :

« C'est très sévère, mais ce n'est pas tout à fait immérité. »

Pas de liberté !

DuoQuercy et Roche resteront sous clé.

Le 97® anniversaire de la prise de la Bastille féodale les trouvera embastillés par la République des grandes Compagnies.

Ainsi Ta décidé M. de Freycinet qui a repoussé comme « prématurée » la libération réclamée par le bureau de l'extrême- gauche.

Le 14 juillet venait trop tard pour certain falsificateur de sucre qui, condamné à plusieurs années de prison, s'est vu, après quelques jours, rendre à ses chères, très chères fraudes — pour le fisc.

Il viendra à temps pour des centaines de locataires des Centrales qu'un motu proprio présidentiel ne manquera pas, suivant l'usage, d'associer à la fête nationale.

Mais c'eût été trop tôt pour des socialistes coupables d'avoir dénoncé la « mine qui brûle » — et qui brûlait si bien que deux des rentré!^ de la grève ont depuis été flambés à mort à Firmy.

11 est toujours trop tôt pour qui a osé se mettre en travers du banditisme capitaliste et faire échec aux spéculations patronales et financières.

L'extrême gauche, d'ailleurs, a sa part de responsabilité dans le verrou ainsi poussé sur no§ c/eux amis.

AUTOUR D'UNR GRÈVE 231

Si elle avait en réellement à cœur le succès de sa démarche, elle ne se fût pas reposée sur des sousordres, les Barodet et les Desmons, les Cantagrel et les Labordère.

C'est M. Clemenceau qui eût parlé, M. Clemenceau que — le ministère a payé pour le savoir — on n'éconduit pas impunément.

Mais M. Clemenceau est resté sous sa tente. Lui aussi, pour ne pas dire lui surtout, trouvait» prématurée » cette ouverture de la plus arbitraire et la plus monstrueuse des prisons. Ija blessure était trop fraîche, qu'avaient faite à son ambition de grand électeur les 100.000 voix parisiennes données aux condamnés de Villefranche.

Dans le vide!

Le combat légendaire de Don Quichotte contre les moulins à vent, est remplacé depuis quelques temps par le combat, tout ce qu'il y a de plus historique, de Sancho Pança contre le vent sans moulins.

Sancho Pança, c'est notre presse bourgeoise qui se fait grasse et ventrue à roffîce de la finance ; et le vent, ou le vide, contre lequel elle est partie en guerre, payant en coups de plume ses coups de fourchette, c'est la mine au mineurs. J'ai déjà eu Toccasion de m'expliquer sur cette mine aux mineurs et d'établir que, pas ç\v\^ ^w^\^\^\^^ ^n^:*-

paysans et routilàrouvrier, elle ne constituait une solution socialiste.

Seuls, l'individualisme d'un Proudhon et le coopéralisme d'un Waldeck-Ilousseau ont pu conclure ou induire à un pareil aboutissant que repoussent, de toutes leurs forces, les communistes et qu'ils ont toujours repoussé.

Mais puisque malgré nos protestations — malgré que le socialisme déclare n'avoir rien à faire avec le partage des divers moyens de production entre les diverees catégories de producteurs, etôtre etn être que la concentration entre les mains de la société ou la socialisation de tout l'instrument et de toute la matière de travail — les souteneurs, à tant la ligne, de l'ordre actuel persistent à nous prêter leurs propres Aneries, je reviendrai sur la question, à propos d'une lettre parue aujourd'hui même dans le SoleiL

Le correspondant de tous les Hervé qui signe E. M. D. 0, est ingénieur, paraît-il. Et contre la mine aux mineurs, il ne produit qu'un seul argument : « les frais considérables de premier établissement ».

Tel puits, du Nord, a coûté pour le fonçage et le revêtement un million soixante et onze mille cent quatre- vingt douze francs ( t. 07t. i 92 fr.) ; tel autre, de la Moselle, 2.400.000 ; tel autre encore, 3.700.000 fr. Un pareil capital à « dépenser — sans profit immédiat — où veut on, demande-t-il triompha)cmeni, que les ouvriers, qui ne le possèdent

AUTOUR D'UNE GREVIi: 233

pas, le prennent? Chez le banquier ! Mais alors c'est rétablir l'état actuel des choses, substituant le mot Banque au mot Compagnie ».

Eh ! sans doute, monsieur l'enfant terrible, les travailleurs qui, par suite de la plus voleuse des sociétés, sont jetés dans la vie non seulement sans ressources, mais avec des dettes et des charges, — la dette dite publique ; — sans doute ces travailleurs réduits à l'état de non-propriétaires ou de prolétaires par Toisiveté de quelques-uns prenant, accaparant tout, richesse nationale et richesse produite, ne sauraient fournir aux sacrifices nécessites par la mise en train de la mine et par leur propre substance pendant cette mise en train. Sans doute encore, s'il leur faut emprunter aux voleurs de la finance le capital qu'ils ne possèdent pas parce qu'ils en ont été volés, ils ne feront que changer d'exploiteurs, et leur servage, d'industriel devenu financier, persistera, égal à lui-même.

Mais alors se dresse, c'est vous-même qui la dressez, la terrible et fatale question : Pourquoi, issus du même ovule, fécondé par le même spermatozoïde, au sortir de la matrice maternelle, les uns naissent-ils capitalistes, pendant que les autres — ce sont les plus nombreux — naissant prolétaires ? La nature ne fait ni riches, ni pauvres, ni possédants, ni non-possédants. C'est la société qui artificiellement divise ses membres en prêteurs facultatifs et en emprunteurs obliç^é.^. ÇkV^ réponse à votre objection esln^iî ^xvvV^ \«v\\^ \x^^v■

234 LE SOaALISME AU JOLR LE JOUR

vée : Puisque c'est la société qui a mis les mineurs

— dépouillés avant de naître — dans Timpossibilité d'entreprendre l'exploitation du sous-sol, qu'elle répare ses tfrrts, qu'elle restitue, en créditant gratuitement ses victimes, tant pour les avances en travaux que pour la nourriture, le vêtement, la satisfaction en un mot des besoins organiques des travailleurs.

Si la 7nine aux mineurs n'avait contre elle que l'argumentation du Soleil et de son ingénieur, elle serait donc non seulement possible, mais nécessaire. •

Les raisons qui l'excluent sont tout autres, d'un ordre que ne soupçonnent même pas les tenants et admirateurs de l'anarchie actuelle.

Le premier, c'est l'impossibilité — sans suicide

— de laisser à l'intérêt ou à la spéculation individuelle une exploitation d'intérêt aussi essentiellement public que la houille. Comme les Compagnies capitalistes, les Sociétés ouvrières ne verraient, ne pourraient voir dans l'extraction à elles abandonnée, que les profits — et non le charbon — à extraire. Le bénéfice — et non le besoin de ce « pain de toute industrie » — serait leur seul guide, leur loi exclusive.

Une autre raison, c'est la concurrence qui subsisterait entre les diverses mines possédées par leurs divers mineurs avec son corollaire fatal de l'écrasement des uns par les autres. Au lieu d'acù'onnaircs ruinés aujourd'hvû pav d'dulves action-

naires — ce qui nous importe peu — nous aurions des travailleurs ruinés demain par d'autres travailleurs, à travail égal, par suite de l'inégale productivité des couches carbonifères. Ce que nous ne saurions accepter, même en idée.

Lorsqu'une grève éclate comme celle de Decazeville, provoquée par des exactions sans nombre et sans nom, nous pouvons et not!i^ devons, comme nous l'avons fait, proposer la reprise delà concession minière aux banquiers ou banquistes qui l'ont convertie en un double instrument d'exploilation : exploitation des ouvriers y employés ou y enterrés, et exploitation des gogos épargnistes auxquels on a soutiré un capital dont le produit et les dividendes vont ailleurs, plus haut.

Nous pouvons et nous devons, comme nous l'avons encore fait, réclamer la mise en valeur de la mine par les mineurs eux-mêmes ou une i^égie ouvrière^ les watrinés de là-bas étant au moins aussi capables que les boursiers académiciens à la Léon Say de choisir leurs directeurs, ingénieurs et conducteurs des travaux, et l'Etat, qui a pu assurer aux charbons capitalistes le débouché du chemin de fer d'Orléans, pouvant placer aussi avantageusement les charbons ouvriers.

Mais nous n'avons jamais vu là qu'un provisoii^e^ le moyen, pour les martyrisés des Blazy et des Petitjean, d'attendre, avec un minimum de souffrance, l'heure où, les classes disparues dans une société communiste et réellem^ivV \L\vtcv^\\v^ ^ ^'^^

236 LE SOCtALISMR AL' JOL'R LE JOl'R

mines, toutes les mines, deviendront ce qu'elles doivent être, un ^rand service public, national d'abord. internalionHl ensuite, parce qu'ainsi seu: lement celte pnrtie — el noD la moins importante — du [tatrimoiuc de rhumanité pourra être régie, entretenue et esploilêe, conservée et cultivée au bénéfice de lespècc entière,

La môir niij: mineurs, que s'acharnent à pourfendre — à oAté — les plumitifs conservateurs, n'a jamais, comme la terre aux /tat/sans et Votilil à l'ouvrier, existé que dans le cer\'eau comateux du propriétarîsme bourjreois. Outil, terre et mine doivent être el seront — les socialistes révolutionnairesscn chartrent — propriété collective et indivise de la nation demain, de Y în/ernaiion aprèsdemain.

Il n'y a pire sourd que celui qui ne veut pas enlendi-c, M. Francis I^ur est de ces sourds-là. Rq vain, lorsqu'i^^ présenté à DecazeviUe pour ofl'rir son M^^^^U'uii bout de mine perdue à oclroye|p^ ^B, l'al-on éconduit de la belle

lentani avec trois points sur lit pas de la subsiitulion j ouvriers à des Compagnies ; la i-eprise par la société de . exploiter socialement. Notrç

opportuniste a fait l'oreille de niarchaiul. El, pliant ses tréteaux, il a transporté de l'Avoyii^n dans la Loire, son pays électoral, le coui*s de ses exercices.

Juste lient il y avait, à Rive-de-Gier, des puits au rebut, dont Tcxtraction ne couvrait plus les frais. C'était son aflFaire. Ces concessions qu au ristiue de la déchéance la Société des houillères avait dû laisser en friche, sous Teau, il les a demandées, le chapeau à la main : — Un petit sou, s'il vous plait, mes braves messieurs, pour mes pauvres ouvriers mineurs ! — Et naturellement il les a obtenues.

Et il triomphe, le bon apôtre. Le monde entier a été par lui avisé, à grand orchestre, que «c'était fait », que douze mines abandonnées et en partie inondées, qu'il dénomme et dont il lui convient d'évaluer le rendement à treize cent mille tonnes, étaient « dès aujourd'hui » à la disposition d'un syndicat à constituer qui aurait à les faire valoir € sans capitaux ».

Et qui triomphe avec M. Laur et plus haut que M. Laur? C'est toute la galerie bourgeoise, sans distinction d'opportunistes et de radicaux, qui n'est pas sans savoir à quoi s'en tenir sur ce qu'elle appelle « une grande expérience », « la mise à l'essai de la doctrine socialiste ».

Pût-elle, par extraordinaire, réussir, quo^ preuve en chambre à laquelle se trouvent coj un certain nombre de travailleurs ive ^\o\s<

é38 LÉ SOCiALtSMK AU JOUR LE JOUft

rien qui ne soit déjà prouvé depuis lôtlgieitipâ

et en grand, lille établirait que les actionnaires ne sont pas indispensables à la production minière. Mais qui donc a jamais pu croire à Faction personnelle, à Futilité de ces propriétaires de papier qui s'appellent X et Y aujourd'hui pour s'appeler demain V et Z, et qui, vivant aujourd'hui de la vie de Paris, vivront dans huit jours de la vie de New- York ou de Constantinople, ne faisant acte de présence qu'au guichet d'une banque quelconque chargée d'encaisser leurs coupons?

La tentative échouée, au contraire, — et elle échouera — quelle arme pour la mauvaise foi de nos adversaires ? N'entendez-vous pas d'ici le chœur des employeurs et des valets de plume des employeurs : « Ah ! vous croyiez pouvoir, messieurs les ouvriers, et vous avez voulu vous passer de notre direction ? A quoi bon les capitalistes? disiez-vous. Nous seuls, et c'est assez. Eh bien! on vous a laissé faire. Vous avez eu le champ libre; et qu'en avez- vous tiré en vous épuisant ? Pas même le salaire d'autrefois. Reconnaissez donc votre irrémédiable incapacité, illustrée par le fait, et remerciez ces intelligents et généreux patrons qui consentent à vous faire vivre, à vous employer de temps à autre, lorsque les aflaires vont et qu'ils ne peuvent pas remplacer vos bras par des machines. » Ce serait le triomphe, l'apothéose de Tordre bourgeois, démontré à la fois le meilleur et le seul viable.

ÀlîtOUR D'UNK GREVE 239

Le malheur pour M. Laur, qui, en bon conservateur, s'est dévoué à mettre un pjireil atout dans le jeu de sa classe, c'est qu'il a compté sans son hôte, sans le socialisme, dont il se réclame inutilement, et qui n'entend avoir rien de commun avec le joujou du nouvel an, « la tranquillité des patrons, l'amusement des ouvriers », que le député de la Loire ne vend même pas quinze centimes, trois sous, qu'il donne.

Le socialisme n'a rien à voir dans les « douze mines aux mineurs » de Rive-de Gier, qu'il répudie de toutes ses forces, parce que le socialisme n'a jamais affiché cette prétention idiote « qu'on pût produire sans, capitaux ». Si le travail. Monsieur Laur, pouvait suffire, il y a longtemps que les travailleurs seraient affranchis, au lieu que — nous nous tuons à le répéter — leur atfranchissement est suspendu à la reprise de tout le capital existant et à sa réunion, entre les mains de la nation ou de la société, au facteur-travail également socialisé.

Le socialisme n'a pas davantage entendu — il laisse cette nouvelle ineptie à M. Laur — que les travailleurs plus particulièrement musculaires ou manuels puissent se passer des travailleurs plus particulièrement intellectuels. En régime communiste, comme en régime capitaliste, nous aurons besoin d'ingénieurs, de chimistes, de physiciens, d'administrateurs, etc.; et c'est parce que ces agents indispensables de la production sont aclvx^VW\svfcXîi^

240 LÉ SOCiAÙSMÉ AU JOUR Lli: JOÙft

des salariés, que la classe des salariés, totalisant toutes les capacités, de Tordre intellectuel comme de l'ordre musculaire, est mûre pour sa révolution, pour prendre et conserver la direction de l'ensemble des forces productives.

Le socialisme, enfin et surtout, ne poursuit pas le partage des mines entre les minturs localement syndiqués, la concurrence entre ouvriers, leur lutte sur et pour le marché devant entraîner les mêmes inégalités et les mêmes désordres que l'antagonisme entre capitalistes. Ce que nous voulons, c'est qu'enlevées à la spéculation privée, exploitées unitairement pour le produit et non plus pour le profit, les houillères deviennent propriété et industrie nationale ou sociale.

Et ce ne sont pas les pst! pst ! à\i pierreux Laur, faisant le trottoir pour un semblant de propriété corporative et nous invitant, non pas à monter, mais à descendre dans les plus épuisées des fosses, qui nous feront lâcher la proie pour Tombre !

A d'autres, ma fille !

Casse-Cou !

Le socialisme dégagé de la fameuse « expérience » de Rive-de-Gier, il nous reste à mettre en garde les pauvres, pauvres mineurs contre le traquenard qui leur est tendu.

ÀUtOÙR D'UNE GREVE 24l

Pour cela, il nous suffira de leur faire remarquer de quel côté partent les applaudissements qui ont accueilli le projet Laur.

Le député de la Loire a pour lui, le félicitant et Tencourageant, les pires ennemis de la classe ouvrière, toute la meute des journaux qui pendant la grève de Decazeville ont poussé au massacre des grévistes.

J'ai nommé Paris, le Natioiinl, le TempSj le Gaulois, etc. Et dans quels termes ces feuilles de sang expriment-elles leur adhésion ?

Le Temps « souhaite le suce s », mais après avoir pris soin d'expliquer que les « objections » — c'est-à-dire les certitudes d'échec — « apparaissent par douzaines. »

Même calcul du National, qui « n est pas fâché » — je te crois — qu'il se trouve des « ouvriers de bonne volonté pour mettre à l'essai la doctrine de M. Laur », parce qu'ils auront à « s'en mordre les doigts, ce qui en guérira d'autres ».

« Les sympathies » de Paris ne sont pas d'un autre ordre. «Aux prises avec de très grosses difficultés », « sans capitaux et par conséquent sans crédit », les dupes de M. Laur ne tarderont pas à devenir ses victimes.

Quant au Gaulois, ï\ y oii « avant la fin de Tannée les mineurs libres réduits à l'anarchie et à la famine » et c redemandant leurs patrons »... Et il chante clair, tout frétillant à l'idée de ces affamés

24â tE SÔciALisÀlÊ AU JOUR LE ioufi

se ramêîiànt eux-mêmes en mendiants aux carrières capital! lite s.

Puissent les travailleurs ainsi avertis y regarder à deux fois avant de s'abandonnera Satan-Laur, à son absence de « pompes » d'épuisement et à ses œuvres ou manœuvres bourgeoises ?

Leurre et Traquenard

Notre refus de prendre lé Pyrée pour un homme et la concession de ce?'taines mines à des ouvriers pour la restitution de toutes les mines à la nation^ mous fait traiter de « gens difficiles à contenter » par les frères et amis de M. Laur.

Pour dénoncer ainsi notre ingratitude, les Paul Foucher et autres anonymes du Télégraphe sont obligés de représenter les socialistes comme « n'ayant pas cessé de réclamer la mine aux mineurs », alors que depuis sept grandes années, dans VEgalité comme dans le Citoyen^ dans le Cri du Peuple comme dans le Socialiste^nous n'avons pas cessé de protester contre toute appropriation privée du sous-sol, à socialiser dans son indivisibilité et son inaliénabilité productive.

Mais un mensonge de plus ou de moins, cela ne compte pas pour des tant-la-ligne, qui ne peuvent vivre de leur « tombage » du socialisme qu'en le dénaturant à plume-que-veux-tu.

Mentez donc, messieurs de la presse bourgeoise,

puisque c'est votre moyen d'existence ; mais ne pourriez- vous au moins, dans votre intérêt, mentir intelligemment, avec quelque vraisemblance?

Si le don gracieux de quelques puits à un certain nombre de mineurs était et pouvait être du socialisme, mais on marcherait sur le socialisme depuis des siècles, de tout temps des patrons s'étant rencontrés — industriels ou commerçants — pour céder leur fond ou leur atelier à un oovrier qu'ils avaient c( remarqué, distingué » et dont ils faisaient, avec leur gendre, leur successeur !

Il n'y aurait plus, par suite, et depuis longtemps,, de question sociale.

A moins pourtant que le socialisme de Texpérience de Rive-de-Gier ne réside dans cette particularité que le tréfonds généreusement abandonné à des travailleurs du dessous est épuisé et ne vaut même pas les pompes à entretenir.

Ces cessions — de plus en plus rares d'ailleurs avec le régime sociétaire ou actionnaire — d'une boutique ou d'une usine à des prolétaires y employés, peuvent être une '< bonne œuvre » lorsque, l'entreprise est bonne. Mais voilà tout. C'est de la charité ; — rien de plus.

Et dans le cas qui nous occupe, lorsque Ton ne fait cadeau à ceux qu'on a exploités des années que d'un instrument de production hors d'usage, ce genre de charité devient une simple mystification.

Ah ! si au lieu de giscmeuls à.fe^j^^^fe^^'^^ ^\^%

244 LE SOCIALISME AU JOUK LE JOUft

eau que charbon, c'était une mine en pleine prospérité qu'une Compagnie philanthropique, concourant pour le prix Montyon, avait octroyée à ses mineurs ; si avec les puits et l'outillage elle leur avait assuré le capital circulant, nécessaire dans la société à monnaie d'aujourd'hui ; bien que, je le répète, le socialisme fût tout aussi étranger à cette aubaine qu'un gros lot de 100.000 francs décroché par un groupe ouvrier de Marseille lors de la loterie des Arts décoratifs, nous n'aurions pas fait les dégoûtés, monsieur Foucher! Nous aurions vu, dans cette restitution aussi extraordinaire que partielle, ce qu'il y avait, c'est-à-dire le bien-être pour quelques centaines de meurt-de faim ; et comme, quoi qu'en disent nos adversaires, ce n'est pas sur la misère ouvrière que nous bâtissons la prochaine révolution, nous aurions applaudi quand même. Nous aurions même crié : bis !

Mais une population est là, manquant de tout. Pour avoir du pain, il lui faut du travail, et, pour cela, la remise en activité des fosses dans lesquelles elle a laissé la vie ou les membres de je ne sais combien des siens, en en extrayant, par tonnes, de l'or pour des concessionnaires oisifs. Elle s'adresse au gouvernement qui a aliéné cette richesse nationale pour qu'il rappelle au cahier des charges les privilégiés qui ont bénéficié de cette richesse. C'est la Compagnie qui lui répond en lui jetant — comme aumône — un petit son de ?nw€.

Et ce petit sou est faux. Il n'a pas cours, ne peut se convertir en aliments.

Et l'on voudrait que nous battions des mains, en disant : merci ? Oii ! mais, non !

Après nous avoir envoyé chez c le marchand de vin », les habitués de Y office Christophe ou Lebaudy nous expédieraient à la Nouvelle, qu'ils ne nous empêcheraient pas de dénoncer et de stigmaliser cette odieuse comédie.

Il n'y avait qu'un moyen de redonner une valeur — pas d'échange, mais de vie — à la fausse mon- . naie dont le député-charlatan de la Loire paie ses électeurs ouvriers, c'était que l'Etat intervienne, qu'il fournisse au syndicat des mineurs, s'il se constitue, les capitaux en dehors desquels il n'y a pas d'exploitation possible.

Or voilà que, prenant les devants, on nous enlève cette dernière espérance, en nous signifiant impérieusement que les pauvres diables endoctrinés par M. Laur n'auront droit à i aucun appui budgétaire. » « Jamais — écrit le Siècle — les contribuables ne seront leurs commanditaires. »

Les contribuables peuvent commanditer les Rothschild, sous la forme de garantie d'intérêt pour leurs chemins de fer, garantie qui, pour cette année seulement, coûtera au budget près de cent millions.

Ils peuvent commanditer les Compagnies maritimes, dont une seule reçoit annv\e\V^rcv^w\> ^\5J\\:^-

sor, à titre de subvention, plus de trente-cinq millions.

Mais quelques centaines de mille francs à des travailleurs sans travail, eml^arrassés d^ùne propriété qu'ils n'ont pas demandée et qui, même avec des capitaux, était insuffisamment productive, jamais^ TËtat — un Etat républicain — ne les avancera.

Quandjevousdisais que, d'un bout à l'autre, cette fameuse épi^eiïve de Rive-de-Gier n'^était qu'un leurre doublé d'ùK traquenard !

Un accès de fr^anehise !

Quelle nioucbe de franchise a piqué le Temps ? En un seul article, deiix aveuv. Et quels aveux !

lï reconnaît d'abord — et enfin — que le socialisme n'est ni le pillage de la mine ni même son transfert à des ouvriers devenant propriétaires ou concessionnaires ; mais le retourde tout le sous-sol bouiller à la nation qui l'exploiterait directement. Ce qui ne peut manquer de mettre à l'envers la cervelle des pauvres lecteurs auxquels le Temps m'a toujours présenté comme un « orateur anarchiste », rien n'étant plus antianarchique que la concentration sociale des mines et du reste.

Quant à la façon dont nos théories centralisatrices pouvroTii sç réaliser, que le Temps cesse dç s'en préoccuper.

Lorsqu'il m'explique par le menu que le rachat laisserait les employés à Textraetion avec les mêmes charges qu'aujourd'hui, ou avec des charges aggravées, il prêche un converti. L'expérience des Charentes et autres chemins de fer de l'Ouest rachetés par l'Etat au prix d'an demi-million puisé dans nos poches, sans que les serfs de cette voie ferrée aient vu diminuer d'une minute ou d'un sou leur servage, aurait suffi à guérir les socialistes de toute idée d'expropriation avec indemnité, si jamais nous avions pu songer à autre chose qu'à V expropriation pure et simple. Les mines, comme les chemins de fer, comme les usines, appartiennent à la société en dehors de laquelle elles n'auraient jamais pu exister, et en les reprenant « gratuitement « elle ne fera que rentrer dans son bien quoique puissent dire et faire messieurs les actionnaires traités pour la circonstance comme le clergé propriétaire en 89.

Le Temps reconnaît ensuite que « l'essai qui semble devoir se faire à Rive-de-Gier » et qu'il accompagne de ses « sympathies » n'est « rien moins que socialiste ». Il va plus loin et, emporté par son accès de sincérité, il nous le donne pour ce qu'il est, c'est-à-dire comme dirigé contre le socialisme. En ce sens « que, s'ils venaient à réussir », les ouvriers convaincus de la possibilité de devenir capitalistes sans toucher aux capitaux existants « couleraient leur énergie dans le moule de la société aiîcienne » ^\\ Vveu, c^ovtvm^^^Vx'^^'

248 LE SOCIALISMK AU JOUR LE JOUft

ment, de se coaliser pour le briser. En ce sens encore et surtout que, l'épreuve échouant, il en sortira une (( leçon » pour les travailleurs, convertis à la nécessité des porteurs de deniers ou d'actions, puisque, les d'Audiffret-Pasquier, les Chagot, les Léon Sa y et autres « concessionnaires parasites » mis de côté, non seulement le bien-être mais l'existence ouvrière est devenu impossible.

Telle est en effet, vidé par une main peu suspecte, le fond du sac à malice de M. Laur. Mais comment alors s'étonner que, le piège ainsi avoué — après que nous l'avons eu découvert — les socialistes refusent de s'y laisser prendre ?

Il est si vrai que le semblant d'exploitation ouvrière auquel s'est résolu notre monde bourgeois n'a qu'un but, démontrer, par le fait, Tindispensabilité de l'exploitation capitaliste, que le Temps après le Siècle^ s'oppose à ce que l'Etat crédite dans quelque mesure que ce soit les mineurs en souffrance.

Ce serait, écrit-il sans rire, « fausser » l'expérience, en lui assurant quelques chances de succès. Et à l'appui de ce véritable << comble », le voilà qui entonne le grand air de bravoure contre l'intervention gouvernementale que roulent depuis un siècle tous les orgues de barbarie de l'économie politique : « la collectivité n'a ni à subventionner, ni à garantir les entreprises particulières ; — on ne peut demander de sacrifices aux contribuables en vue d'un intérêt privé ; — il neA du d'impôts que

AUTOUR D'UNE GRÉVt: 249

pour les services publics ; — autrement où eu serait le budget ? »

Pardon ô Temps ! mais avant de nous conter ces antiques sornettes, regardez donc du côté de Tentreprise essentiellement privée des chemins de fer: votre Etat, qui ne doit rien à personne, lui « a fait cadeau — je cite la République française du 9 octobre 1881 — de plus d'un milliard en espèces et en travaux, il lui a prêté un autre demi-milliard qu'elle doit toujours, a Regardez donc du côté des Compagnies maritimes, Freycinet, Pereire et autres : c'est par millions chaque année que Ton fait mieux que demander, que Ton impose aux contribuables des sacriflces en faveur des concessionnaires. Regardez donc du côté des fabricants de sucre : l'impôt a été à leur profit élevé de 10 fr. par quintal, cet impôt que vous prétendez n^ètre c dû que pour des services publics. » Regardez-donc du côté de la marine marchande, primée de je ne sais combien de millions, qui se multiplient chaque année.

Et devant le Trésor public ainsi saigné aux quatre veines dans les mains et les poches tendues des 'plus insatiables des capitalistes, rengainez, croyez-moi, votre anti - interventionisme de circonstance, non pas même pour continuer à être franc, mais pour ne pas devenir ridicule.

Avec — et sans — capitaux!

J'avais écrit que « sans capitaux il n'est pas d'exploitation possible dans la société à monnaie d'aujourd'hui ».

Et le Temps^ qui ne sort dune bêtise que pour entrer dans une autre, de s'emparer de ce qu'il appelle un « curieux aveu » et de s'écrier :

« Ne voilà-t il pas le capital réhabilité par le Cri du Peuple ? »

Le Cri du Peuple, ô Temps ^ n'a pas eu à réhabiliter le capital, par Texcellente raison qu'il ne Ta jamais condamné. C'est Stuart Mill qui disait : « Le capital est nécessaire à la production, mais^ pas le capitaliste. » Telle a toujours été la conclu-^ sion des socialistes, qui loin de traiter le capital eit ennemi, lui ont voué un véritable culte. Divin il est^ et à lui vont tous nos efforts comme au pôle Taîmant.JNous n'avons qu'une idée, qu'un but : le reprendre à ceux qui le détiennent, non seulement contre tout droit, mais contre tout intérêt social, pour le restituera l'ensemble des travailleurs dont il est la chair et le sang, formé qu'il est de ladif= férencc accumulée entre leur salaire et leur proa duit. '■

Supprimer les capitalistes, et encore pas en tant qn'liommes, simplement comme appropriatèùrs du bien d'autrui, nous n'avons pas, pour l'instant', rVfiufro ambition. Ce qui ne veut pas dire qu'outil-

ÀUTOLfR D'UNE GRÈVE 251

lage et matière première, une fois socialisés, ne perdront pas leur caractère de capital -dans le sens employé par Karl Marx, et que, dans l'ordre communiste, le capital proprement dit ne disparaîtra pas avec rechange.

Ce que le cerveau bourgeois du Temps, prisonnier de ce qu'il voit et incapable de s'élever au-dessus du moment présent de Thumanité, est réduit à traiter de « rêves », pour ne pas dire de <c folie », la production sans capitaux ou sans monnaie a été la loi de notre espèce pendant de ssiècles, alors que la tribu produisait pour les besoins de ses membres et les satisfaisait directement.

Sans remonter dans le passé universel, que les travaux de Morgan, entre autres, ont éclairé tout récemment d'un nouveau jour, est-ce que, même dans le « triste temps présent », on ne pourrait pas découvrir quelque phénomème du même genre ?

Est-ce que, par exemple, la Société de Commentry-Fourchambault ne produit pas elle-même les houilles qu'elle consomme dans ses ateliers métallurgiques, sans avoir à se les acheter ? Est-ce qu'elle ne fabrique pas dans ses fonderies et forges, sans avoir davantage à se les vendre à ellemême, les machines dont elle peut avoir besoin pour ses mines?

Eh bien ! ô Temps, faites un effort intellectuel, si pénible puisse-t-il vous être ; supposez qu'au lieu de la petite Société ci-dessus, ce soit la grande société française, la nation, qv\\ \^o^'$.t,ôiÇ: ^V ^^>^^^^

2Sà LE SOCIALISME AU JOUR LE JoOft

en même temps non seulement les mines et les hauts-fournaux, mais le sol et les moyens mécaniques de transformer ces produits en nourriture, en vêtements, en chaussures, etc., et demandezvous ce que, dans un pareil état de choses, viendrait faire ce capital qui vous hante et vous aveugle?

Les mineurs de Rive-de-Gier qui n'ont que leurs bras et ne sauraient, même en les mangeant, aujourd'hui, attendre que la houille extraite, puis vendue, leur ait fourni des moyens d'achat ou de consommation, peuvent alors se mettre bravement à Touvrage. Le pain social est là et la viande et le vin, et le reste ; les machines aussi, si les machines sont nécessaires, dont ils usent gratuitement, de même que leurs collaborateurs agricoles et industriels useront gratuitement de la houille — « sociale » — à l'extraction de laquelle ils sont employés.

Qu'une pareille société, dont tous les membres, répartis dans les diverses branches du travail, produiraient sciemment tout ce qui est réclamé par la satisfaction de leurs besoins mutuels, sans aucun de ces rapports de voleurs à volés que représente la division des hommes en employés et employeurs, en vendeurs et acheteurs; que cette société ne soit pas du goût de nos capitalistes, je ne fais aucune difficulté pour l'admettre. Ces messieurs préfèrent l'ordre anthropophagique d'aujour-

AUTOUR D'UNE GRÈVE âSà

d'hui, parce que c'est eux qui mangent et que ce sont les autres, les prolétaires, qui sont les mangés. Mais leurs préférences n'empêchent pas que notre hypothèse ne soit réalisable, pas plus que leur résistance n'empêchera qu'elle devienne une belle et bonne réalité, — le temps aux intéressés, aux salariés de savoir et de vouloir.

Le XIX' Siècle me rend ce témoignage que j'ai exposé en quelqueslignes assez claires, bien qu'un peu concises, dans quel sens devrait être réglée la question des mines au point de vue du socialisme ouvrier. Ce n'est pas qu'il se rallie à ce qu'il appelle « mon système » et qui n'est que l'abboutissant fatal de l'évolution économique et social. Non, (( il n'y voit — affaire de myopie ou de lunettes mal essuyées — qu'obstacles de toutes parts », mais il admet « qu'il mérite examen et discussion.» Et il ajoute :

€ Tout peut être matière à débat instructif dans cet ordre d'idée, et je ne serais pas fâché que chacun de nous prit l'habitude, en présence d'une théorie qu'il juge suspecte, de se demander d'abord : « pourquoi pas ?» au lieu de hausser les épaules.

« Que les socialistes de l'école de M. Guesde et les révolutionnaires des autres écoles se livrent au prosélytisme de leurs doclYVwe^^ ^ ^'èXVix^^: ^^^

254 LE SOCIALISME AU JOUR LE JOUft

tout naturel, et chacun en fait autant dans son parti. Mais ce qui ne sert de rien, c'est Tintolérance. »

C'est parler d'or, mais cette tolérance que prêche le XIX^ Siècle^ ce n'est pas à nous qu'il faut la prêcher, à nous qui pouvons mettre — et qui mettons — au service de nos idées tous les emportements de la passion, mais ne disposons d'aucun bâillon contre nos contradicteurs.

C'est aux bourgeois républicains que ce discours doit s'adresser et qui ont pris contre nous la suite des bourgeois bonapartistes et orléanistes. Pour avoir soutenu à Commentry et à Montluçon cette thèse de la nationalisation des mines, on nous a, Lafargue et moi, « bouclé » six mois à Pélagie^ il n'y a pas trois ans, après nous avoir fait empoigner à domicile par des agents de la sûreté. Pour avoir soutenu la même thèse en matière de Rothschild et de finance, nous sommes encore, Lafargue et moi, sous le coup d'une autre condamnation à six mois — par défaut, il est vrai.

Voilà « l'intolérance », monsieur Portalis : les gendarmes remplaçant les moinesdePascal, comme arguments. Débarrassez-nous en, etnous nous abonnons aux M haussements d'épaules » qui ne nous ont jamais préoccupé, ne prouvant qu'une chose : la souplesse d'échiné de ceux qui s'y livrent.

Vive Paris !

C'était vrai !

Duc-Quercy et Ernest Roche ont été mis en liberté hier, 16 septembre, à cinq heures du soir.

Leur arrestation — avec menottes — ayant été opérée le 4 avril à 6 heures du matin, c'est donc cinq mois et treize jours que nos amis auront passé dans les geôles — les plus variées — de la République, pour avoir pris contre une Compagnie orléaniste la défense des plus républicains et des plus volés des mineurs.

En vain, révolté de cette violence, terminée en quinze mois d'emprisonnement, le peuple de Paris avait, de ses cent mille voix, cassé, au 2 mai, le monstrueux jugement, en attendant de pouvoir casser les juges.

Roche, provisoirement relâché, avait dû réintégrer la cellule de Duc-Quercy et connaître avec lui la solitude mortelle de Clairvaux après les sentines de Montpellier.

Pour mettre fin à un embastillement innommable, il igi fallu une nouvelle intervention du prolétariat parisien. Il a fallu la candidature de Duc- Quercy posée dans le Xe arrondissement et le soufflet qui était, pour ses geôliers, au bout de son entrée triomphale àTHôtel-de-Ville.

Ce n'est ni à la volonté populaire, ni à un senti-

256 LE SOGIALISMK AU JOUR LE JOtJR

ment de justice, qu'ont obéi nos gouvernants en lâchant leur proie C'est à la peur.

Le décret de libération peut être signé : Grévy, et contre-signe : Freycinet. Son véritable et unique auteur, c'est Paris, le Paris socialiste, le Paris révolutionnaire, qui vient de vider Clairvaux comme il vidait la Bastille en Juillet 89.

Honneur et merci h Paris !

(Septembre 1886).

A qui la faute 7

Il parait que si « notre commerce et notre industrie subissent depuis plusieurs années une crise qui va chaque jour s aggravant », c'est la faute — non pas h Voltaire — mais à notre classe ouvrière qui ne craint pas de sacrifier le pays « qui la voit naître » — et surtout mourir, — à son appétit immodéré de truffes et de Champagne.

C'est — naturellement — la classe patronale qui a opéré cette magnifique découverte, appelée à éclipser celle de l'Amérique, et qui se hâte de la faire trompeter par un monsieur R. Laplacette, de rUnion nationale des Chambres syndicales (hôtel de la rue de Lancry).

Dans une espèce de manifeste à la Jérôme Bonaparte, que la presse la plus républicaine a accueilli à colonnes ouvertes, ce porte-plume des Hiélard et Compagnie écrit *^n toutes lettres :

« La principale cause de notre déchéance commerciale et industrielle est la cherté de la maiu-

d'œuvre.... L'ouvrier français, entre les mains duquel on a mis cet instrument redoutable : la grève, en use un peu à tort et à travers.... Son salaire lui paraissant insuffisant, il en réclame l'augmentation ; si on la lui refuse, il se met en grève, sans réfléchir aux conséquences de cette déclaration de guerre ».

De là à réclamer le rappel de la loi Emile Olivier sur les coalitions et la fixation, comme au Moyen-Age, d'un maximum légal des salaires, il n'y a qu'un pas — qu'est tout disposé d'ailleurs à faire le Laplacette en question, à la recherche d'une (( médicamentation prompte et énergique ». Mais cette tendance de la classe capitaliste à se servir de l'Etat — républicain ou monarchiste — comme d'un gendarme pour réduire à merci ses machines humaines est trop invétérée et trop fatale pour qu'il y ait lieu de s'y arrêter.

Ce qu'il me convient seulement de faire ressortir, c'est rimbécillité — une fois de plus établie par eux-mêmes — de nos bourgeois français en matière de production et d'échange.

Pour crier <( haro » sur les grèves et pour rejeter « tout le mal » sur « l'augmentation de la maind'œuvre », il faut reculer les bornes de l'ignorance permise — même à la fainéantise capitaliste. 11 faut oublier, par exemple, que le pays qui tient la tête du mouvement industriel et commercial, celui qui domine le marché du monde, est F Anglefer/'^ ; c'est- k-dive le pays où les grèves sont de-

venues la monnaie courante entre le travail et le capital et où, de guerre en guerre, les employés ont arrache aux employeurs^ non-seulement les salaires les plus élevés, mais aussi la journée de travail la plus courte (56 heures par semaine).

Loin d'être une « source » de ruine, les exigences ouvrières sont un des facteurs les plus importants et les plus indispensables du progrès économique, parce que, dans nombre de cas, elles peuvent seules avoir raison de la négligence intéressée des fabricants et les obliger à transformer, à moderniser un outillage vieilli et démodé.

Si la France des Chambres syndicales patronales se fait battre de plus en plus sur le terrain de la concurrence, non seulement extérieure, mais intérieure ; si elle est en train de doubler d'un Sedan industriel le Sedan militaire d'il y a treize ans, c'est précisément piarce que « le coup de fouet » des revendications prolétariennes lui a manqué. Uniquement préoccupée du produit net ou à\x profit, elle a pu — par suite du bas prix de la chair ouvrière — en rester, dans Tordre mécanique, au fusil à piston, sinon au fusil à pierre.

Pour me borner à une de nos industries qui a le plus souflert — aux rubans, dont l'exportation est tombée de 100 millions, en 1857, à 15 millions, en 1881 — sait-on combien, sur les 17.000 métiers de Saint-Etienne, marchent encore à la main? 15.500, ou les onze douzièmes. Alors qu'à Bâle seulem^eial^ sur 8.000 métiers, près de \a moViVfe ^^.^^^^ s^\>.\.>v.

vapeur. Et comme les métiers à vapeur sont plus larges, comme on y tisse en même temps un plus grand nombre de rubans parallèles, jusqu'à 20 et 32 à la fois, il en résulte — de l'aveu du Temps — « que le matériel de Bâle, avec un effectif beaucoup moindre que celui de Saint-Etienne, possède une puissance de production presque égale. »

Les autres branches de la fabrication française ne présentent pas un spectacle différent. Partout, se reposant sur la longue journée de travail qu'ils peuvent extraire à vil prix de leurs ouvriers, comme ils se reposaient avant 1860 sur les tarifs protecteurs, les patrons se sont endormis sur de vieux engins hors d'usage, alors qu'autour de nous « la machinerie » nouvelle se généralisait pour notre écrasement.

Et tant qu'il leur sera possible de suppléer à la qualité de leurs machines de fer et de bois par la quantité de travail et le bon marché de leurs machines de chair et d'os, leur patriotisme fera l'économie du matériel perfectionné en dehors duquel il n'y a cependant pas de salut.

C'est-à-dire qu'au lieu de s'attacher à « rendre les grèves impossibles », pour « remédier à notre malaise commercial et industriel » il faudrait tout faire pour les multiplier, la crue des salaires étant seule capable d'emporter le renouvellement du plus antique et du plus défectueux des outillages industriels.

Sans compter qu'en augmentant la puissance de

consommation ou d'achat de millions de travailleurs, les hauts salaires, si sottements attaqués, assureraient, sans frais, à nos produits les fameux débouchés que nos gouvernements — toujours comme remède à la crise — sont réduits à chercher au bout du monde, au prix de centaines de millions et de milliers de vies humaines.

C'est parce que nos ouvriers ne sont payés que c< 7 et 8 francs par jour », alors qu'ils produisent le double ou le triple, que, pour l'écoulement de ces excédents toujours croissants de la production sur la consommation nationale, la France doit s'épuiser d'hommes et d'argent en Tunisie, au Tonkin, à Madagascar et au Congo, s'aliénant TAngleterre après s'être mis à dos l'Italie, et se jetant dans le guêpier d'une guerre avec la Chine.

Le jour où, au lieu de « réclamer » cette « moitié du produit brut » qui fait divaguer la gent patronale, ils seront en mesure de prendre les deux moitiés ou le tout, c'en sera fait des guerres commerciales de toutes les latitudes, parce que c'en sera, fait des crises pléthoriques ou de surproduction qui les engendrent.

Il est vrai que c'en sera fait également des R. Laplacette — ce qui explique l'opposition de ces derniers à une solution, qui est cependant la seule.

{Décembre 1883).

NSi*

262 \e socialisme AU JOUR LE JOUR

Homœopathie conservatrice

Ferry lui-même ne saurait plus contester l'utilité de l'enquête réclamée par M. Clemenceau! Grâce à la lumière jetée sur la situation économique par la commission des Quarante-quatre, on sait aujourd'hui qu'il n'y a pas de crise ouvrière — même à Paris. Une crise patronale, tout au plus. Et motivée par quoi? Par le coût trop élevé de la marchandise-travail.

Aussi faut-il voir comme, pour soulager ces pauvres patrons, le Temps s'ingénie à réduire les frais d'entretien de l'ouvrier parisien ! Hier, il lui retranchait les 277 litres de vin et les 73 kilogrammes de viande qu'une statistique belge lui fait consommer en moyenne par an, 62 centilitres de vin par jour et 200 et quelques grammes de viande constituant évidemment le dernier terme de « l'excès » — alors surtout que, d'après les études physiologiques les plus sérieuses, « pour donner son rendement maximum, l'organisme humain a besoin d'une quantité et d'une qualité d'aliments correspondant à 1,500 grammes de pain et à un kilogramme de viande, avec les accessoires obligés en boissons » .

Mais voilà qui est entendu.' Pour permettre à nos fabricants de produire à aussi bas prix que leurs concurrents étrangers, on mettra nos travailleurs nationaux au régime de Teau claire et de la

polenta, qui est celui du contadino lombard ! La chose n'est plus à faire ; elle est faite. Et après ?

Après, c'est la ruine, la faim pourles trente mille marchands de vin qui ont dû mettre la clef sous la porte. C'est la ruine, la faim pour les milliers de bouchers qui n'ont plus ni raison — ni moyens

— d'être. Ce sont nos éleveurs, nos vignerons, tout un monde de paysans déjà aux abois, que la suppression du marché parisien — un marché de deux millions d'hommes — affame à leur tour!

Mais cette première hécatombe ne suffît pas à ' nos homœpathes du Temps. Dans leur rage de guérir les semblables par les semblables, une crise locale par une crise générale, les voilà qui aujourd'hui cherchent une autre réduction de la maind'œuvre parisienne dans la réduction du prix du pain, demandée à des sociétés coopératives comme celle de Roubaix.

Il parait qu'au prix où la Société de Roubaix a pu livrer l'année dernière le pain de ménage à ses sociétaires — et en évaluant à 188 kilogrammes la consommation annuelle — c'aurait été par ménage ouvrier 101 francs par an d'économie — soit une cinquantaine de millions pour les consommateurs parisiens.

De mieux en mieux ! mais, dans cette coopérative aussi gigantei^que qu'économique, que deviennent

— ù le plus conservateur des journaux — les boulangers parisiens ? Quoi ! eux aussi supprimés, jetés sur le pavé, cpnime et après boueVie^^ ^\» IroqueU

Temps, mon ami, vous devenez décidément trop révolutionnaire.

Le Parti ouvrier entend bien, lorsqu'il aura mis la main sur le pouvoir politique, exproprier toute cette petite bourgeoisie qui tient boutique sur rue. Mais à ces expropriés, pour causa de services publics à oréer, il fournira toute espèce de compensation, pendant que vous, vous les détroussez purement et simplement, comme au coin d'un bois, et cela au seul bénéfice de nos industries d'exportation.

Quelle leçon, en tous cas^ pour cette légion de boutiquiers, qui votent encore contre nous, s'ils pouvaient lire le Temps — et s'ils savaient le lire !

Les Réformards

Fondée en 1757, au capital nominal de quelques centaines de mille francs, la Régie d'Anzin est l'expression la plus complète du vol — légal.

Aux richesses souterraines, que leur formation naturelle, géologique, étrangère et antérieure à l'homme, constitue nécessaiî:ement en fonds commun de l'espèce, en patrimoine de tous, et qu'elle s'est appropriées exclusivement, se sont ajoutées diverses subventions, de 12.500 livres d'abord, -de 35.000 ensuite, prélevées, elles, sur l'impôt, c'està-dire sur le produit du travail national. Et, grâce à cette double spoliation du domaine et du trésor

publics, elle a pu, depuis plus d'un siècle, opérer à l'aide du salariat sur des milliers A'oiivjners du fonds une troisième spoliation qui, sous la forme de dividende, a atteint par année jusqu'à onze millions et demi.

Mais loin d'invoquer la dynamite contre ces voleurs à la troisième puissance, je serais plutôt disposé à leur donner quittance — pour le passé, bien entendu — en reconnaissance du service qu'ils viennent de rendre à la cause ouvrière. . En faisant plus que menacer, en frappant la semaine dernière tous ceux de leurs serfs convaincus ou soupçonnés d'appartenir à une chambre syndicale, les Régisseurs d'Anzin, en effet, en ont fini pour toujours avec la mystification du socia lisme pacifique ou légaWls ont confirmé — et au delà — tout ce que disent et écrivent les socialistes révolutionnaires touchant l'impuissance des réformes législatives dans le milieu capitaliste actuel.

Du régime de la tolérance, les syndicats ouvriers sont passés au régime du droit, depuis le vote concordant de ces deux moitiés du parlementarisme bourgeois qui sont le Palais-Bourbon et le Luxembourg.

A-t-on même fait sonner assez haut le progrès ainsi accompli ! « Les groupements corporatifs reconnus, légalisés^ c'était le prolétariat complètement et définitivement outillé pour la défense de ses intérêts. Que parlait-ou encoY^ ôt^ \%. ^ç>wq^^^

du pouvoir politique par les salariés constitués en parti de classe? Inutile, un 89 ouvrier. Inutile, la reprise des moyens de production et leur socialisation ! Avec la nouvelle organisation ouvrière, il n'y avait pour les prolétaires qu'à s'entendre entre eux pour s'émanciper graduellement et pacifiquement. La question sociale était résolue. »

Ainsi s'exprimaient « les véritables amis du peuple », ceux qui savent trop ce que les barricades, mises les unes sur les autres, ont rapporté au Tiers-Etat, pour ne pas s'efforcer de briser une pareille arme — dirigée contre eux — entre les mains du Quatrième et dernier Etat.

Or, que répondent les faits, par l'organe des Perier, Audilfrct-Pasquier, de Brogiie et autres i( porteurs de deniers » — transformés malgré eux en instructeurs de l'humanité? C'est que, comme la jument de Roland, les chambres syndicales, pour quelques qualités qu'elles puissent avoir, ont un défaut qui les annule toutes : c'est d'être mortes, de ne pas être viables, de ne pouvoir exister que dans la limite où il plaira de le permettre à la classe contre laquelle elles sont dirigées.

La loi — dont la République est le règne, assure-t-on — a beau reconnaître aux exploités le droit au groupement. Pour abroger ce droit, pour n'en rien laisser subsister dans la pratique, il suffit aux cxpIoit(Mirs de reprendre pour leur compte l'interdiction prononcée par la Révolution bourffcoise de 8i) contre toute réunion ou association

ouvrière ea vue de la défense de « prétendus intérêts communs », et de dire « non », là où le Parlement a dit « oui » .

(( Syndiquez- vous » crient à leurs anciens compagnons de travail et de misère les Tolain et les Nadaud, tout fiers d'avoir enfin eu 1 air de faire quelque chose pour leurs électeurs de Tatelier ou de la mine. Et les Compagnies, dominant du haut des moyens de production qu'elles monopolisent le Pouvoir législatif, répliquent : « On ne se syndiquera pas! Sinon, pas de travail, c'est-à-dire pas de pain, c'est-à-dire la mort ! »

Est-ce assez concluant? Et comment les réformards^ qui nous accusent de chercher midi à quatorze heures et de demander à la force une solution contenue dans les urnes, vont-ils s'arranger du démenti qui leur est infligé par une expérience deceté^lat?

Car il n'y a pas à ergoter. Ce qu'il a plu hier de faire à la Régie d'Anzin, non seulement toutes les Compagnies houillères, mais tous les patrons, collectifs ou individuels, de toutes les industries, peuvent le faire demain.

Le veto par lequel on arrête, dans le Nord, pour quelques milliers de mineurs, la volonté nationale en matière de syndicat, peut être — et dans toutes les matières — quand le voudront les autres employeurs, étendu à toute la France.

Et dans ce cas, que restera-t-il, non seulement de la liberté nouvelle, mais de toutes \^^ \^^^:\fe^

dont pourrait être dotée sur le papier la classe des déshérités, et qui se transforment, s'ils veulent en user, en une seule liberté : celle de mourrir de faim ?

En régime capitaliste, c'est-à-dire aussi longtemps que les moyens de production et d'existence seront la propriété exclusive de quelques-uns — qui travaillent de moins en moins — tous les droits que les Constitutions ou les Codes peuvent attribuer aux autres — à ceux qui concentrent de plus en plus tout le travail musculaire et tout le travail cérébral — demeureront toujours et fatalement lettre morte. En multipliant les réformes, on ne fera que multiplier les trompe-l'œil.

Je me trompe : on précipitera la Révolution que l'on prétendait conjurer, en faisant toucher du doigt aux plus aveugles que la liberté ouvrière n'est pas affaire de législation, mais affaire d'expropriation capitaliste et d'appropriation sociale.

Plus de patrons, et, pour cela, une classe ouvrière consciente, s'emparant du gouvernement pour socialiser, contre leurs détenteurs individuels, les moyens de production et d'échange! Là est le salut — et il n'est que là.

Et en entraînant les plus réfractaires à cette conclusion indispensable, les féodaux affameurs d'Anzin ont, je le répète, bien mérité du Parti ouvrier dont ils se sont faits^ sans le vouloir, les meilleurs propagandistes.

Efforts perdus !

Notre presse républicaine s'est prise, depuis quelque temps, d'une belle passion pour « Torganisation des Traders f/n/on^ d'Angleterre », qu'elle oppose à tous propos — et même hor^ de propos — à notre prolétariat de Juin 48 et de Mars 7t, resté révolutionnaire et devenu collectiviste ou communiste.

Cet enthousiasme de fraîche date pour les sociétés corporatives de résistance s'explique par le rôle qu'ont joué à Paris, en octobre-novembre dernier,les Bradlaugh,Shipton et autres meneurs unionistes d'Outre-Manche. A moins d'avoir des yeux pour ne pas voir et des oreilles pour ne pas entendre , l'expérience de la dernière Conférence internationale devait, en effet, convertir la fraction intelligente de notre bourgeoisie à l'utilité d'une classe ouvrière organisée, centralisée entre les mains de quelques hommes que l'on <( modère, comme de simples Andrieux, en les satisfaisant » par des honneurs ou de l'argent.

La corruption de quelques-uns peut alors remplacer — et avantageusement — la compression de tous. Cela fait mieux d'abord dans le paysage... d^un gouvernement qui se réclame de la liberté. Cela coûte moins cher ensuite.

Mais avant de faire partager à notre prolétariat leur admiration pour « une orgam^a\xcyc^%^\£Mssî^^

k celle des Tradps' Unions », le Temps et ses compères auront à résoudre certaines objections, — celle-ci, entre autres, qui jaillit naturellement de la crise actuelle :

En ([uoi, les chômages homicides d'aujourd'hui, qui tiennent à une réduction du travail humain nécessaire à la production, seraient-ils, je ne dis pas supprimés, mais atténués par Torganisation corporative ou professionnelle de la masse, qui ne peut vivre que de l'emploi ou de la vente de sa forcetravail ?

Les ouvriers des filatures et des tissages du Nord et du Nord-Est du Lancashire sont tout ce qu'il a de plus trades unionisés, et cependant les voilà depuis quelques semaines, par suite d'un excédent considérable de la production cotonnière sur la demande ou les besoins du marché, acculés à une situation aussi grosse de faim que celle de nos ouvriers non trades unionisés de Paris.

Ou — comme le veulent les fabricants — les salaires seront abaissés, et le pain ouvrier ainsi rogné, loin de remédier au mal, l'aggravera, le bas prix de la main-d'œuvre ne pouvant que stimuler la fabrication déjà exagérée, en même temps que la diminution de la puissance de consommation ou d'achat de la population laborieuse réduira encore la demande.

Ou — comme le voudraient les ouvriers — la fabrication sera arrêtée en partie. On ne travaillera plus gue les deux tiers de la journée, ou deux

tiers des bras seulement seront occupés — et ce sera un tiers de famine pour tous, ou la famine complète pour un travailleur sur trois, sans même que ce surcroit de soulfrances, limité à quelquesuns ou départi sur tous, sauvegarde Tavenir, parce que, comme le fait justement observer le Times — ce Tewi/)^ d'au-delà du détroit — le marché, à peine dégorgé à un pareil prix, ne tardera k s'engorger de nouveau et pour la même raison : l'impossibilité, avec la production concurrencielle et anarchique moderne, de ne pas excéder la demande.

Sans se laisser arrêter par ces considérations, malgré le travail de Pénélope auquel ils s'attèlent, fîleurs et tisseurs du Lancashire, forts de leur organisation de résistance, ont décidé de se mettre en grève : tS.OOO d'entre eux avaient quitté les ateliers la semaine dernière. 3.000 autres ont, depuis, pris le même chemin et seront, d'après toutes les probabilités, imités par leurs 60 et 80 mille camarades. Et après ?

Le seul résultat de cette grande grève ne serat-il pas l'écoulement à plus haut prix du stock patronal? Alors que, du côté du travail, on épuisera une épargne collective de plusieurs années et qu'on se serrera le ventre, du côté du capital, on réalisera.

Le traders unionisme n'aura servi, une fois de plus, qu'à tirer d'affaire les fabricants aux frais des fabriqués.

Et il n'en saurait être autromeivt — l^Temips^^x

autres organes du patronat français sont les premiers à le savoir — parce que Tordre économique actuel, basé sur la division du capital — détenu par les uns — et du travail — fourni par les autres — est soumis à des lois aussi fixes que le mouvement de rotation de la terre autour du soleil.

Tous les efforts de la classe qui représente le travail pour modifier sa situation, sans toucher à la classe qui incarne le capital, sont condamnés à échouer, comme les efforts d'un quiconque pour faire voler une pomme.

Seule, la création d'un ordre nouveau réunissant, sous la forme collective, les deux facteurs de la production, le capital et le travail, dans les mêmes mains, peut en^pêcher, « par Forganisation de la production sociale sur un plan déterminé », les crises de surproduction, et faire disparaître cette absurdité de la misère, poussée jusqu'à la mort, surgissant d'un excédent de richesse, ou, selon l'expression d'Engels, de « producteurs n'ayant plus rien à consommer parce qu'il y a manque de consommateurs » .

C'est ce qu'ont appris, à l'école do leurs congrès nationaux de Marseille, du Havre et de Roanne, les militants de notre prolétariat ; et c'est pourquoi ils haussent — et hausseront de plus en lus — les épaules, lorsqu'on leur parlera detroleur socialisme révolutionnaire contre un s-unionisme dupe ou complice,

Une nouvelle loi Chapelier

L'action politique s'impose à la classe ouvrière comme la condition indispensable de son affranchissement économique. C'est pourquoi elle est expressément interdite aux syndicats ouvriers, dont le Sénat, après la Chambre, a daigné samedi reconnaître l'existence .

Pourvu qu'ils dénoncent à la police de la commune ou de TEtat, en même temps que le texte de leurs statuts, le nom de leurs administrateurs ou directeurs ; qu'ils ne se fassent administrer ou diriger que par des Français jouissant de leurs droits civils et qu'ils ne se concertent — ou ne s'unissent — entre eux que dans la mesure où en aura été avisée une des deux polices susnommées, les syndicats — sous la menace de 16 à 500 francs d'amende — auront désormais toute liberté pour s'occuper de leurs intérêts industriels, commerciaux ou ay^ricoles.

Mais qu'ils ne fassent pas de politique, s'ils ne veulent pas se voir dissoudre comme de simples cercles d'études sociales 1

Pour cette mort sans phrases des chambres syndicales qui « tondraient de ce pré défendu la largeur de la langue » du plus muet de nos soi-disant représentants, il n'y a eu qu'une voix. Ni droite, ni gauche ! Tous bourgeois !

C'était à prévoir.

Quatre-vingt-treize ans de règne n'ont pas rendu notre classe possédante plus libérale qu'elle ne Tétait à la fin du dernier siècle, lorsqu'en pleine bataille contre la noblesse elle imaginait, contre le prolétariat en voie de formation, la fameuse loi Chapelier. Et si elle se décide à rayer de son arsenal cette loi qui interdisait « toute association — ou réunion — professionnelle pour la défense de prétendus intérêts communs », c'est que, par suite des conditions industrielles modernes, une pareille précaution est devenue inutile.

Tant que la petite industrie a multiplié les patrons, l'organisation corporative eût permis aux ouvriers de lutter avantageusement contre leurs employeurs. La machine existc^it à peine ; la vapeur était encore à créer ; et les détenteurs du capital avaient tout à redouter de la coalition de ceux qui disposaient de la seule force travail existante : les bras humains. De là la confiscation de la liberté professionnelle des travailleurs.

Rien de semblable aujourd'hui avec la grande production mécanique concentrée entre un petit nombre de mains individuelles ou collectives. Contre un patronat ainsi outillé, toutes les combinaisons d'efforts ouvriers, dans le domaine économique, sont fatalement impuissante. Les Trades- Unions d'Angleterre — invoquées dans le même sens par M. le comte de Paris et par M. Tolain — le démontrent tous les jours davantage par la série de défaites dont se doublent leurs victoires

LEUfeS REMEDES . 275

d'autrefois. Aussi peut-on impunément restituer, sur le papier, aux travailleurs, une liberté que les faits suffiront à annuler.

Mais notre bourgeoisie ne désarme pas. Au contraire. Elle ne fait que déplacer ses barrières protectrices et les transporter là où elles peuvent être efficaces : sur le terrain politique.

Ce n'est pas, en réalité, l'abrogation de la loi Chapelier; c est sa. modernisation, son adaptation aux nouvelles nécessités capitalistes.

Sous couleur d'autoriser rorg.misatidn professionnelle de notre classe ouvrière, la nouvelle loi . n'a qu'un but : empêcher son organisation politique.

Heureusement que cet empêchement vient trop tard.

Le Parti ouvrier est aujourd'hui trop fort ; il a jeté trop de racines — et trop profondes — dans tous les centres industriels pour que, ni les diversions, ni les persécutions gouvernementales puissent, je ne dis pas seulement mordre sur lui, mais enrayer son développement.

La République Grévy empruntât-elle à l'empire des Hohenzollern son petit état de siège contre notre prolétariat, formé en parti de classe pour la conquête de l'Etat et l'expropriation de la classe capitaliste, que cette campagne à la Bismarck n'aurait pas d'autres résultats en deçà des Vosges qu'au delà.

Lorsqu'en 1878 l'homme de fer entreprit de dé-

cembriser la démocratie-socialiste, « nos amis les ennemis » de la bourgeoisie allemande étaient au nombre de quatre cent cinquante mille environ. Ils l'emportaient dans neuf collèges.

Aujourd'hui, après six annnées de mise hors de la loi, ils ont au Reichstag quatorze représentants et, à leur dernière revue électorale, ils mettaient en ligne près de sept cent mille hommes.

De trois cent mille que nous pouvons être à rhcure présente, nous ne tarderions pas à devenir un demi-million, si jamais — ce que je ne lui souhaite pas — Ferry ou Waldeck s'avisait de se chauffer de ce bois-là.

Ri botte

Il parait qu'au banquet annuel de la Société d'économie politique de Lyon, M. Ribot « s'est expliqué sur la question sociale ».

M. Ribot est partisan de la loi sur les syndicats professionnels que « le Parlement a bien fait de voter », mais à une condition : c'est que « les ouvriers auxquels on vient d'accorder la liberté » n'en usent pas ; c'est qu'ils « s'éloignent du terrain politique sur lequel on veut les entraîner ».

Qu'ils s'enferment dans leur cellule corporative pour y faire ce que bon leur semble — à la bonne heure ! Ils auront pour eux, non seulement M. Ribot et la Société d'économie politique de Lyon,

mais toute la classe bourgeoise qui sait que, comme salariés, dans le champs clos professionnel, quoi qu'ils tentent, les travailleurs sont battus d'avance et nécessairement.

Mais, qu'ils ne s'avisent pas de transformer en organisation politique leur organisation corporative. Comme cette action politique orientée sur l'Etat à conquérir par et pour leur classe peut seule les affranchir, « n'en faut pas ».

. Police, gendarmerie, magistrature, — et armée au besoin — toutes les forces de la bourgeoisie sont là, prêtes h leur démontrer le « danger » d'une pareille campagne.

C'était prévu, et m'est avis que s'il n'avait pas parlé au dessert, c'est-à-dire après boire — le Ribot — sans ribotte — se serait épargné ce speech au moins inutile.

Ce n'est pas dans une ville comme Lyon, où le Parti ouvrier s'est affirmé par 2.000 voix dans la première circonscription et par 1.800 dans la troisième, que toutes les Ribotades du monde ont chance de détourner les travailleurs de la voie politique au bout de laquelle est le salut.

Plus la classe patronale et ses valets de plume de réconomie politique manœuvreront pour écarter du pouvoir la classe jo«/ron^e, et plus celle-ci, éclairée, se rendra compte de la nécessité de mettre la main sur le pouvoir ainsi défendu.

A l'expropriation gouvernementale de la bourgeoisie, en effet, est subordoïvufee ^ow ^^^^^\î^^v^-

278 LE SOCiALÎSMË AU JOUR LÉ JÔtJA

tion économique, autrement dit la libération ou vrière.

Le droit capitaliste

Il s'affirme, ce droit, depuis quelque temps, au Nord et au Midi, dans Tordre économique et dans Tordre politique, avec une brutalité qui ne laisse pas que d'embarrasser ses plus ardents souteneurs.

Au Nord, c'est la Compagnie — ou Régie — d'Anzin qui — sous prétexte qu'après avoir rapporté, par année, jusqu'à quarante fois sa valeur d'émission, le denier (de 1.000 francs à Torigine) ne rend plus annuellement que 14 ou 15.000 francs — renvoie, du jour au lendemain, les vieux ouvriers employés à l'entretien des voies souterraines et reporte ce « raccommodage » sur le personnel d'abattage ou d'extraction.

Cette double mesure aboutit pour les uns — pour les valides — à une aggravation de travail avec la réduction d'un salaire déjà insuffisant. Pour les autres — pour les vieillards et les infirmes qui ont laissé leurs forces et leurs membres dans les fosses d'où ils sortaient des milliards pour leurs employeurs— c'est la suppression de tout travail, de tout salaire et de toute vie.

Mais, comme le remarque la Liberté, en faisant abattre par la faim leurs mineurs hors d'usage, les Perier, de Witt, d'Audiffret-Pasquier et autres

Chabaud-Latour« usent simplement de leur droit ».

Comme ils a usaient simplement de leur droit», lorsqu'il y a deux mois ils mettaient hors des chantiers tous les adhérents des chambres syndicales. Et comme ils « en usent encore simplement » en refusant — selon l'expression du Temps — « d'amnistier les grévistes », dont six cents viennent de recevoir d'un seul coup leurs livrets.

Au Midi, c'est le directeur de l'établissement métallurgique de Pamiers qui, en plaçant deux conseillers municipaux ouvriers entre leur sortie volontaire du conseil ou leur sortie forcée de l'usine, les oblige à démissionner.

Et ce haut baron du fer — q-ui répond au nom de Fabre — en atteignant à travers deux de ses élus le suffrage universel lui-même, n'a fait lui aussi, « qu'user de son droit », le droit capitaliste.

Dans une société comme la nôtre, basée sur l'appropriation individuelle des moyens de production, les individus propriétaires ont tous les droits sur et contre ceux de leurs semblables, de par la nature, et leurs égaux, de parla loi, qui ne possèdent que leurs bras et ne peuvent vivre qu'autant que ces bras sont occupés.

Les droits que donne la possession d'une part quelconque de capital laissent bien loin derrière eux les fameux droits féodaux attachés, sous l'ancien régime, à la propriété d'un morceau du sol.

Comme le seigneur d'autrefois, le capitaliste

d'aujourd'hui a le droit de basse justice. 11 peut condamner à Tamende — de son autorité privée — les prolétaires reconnues par lui coupables d'avoir transgressé ses règlements d'atelier.

Il a également le droit de haute justice, accrochant au chômage prolongé etsystématique, comme à une potence, jusqu'à ce que mort s'en suive, tous ceux de ses employés qui ont pu faire échec à sa toute-puissance patronale.

Il n'est pas jusqu'au droit de jambage — cette condition du mariage des serves dans certains cas et dans certains lieux — qui ne subsiste, universalisé, comme condition de l'entrée des ouvrières dans l'usine ou la manufacture.

Et quant au four banal, il a été avantageusement remplacé par les magasins dits coopératifs des Compagnies, par lesquels doivent passer les travailleurs, s'ils ne veulent pas être mis dans l'impossibilité de vivre en travaillant.

Mais alors que le droit féodal était, d'une part, borné par le pouvoir royal, et doublé, d'autre part, parles us et coutumes, de certains devoirs que le dernier Code prussien définissait ainsi :

Le seigneur doit procurer les moyens de vivre a ceux de ses vasseaux qui n'ont point de terre et venir au secours de ceux d'entre eux qui tombent dans l'indigence,

lé droit capitaliste ne connaît pas de limite et n'est subordonné à aucune obligation d'aucune sorte. A la volonté nationale — ou à la loi — disant : « les ^^^[nbres syndicales ouvrières sont autorisées, »

tl:

LEUBS HKMEDKS 281

les capitalistes peuvent répondre, comme ils Font fait à Anzin : « les syndicats ouvriers demeurent interdits ». Et voilà supprimée la liberté d'association corporative.

A la loi déclarant tous les citoyens électeurs et éligibles, les capitalistes peuvent opposer, non seulement la non-éligibilité de leurs ouvriers, comme à Pamiers, mais le non-vote de ces mêmes ouvriers appelés à choisir entre Turne à remplir ou l'atelier à vider, entre la mort politique ou la mort physiologique.

Pendant qu'aucune loi — que dis-je ? aucune « philanthropie » d'après Taveu du Temps — ne peut empêcher les mêmes capitalistes, pour accroître leurs bénéfices, soit de mettre au rancart comme un outillage usé leur personnel vieilli, soit de remplacer leurs machines humaines par des machines de fer et de bois qui produisent plus, plus vite et à meilleur marché.

Et ce droit à r homicide en vue du profit^ comme tous les autres droits capitalistes, ne saurait disparaître qu'avec le capitaliste dont il est inséparable.

Car c'est se moquer outrageusement de ses lecteurs que de chercher^ comme \d. République française, la fin d'hécatombes ouvrières, comme celle d'Anzin, dans une « forte organisation prolétarienne » et dans une « union de syndicats sérieux ».

En quoi, si « sérieusement » qu'elle soit « unie» et si « fortement » qu'elle puisse être « organisée»,

la masse de ceux qui n'ont pour vivre que leur puissance de travail pourra-t-elle se protéger contre le mur de la faim aiguô auquel la colle de plus en plus ce qu'on appelle le progrès industriel, — ce progrès qui tend à réduire tous les jours davantage la somme de travail humain nécessaire ?

Tout l'armement corporatif ou professionnel de la classe-machine — l'expérience des Tradés Unions est là pour le prouver — ne saurait en rien désarmer la classe capitaliste, que le développement du machinisme et la concurrence qui sévit entre ses membres condamne à aller de tueries ouvrières en tueries ouvrières — jusqu'à ce qu'elle ait été supprimée par la socialisation des moyens de production.

Le Droit au Travail

M. de Bismarck peut jouer au croquemitaine avec le libéralisme allemand et épouvanter réellement les Richter et autres Yves Guyot des bords de la Sprée lorsque, comme nos bourgeois révolutionnaires de 89, il proclame « le droit au travail ».

Quant aux socialistes à la Liebknecht, c'est le sourire aux lèvres qu*ils assistent à cette nouvelle tentative de détournement de la classe ouvrière, qui n'appartient pas même au « grand chancelier ».

Avant M. de Bismarck, notre Gambetta don-

nait, en 1878, après boire, au Salon des Tilleuls, comme devise économique à son impériale république : « pour l'homme mûr, le travail ».

Et, comme le Gambetta allemand, le Bismarck français en était pour son coup... de gueule dans le vide.

Il y a beau temps, en effet, que le « droit au travail », pour lequel les travailleurs parisiens se faisaient saigner en Juin 48, a cessé d'être l'objectif, le desideratum du prolétariat des Deux-Mondes.

Aujourd'hui, après la grande école de Y Internationale y après la constitution sur la base du collectivisme ou du communisme scientifique des divers partis ouvriers nationaux, ce que veut le peuple des salariés, ce qu'il attend de la force demandée à son organisation politique distincte, ce n'est pas seulement que ses bras, que tous ses bras soient occupés ; c'est qiiHls soient occupés à son profit. Ce qu'il lui faut, c'est le fruit intégral de son travail, c'est la totalité des valeurs qui sont son œuvre.

Il n'entend plus, en d'autres termes, être l'abeille qui fait son miel pour autrui, le bœuf ou le cheval qui tire la charrue pour le maître, le mouton qui porte la laine pour le tondeur, mais jouir de sa laine, de sa moisson et de son miel.

Assez longtemps il a joué, dans ce qui n'était pas une fable, hélas ! le rôle de membres en mouvement, peinant, suant, pour r(»mplir un estomac étranger ; il prétend être, eniiii, son propre estomac, consommer lui-même ses produits.

Et, Empire OU République, un état de choses qui se bornerait à lui assurer du travail, du travail dans les conditions présentes, c'est-à-dire enrichissant les non-travailleurs aux dépens des travailleurs réduits à ce qui leur est strictement indispensable pour végéter et se reproduire, n'est et ne sera jamais le sien.

En fùt-il autrement, d'ailleurs, et la classe productive bornàt-elle encore son ambition à vivre mal en « bûchant » sans intermittence, trois cent soixante-cinq jours par année, que ce travail qu'il s'est avisé de lui promettre, ni le bismarckisme, ni aucun autre gouvernement conservateur du présent ordre économique ne saurait le lui tenir.

Étant donné la loi de l'offre et de la demande, fonctionnant comme aujourd'hui entre une mino; rite détentrice exclusive du capital et une majorité réduite à sa seule activité musculaire, il n'est pas de pouvoir au monde qui puisse empêcher l'offre des bras de dépasser la demande des bras, et les bras qui s'offrent en trop de rester inoccupés.

Tant que, par suite de la concentration entre les mains de quelques-uns de l'instrument et de la matière de la production^ la production sera régie, déterminée par l'intérêt de ces quelques-uns, nul ne saurait — si « barbe grise » et si « victorieux » soitil — garantir les travailleurs contre les chômages de plus en plus fréquents et de plus en plus étendus, ^^gÉMtent soit d'un excès de production, soit d'une ^^^P • d^ ^^ mode, soit d'un perfectionnement

de l'outillage, soit de la migration de telle ou telle industrie.

En dehors de la rentrée à la collectivité de tout le capital existant, instrument de travail et matière première ; en dehors de la propriété et de la production sociales substituées à la propriété et ^ la production privées, le problème du chômage est aussi insoluble que le problème du paupérisn^e.

Que M. de Bismarck, s'il en doute, consulte son savant ordinaire, M. Schœffle. Et, en attendant, qu'il pare, s'il le peut, le coup droit que viennent de lui porter nos amis de la démocratie-socialiste en se bornant à le mettre en demeure de formuler en projet de loi son fameux « droit au travail ».

Socialisme fossile

Mis au pied du mur par Liebknecht, Bebel et les autres représentants de la démocratie-socialiste, le faux maçon qui s'appelle Bismarck s'est bien gardé — et pour cause — de produire la moindre proposition tendant à faire passer dans la pratique « le droit au travail » affirmé par lui avec tant de tapage en plein Reichstag.

En revanche, il fait soutenir par ses reptiles de la Gazette de r Allemagne du Nord que ce droit, quoi qu'en disent les socialistes, est tout ce qu'il y a de plus applicable dans la présente société, « puisque, dès 1601, on le trouve formulé dans la

Loi des pauvres d'Elisabeth d'Angleterre, dont Tarticle 1"^ est ainsi conçu : Chaque pauvre doit être pourvu de travail ou assisté. »

Sans remonter aussi loin et sans passer les mers, en restant sur le plancher de ses vaches poméraniennes, le socialisme d'Etat du chancelier aurait aussi bien pu se couvrir du dernier Code féodal prussien de 1795, qui portait en toutes lettres : « le seigneur doit procurer les moyens de vivre à ceux de ses vassaux qui n'ont point de terre. »

Pour être plus voisin — et plus national — l'exemple auraitvalu autant, c'est-à-dire aussi peu.

Car il faut se crever les yeux à plaisir, il ne faut tenir aucun compte des conditions nouvelles de la production et de l'échange sorties de la machine, de la vapeur et des autres découvertes et applications scientifiques, pour conclure, de la pratique du droit au travail dans l'Angleterre du dix-septième siècle ou dans la Prusse du dix-huitième, à sa praticabilité dans FEurope capitaliste d'aujourd'hui.

Ah ! sans doute, sous l'ancien régime, dans ce Moyen-Age si calomnié par les prétendus historiens de la bourgeoisie, avec une production de valeurs d'utilité limitée et réglementée par les corporations, il y avait possibilité, pour une société basée, non pas sur le droit, mais sur le devoir propriétaire, de garantir du travail aux plus pauvres. Sous la forme hiérarchique — c'est-à-dire inégale et inférieure — il existait alors entre tous les mem-

bres de la collectivité un lien de solidarité qui ne laissait place à Tabandon de personne. C'était le beau côté de l'époque humaine, qui a été close chez nous en 1789 et qui, à cette date, se traduisait encore à Paris par les ateliers de charité^ que le (( vertueux » Bailly et le « sensible » Lafayette se hâtèrent de licencier avec du canon.

Mais nous n^en sommes plus là depuis la grrrande Révolution qui, à la dépendance mutuelle, a substitué, sous prétexte de liberté, le « chacun pour soi » et, sous couleur d'afTranchissement humain, n'a affranchi que la propriété — et la classe propriétaire par suite — de toute redevance, c'est-à-dire de tout devoir.

C'est parce qu'il ne se prêtait pas à la production de valeurs d'échange — c'est-à-dire de marchandises à jeter en masse sur le marché national et international en vue du gain à réaliser par la vente — que le servage, même mitigé, a fait place au salariat. A l'industrie et au commerce capitalistes, régis par la concurrence, il fallait des travailleurs libres, c'est-à-dire une classe-outil que les employeurs fussent libres d^employer aujourd'hui et de congédier demain, selon qu'ils en avaient ou non besoin et dans la mesure de leur intérêt particulier.

Les chômages ouvriers ne sont pas seulement la caractéristique, ils sont le rouage essentiel de Tordre économique actuel, qui ne progresse qu'en les multipliant, condamné qu'il est, pour produire de

plus en plus et de meilleur en meilleur marché, à remplacer les moteurs humains par les moteurs mécaniques.

Et, en admettant que, par un miracle auprès duquel rimmaculée-Conception deviendrait un fait scientifique, la classe des fal)ricants d'au-delà des Vosges se laissât obliger par Bismarck à employer constamment la totalité des bras allemands ; saiton à quel admirable — et comique — résultat aboutirait ce socialisme fossile ?

A la ruine de l'industrie allemande qui, grevée de frais de main-d'œuvre inconnus aux industries étrangères concurrentes, exclue des bénéfices du perfectionnement ou de la simplification de l'outillage, et surchargée de produits qu'elle n'aurait pas où écouler, ne tarderait pas à s'effondrer dans le plus formidable des kracks.

Seule, une société collectiviste ou communiste, issue de la suppression des classes, sera en mesure, sans se briser sur aucun de ces écueils, de (( mettre au travail » tous ses membres, parce que, le salariat disparu, surabondance de produits et développement du machinisme n'auront d'autre effet que de réduire le temps de travail de chacun.

Bismarck ne sera pas long à s'en apercevoir, si jamais il tente l'expérience. Mais, vous verrez que, malgré les rodomontades de sa presse à tout faire, il ne la tentera pas.

Et ce, au grand dommage de la Révolution sociale, que la mise de l'Allemagne de 1884 au ré-

LliURS UEMÊDES i8î)

gime de TAngleterre de 1601 eût avancée de pas mal d'années.

Le devoir ouvrier

Il faudrait plaindre notre France ouvrière — sinon désespérer d'elle — si elle pouvait s'intéresser dans une mesure quelconque, je ne dis pas à la comédie révisionniste, si mal jouée par la troupe des Ferry, Le Royer et autres Réache, mais aux tempêtes dans le verre d'eau parlementaire déchaînées par la Montagne législative et sénatoriale.

Non pas que les radicaux du Sénat et de la Chambre se soient épargnés depuis l'ouverture d^ Congrès. Tudieu! quels coups de gueule — qui ont failli se terminer en coups de poing !

Mais en faisant ainsi un rempart, sinon de leurs corps, au moins de leurs médailles de représentants — directs ou indirects — du peuple, à ce qu'ils appellent la souveraineté nationale, ces messieurs étaient et sont dans leur rôle, dans le rôle de toutes les oppositions bourgeoises.

En même temps que leur avenir personnel, c'est le présent de leur classe qu'ils assuraient ou cherchaient à assurer.

De tout temps, la bourgeoisie politicienne française s'est divisée — pour régner — en majorité ù tout faire — y compris la culbute finale — et en

290 LE SOCIALISME AU JOl'R LE JOUR

minorité révolutionnaire chargée, en cas d'accident, de recueillir la succession gouvernementale et d empocher le pouvoir de changer de classe en changeant de mains.

Et ce n'était pas seulement en paroles, c'était en actes que payait — pour garder les masses à sa suite — cette minorité qui^ en 1849, allait jusqu'à descendre dans la rue avec Ledru-Uollin ; qui, en 1851, se faisait tuer héroïquement avec Baudin, et qui, en 1873, répondait au roulement des carrosses d'un sacre encore à venir, par le bruit d'un fusil qu'on arme.

Sous ce rapport, les Clemenceau, les Périer, les Madier et autres insuryecuits — sur le papier — de 1884, ne sont que la menue monnaie, j'allais dire la caricature, des véritables insurgés des gauches d'autrefois.

Qu'ils se soient, malgré tout, montrés moins dégénérés qu'avait pu le donner à croire leur laissezfaire de plusieurs années, c'est ce qui n'a rien d'impossible. Il se peut, je veux bien l'admettre, qu'ils aient tenu convenablement leur rôle. Mais c'est leur affaire, c'est l'affaire de leur caste dont ils constituent, qu'ils s'en rendent compte ou non, la dernière réserve.

Quant au prolétariat, au peuple travailleur dont l'affranchissement est conditionné à l'expropriation politique et économique de ses maîtres — sans distinction de républicains et de monarchistes, d'intransigeants et d'opportunistes — il n'a pas à in-

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tervenir, même de ses vœux, dans la querelle de famille qui se vide actuellement à Versailles.

Peu lui importe qui triomphe — la suppression du Sénat ou la nomination d'une Constituante pour laquelle se c7'oisent,*du nom du suffrage universel, les révisionnistes à la Barodet et à la Labordère devant le laisser aussi c/iair-à-pro/it, aussi taillable et corvéable qu'aujourd'hui avec une Chambre haute de 40.000 électeurs, ou que demain avec une Chambre haute de 80.000.

Il n'y avait pas de Sénat en mars, avril et mai 1871, ce qui n*a pas empêché le bombardement bourgeois de faire suite, contre le Paris des ateliers, au bombardement prussien et trente-cinq mille cadavres de salariés — c'est M. Pelletan qui les a comptés — de joncher en une seule semaine nos rues transformées en charniers.

On était en Constituante en Juin 1848. Et c'est cette Constituante qui a fermé à coups de canon — le canon républicain de Cavaignac — les bouches ouvrières ouvertes par le cri : Du pain ou du plomb ! greffant ensuite sur des centaines de fusillades sommaires des milliers de fransportations sans jugement.

Cette double expérience — à défaut de la propagande socialiste directe, qui leur a ouvert les yeux sur leur enfer et les moyens d'en sortir — suffirait à dicter leur devoir aux travailleurs.

Devoir d'abstention, de surveillance et de préparation.

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Qu'ils laissent s'entre gorger avec leurs couteaux à papier les b/etfs et les veiHs du cirque constitutionnel et, qu'augmentant leurs forces et les disciplinant, ils s'apprêtent, aussitôt que les circonstances le permettront, à balayer les uns et les autres, tiers de révisionnistes ou révisionnistes complets.

C'est pour eux la seule manière de n'êtte ni dupes ni complices.

La question sociale et le suffrage universel

C'est au nom de la question sociale « qui est posée partout actuellement et à laquelle la France n'échappera pas » (quel étrange futur !) ; c'est comme moyen de la résoudre « légalement et pacifiquement », que M. Clemenceau, au milieu des applaudissements de l'extrême-gauche, a réclamé le suffrage universel pour l'élection du Sénat.

« Voulez vous — a-t-il dit en propres termes — donner au mouvement qui se prépare les moyens d'aboutir utilement? Voulez-vous préparer à l'opinion populaire des moyens d'action réglée, des organismes qui luipermettent d'obtenir par la voie légale les satisfactions légitimes? » Alors appelez la nation toute entière à constituer votre Chambre haute !

Du moment que la fabrique à députés sera transforwéeen fabrique à sénateurs, c'en sera « fait des

révolutions de tout ordre » désormais remplacées par l'évolution ou la réformation féconde.

Voilà où en sont les plus intelligents et les plus honnêtes du radicalisme ! Et ce, après huit années d'élections de plus en plus républicaines.

Mais, aveugles que vous êtes, ce suffrage universel, qui appliqué au Sénat, devrait, àvousentendî*e, en faire un outil de transformation économique, d'émancipation ouvrière, est-ce qu'il ne préside pas à la confection de votre Chambre basse depuis 1876? Et en quoi, s'il vous plaît, cette Chambre qu'il engendre directement s'est-elle montrée moins odieusement bourgeoise que l'autre — l'assemblée du suffrage restreint?

Où sont les satisfactions qu'elle a données aux réclamations prolétariennes ?

La journée de dix heures — c'est-à-dire la réduction de ces travaux forcés ouvriers qui, en même temps qu'ils sont pères d'abêtissement pour les travailleurs, sont mères de chômage et de crises ? — voici des années qu'elle frappe à la porte du Palais Bourbon sans pouvoir se faire ouvrir ! On n'a pas même su ou voulu faire respecter la journée de douze heures, arrachée par la Révolution de 48 à notre bourgeoisie apeurée.

La responsabilité des patrons en matière d'accident de travail ? — Elle a pu servir de prétexte à commission, mais elle attend encore — et elle attendra longtemps — d'être votée, même en première lecture.

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Et les retraites pour les invalides de l'industrie ! Et les logements insalubres où régnent typhus et variole, en attendant le choléra! qu'avez -vous fait, monsieur Clemenceau? (ju'ont fait vos confrères en suffrage universel de toutes ces questions — et de bien d'autres — qui étaient bien mûres cependant et que Ton pouvait cueillir sans mettre sens dessus dessous le champ des profits capitalistes?

La vérité — et vous la connaissez mieux que quiconque — c'est qu'il n'est rien sorti, mais rien, ce qui s'appelle rien, du suffrage universel et de ses représentants, pas même diApain lorsque, chassés par la faim de leurs bouges, les travailleurs — sans travail — de Paris sont venus frapper au Palais-Bourbon.

Et c'est sur l'extension de ce suffrage impuissant, sur son introduction au Palais du Luxembourg, que vous comptez — vous l'affirmez au moins — pour faire faire au prolétariat l'économie d'un 89 ou d'un 93 !

Ce suffrage, d'ailleurs, prétendu universel, qu'en reste-t-il — et qu'en restera-t-il avant longtemps — sous les agissements de la nouvelle féodalité du capital ?

Mais regardez donc du côté d'Anzin, monsieur Clemenceau ! Regardez donc du côté du Creusot ! Et, sans aller aussi loin, voyez donc ce qui se passe sous vos yeux, à Paris même, dans les bureaux de rOrléans et du Paris-Lyon-Méditerranée.

Défense, de par le bon plaisir des d'Audiffret-

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Pasquier, des Schneider, des Mention et des Noblemaire, aux salariés de l'usine, delà mine et des voies ferrées, d'user de leur droit d'éligibilité? Ordre aux élus de démissionner, sinon jetés à la rue !

L'urne, dont vous vous constituez le champion, que vous élevez à l'état de Providence devant pourvoir graduellement à l'aifranchissement des masses, — cette urne, monsieur Clemenceau, elle s'en va tous les, jours en morceaux. Et ceux qui l'ont brisée, ce sont précisément ces hauts bourgeois auxquels'vous essayez inutilement d'en faire un rempart contre une explosion — inévitable — des meurt -de faim.

Blagueurs !

Les délégués sénatoriaux de la Seine sont enchantés de leur programme, qui est naturellement le meilleur des programmes, puisqu'il est le fils de leurs œuvres — ou de leur commission.

Mes petits sont bien faits, beaux...

disait le hibou de la fable et répètent à leur tour les bourgeois radicalisant — qui sont de l'histoire, hélas !

Mais pourquoi, diable, au lieu de se borner à porter aux nues les huit articles qu'ils ont couvés vingt grands jours, leur amour-propre maternel

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s'est-il avisé de démontrer par le menu les mérites de cette poussinée ?

Ça, c'est de rimprudence au premier chef, monsieur Dreyfus !

Lorsque, à l'appui de « la subordination absolue du pouvoir exécutif au pouvoir législatif », vous écrivez : « c'est la différence entre la fiction du régime parlementaire — régime monarchique — et la vérité du régime représentatif — régime démocratique », vous faites rire de vous jusqu'aux cailloux opportunistes, M. le conseiller radical !

Qu'on modifie tant que l'on voudra les rapports établis par la Constitution entre un cabinet à la Ferry et une Chambre à la Brisson ; qu'on intervertisse l'ordre des facteurs — comme on dit en arithmétique — et, aussi longtemps que ces facteurs seront de même nature ou de môme classe, le produit restera le même.

Voyez la Convention qui, pour avoir été son propre « exécutif », n'en a pas moins édicté contre les pauvres les lois les plus impitoyables dont fasse mention l'histoire de la bourgeoisie.

Voyez la Constituante de 48, qui — maîtresse également du pouvoir, exercé par voie de délégués à la Lamartine ou à la Cavaignac — a ouvert la série des grands massacres prolétariens.

Ce n'est pas, d'autre part, parce qu'il n'en a pas le droit constitutionnel, qu'au lieu de se faire « obéir » par le ministère, le Parlement '< obéit » lui-même à ce dernier, (''est qu'au fond on est

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d'accord et sur la politique d'aveutures coloniales à l'extérieur et sur la politique de tripotage et de provocation à Tintérieur. Donnez-moi une majorité qui, représentant réellement la nation ouvrière, tire en sens inverse du cousin de Bavier- Chauffour, et sans qu'il soit besoin de toucher à la fo-orme gouvernementale, c'est elle qui mènera au lieu d'être menée ; c'est elle qui gouvernera de fait.

Tandis que, si armés qu'ils soient par la lettre du pacte fondamental, une Chambre et un Sénat de chiens couchants s'aplatiront toujours sous le fouet qu'ils auront eux-mêmes placé dans les mains du plus provisoire des « commis ».

L'autre article que s'attache à justifier M. Dreyfus, après l'avoir qualifié modestement « d'admirable », est ainsi conçu : « réforme égalitairc de notre système économique et social ». Et pour nous prouver que cette formule « trouvée », parait il, par Clemenceau, est le dernier mot du socialisme^ alors qu'elle n'est que le dernier mot de la plus creuse des phraséologies, le co -directeur de la Nation s'écrie triomphalement :

« N'est-il pas vrai que l'impôt indirect demande trop au travail et que l'impôt direct ne demande pas assez au capital ?

« N'cst-il pas vrai que de grandes propriétés nationales, comme les chemins de fer, aient été, au détriment de tous, aliénées aux mains de quelques-uns? *

Sans aucun doute. Et après?

Quand les chemins de fer, les mines et autres

industries concéddes seraient reprises par l'Etat et exercées par lui, comme les chemins de fer le sont déjà en Belgique et en Allemagne ; quand les impôts indirects seraient, je ne dis pas allégés, mais supprimés, comme ils l'ont été, en partie au moins, sous la forme d'octroi, dans la Belgique déjà nomnée, en quoi les prolétaires français auraient-ils fait un pas, un seul, vers cette égalité économique, en dehors de laquelle Tégalité civile et l'égalité politique ne sont que des mensonges?

C'est le capital — représenté par les industriels et les commerçants — qui bénéficierait exclusivement des transports et de la houille ainsi dégrevées, comme c'est lui qui bénéficierait du bon marché de la îuain-d œuvre, seul résidtat de la vie ouvrière à bon marché.

Quant au travail — dont la rétribution en régime de salariat est déterminée parles frais d'existence des travailleurs et ne saurait s'élever au-dessus de ce qui est indispensable aux salariés pour vivre et se reproduire — moins dépouillé par l'impôt, il sera moins payé par l'employeur. Voilà tout.

Ainsi le veut la loi d'airain, dont il est impossible qu'on n'ait pas entendu parler au Conseil municipal, ne serait-ce que par feu Guyot, et qui faisait écrire à Lassalle, dès 1863, aux ouvriers de Leipzig :

« A quiconque viendra vous parler de l'amélioration du sort de la classe ouvrière, demandez avant tout s'il reconnaît ou

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non la loi des salaires. Si non, vous pouvez être sûr que cet homme vous trompe ou qu'il est de la plus crasse ignorance. Si oui, demandez-lui comment il entend écarter cette loi, et s'il ne sait que répondre, tournez-lui le dos sans remords : c'est un blagueur.,. »

Oui, blagueurs les Dreyfus et G*® qui ne veulent pas ou ne peuvent pas comprendre que « le grand problème de la fin de ce siècle » n'est pas un problème fiscal, mais une question de propriété ; et osent parler d'une refonte sociale en dehors de l'abolition du salariat par la restitution aux travailleurs, sous la forme collective, de tous les moyens de production !

Les Bons Apôtres

Le Congrès de T Association pour Tavancement des sciences qui, ouvert à Blois, vient de se terminer à Chenonceaux dans les vignes du Seigneur... Wilson, s'est occupé, lit-on dans le Temps^ (( des moyens de diminuer l'antagonisme entre le capital et le travail » .

Tiens ! tiens ! mais cet antagonisme n'est donc pas une invention socialiste — même pour les savants à tout faire de la bourgeoisie ? Bastiat, qui l'eut dit, alors qu'il y a quelques années à peine dans leurs livres et dans leurs chaires, ils ne juraient que par tes « Harmonies économiques » !

L'harmonisme des intérêts ouvriers et patronaux convaincu de n'avoir jamais existé que sous la

plume et pour les besoins du plus soudoyé des sophistes, c'est à la participation des salariés aux bénéfices qu'on s'est unanimement arrêté comme « le meilleur moyen » de le créer de toutes pièces.

Et cette unanimité des patrons ou de leurs tenants s'explique avec la participation telle qu'elle fonctionne aujourd'hui en France dans 75 à 80 maisons, et telle qu'elle doit continuer à fonctionner d'après le Congrès :

V C'est l'employeur, individuel ou collectif, qui fixe seul la part qu'il peut ou veut faire à ses employés. De 10 pour 100 qu'elle est chez M. Kestner, elle tombe à 5 à l'imprimerie Godchaux et à 2 à la Société des Dépôts et Comptes- Courants et à la Compagnie du canal de Suez. Elle serait réduite à 1 ou à 1/2 pour 100 que les salariés n'auraient rien à y voir. En réalité, c'est un don gracieux — pour ne pas dire une aumône — qui, comme tous les actes de ce genre, dépend exclusivement de la générosité du donateur ;

2** Les participants ou les bénéficiaires ne doivent jamais s'immiscer dans les comptes, même pour les contrôler. Sur ce point, les « apôtres » de la participation — comme ils s'appellent entre eux sans rire^ et au risque de transformer leur Congrès en Concile — sont intraitables. L'ouvrier intéressé dans la proportion qui a convenu à son patron, doit fermer les yeux en tendant la main ; et si on lui permet d'ouvrir la bouche, ce n'est que pour

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dire : merci ! C est ainsi que, pour enlever au travail associé jusqu'à l'idée d'établir un rapport quelconque entre sa part et la part du capital, la librairie Georges Masson et Timprimeric Marne ne déterminent pas le quantum ouvrier d'après le total des bénéfices, mais d'après le chiffre des affaires.

Dans cette association toute spéciale des salariés aux salariants, ces derniers n'abandonnant rien — ou, ce qui revient au même, n'abandonnant que ce qui leur plait — n'ont donc rien à perdre ou même à risquer.

Voici, en revanche, ce qu'ils ont — ou ce qu'ils auraient — à gagner :

1*^ Plus de grève — tout refus collectif du travail devant se retourner contre les travailleurs, qui ne peuvent mettre h profit la situation du marché pour vendre plus cher leurs bras sans perdre en dividendes ce qu'ils gagneraient en salaire. On l'a vu en 1878, lors de la grande grève typographique qui a passé, sans presque l'entamer, sur l'imprimerie Chaix, ainsi que ce dernier s'en est vanté à Blois ;

2° Immobilisation des travailleurs, qui, une fois pris dans Fengrenage de la participation, ne sauraient chercher un mieux-être ailleurs, se déplacer à cet effet, sans sacrifier tout ou partie de leurs primes accumulées dans « la caisse même de la maison » ;

3*^ Economie de matière première et d'outil, ré-

siiltant de la conviction où est le salarié participant qu'il bénéficiera des frais ainsi réduits. Et qu'on ne croie pas qu'il s'agisse là d'économie de bouts de chandelles : M. Leclaire — de la célèbre maison de peinture en bâtiment Leclaire, Defourneaux et C*** — qui s'y connaissait, ne l'évaluait pas <\ moins de 23 centimes par jour pour chacun de ses trois cents ouvriers, soit plus de 23.000 fr. par année.

4^ Surtravail de l'ouvrier, excité à produire d'autant plus qu'il a Tillusion de produire pour lui-même. Quant à l'importance de cette surproductivité de leurs machines humaines, qui est « le principal objectif » des patrons en travail de participation — ils l'ont proclamé à Blois, et le Temps le répète, — on en aura une idée par les deux exemples suivants :

Les usines de Terre-Noire, avant la participation, produisaient 13.000 tonnes en 1858 ; dix années plus tard, la production dépassait 34.000 tonnes, et leur directeur, M. Euverte, attribuait exclusivement cette augmentation de près de 200 pour 100 au zèle stimulé de son personnel.

La grande fabrique de papier de la participation faite homme et faite député — j'ai nommé défunt Laroche-Joubert — ne donnait, avant Tiutroduction de ce stimulant, que 25.000 kilogrammes par mois. La fameuse réforme opérée, c'est à 35.000, à 45.000 et à 50.000 kilogrammes que l'on ne tardait pas à arriver.

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Il est vrai qu'une pareille production, attachée fatalement à la participation comme l'ombre au corps, est condamnée à aboutir par l'engorgement à des chômages ouvriers de plus en plus fréquents et de plus en plus prolongés. Mais si, comme la division du travail, comme la machine, comme le libre-échange, la participation aux bénéfices doit être pour les travailleurs un instrument de servitude, de famine et de mort, elle ne peut que doubler et tripler les profits capitalistes.

Sous prétexte de partage, c'est la multiplication des bénéfices.

De là, « l'apostolat » des malins de la classe : Besselièvre, Gosselin, Charles Robert et autres Godin.

Heureusement que si, alléchés par cette perspective dorée, les bons « apôtres » se multiplient parmi les patrons, ils prêchent de plus en plus dans le désert... ouvrier, notre prolétariat n'étant plus à apprendre qu'en matière de profit ce n'est pas à une part, mais à la totalité qu'il a droit, et que la seule manière de résoudre les antagonismes économiques est de mettre — sous la forme collective ou sociale — le capital désindividualiso à la disposition du travail.

Réforme perdue!

Les Sociétés de secours mutuels, auxquelles le

Sénat, après la Chaml)re, s'occupe « de donner de Tair », présentent pour l'ordre actuel et ses tenants toute espèce d'avantages.

De Taveu d'un des rapporteurs de la nouvelle loi, M. Maze (Ilippolyte), « elles allègent singulièrement le budget de la charité officielle » en reportant sur les ouvriers eux-mêmes les frais de « pure bienfaisance » qu'auraient dû prendre à leur compte communes, départements et Etat.

Elles rendent le même genre de services aux patrons ou employeurs, qui ont d'autant moins à assister leurs machines humaines que celles-ci s'assistent — j'allais dirent se réparent — davantage entre elles, se chargeant de leurs malades, de leurs blessés, de leurs infirmes, de leurs vieillards

— et de leurs morts.

En mettant, d'autre part, les travailleurs au régime de l'épargne — c'est-à-dire de la privation

— ces Sociétés les préparent à des réductions de salaires, d'autant plus facilement subies qu'on a déjà contracté l'habitude de « se serrer le ventre » .

Enfin, au moyen du petit — oh ! très petit ! — avoir collectif qu'elles constituent et qui est le plus souvent confié aux mains de l'Etat, elles créent, parmi les dépossédés, autant d'intéressés — ou se croyant tels — au maintien de Tordre capitaliste et gouvernemental. Elles forment, selon l'expression du susdit Maze, « de véritables forteresses pour la défense de la paix sociale ».

S'il y a lieu, par suite, de s'étonner de quelque

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chose, ce n est pas que des institutions d'un pareil secours... pour la conservation J3ourgeoise aient fini par trouver faveur auprès d'une République Brisson Ferry. C'est qu'il se soit jamais rencontré des gouvernants assez ignorants — ou assez insoucieux — des intérêts de leur classé pour gêner l'action et entraver le développement d'associations aussi « bienfaisantes ».

Mais voilà ! l'Empire du Deux-Décembre, qui voulait bien « sauver la so-ci-é-té », tenait avant tout à se sauver lui-même. Et galopé par la peur de voir ces groupements, en majeure partie ouvriers, se retourner contre lui et faire de la politique anti-dynastique, il les tenait, avec son décret dictatorial du 26 mars 1832, à peine mitigé par les décrets des 28 novembre 1853 et 26 avril 1836, à la double chaîne de l'autorisation préalable, que l'on peut d'aufant plus impunément briser aujourd'hui que l'expérience a fait éclater Terreur du Bonaparte : jamais les prolétaires qui enfourchent le dada de l'épargne n'ont fait courir le moindre danger à aucun gouvernement, trop absorbés qu'ils sont dans leur « cagnotte » ou « tontine > particulière pour s'occuper de « la chose publique ».

Que ce soit le texte de la Chambre qui l'emporte ou celui du larbin des Rothschild et unique exécuteur testamentaire de Hugo, M. Léon Say, on va donc encourager la mutualité ouvrière, que Ton déclare « intimement liée à l'avenir de la dé-

mocratie ». Tonte Société pourra librement se former, qui aura pour but de pourvoir aux infirmités, aux accidents, à la vieillesse — et à Tenterrement — de ses membres. Les fonds ainsi versés à la Caisse des dépôts et consignations bénéficieront du môme intérêt que les placements des Caisses d'épargne. On se « fendra » même, s'il le faut, d'une subvention de 20 millions.

Mais on se tromperait étrangement en haut lieu si Ton s'imaginait faire une seule minute illusion à la France prolétarienne à Taide d'une semblable réforme. A ceux qui, au Palais-Bourbon et ailleurs, comptent pêcher aux voix ouvrières avec lamorce de ces « petits cadeaux » intéressés, les nouveaux serfs du capital répondront tout d'abord :

« Vous repasserez, mes bons messieurs ! si vous aviez réellement voulu faire quelque chose pour nous sur ce terrain — si étroit soit-il — de l'assistance entre meurt-de-faim, vous auriez commencé par nous faire rendre l'administration des caisses que sont seules à remplir les retenues obligatoirement opérées sur nos salaires et dont se sont emparées, de leur droit capitaliste — quia noniinor leo — Compagnies de chemins de fer, de mines, etc.

« Voici plus de cinquante ans que dans pos congrès et dans nos programmes électoraux nous amons cet argent qui est nôtre et qui nous a été eusement volé. Et pas un seul d'entre vous, Palais-Bourbon, ni au Luxembourg, n'a seu-

^||fl||kdam

lement repris, k titre d'amendement à la loi projetée, cette restitution élémentaire, parce qu'en « supprimant toute immixtion des employeurs dans la gestion de nos caisses », vous auriez enlevé à la classe patronale — la vôtre — un de ses pires instruments de domination et de division ouvrière. »

Le secours mutuel entre prolétaires ou nonpossédant est, d'un autre côté, le dernier mot de la duperie. Consultez plutôt vos chiffres : les 6.000 et quelques Sociétés existantes (y compris celles des médecins et autres artis'les libéraux) qui comptent près de 1.100.000 membres, possèdent combien? 94 millions, soit 85 francs par tête. Et la moyenne des pensions qu'elles servent diminue d'année en année, loin d'augmenter : elle était de^ 75 fr. en 1878, de 68 tv. en 1879, elle n'est plus en 1880 que de 66 fr.

Le vice irrémédiable de cette mutualité, c'est qu'elle est d'autant moins efficace ou secourahle que ceux qui y ont recours sont plus pauvres et auraient plus besoin d'être secourus.

Quant au Maze déjà nommé, qui entend ((neutraliser l'action des idées communistes » avec une assistance ainsi nécessairement en raison inverse des besoins, il est tout simplement à empailler. Le communisme, pauvre sire, est la grande société de secours mutuels, la seule qui " ne donne pas à boire dans un verre vide », parce qu'il mettra à la disposition de l'ensemble des travailleurs, non pas leurs misères additionnées et solidarisées, mais

toutes les richesses épargnées sur leur dos par l'oisiveté de la classe capitaliste.

Instruisez!

De toutes les promesses électorales qui courent actuellement les routes de nos quatre-vingt-sept départements, dans les valises - ou les discours — des divers partis bourgeois, une seule est destinée à ne pas rester lettre morte.

C'est celle qui vise l'instruction — cette instruction qui, avec la liberté d'association, constitue pour M Ferry toute la dette sociale, et que Ton continuera à « répandre à flot ».

On avait comblé « l'ouvrier » d'écoles primaires ; on l'accablera d'écoles professionnelles — appelées à fournir aux employeurs un outillage humain produisant plus et mieux et coûtant moins. Triple bénéfice ! Il n'est pas jusqu'aux écoles se-condaires et supérieures qui ne seront mises à la portée d'une partie — de l'élite — de notre prolétariat. On « organisera — comme le voulait M. Paul Bert — un système de bourses tel que l'Etat puisse aller chercher partout, jusque dans le moindre hameau, l'enfant capable de devenir un homme de talent, pour lui ouvrir les régions supérieures de l'enseignement » .

Nous en avons pour garant l'intérêt même de la . bourgeoisie — condamnée^ pour résister ou subsister, au plus largo recvulemciwV ^o's»'^\\A^.

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