NOMBRE DE VOIX EX FAVEUR DES CANDIDATS SOCIALISTES
La progression est absolument vertigineuse.
Les fameuses lois répressives imposées par M. de Bismarck sous l'impression des attentats de Hodel et de Xobiling, n'ont aucunement mis obstacle à cette difliision si rapide du socialisme. Dans la catholique Bavière seulement, les socialistes
comptent 2,200 associations avec 122,000 membres ; il y a dans la seule ville de Berlin 100 associations.
De 1878 à 1890, les voix données aux candidats socialistes ont monté : à Berlin, de 67,000 à 126,000 ; à Hambourg, de 29,000 à 66,000; à Munich, de 5, 000 à 25,ooo ; à Magdebourg, de 6,000 à 17,000; à Francfort, de 4^000 à 12,000; à Kônigsberg, de 1,000 à 12,000; à Hanovre, de 6,000 à i5,ooo.
Ces progrès étonnants ont rempli la démocratie sociale d'une confiance illimitée dans ses propres forces et dans sa destinée .
Depuis les dernières élections du 20 février 1890, dans lesquelles le succès des socialistes dépassa de beaucoup toutes les prévisions, le Sozialdemokrat, organe principal des socialistes allemands, qui a été imprimé jusqu'ici à Londres, et qui a toujours pénétré en Allemagne par milliers de copies, en dépit des persécutions de la police, a publié un numéro en rouge, dans lequel on voyait la révolution acclamée par les ouvriers aux cris de : « Le inonde est à nous quoi que Von fasse! »
Les socialistes allemands ne sont pas, comme la plupart des socialistes français, gens se berçant d'utopies et d'illusions ; ils ne vivent pas, comme ceux-ci, dans un isolement de bouddhistes, se contentant de protestations tumultueuses et irréalisables, aspirant à un nouvel ordre de choses plus ou moins possible, et se renfermant dans un mysticisme théorique; leurs tendances sont, au contraire, souvent pratiques, leurs aspirations bien définies et leur programme bien déterminé. Ils sont, pour le plus grand nombre, possibilistes et évolutionnistes, forment un vrai parti politique dont l'importance numérique est considérable, et ne craignent point de discuter pratiquement, et même impartialement, les intérêts des classes laborieuses.
Il faut ajouter ({ue le socialisme n'a pas seuleinciit pénétrii parmi les classes populaires, mais encore parmi les bourgeois aises et une bonne partie de la noblesse. Un des députés libéraux les plus connus du Reichstag allemand, Ludwig Bamberger, a très bien fait ressortir le rapide procédé d'infdtratiou par lecpiel le socialisme est arrivé à atteindre les hautes classes. « L'Allemagne, disait-il, est de venue la terre classique de la guerre de classes. Sans doute, le socialisme existe aussi en France, en Angleterre, en Italie ; mais là, au moins, tous ceux dont il menace les intérêts sont unis pour le combattre. Ce n'est qu'en Allemagne que l'on peut voir des groupes nombreux de gens riches, nobles, instruits et pieux, déclarer la guerre à la l)ourgeoisie. Les gentilshommes campagnards attaquent le capital, sans doute pour améliorer leurs cultures ; les professeurs déclarent que le chemin qui mène à l'opulence côtoie le bagne, et enfin des évèques conspirent avec les démagogues. Ce n'est qu'ici que l'on peut assister à ce spectacle étrange de personnes qui, avec une frivolité tout aristocratique, se font un jeu de saper les bases de l'ordre social, sous prétexte d'intérêt, de morale et de religion •. »
Une des causes qui ont le plus contribué à l'extension du socialisme, a été la persécution prolongée et violente de M. de Bismarck. Cet homme a été le Dioclétien du socialisme allemand, dont l'empereur actuel voudrait être le Constantin. Nature brutale, caractère violent et peu prédisposé à l'idéalisme, Bismarck a détesté, par dessus tout, ce qu'il a appelé les deux Internationales, la rouge et la noire, le Socialisme et l'Eglise catholi(jue. Les lois d'exception contre les socialistes, l'exil, les persécutions, les procès, n'ont fait que grouper en une seule plialange tous les adeptes du socialisme ; liée par le