‹ Le socialisme catholiqueChapitre 30 sur 140 · I. Lavelej-f. Le Socialisme cuntcinpurain, p. g · texte numérisé non relu

I. Lavelej-f. Le Socialisme cuntcinpurain, p. g

péril coniniiin, unie par le malheur, la phalange a grossi et a fini par former une armée nombreuse et puissante. Les persécutions contre les catholiques, le Kultuj'kampf, les arrestations d'évêques, les confiscations de biens ecclésiastiques, ont rendu le clergé catholique allemand batailleur, habile, intelligent, l'ont habitué à la lutte, et l'ont rendu à la fois plus actif et meilleur que dans tous les autres pays de l'Europe. Ainsi, les catholiques ont gagné bien des éléments jeunes, dont ils n'auraient jamais obtenu l'adhésion sans la persécution.

Rien n'aide mieux au triomphe et à l'expansion d'une idée, qu'une persécution injuste et violente.

Dans sa lutte contre Rome, M. de Bismarck, avant que l'empereur Guillaume II l'éloignàt justement du pouvoir, dut faire le voyage de Ganossa ; dans sa lutte contre la démocratie sociale, il éraoussa ses armes, et le parti, qui, en 18171, avait à peine cent mille électeurs, est devenu plus tard le plus fort numériquement.

En présence d'une aussi puissante agitation socialiste, le gouvernement n'avait que trois moyens de défense : ou se renfermer dans la vaine formule de l'école libérale, et continuer à soutenir que la liberté économique est le plus précieux de tous les biens, qu'elle guérit, comme la lance du héros de la mythologie, les blessures qu'elle a faites; ou réprimer le mouvement par la force ; ou adopter un programme large et sain de réformes, capable de raviver la confiance des classes laborieuses dans l'action de l'État. Or, l'école libérale n'a jamais trouvé beaucoup de partisans parmi les hommes de science allemands ; les traditions de liberté de la France sont contraires à la tendance et au caractère du peuple germain, habitué au contraire, à beaucoup trop compter sur l'intervention de l'État. La seconde voie fut tentée, mais n'a donné que des résultats négatifs, car, ainsi qu'on l'a vu, les voix recueil-

lies par les cundidats socialistes, après avoir baissé une fois de 49^'4l7 ^" 1^77 '^ 3ii.()f)i en iHSi, prirent ensuite leur revanche, et de (juelle uianière, en reuiontant à y63,i28 en 1887, et à 1,341,587 en 1890.

La troisième méthode, plus en harmonie avec le caractère, les traditions, les tendances du peuple allemand, a déjà été choisie depuis quelques années, et le gouvernement, en faisant sienne une bonne partie du programme des socialistes d'Etat, est entré dans la voie des réformes sociales, dont on peut dire qu'il est devenu le porte-di\ipeau en Europe. Après avoir garanti la protection de la femme et de l'enfant par les lois sur les fabriques, et par le système de l'assurance obligatoire, il a cherché à mettre l'ouvrier à l'abri contre les maladies, lu vieillesse, les infirmités, les revers. Quelles que puissent être les conséquences économiques et financières d'une entreprise aussi hardie de la part de l'Allemagne, une telle initiative n'en restera pas moins un des événements sociaux les plus importants de ce siècle. Le système des assm'ances obligatoires fonctionne depuis trop peu de temps, pour qu'il soit possible d'en juger en connaissance de cause, mais l'on peut déjà faire remarquer que les critiques d'écrivains de l'école libérale, surtout celles venues de Erance, sont inspirées, pour la plupart, par des idées théoriques préconçues, et que les observations pessimistes de Leroy-Beaulieu et de Jeannet sont le produit d'un préjugé scientifique plutôt que le résidtat d'une étude impartiale.

L'opinion publique, en Erance, en Angleterre, en Italie, attribue à tort une très grande importance à l'influence exercée sur les lois récemment édictées en Allemagne par les doctrines de l'école historique, ou par celles des socialistes dits de la chaire.

Cependant, les lois dites sociales — qui ne sont ni toutes

bonnes ni toutes utiles — sont nées de causes bien diverses et bien éloignées. D'un côté, le gouvernement, voyant l'inutilité des mesures répressives, a voulu salTectionner les classes populaires ou au moins gagner leur confiance. De l'autre, le gouvernement allemand, suivant ses traditions, croyait avoir le droit d'intervenir dans les rapports économiques des classes entre elles. Lorsque M. de Bismarck voulut faire des lois protectrices il ne s'adressa point, vu son mépris profond pour tous les théoriciens, à des économistes, ni à des ouvriers, qui lui étaient suspects, mais à un des plus grands industriels de rAUemagne, à M. Stumm. Celui-ci, très humain, mais en même temps d'humeur despotique, immensément riche, se préoccupait beaucoup du bien-être de ses ouvriers, mais ne tolérait point qu'ils parlassent de revendications et de droits. Ennemi de la loi sur la responsabilité des patrons, moins à cause de ses conséquences économiques qu'à raison de l'idée d'indépendance qu'elle réveille chez les ouvriers, Stumm avait cependant assuré auprès des grandes compagnies tous ses travailleurs. Ceux-ci, garantis pour la vieillesse, restaient attachés à la maison et se pliaient avec plus de faciUté aux exigences de M. Stumm. Ainsi, quandM. de Bismarck voulut présenter ses lois d'assurance, il n'eut pas besoin de recourir à des économistes ou à des théoriciens ; il copia le système de Stumm, qui avait le grand mérite de garder la classe ouvrière en tutelle, et l'avantage de pourvoir d'ailleurs aux besoins matériels les plus urgents.

Mais les congrès du Vereinfiir Sozial Politik, aussi bien que les théories des socialistes delà chaire, demeurèrent sans résultat. Schaffle fut interrogé une fois, sans qu'une seule de ses idées fût accueillie. Ni Wagner, ni d'autres encore, n'obtinrent plus de succès '.

I. Cf. la tivs belle étude de H. Saint-Marc : Elude sur V Enseignement de

En présence des difficultés soulevées par une réglementation du travail de la part de l'État, Tempereur d'Allemagne a reconnu la nécessité d'arriver à vm accord international avec les autres pays industriels de l'Europe, et la Conférence de Berlin, quels qu'en puissent être les résultats, est le premier pas décisif dans la voie dune action commune.

Par le projet de réglementation du travail présenté au Rcichstag, l'empereui' s'ellbrcc de réaliser le plus largement possible les vœux émis par la Conférence de Berlin.

Les économistes de l'école poui' ainsi dire classique, ne rencontrent en Allemagne qu'un assez maigre accueil; depuis l'empereur jusqu'au dernier des ouvriers, tous pensent que l'Etat doit intervenir dans les rapports entre capitalistes et travailleurs, en prenant en main la tutelle et la défense de ces derniers.

« En présence de la terrem' qu'inspirent — a écrit le Reichsanzeiger, dans un article reproduisant la pensée de Guillaume II — le socialisme et les idées de la démocratie socialiste ; en présence des maux qu'amènerait le « laissezfaire » pratiqué à l'égard du socialisme, il faut que les partis s'unissent étroitement, qu'ils cachent leurs armes, qu'ils renoncent à se disputer le pouvoir et qu'ils se groupent autour du protecteur natm'el de toutes les classes de la société, autour de celui qui porte la couronne et possède la force et la puissance. La société peut se comparer à une balance placée dans la main du souverain, lequel doit ajouter un poids d'un côté ou de l'autre, pour arrêter les oscillations et rétablir riiarmonic troidjlée ^ »

Guillaume II a certainement rêvé, pendant quelque temps, de devenir le premier défenseur de la cause populaire. « V ous

rEçofwinir poliliijiir dans 1rs Unii.'rrsiti's d'AUcinagnc et d'Aiitrichr. da.i\^ lAlici'UC d'Economie Poliliquc, d'avril 1892.

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