‹ Le socialisme catholiqueChapitre 44 sur 140 · EN 1890, IL Y EN AVAIT · texte numérisé non relu

EN 1890, IL Y EN AVAIT

04 paraissant (1 ou 7 fois par semaine.

Ce n'est pas seulement le nombre des journaux catholiques allemands qui s'est accru, leur importance a augmenté proportionnellement ' .

La presse, dont le rôle est si actif, si important, a de plus pour auxiliaires un grand nombre d'associations catholicosociales étroitement unies entre elles et ayant le même programme social.

Ce qui est, à la fois, incontestable et digne de remarque, c'est que les socialistes démocrates gagnent peu de terrain dans les districts catholiques, où les conditions économiques des classes populaires sont plutôt plus mauvaises que dans le reste de l'empire. Dans la province rhénane et en West-

I. .l'ai relevé cette statistique dans roiivrag'e de Kannengieser : Cntliolu/iics «//(■;;i«/i(/.s; cependant, comme il s'agit d'un auteur très optimiste, il y a lieu de faire des réserves sur ce qu'il aftirrae.

phalie, où les mineurs et les ouvriers sont presque tous catholiques, à Essen, à Crefeld, à Gladhac, à Bochum, à Dortmund, les socialistes démocrates se sont heurtés à des obstacles insurmontables dans leur propagande. Ce n'est qu'à Cologne et à Munich que le mécontentement a poussé un assez grand nombre d'ouvriers à entrer dans les rangs de la démocratie sociale.

Sur les 36 députés socialistes faisant partie du Reichstag, aS ont été élus par des pays totalement protestants.

Il est vrai que Munich est une des citadelles du socialisme, et que toute la Bavière a de grandes sympathies pour Vollmar. Mais il faut noter que Vollmar n'est ni un intransigeant autoritaire comme Bebel, ni un collectiviste outré comme Werner. De famille noble et catholique, d'une nature fervente, il mit dans d'autres temps, son épée au service de l'Église, et il fut officier dans la petite armée pontificale. Orateur brillant et écrivain plein de finesse, il se sépara peu à peu de Bebel, de Liebknecht; il n'a désormais que peu d'idées en commun avec ses anciens compagnons; c'est un vrai possibiliste, et c'est l'intelligence la plus haute et la plus sérieuse que compte le socialisme allemand*.

Longtemps avant que l'illustre archevêque de Mayence eût enseigné du haut de la chaire de sa vieille cathédrale le verbe du socialisme chrétien aux foules impatientes, le Père Kolping, d'abord humble cordonnier, plus tard prêtre, avait, dès l'année 1847, puissamment aidé le développement des associations catholiques ouvrières dans toute la vallée du Rhin.

« Pas de vaines paroles, disait Kolping, elles enveniment les plaies ; la charité seule peut tout faire, »

1. Sur Vollmar, son passé, sa rupture avec Bebel et Liebknecht, et sur les sympathies dont il jouit parmi les catholiques, cf. de Wyzeva : Le MoiH'cinent socialisU' en Europe, pp. 123-147 et 255-2j0.

Et sa propagande fut si active, si féconde, (juen dix-huit ans, de 1847 à i8()5, il réussit à répandre ses associations ouvrières <( Gesellenvereine », dans tout le pays rhénan. Ghaque«Gesellvercin », placée sous la direction d'im comité, composé d'un président, toujours ecclésiastique, de deux surveillants, de quatre aides et d'un ancien, tous de la classe ouvrière, avait un cercle, un hospice, une auberge, où les associés en voyage étaient sûrs de trouver du secours et un gîte. A la mort de Kolping, en i8G5, il y avait dans tout le pays rhénan environ 4oo « Gesellenvereine », qui comptaient 80,000 membres.

Dès l'époque de la publication de son rcmarqual)le ouvrage sur la question sociale, Ketteler avait vu de quelle importance pouvait être pour le parti socialiste catholique le développement des associations ouvrières fondées par le Père Kolping, et il les fît adopter et soutenir par les socialistes catholiques, puis vinrent les luttes du « Kulturkampf », et les catholiques sentirent plus vivement le besoin de s'organiser et de rester unis pour mieux résister aux persécutions du gouvernement.

Le clergé, comprenant quels avantages il pourrait retirer des associations ouvrières catholi({ues, s'ellorçadc les faire prospérer le plus possible, et la grande extension que prirent ces associations est due principalement à des ecclésiastiques, tels que le recteur Shings, le vicaire Kronenbergd" Aix-la-Chapelle, le vicaire Laaf d'Essen, le « Domcapitular » E. Klein de Paderborn, et surtout à l'abbé Arnold Bongartz. Les statuts de ces associations, successivement modifiés, tournent cependant tous autour d'un même type. Chaque association catholico-sociale s'oblige à se conserver fidèle aux levons de l'Eglise, et les membres ne peuvent faire partie des associations de la démocratie sociale qui renient Dieu et se séparent radicalement du programme de l'Eglise : Extra Ecclesiani nul/a salas. Quoiqu'elles aient souvent, selon les métiers, des

patrons difïérents, elles vénèrent principalement Saint Joseph qui fut un humble ouvrier, et quelquefois aussi Saint Paul, un autre ouvrier, défenseur ardent des droits du travailleur. Les membres associés doivent être ouvriers et catholiques, et les personnes riches ou les industriels ne peuvent en faire partie que comme membres honoraires ne prenant pas de part active à la direction de la Société. Les personnes préposées à la direction doivent posséder la confiance du clergé, mais ne sont pas des prêtres. Les ouvriers doivent, d'un commun accord, et par tous les moyens en leur pouvoir, s'elTorcer de se soustraire à la tyrannie du capital, de ne pas se mettre à sa remorque : im Schlepptaii des Kapitals. Les grèves et les coalitions des travailleurs, qui, étant donné le système économique actuel, sont souvent la seule arme dont disposent les ouvriers, ne doivent pas être proscrites d'une manière absolue. La politique doit être bannie des associations, mais si les intérêts de l'Église venaient à être menacés, le devoir commanderait de se jeter dans la lutte. Il importe que les ouvriers soient étroitement unis entre eux, et qu'ils puissent s'entretenir avec calme de leurs propres intérêts. Qui pourrait connaître mieux que les ouvriers les besoins et les souflrances de leur classe? qui saurait mieux qu'eux signaler les maux qui les affligent, et luttei- plus activement pour leur bonheur? Mais ce ne sont certainement pas les vaines promesses et les mirages séduisants de l'école libérale qui sauveront l'ouvrier de la tyrannie du capital, c'est l'union entre les travailleurs, l'union de tous ceux qui souffrent plus ou moins de la même manière, et qui poursuivent le môme but. Or, si chaque association a sa sphère d'action propre, dépendante des circonstances locales, toutes ensemble doivent avoir pour guide un idéal commun, et tendre vers un même résultat.

lOO T,E SOCIALISMK CA ril()M<^)UË

« Qu.'i' congregationcs, dit un rapport sur les « Arbeiter Vercine », id agunt et expetunt, ut (ides catholica nec non moruni sanetitas in sodaliuni animis alatur, confirnietur, augeatur atque vit;e conditio in nieliorem statuni redigatur. Reginicn aut carte regiminis suuima pênes cleruni est.

ce Ad fînem propositum contendunt, co quod :

« i" Yitani omneni rcligiono iudjuere et ordinis cujusquc virtutem amplilicare et exercerc student ;

« 2° Goncionando et disserendo sodales edocent;

<( 3° P^a instituunt, qua' ad emendandam et sublevandani operarioruni eonditioneni idonea videntur esse ;

« 4° Sodaliuni aninios ad humanitatem, liberalitateni, honestatem confirmare nituntur.

« Patrones hiec congregationes vcnerantur pleruni([ue S. Josephum, S. Pauluni. alios. In nunicruni sodaliuni, quicumque operarioruni lideni catholicam prolîtetur, a'tatis annum duode vicesirauni excessit neque civilis lionoris aut existimationis expers est. »

Il existe actuellement des Sociétés catholiques de compagnons, « Katliolische Gesellenvereine », sur le modèle de celle delvolping, des Sociétéscatholiquesd'apprentis, des Associations de maîtres-ouvriers, d'ouvriers-mineurs, etc.

Les Sociétés du type de Kolping sont très nombreuses : elles comptent près de cent mille membres et sont multipliées dans presque toutes les villes catholiques. Elles ont un but d'éducation et d'instruction ; elles tiennent même parfois une caisse d'épargne, et sont arrivées, comme à Berlin, à fonder une académie destinée à former le goût des ouvriers qui se préparent aux travaux il'art et d'industrie.

Les associations ouvrières catholiques de production patronnées par Ketteler sont, par contre, peu nombreuses, par la raison qu'elles ont peu réussi. Les associations catholiques

LES SOCIALISTES CATHOLIQUES ALLEMANDS i\){

de mineurs sont très importantes, surtout dans le bassin houiller de la Roer.

Il serait trop long d'exposer en détail les programmes et les tendances de toutes ces associations. Cependant, avant de clore ce rapide examen il est bon de signaler les Sociétés catholiques d'épargne et de crédit, les Sociétés d'ouvrières catholiques, les Sociétés catholiques sociales sii'épandues, où sont admis des bourgeois et des industriels, et qui ont pour but unique la discussion de la question sociale, à un point de vue chrétien.

Dans ces associations, les prêtres parlent, au moins une fois par semaine, aux ouvriers, des droits des travailleurs, de la question sociale, du socialisme.

Les ouvriers prennent part aux discussions, et c'est ainsi que le prêtre apprend à connaître à fond les besoins, les tendances, les aspirations des classes ouvrières.

Quoique toutes les associations d'ouvriers catholiques tendent plus ou moins vers des buts identiques, elles ne sont liées entre elles par aucune obligation, et chacune d'elles s'efforce de ne pas étendre son action au delà des limites de son programme. Mais le besoin d'un lien plus fort, la nécessité d'une direction unique et d'un programme commun, les poussent chaque jour davantage à se réunir en un seul faisceau.

En présence de la vaste agitation patronnée par le clergé parmi les ouvriers catholiques allemands, les industriels catholiques ont senti la nécessité de s'unir. C'est ainsi que s'est formée, sur l'initiative de quelques industriels, une association de patrons, présidée actuellement par Frantz Brandts, qui a pour secrétaire général l'abbé Hitze et pour organe YArbeitei^a^ohl.

h'Ai'beiterwohl est une des revues allemandes les mieux

écrites, elle ne manque ni de largeur de vue ni de hardiesse, et lîrandts est un partisan convaincu de la réglementation du travail par IKtal.

L'association (convaincue ({u'une lutte efficace contre les inconvénients multiples de la grande industrie et les dangers <{ui uicnaccnt la st)ciété civile n'est possible cprcn prenant pour base le christianisme), et ne soccupant aucunement de questions politiques, se propose pour but de concourir à l'amélioration du sort des ouvriers.

Aux termes de Tarticle 2 des statuts, l'association s'eflorce d'atteindre ce but en soignant les intérêts religieux, moraux et matériels de la classe ouvrière, et plus particulièrement :

1" En secondant les ellorts tendant à relever l'éducation et la vie chrétienne ; encourager la bonne conduite des ouvriers dans les usines, le repos du dimanche; organiser chrétiennement et étendre les associations d'ouvriers et d'ouvrières, leur fournir des lectures morales et instructives, etc.

2° En favorisant un rapprochement entre les patrons et les ouvriers, par lintérèt ([ue les premiers prendraient à la situation de famille des seconds, etc. ;

3° En améliorant les habitations des travailleurs (Logements sains et à bon marché, loyers modérés, etc.) ;

4° En povirvoyant à l'éducation, à l'instruction, à la récréation (Asiles pour l'enfance, Instituts pour l'enseignement de l'économie domestique et du travail manuel des femmes, Enseignement des matières élémentah'es et techniques. Associations récréatives, etc.) ;

5° En créant, par la coopération des ouvriers, des institutions économiques à leur prolit (Caisse de secours aux malades, Caisse d'épargne. Caisse de secours et d'avances. Caisse de secours pour la vieillesse et les veuves. Tribunaux

d'arbitrage, Fournitures d'aliments de première nécessité à bon marché, Lutte contre l'usure, etc.);

6° En soignant 1" hygiène des ouvriers et des ouvrières (Bonne aération des usines, Établissements balnéaires, surveillance des sages-femmes. Prohibition du travail trop prolongé, Fixation du temps de travail des femmes et des en fants, etc.);

y° En créant des institutions protectrices de la santé et de la vie des ouvriers (Institutions de prévoyance. Assurance des ouvriers contre les revers de fortune).

Claudio Jannet dit que l'Association des Industriels allemands est une de ces œuvres qui font la force des catholiques d'Allemagne. Et c'est, en effet, une chose bienrare, de voir de grands industriels patronner et protéger des institutions que la plupart des industriels du reste de l'Europe repoussent au nom de leurs propres intérêts.

l^Wrheiteivohl, discutant pratiquement les intérêts et les besoins de la classe ouvrière, n'est arrêté ni par les préjugés de classes, ni par des préjugés religieux, dans l'examen des questions fondamentales de notre organisation économique, et les conclusions auxquelles il arrive, aussi bien que les concessions qu'il fait chaque jour aux revendications des socialistes, sont bien plus larges et plus substantielles que celles que font, en général, les industriels de l'Allemagne protestante.

Mais si, dans les villes industrielles, le clergé allemand n'a pas cessé et ne cesse point de s'occuper de la question sociale, de réunir les ouvriers et les industriels, et de leur imposer l'étude des problèmes les plus essentiels de la société moderne, il ne s'est montré ni moins actif, ni moins persévérant dans les campagnes.

En juin 18G8, dans la première réunion des Associations

catholico-sociales, une section permanente fut nommée pour s'occuper « du relèvement moral et de l'amélioration, au point de vue écon()nii([ue, du sort de la classe ouvrière ».

Lebaronde Schorlemer-Alst, un des gentilshommes les plus nobles et les plus catholiques de la province de Westphalie, faisait partie de cette couimission.

En 18G2, le baron Schorlcmer-Alst, ayant abandonné la carrière militaire, s'était retiré dans ses propriétés de Westphalie, concentrées pour la plupart dans l'arrondissement de Burgensteinfurst.

La Westphalie, diflerente en cela des provinces de la Prusse- Orientale, n'a que peu de grands liei's : la propriété foncière est très divisée, et le pays a une constitution rurale très semblable à celle de la France. Le sort des paysans y est par conséquent moins misérable que dans la plupart des autres provinces germaniques.

Pourtant, depuis l'année i85o, la liberté des contrats, du taux de l'intérêt, des changements de domicile, la faculté accordée à tous d'émettre des lettres de change, finirent par engager les paysans dans la voie désastreuse des dettes, et par faire passer une grande partie des petites propriétés dans les mains des grands propriétaires et des banquiers.

Le baron de Schorlemer-Alst vit le grave péril que courait la prospérité des paysans, et en i8()2 il invita sept grands propriétaires, ses voisins, à étudier une question aussi diiïicile ; d'accord avec eux il forma une Union pour la défense des intérêts agricoles. Plus tard, ayant publié quelques ouvrages importants sur la réforme des lois de succession et sur l'état de la propriété foncière, il créa dans toute la population westphalienne une agitation marquée, dans le sens de ses idées.

Un petit cultivateur de l'arrondissement de Reklingshausen,

appeléBreuker, répondit immédiatement à l'initiative du baron de Schorlemer-Alst, en fondant dans son arrondissement une association de paysans.

En 1867, les associations fondées sur l'initiative de Schorlemer-Alst se réunirent dans une association centrale et nommèrent pour leur président le baron d'Alst, et pour viceprésident l'agriculteur Breuker, les deux hommes à qui on devait la création de ces « Westfalischer Bauern Vereine » qui devaient, peu d'années après, avoir une si grande influence sur l'économie sociale du pays.

Dans un de ses discours prononcé en 1887, l'illustre baron a raconté les difficultés qu'il a rencontrées au début de son apostolat : « Lorsque naquirent les premières « Bauern Vereine », dit-il, nous ne trouvâmes partout que de l'opposition ».

« Le mot Bauev ' surtout soulevait un grand nombre d'objections. On proposait d'autres noms; personne ne voulait être paysan, et ce n'est pas un des moindres services rendus par les « Bauern Vereine », que d'avoir remis en honneur ce noble nom allemand, de paysan. Selon moi, aucun nom ne nous convient mieux à tous, depuis le prince jusqu'au dernier des manœuvres, que celui de paysan, et si nous travaillons tous ensemble, comme de loyaux paysans, pour le bien de la Patrie, nous pourrons porter ce nom avec honneur -. »

Dans un autre discours prononcé le 18 février 1880, au Congrès des Agriculteurs allemands, à Berlin, le baron de Schorlemer-Alst dit : « Le devoir du grand propriétaire consiste principalement à se montrer un vrai chrétien, dans ses rapports avec sa religion et son église, dans sa famille, dans toute sa conduite personnelle... Il doit vivre chrétiennement, non seulement en public, mais en particulier. Nous devons

I Paysan. •

a. Jannet. Le Socialisme d'Etat, p. 19;.

nous distinguer de ceux qui ne considèrent une grande propriété agricole que comme un emploi avantageux de leur capital, ou comme un moyen agréable d'échapper aux chaleurs de l'été. Nous devons partager les souirranccs et les joies du peuple ; alors un lien entre la grande, la petite et la moyenne propriété sera facilement trouvé. Sur cette base, l'union sera faite le jour où tous, jusqu'au dernier des travailleurs, auront le sentiment qu'il existe un point de vue qui nous place tous au même niveau, c'est-à-dire que devant Dieu nous ne sommes que des serviteurs inutiles. C'est là qu'est la vraie égalité : nous verrons alors la vraie hiérarchie sociale se rétablir d'elle-même par la volonté toute spontanée des autres classes, et avec les meilleurs résultats. »

Les grands propriétaires, d'après Schorlemer-Alst, ont été jusqu'à ce jour trop avides de gain, trop insouciants des besoins du peuple, qu'ils ont poussé inconsciemment, par leur égoïsme, dans les bras de l'athéisme et de la démocratie sociale.

« La grande propriété doit, tout d'abord, savoir discerner son devoir, qui consiste à précéder dans la voie du progrès la petite et la moyenne propriété, et à savoir faire, dans ce but, des sacrifices même importants. Si elle se heurte à des préventions ou à des antagonismes, elle doit savoir en triompher par l'exemple et par une conduite pratique.

« En précédant ainsi les petits et les moyens propriétaires, il ne faut pas, je le dis bien haut, montrer les préventions d'un patronat orgueilleux, mais cette bienveillance réelle qui fait que l'on partage leurs souffrances, que l'on s'eflbrce, lorsqu'on est matériellement en situation de les aider, de vouloir le faire et de le faire de bon cœur. Je crois que si les grands propriétaires remplissaient leurs devoirs, que je ne puis qu'indiquer à grands traits, il ne serait point en réalité

aussi difficile de créer, sur le terrain de la question sociale, une étroite alliance avec la petite et la moyenne propriété. Je demeure convaincu que les privilèges dont on déplore l'abolition, mais qu'il est impossible de rétablir, seraient accordés volontairement et offerts spontanément par les petits propriétaires aux grands propriétaires qui vivent parmi eux, si ceux-ci remplissaient exactement leurs devoirs envers eux. Mais une chose est essentielle : à mon avis, si le grand propriétaire veut avoir de l'influence, il doit, dans toute son existence, être un type d'homme libre et indépendant. Or, c'est précisément pour remplir ces devoirs que le don inappréciable de l'indépendance qui est attachée à la grande propriété, lui a été accordé par la Providence. La chasse, le sport, sont certainement de très belles choses, dont je sais parfaitement apprécier la valeur; mais ce n'est point en cela, messieurs, que consistent les devoirs du grand propriétaire. Ils sont d'un ordre plus élevé. Ce n'est point à notre époque que l'on en peut méconnaître la gravité et l'urgence. Il y a des maux considérables qui demandent un remède, et des dangers imminents à éviter. Tous les grands propriétaires doivent avoir présent à l'esprit que nous pouvons à tous moments être précipités dans un abîme et voir éclater une tempête formidable ' . »

Au début de son apostolat, Schorlemer-Alst se heurta à de nombreuses difficultés. Les milliers d'électeurs qui, après l'adoption du suffrage universel, furent lancés par lui contre des candidats du gouvernememt, inquiétèrent M. de Bismarck, et, en 187 1, un rescrit ministériel prescrivit la dissolution des « Bauern Yereine » de Westphalie, considérées comme des associations politiques, contraires à la loi. Pourtant le

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