I. Renan. L'Avenir de la Science, pp. 368-C
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posiMil volontiers en adversaires aeharnés du cliristianisnie et de tonte reli«:;ion positive et en partisans du matérialisme et de l'athéisme. Une telle attitude est en contradiction flagrante avec les déclarations fondamentales du parti. » « D'autre part, remarque avec raison le Ziilcun/l, les tendances athées de la démocratie sociale peuvent bien lui attirer, par esprit d'opposition, des personnes professant l'antireligion, mais elles ne peuvent, en même temps, que lui aliéner un nombre considérable d'esprits réfléchis, penchant vers le côté idéal de la vie, (jui saluent dans le Christ une des grandes figures de l'histoire, et dans l'Kvangile une morale pure, sur laquelle le socialisme peut très bien enter ses principes de justice et d'équité dans l'organisation du travail et dans la répartition des produits de l'activité commune '. »
Les affinités entre la doctrine morale du socialisme et la doctrine morale du christianisme sont d'ailleurs fort peu apparentes et en surface, de sorte que les hommes d'Église les plus fermement attachés à l'Evangile se sentent avec répugnance entraînés vers le socialisme par les principes mêmes de la religion qu'ils professent.
L'archevêque anglican d'York, le docteur Thompson, dans le discours d'inauguration de la conférence œcuménique tenue à Lambeth en 1889 et à laquelle prirent part i45 évêques anglicans, acceptant, au nom du christianisme, le principe fondamental du socialisme, parla sur la question sociale avec une ampleur et une hardiesse qu'Henry George lui-même n'a jamais atteinte. En même temps, les évêques de Manchester, Brisbane, Carlisle, Berry, Michigan, Mississipi, Pittsburg, Rochester, Sydney, "Wakefield, chargés à la même conférence de présenter un rapport sur l'aspect religieux du problème
1. Cf. dans le Zukunft, du 15 juin 18:8, l'article : Die Kirchc imd Zukunftstaat.
social, affirmèrent ouvertement qu'il n'y a pas incompatibilité entre le christianisme et le socialisme qui ne recourt pas aux moyens révolutionnaires, et bien que n'acceptant pas, pour des raisons économiques, la nationalisation du sol, ils se déclarèrent favorables non seulement à la coopération distributive mais encore à la coopération productive encouragée directement ou indirectement par l'Etat, toutes les fois qu'elle serait nécessaire ou même simplement avantageuse.
Le Rév. E. Plumptree, doyen de Well, l'un des hommes les plus éclairés du clergé anglican, dans un article des plus remarquables publié par la Contemporarj' Review, a abordé avec un grand courage la question des rapports du christianisme et du socialisme. Entre les préceptes de l'Evangile considérés dans leur cspi'it et les théories des socialistes modernes il y a, croit-il, de très grandes affinités, tandis que le soi-disant individualisme économique est une doctrine inique et antichrétienne. La concurrence, base de notre système industriel, la concurrence qui pousse les hommes à lutter sans cesse les uns contre les autres, dans toutes les branches du commerce et de l'industrie, et dans tous les champs de l'activité humaine, est, elle aussi, un principe antichrétien. En effet la concurrence se propose d'éliminer les faibles, les impropres, tous ceux, en un mot, qui sont incapables de résister; or, le christianisme est né présiséraent du besoin de défendre les faibles contre les forts, de les garder, de les protéger. Concurrence, lutte pour la vie, sont des termes opposés à christianisme, tandis qu'il n'y a presque rien dans le socialisme évolutionniste de contraire à la doctrine de Jésus.
Gomme nous le verrons par la suite, pour Ketteler, Hitze, AVeiss, de Mun, Decurtins, pour presque tous les économistes catholiques, et pour presque tous les ecclésiastiques, la liberté
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éconoiiiiquc csl un principe inique et contraire à toutes les lois chrétiennes.
Le socialisme n'est pas un système ferme et absolu, mais une direction qui doit varier selon le milieu historique et les tendances économiques des peuples ; ccst en cela (pi'cst vraiment la cause de sa force et de son très rapide développement. Il ne s'est pas renfermé dans des formules déterminées, et celte élasticité, si elle fait s'accroître chaque jour le nombre des écoles socialistes, leur donne, en revanche, ime merveilleuse faculté d"adai)tali()n.
Les principes sur lesquels s'appuie la démocratie sont en opposition flagrante avec les lois du développement social et avec les lois de l'anllu'opolog'ie. Si les socialistes radicaux recueillent un si «çrand nombre d'adliésions et se répandent si rapidement, cela tient à un ensemble de causes économiques et morales qui changent selon les pays mais qui existent presque partout. Malgré cela, la démocratie sociale ne représente point un système social supérieur contre lequel la société actuelle ne pourrait pas se défendre.
Stuart Mill, dans ses fragments posthumes sur le socialisme moderne', observe avec juste raison que si les socialistes sont presque tous d'accord dans la partie négative de leurs systèmes, il est rare de les trouver imis, dès (^uil s'agit de porter remède aux maux qu'ils déplorent.
Les eflbrts des socialistes pour prouver que la question sociale repose partout sm* les mêmes termes, qu'elle a partout le même avenir, ont été et devaient être vains.
Quiconque étudie avec intérêt le développement et l'expansion des théories socialistes dans toute l'Europe, voit de suite qu'elles se transforment par adaptation dans tous les pays où
I. l'iiblii's dans la lirenr Philoiophiqur. de septembre iS^p,
elles peuvent prendre racine. Entre le socialisme belge qui borne désormais ses prétentions au remplacement de l'industrie capitaliste parles sociétés coopératives, et à la substitution du sulïrage universel au suffrage censitaire, et le socialisme allemand qui se iorge un avenir plein d'illusions, il y a une différence considérable qui ne disparaîtra peut-être jamais.
Ce qui donne à réfléchir, c'est qu'à l'exception de la Belgique, où le socialisme pourra peut-être un jour triompher, parce que l'on ne demande que des choses réalisables et que le mouvement est dirigé par des hommes pratiques comme Anseele, le fondateur du Vooruit, Yolders et Bertrand, à l'exception de la Belgique, les autres pays se distinguent par une tendance presque générale des masses socialistes à dépasser les théories de leurs chefs.
En Allemagne, le programme de Lassalle paraissait, il y a vingt-cinq ans, le but extrême des aspirations des socialistes. Aujourd'hui on peut compter les ouvriers socialistes qui se contentent des sociétés coopératives de production subventionnées par l'Etat.
La lutte des classes, et par suite l'expropriation de la bourgeoisie capitaliste, qui constituent les points principaux de la doctrine marxienne, forment aujourd'hui le programme du socialisme allemand, dirigé par Bebel et Liebknecht.
Cependant les théories et le mode d'action de ces derniers semblent déjà indécis et manquer d'énergie, aussi l'extrêmegauche du socialisme allemand préconise un schisme nouveau et elle suit avec confiance les pas de Wilhelm Werner.
Ceux qui étaient encore hier les propagateurs des théories les plus avancées, semblent s'arrêter découragés en présence de ceux qui, comme Werner, trouvent toujours une fraction extrême à la tête de laquelle se placer. Il est superflu d'ajou-
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ter que ces hommes, pour qui Bebel et Liebknecht môme ne sont que des tyrans, trouvt'ul bientôt aussi dans leur i)arli quelques hommes qui les traitent à leur tour de tyrans.
Pour pouvoir assurer la publication de son journal licrlincr Volkslribunc, Werner dut rétablir dans son imprimerie le travail à forfait, déjà condamné par presque tous les congrès socialistes, et il fui obligé de congédier des ouvriers qui, au lieu de travailler, chantaient la Marseillaise socialiste ; ils partirent en criant : A bas le tj'ran ! Le tyran c'était tout simplement \Verner lui-même, celui qui lutte avec tant dardeur contre la tyrannie des chefs actuels du socialisme allemand, et il dut paraître devant un tribunal professionnel où il fut jugé en qualité de patron capitaliste • !
Le jdus grand danger pour la démocratie réside dans ce fait que tout Lassalle trouve ses Liebknecht et tout Liebknecht trouve son Werner. De même tout AVerner ne tardera pas à trouver celui qui se plaindra d'être tyrannisé par lui.
Les socialistes catholiques, qui forment actuellement une école très nombreuse, qui ont leurs journaux, qui font une propagande des plus actives, surtout dans les Etats du centre de l'Flurope, sont eux aussi d'accord avec toutes les autres écoles socialistes au point de vue de la ciùtique destructive de notre organisation sociale. Ils s'en écartent, à la vérité, assez souvent, dans les voies et moyens, mais, s'ils rejettent la violence et les révolutions, ils ne sont ni moins audacieux ni moins convaincus que tous les autres socialistes.
La Papauté a vu croître cette vaste agitation catholico-socialiste, sans chercher à l'entraver ou à l'arrêter. Il faut reconnaître que l'Eglise ne combat pas dans les démocraties socialistes modernes l'esprit démocratique de fralernilé et d'égalité,