‹ Le socialisme chrétienChapitre 36 sur 133 · Sermo K. De divitii» et paupertaU · texte numérisé non relu

Sermo K. De divitii» et paupertaU

un riche, autre chose un rapace; autre chose est un homme opulent, autre chose un avare.

Tu es riche : je ne t'empêche pas de le rester. Tu es rapace : me voici prêt à t'en faire honte. Tu possèdes un bien légitime : jouis-en. Tu t'empares du bien d'autrui : ne compte pas alors que je me taise '. »

Les déclarations analogues fourmillent. Parmi celles qui méritent le plus qu'on s'y arrête, reprenons celle qu'on a lue tout à l'heure de saint Basile. Saint Basile faisait-il à la richesse une si mauvaise réputation en la comparant à la santé? N'y a-t-il pas dans cette comparaison une sorte de nouveauté piquante et digne d'attirer l'attention des économistes? Qu'un chrétien parfait se résigne à la maladie quand elle est inévitable, et qu'il se dise qu'après tout son corps et sa vie physique sont éphémères, qu'il aille même jusqu'à la subir avec joie comme une épreuve utile à son salut éternel : rien de tout cela ne discrédite la santé quand on en profite pour bien remplir tous ses devoirs. C'est l'état normal de la nature humaine, et la nature, en définitive, n'est pas maudite : « Honore le médecin », dit la Bible. Elle aurait pu dire également : « Honore celui qui te donne de bons conseils et te fait prendre de bonnes habitudes pour la conservation de ton patrimoine ». Les prêtres

1. Voir Œuvres, édit. Mig^e, t. III, 69, 353, 899. — T. lY, 571, etc.

LA TRADITION. — LES HÉRésiBS. 55

de la loi nouvelle n'avaient aucune raison pour s'opposer, sur aucun de ces points, à renseignement des sages Hébreux.

Il semble bien, cependant, que pour le gardien de la loi religieuse, il y ait lieu de surveiller l'usage de la richesse plus sévèrement que l'usage de la santé. Tout au moins peut-on dire que rarement la santé de Tun nuit à celle de l'autre. C'est là un don tout individuel et dont chacun use ou abuse pour son propre bien ou son propre mal. En est-il de même pour la richesse? Il est aisé, croyons-nous aujourd'hui, d'enrichir les uns sans appauvrir les autres. Nous disons plus : nous pensons qu'il est dans l'ordre naturel que la richesse de quelques-uns profite, même en dehors de Taumône, à ceux qui ne possèdent encore rien en propre. Mais de tout temps l'abus est facile; de tout temps la paresse et l'avarice trouvent commode de s'enrichir avec l'argent des autres. Puis il faut considérer la différence des temps : plus on recule vers les époques où l'on se contentait de recueillir et d'amasser les dons de la nature — fruits de la terre, produits des troupeaux, — sans pouvoir les multiplier, comme de nos jours, par l'art et par l'industrie, plus il devait sembler que tout le problème social consistait en un partage équitable d'une richesse existante, déterminée et limitée.

Aussi nous expliquons-nous très bien cet autre

texte de saint Basile, si souvent qualifié de socialiste. Le Père s'adresse au riche * : « Quel mal fais-je, dis-tu, en gardant et en enfermant ce qui m'appartient? Qu'est-ce, dis-moi, ce qui est à toi? Où as-tu pris ce que tu as quand tu es venu au monde? Tu es comme celui qui, entré dans un théâtre, voudrait empêcher les autres d'y entrer à leur tour et qui accaparerait pour lui seul ce qui est pour l'usage de tous : tels sont les riches. Si chacun se contentciit de ce qui lui est nécessaire et abandonnait aux autres son superflu, il n'y aurait ni riche ni pauvre. » Cette comparaison de la vie humaine et d'un théâtre est restée célèbre. M. Thiers a pris soin de la réfuter dans son livre sur la propriété*. Saint Basile ne l'avait pas inventée. Et où Tavait-il prise? Ce n'était pas dans les Livres saints, c'était dans Cicéron ^, * qui la tenait lui-même de Chrysippe. Il s'agit donc bien ici, comme je le disais, d'une doctrine économique primitive, fondée sur des apparences au delà desquelles nous avons appris, nous, à voir autre chose. Mais qu'on relise attentivement les premiers mots du texte chrétien qu'on vient de lire. Il s'adresse a qui? A l'avare qui a la prétention i^ enfermer ce qui lui appartient. Saint Basile lui dénie ce droit, mais sans lui imposer d'ailleurs une

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