Voir BeauBobre, Histoire du manickéiime^ ii
saint Epiphane, voulaient prendre au pied de la lettre et appliquer absolument h tous les hommes les textes évangéliques sur la pauvreté, a Ils couchaient péle-mêlc dans les rues, hommes et femmes, et condamnaient le travail des mains comme mauvais. » Le même Père nomme encore les adamùesj qui voulaient replacer Thumanité dans Tétat d'Adam avant la chute : ils poussaient ce désir de restauration jusqu'à vouloir établir Tusage public de la nudité. Quelques théologiens rattachent ces adamites à Carpocrate; puis, par une filiation qui n^est pas invraisemblable, ils nous les montrent survivant dans les beggards des XII® et xiii* siècles, dans les turlupins ou pauvres frères du xiv*, dans les picards du x\* : tous constituant des espèces de cyniques chrétiens, allant nus, prêchant la communauté, encombrant et infestant les rues et les chemins, prenant quelquefois les armes et provoquant ainsi la répression des pouvoirs civils. On a discuté beaucoup sur ces successeurs des manichéens et des gnostiques, dont quelques-uns, comme les priscillianites , semblent réveiller aujourd'hui même quelques échos qui méritent qu'on les écoute *. On a dit que, lorsqu'en face d'un clergé trop enrichi et parfois corrompu, un homme éloquent voulait raviver les souve-
1. Voir, dans le Temps des 17 et 18 féTricr 1891, un travail do M. le sénateur A. Lavertujon sur Priscillien. Voir aussi Journal des Savants^ février 1891.
\0k LB SOCIALISME CHRETIEN.
nirs de la primitive Eglise et rappeler les hommes aux pratiques de Tascétisme, celui-là s'attirait aussitôt de redoutables ennemis; c'était, ajoute-t-on, un moyen commode de se débarrasser de lui et de sa gênante prédication que de Taccuser de gnosticisme et de manichéisme. — Nous n'avons nullement besoin de rentrer dans ces controverses : les questions de personnes ne sont point ce qui nous touche le plus. Peu importe à nos recherches que tel ou tel individu ait plus ou moins trempé dans la restauration du dualisme, qu'il ait réellement fondé ses pratiques d'austérité sur une condamnation absolue des biens de la terre. Ce qui, surtout, nous intéresse, c'est que partout où les chefs autorisés de l'Kglise trouvaient des tentatives de communisme, ils cherchaient à les extirper comme des rejetons des vieilles hérésies * ; ce qui nous intéresse encore vivement, c'est de voir que, dans les accusations portées contre les gens sus-
1. Au concile de Brugn (5G0), les principales propositions condamnées furent les suivantes :
a Si quelqu'un condamne le mariage et a la génération en horreur, ù l'exemple des manichéens et des priscillianitet ;
ft Si quelqu'un dit que la formation des corps terrestres est une œuvre du démon ;
« Si quelqu'un dit que la création de la chair n*cst pas en général l'œuvre de Dieu, mais celle des mauvais anges, ainsi que l'ont prétendu les manichéens et les priscillianitcs;
<( Si quelqu'un déclare impures les viandes que Dieu a données ù l'homme pour sa nourriture et s'abstient d'en manger, non pour chûtier le corps, mais ù cause de cette prétendue impureté, comme l'ont fait les manichéens et les priscillianitcs.... w
pcctSy la communauté des femmes et la corn* munauté dos biens sont choses qui vont presque toujours ensemble. Quand on voyait ou croyait voir poindre l'une, on craignait Tautre. Et c'était par de mêmes arguments, puisés aux mêmes sources, qu'on disait aux fidèles : (c II est des règles que TKglise vous impose dans l'usage du mariage et dans celui de la propriété ; mais l'Kglise est très loin de condamner l'un et l'autre. »
Ce qui, d'ailleurs, n'est nullement conjectural et ne soulève aucune controverse sérieuse, c'est la fdiation directe et suivie qui rattache aux manichéens l'hérésie des cathares et des albigeois.
Quelle qu'ait été la variété des sectes qui se parèrent du nom de cathares (ce qui veut dire pur8)f il est bien acquis que cette dénomination recouvrait un fond commun. Quelques cathares mettaient surtout en avant la nécessité de revenir à la vie simple des premières communautés chrétiennes ; mais la plupart cherchaient une purification plus radicale par la condamnation des biens terrestres. Dans son Histoire des sfariations, Bossuet Ta parfaitement dégagé. Il rappelle d*abord divers témoignages sur la parenté théologique des albigeois et des manichéens, puis il écrit ^ : « Ajoutons à ces témoins Radulphus Ardens, auteur célèbre du xi° siècle, dans la pein-