Uiêtoire det variations, liv. XI
ture qu'il nous fait des hérétiques d'Âgénois, qui se vantent de mener la vie des apôtres, qui condamnent l'usage des viandes et du mariage, qui rejettent l'Ancien Testament et ne reçoivent qu'une partie du Nouveau et, ce qui est plus terrible, admettent deux créateurs. Sont-ce là des manichéens bien marqués? Or, on n'y voit point d'autres caractères que dans ces toulousains et ces albigeois. »
Une critique plus moderne et, pour quelques esprits, moins suspecte S n'a pas démenti le jugement de Bossuet. L'historien protestant des albigeois, dont le livre est justement estimé, Schmidt *, multiplie les preuves de cette survivance du manichéisme dans la célèbre hérésie de notre Midi. Pour être « pur », il faut affranchir son esprit de toutes les entraves de la création matérielle, voilà l'idée maîtresse de la doctrine. C'est elle qui inspire toutes ces maximes dont l'orthodoxie ne pouvait que s'indigner : distinction d'un bon et d'un mauvais principe, condamnation de l'Ancien Testament, comme étant l'œuvre du démon, refus de croire à l'humanité du Christ dont la personne n'avait pu manifester qu'un corps apparent, condamnation du mariage, con-
1. La science historique et la sûreté de l'érudition de Bossuet seront désormais moins suspectes, pour ceux qui auront lu la thèse toute récente de M. Rébelliau, Bonsuei hUtorie* du protestantisme, Paris, Hachette, 1892.
2. Schmidt, Histoire des cathares ou albigeois, Strasbourg, 1849.
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damnation de toute nourriture animale et de l'usage même des produits qui, comme le lait, supposent l'œuvre de génération.
Les communautés cathares et albigeoises comptaient cependant deux groupes distincts, mais dont l'un devait préparer l'autre. Les croyants n'étaient encore que des catéchumènes ou aspirants dont on ménageait la faiblesse ou qui peutêtre étaient destinés à dissimuler par leur nombre et leurs apparences le fond secret de la petite •Eglise. Ils pouvaient se marier, posséder des biens, se nourrir de ce que produit la nature, faire le commerce et même la guerre. Mais toutes ces tolérances n'étaient que provisoires; car mourir inconsolé, c'était mourir sans espoir de salut immédiat. Pour avoir une bonne fin, les croyants devaient faire avec les parfaits un pacte par lequel ils s'engageaient, en cas de danger de mort, à se confesser de ces péchés, à recevoir la consolation et à observer ensuite toute la discipline de leur Église '.
Les albigeois sont écrasés. Mais bientôt ils semblent renaître : quelques-unes au moins de leurs idées reparaissent dans les {>audois. C'est encore Bossuet qui nous fait connaître le mieux cette nouvelle secte d'après des témoignages dont il a lui-même contrôlé l'authenticité et les garanties d'exactitude *. Il n'est plus question ici de