‹ Le socialisme chrétienChapitre 62 sur 133 · Hiêtoirc des variations, lîv. XI · texte numérisé non relu

Hiêtoirc des variations, lîv. XI

i: 108 LE SOCIALISME CHRETIEN.

doctrines métaphysiques sur le caractère du mal t et sur son principe. Il s'agit surtout d'une révolte

y , ^ contre les prélats qui, « n'imitant plus la vie des

apôtres, ont perdu toute autorité, soit pour consacrer, soit pour absoudre ». La hiérarchie étant ainsi détruite ou ébranlée, un retour à une sorte j[: de vie, non de nature, mais de liberté et de

^ simplicité dites saintes s'était accentué bientôt

*^ • chez ces hommes qui furent appelés aussi, comme

.' . on sait, les pauvres de Lyon. On ne peut nier

\ . qu'un rappel à des traditions de pauvreté volon-

/ taire, trop oubliées dans certains milieux, n'eût

,i . son utilité. L'Église ne fut pas sans comprendre

la leçon, tout en la jugeant excessive, (c Ce fut, dit un contemporain (cité par Bossuet), pour ( donner à l'Eglise de vrais pauvres, plus dépouillés

et plus soumis que ces faux pauvres de Lyon, que le pape approuva dans la suite l'institut des Frères } mineurs, rassemblés sous la conduite de saint

^: François. » Ici reparait donc une fois de plus la

différence qui sépare les communautés chrétiennes du communisme. Cette pauvreté que l'Église conseillait à un petit nombre et que ce petit nombre pratiquait librement, les vaudois semblent l'avoir voulue universelle. Ce n'était pas le seul point sur lequel ils étendaient si abu- {; sivement la portée de certaines recommandations

|. évangéliques. Sous prétexte que l'Écriture avait

^' taxé de « vaincs » les lois humaines, ils deman-

S daient si les lois civiles par lesquelles le monde

«e gouvernait pouvaient être bonnes. De proche en proche, ce scepticisme gagnait tous les fondements de la société temporelle : il s*attaquait au droit de punir comme au droit de propriété.

« Nous trouvons, dit Bossuet, dans le dénombrement de leurs erreurs, qu'il n'est pas permis aux clercs d'avoir des biens, qu'il ne fallait point diviser les terres ni les peuples, ce qui vise à l'obligation de mettre tout en commun; que tous les princes et tous les juges sont damnés, parce qu'ils condamnent les malfaiteurs contre cette parole ; « La vengeance m'appartient, dit « le Seigneur », et encore : « Laissez-les croître « jusqu'à la moisson ». Yoilii comment ils abusaient de l'Ecriture sainte et renversaient tous les fondements de l'Église et des Etats ^ »

Ainsi avaient fait les fratricelles, épris de rÉvangile éternel (c'est-h-dire, en somme, d'un Évangile de leur invention qui n'était pas le vrai). Ainsi fît Ciuilhelmine de Milan, qui devança les modernes théories de la femme libre. Ainsi fît, en 1300, le moine Dulcin qui, trouvant les règles de saint Dominique et de saint François également imparfaites, réclamait la vie au jour le jour, « dans la communauté de la primitive Eglise » et dans la <c familiarité » des femmes, comme

1. Alfred Sudre {llUtoire du communisme) a essayé de laver les Taudois de cette accusation de communisme. Il prétend que les textes cités par Bossuet avaient uniquement en vue de protester contre les divisions des peuples. Cette interprétatlon est bien forcée*

f 110 LE SOCIALISME CHRéTIBN.

i s'expriment certains historiens religieux. 11 est

I inutile d'insister sur ces aberrations, fruit d'un mysticisme ignorant, grossier, mis imprudemment

1 à la portée d'un trop grand nombre, vite com-

|| promis par les revendications d'une sensualité

j{ ' de nature unie à une paresse acquise. Tout cela

^. commençait par de vagues aspirations, mais se

1 continuait par une propagande indiscrète, puis

f par la révolte et le pillage pour aller finir sur

f les bûchers. On ne voulait point travailler, on

^ voulait jouir, et on voulait, par surcroit, s'assurer

le ciel. C'était beaucoup plus que n'en pouvait permettre l'Eglise.

Que nous reste-t-il à indiquer parmi ces sectes

où le communisme était lié ù une interprétation

îî hérétique des traditions chrétiennes? Personne

n'ignore la portée des prédications anabaptistes. I . Que disait leur premier chef Muncer? Que dans

- le baptême renouvelé les hommes devaient \ i retrouver l'égalité primitive et la communauté de

4 / l'Eden. « Nous sommes tous frères; d'où vient

i I donc cette différence de rangs et de biens que la

|{ ; tyrannie a introduite entre nous et les grands du

' monde? N'avons-nous pas droit à l'égalité des

biens qui, de leur nature, sont faits pour être par- ^ tagés sans distinction entre tous les hommes?

^^ . Rendez-nous, riches, les biens que vous retenez

dans l'injustice; ce n'est pas seulement comme hommes que nous avons droit à une égale distribution des avantages de la fortune, c'est aussi

comme chrétiens '. » Ktait-ce encore comme chrétiens qu*ils condamnaient tout établissement de magistrature civile et qu'ils soutenaient que les sociétés qui ne mettaient pas leurs biens en commun étaient impies? Combattue et étouiTée dans le sang, la secte essaya de se dégager de ce qu'elle avait de révolutionnaire. Gabriel et Hutter qui la réformèrent, les frères moraves et les memnotites qui la continuèrent, s'appliquèrent à lui enlever ce qu'elle avait eu de violence fanatique et d'esprit de propagande niveleuse. A partir de là, on peut dire que les doctrines communistes ou socialistes fondées sur des interprétations théologiques ont, pour longtemps au moins, disparu de la société et de l'Kglise.

Les erreurs humaines revêtent des formes bien changeantes, car elles ne manquent jamais de chercher des justifications dans les théories, dans les croyances particulières ou nouvelles des temps où elles se développent. Mais, au fond, elles ne sont peut-être pas très nombreuses et très différentes les unes des autres, parce qu'elles interviennent surtout pour satisfaire un petit nombre de passions qui sont éternelles. Les socialistes de notre époque accusent les économistes classiques, partisans de la liberté et de la propriété individuelles, d'être des optimistes, c'est-

1. Texte cité par M. Ad. Franck (brochure sur le CommunUme jugé par l'kûtoire), d'après Gatrou, Hiêioire des anabmpiiÊteêf et Michelet, Mémoirea de Luther,

leur cil ('(M'itc (le ^11 j>|)(»"^t'r ([lie la \ ic |H)iii" cliiiciiii (Ir iHMis, tant (1 cllcnls. — je crois que le texte de Pioiidl clair — d'en revenir à Theureuse ii brutes. Est-ce forcer la coniparaisor giner des rapprochements parado:

rattacher nos socialistes moderne chéens et aux gnostiques ? Assurcmi de nos socialistes ne se sont guè jusqu'à ces dernières années — de arguments dans la Bible, et ils ne listes. Ils ne posent pas un principe < des. corps, eu face d'un principe di des âmes. Ils sont « monistes », c'es mettent qu'un seul principe, qui a et non des âmes et qui, dans Thun que des malheureux. Leur pcssim donc, en vérité, bien au delà des premières époques chrétiennes, il '•■«'a.i K/\n/1f1hiannf> pt au brahmani

tianisme, le socialisme n'est représenté que par les hérésies *.

lisme (1852), M. Thonisscn — ■^'— -/ ^ idéeg^ Bociulistes : mois il / f /'jt^lf^'^^^^

1. Duns son Iliatoire du commum attribue aassi aux pélagicns de s

n'appuie cette opinion sur aucun document net et précis. Il paraît uniquement prendre texte de la 157* lettre de saint Augustin, lettre où l'évêque d'Hippone, répondant ù un certain nombre de questions d'Hilaire, commence par combattre les pélagiens (sans les nommer, il est vrai, mais en désignant

on ne peut plus clairement leurs doctrines), puis réfute des /j ig

individus qu'il ne nomme pas non plus et qui déclamaient . 'Z l^f^^*" contre la richesse. On ne voit pas quel lien on peut établir entre la première partie de la lettre, qui traite de la grAcc et de la liberté, et le passage suivant :

a Voici maintenant en peu de mot» ma réponse à votre question êur les riches. Ceux dont vous me parlez soutiennent que le riche ne peut entrer dans le royaume de Dieu, ù moins qu'il n'ait vendu ce qu'il possède, et que même les bonnes œuvres qu'il accomplirait ù l'aide de ses richesses ne lui serviraient de rien. » Saint Augustin rétablit ici une fois de plus la doctrine constante des Pères : « Que ces gens-lù. dit-il, cessent de parler contre les Écritures. Je crois que quelques-uns de ces discoureurs audacieux et inconsidérés sont soutenus dans leurs besoins par des riches chrétiens et pieux.... » Il les traite encore de « chrétiens étranges o qui, « pour avoir vendu quelque petit patrimoine, s'efforcent de porter le trouble et la ruine dans tout l'héritage du Seigneur ». Qu'on relise attentivement ce texte, on se persuadera qu'il ne vise probablement pas des a hérétiques u aussi * caractérisés que les pélagiens. On en conclura dès lors que les Pères ont combattu les doctrines socialistes, non seulement quand ils les voyaient liées ù une hérésie déclarée, mais quand ils les trouvaient dans lu bouche de quelque chrétien inconsidéré. Telle est également la portée d'un passage très souvent cité de Théodoret, évoque de Tyr (au IV* siècle), texte où le vœu d'un partage égal des richesses est réfuté simplement comme une impossibilité sociale.

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