Voir surtout Summa^ 1* 2*, et Exposition
lité absolue (fais-moi ce que tu veux que je te fasse, ne me fais pas ce que tu ne veux pas que jeté fasse...], et la justice distributive, au nom de laquelle des avantages inégaux sont accordés aux uns et aux autres, en raison de l'inégalité de leur valeur et de leurs services. Ces deux justices, il faut les concilier.
II le faut, parce qu'elles correspondent à un double principe métaphysique : Tégalité des âmes devant Dieu par leur former qu'elles tiennent de Dieu même, et l'inégalité de leurs personnes, chez qui c'est la matière^ empruntée au monde sensible, qui constitue l'individualité proprement dite.
Enfin saint Thomas veut concilier le principe, que c'est la vertu ou la raison qui doit commander, avec cet autre, que la « multitude » étant la fin à laquelle tout doit être rapporté dans la société, c'est à la multitude qu'il appartient de faire la loi : c'est elle qui est le véritable souverain, et ceux qui exercent le pouvoir ne le font que par sa délégation, pour elle et en son nom.
Que cet effort de conciliation ait abouti, sur tous les points importants, à des résultats d'une grandeur et d'une solidité imposantes, c'est ce que prouve, a elle seule, l'universelle renommée de saint Thomas: A-t-il failli sur quelques points? Il est permis de croire qu'il eût pu se dispenser d'admettre l'esclavage comme un fait inévitable et l'unité de l'éducation dans un État
comme un bienfait digne de balancer les exigences du droit paternel. Mais ce qu'il faut bien noter, à propos de ces deux idées (deux des plus contestables à coup sur , c'est que Tune et l'autre viennent d'Aristote et non des Pores. Ce sera d'ailleurs Tun des caractères les plus remarquables de la longue suite de siècles où nous entrons que ce respect superstitieux des institutions — fort mal connues — de la société antique.
Saint Thomas cependant ne se tient pour attaché doctrinalement à aucune législation, ni ancienne ni moderne. De la loi mosaïque ellemême, il fait deux parts : Tune, qui oblige tous les hommes par les préceptes de la loi naturelle qu'elle manifeste; l'autre, qui « n'obligeait que le peuple juif ». Quant aux institutions et aux lois que les gouvernements sous lesquels il vit s'efforcent d'appliquer, il n'en parle guère; je ne sais même s'il y fait jamais allusion. Il est théologien, il est philosophe, il est métaphysicien. C'est du fondement de la justice et des conditions premières de l'organisation de la justice, qu'il est uniquement préoccupé. Or, cette organisation de la justice par la loi humaine est-elle soumise, de tout point, à des préceptes absolus? Est-elle toute contingente et abandonnée aux hasards des conflits humains? Ni l'un ni l'autre.
Fidèle à sa méthode toute péripatéticienne, saint Thomas établit ici — comme ailleurs —
120 LR SOCIALISME CHRÉTIEN.
une hiérarchie formant un tout dans lequel la distinction réciproque des différentes parties va s'accusant, mais sans que jamais la subordination des unes aux autres et leur mutuelle solidarité disparaissent. J'ai montré que, quoi qu'on en ait dit, les Pères de TEglise avaient reconnu entre le droit divin et le droit humain un droit naturel. Le docteur de la Scolastique n'a garde d^oublier cette division; il la reprend pour l'éclaircir, et il en donne une explication philosophique.
La loi naturelle n'est pas la même chose que la loi divine. En effet, « la loi naturelle serait inutile, si elle était la même chose que la loi éternelle ». Ce n'est pas à dire qu'elle en soit absolument détachée, (c Elle en est une certaine participation * » [quœdani participatio). Et comment cette participation se règle-t-elle ? La partie de notre intelligence qui s'élève à la considération de la loi éternelle est la raison spéculative; la raison qui s'applique à conduire la nature et l'humanité dans leurs voies est la raison pratique. Or « la raison pratique participe naturellement de la loi éternelle dans certains principes universels, mais non dans toutes les conclusions spéciales que contient l'éternelle loi. 11 faut donc que la raison humaine établisse des lois particulières.... La raison pratique n'a