‹ Le socialisme chrétienChapitre 74 sur 133 · Il · texte numérisé non relu

Il

tions d'un théologien nommé Fortunius Garcia. A toutes ces distinctions de choses licites, mais non commandées, établies, mais susceptibles de changer, Garcia faisait trois objections (il est permis d'y voir la protestation très sincère de la conscience et du sens commun). A ce compte, disait-il, tout deviendrait indifférent dans la société. 1^ La liberté ne serait donc pas plus de droit naturel que la servitude, ni la communauté des biens que la séparation ? 2^ Un homme aurait donc pu en faire un autre esclave sans manquer au droit naturel, puisque, dit-on, le droit naturel ne le défend pas? 3® Le droit naturel n'empêchera donc ni les usurpations, ni les confiscations, pas plus que l'esclavage d'un homme au profit d'un autre?

L'attaque était vive. Suarez n'en est aucunement ému, et, sans se défendre contre les conséquences qu'on impute h sa doctrine, sans les répudier, c'est encore par des distinctions qu'il répond h ces réclamations si pressantes. Le mot droit y dit-il, est un mot qui signifie tantôt loi, tantôt domaine ou possession. Dans le premier sens, il faut déjà distinguer ce que la loi ordonne, ce qu'elle défend et ce qu'elle permet. Or, la loi naturelle ne défend pas absolument la servitude et la divison des propriétés ; on peut simplement dire que la communauté dérivait plutôt de la force même des choses si les hommes n'avaient procédé eux-mêmes à une division. Dans le

second sens, on peut dire que la nature a donné à rhomme la possession de sa propre personne ; et ainsi la liberté est de droit naturel plus que la servitude, car la nature a fait positivement les hommes libres et n'en a fait aucun positivement esclave. Mais la nature na pas garanti aux hommes la possession absolue de cette liberté. Eux-mêmes, puisqu'ils en sont les maîtres, peuvent la vendre et Taliéner : la loi pénale peut aussi la leur ravir. Enfin, d'une manière générale, quand le droit signifie non plus prescription fondée sur la bonté ou la méchanceté intrinsèque des choses, mais propriété, il ne consiste plus que dans « un état de fait, dans une certaine condition ou habitude des choses ' ».

Faudrait-il presser beaucoup ces propositions pour en faire sortir cette idée, que toute société humaine, quelle qu'elle soit, est un état de fait ou une habitude et que tout y est dès lors indifférent, hormis les actes d'obéissance aux lois positives et les actes accomplis dans des intentions morales? Il ne faut point s'étonner, dans tous les cas, si d'autres en ont tiré de pareilles conclusions et celles-ci, entre autres, que le christianisme ainsi interprété ne prescrit ni ne condamne aucune forme du socialisme : c'est si la raison de l'homme, c'est au législateur investi de la puissance, à voir ce qu'on peut faire de

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