‹ Le socialisme chrétienChapitre 89 sur 133 · Elle était occupée par Michel Chevalier · texte numérisé non relu

Elle était occupée par Michel Chevalier

demander le rétablissement de la chaire ; mais il fut le seul à soutenir la requête, et le National (qui représentait fort exactement Topportunisme d'aujourd'hui *) combattit la proposition.

On ne peut pas dire qu'une pareille presse fit beaucoup pour guider les vainqueurs auxquels elle paraissait mettre tout simplement la bride sur le cou. En réalité, le peuple était livré à luimême, et ceux qui auraient dû le conseiller cherchaient, comme lui, h tâtons. « Tout a l'air d'être idéal , c'est un rêve perpétuel. » Qui disait cela? Vlirc nom^ellc '. Mais faisait-elle beaucoup pour dissiper le rêve ou réclaircir? Pas plus que ne faisait le National pour mettre de Tordre dans le chaos qu'il décrivait si bien, le () juillet 1848 : « Préparé par des travaux nom* breux, mais isolés et discordants, le grand problème du siècle a été mis inopinément a l'ordre du jour, dans un moment de ferveur révolutionnaire; de ses formules on a fait des mots de ralliement, et les opinions n'ont été trop souvent que des cris de guerre. Il en est résulté un tapage d'idées, un conflit de propositions et de systèmes capables d'assourdir l'Europe entière. »

Avant d'aller plus loin, il y aura donc intérêt

1. Le National du IK mai disait : « Il faut reconstruire la société 8ur d'autres bases ^e celles qui l'ont soutenue jusqu'à présent». Il est vrai qu'il prétendait concilier les inti"rêts de tout le monde et contenter ceux-là même auxquels il ciilcvnit ces a buses » sur lesquelles ils étoient assis.

'2. Numéro du 22 mai.

a voir ce que Taisait le peuple lui-même et comment, dans ses actes autant que dans ses mots de ralliement et dans ses formules, il en appelait à un certain socialisme chrétien.

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La littérature du peuple ne doit pas être cherchée dans les livres ni même dans les premières pages des journaux ; elle est surtout dans les images, dans les affiches, dans les chants et dans les chansons, dans les propos des réunions publiques.

« En 1848, rappelle un des principaux socialistes d'aujourd'hui *, au siège de presque toutes les associations ouvrières et chez un grand nombre de socialistes, on voyait une gravure représentant Jésus en charpentier et portant pour exergue : ce Jésus de Nazareth, premier '\ « représentant du peuple. » Ceux qui ont pu conserver ou retrouver soit des almanachs, soit des images populaires, sont à même d'y suivre ce mouvement '. Mais les manifestations les plus

1. Benoit Malon. Exposé des écoles socialistes <ie France. in-18, p. 230. Paris, 1872.

2. Louis Veuillot, qui oimc relever ces traits populuires, et ne craint pas d'en accuser le relief, fait dire, dans le Lendemaia de la victoire^ à un insurgé ivre et pillard (il est vrai qu'il s'appelle Simplet et qu'à la fin du dialogue il sera con> Tcrti) : « Un chef? Il n'y a pas de chef! Je ne reconnais.

rerhcrcliées d'alors étaient encore les banquets. Avec dos banquets on avait renversé la monarchie bourgeoise. Pourquoi ne réussirait-on pas il fonder avec des banquets la république démocratique et sociale?

Dans la première moitié de juin 1848, un journal, «jui fit «juelque bruit, le Christ repu-' hlicairiy s'écriait : w Que c'est beau, un banquet . à 5 sous! J'y vois poindre Tavenir du royaume de Dieu. Un repas à 5 sous avec deux mille canailles, c'est pour moi la noce de Cana, la cène du (Ihrist, moins Judas. » Ces vœux furent largement exaucés, avec une augmentation de prix, mais très légère. C'est surtout aux approches de NoOl que (malgré tous les événements survenus depuis février) se manifesta cet enthousiasme. Les quatrièmes pages des journaux en portent les preuves. Je ne crois pas superflu d'en donner ici des exemplaires complets et authentiques.

On pouvait lire, par exemple, a la quatrième page du Peuple *, du 17 décembre 1848 :

Avis. — Le conseil d'administration de TEclise cnnÉTiENNE PRIMITIVE, rendant grâce à l'Ktre suprême de l'état constitutionnel qui accorde aux Français la complète liberté des cultes, prévient ses frères

moi. que Jésus-Christ! » Celait en cfTct un chef coinmodc : / on le consultait si on yonlait, et on lui faisait dire tout ce qu'on voulait.

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