Séance de l'AsBcmbléc nationulc du 13 septembre
beaucoup étaient généreuses. Dans cet essor de fraternité, le christianisme protestant faisait peu (le bruit. Son principal organe, le Semeur , était bien pâle. Il n'en demandait pas moins un rapprochement des communautés religieuses, un nouveau concile ou au moins une alliance.
Cet appel avait trouvé un écho dans beaucoup de cœurs catholiques : un beau jour, parait-il, on vit Tabbé Deguerry, curé de la Madeleine, se promener bras dessus bras dessous, aux applaudissements de la foule, avec le pasteur Athanase Coquerel, dans une sorte de procession manifestante comme on en vovait tant à cette époque enthousiaste et troublée.
Il fallut bien cependant qu*on s'expliquât :
il fallut voir de près ce que les uns voulaient obtenir et ce que les autres voulaient ou ne voulaient pas concéder. Après les avances des socialistes aux catholiques et celles des catholiques aux socialistes vinrent graduellement les réflexions des personn.iges principaux dans chacun des deux groupes; et les mains tendues les unes vers les autres ne tardèrent pas beaucoup à se retirer ou à se fermer.
Pour ceux qui ne voulaient pas s'aveugler eux-mêmes, les événements marchaient vite.
LA CRISK DE 1848.
(lomiiKMiçons par ceux ([ui, d'habitude, prenaient tout en riant. Le Charivari ne laisse pas * (|ue d'être un guide assez précieux pour qui veut suivre à la piste les idées, les désirs et les craintes journalières du moment. Dès le 10 mars, / il sent le besoin d'écrire un article spécialement destiné aux ouvriers, et il leur dit : « Nous V avons assez ri, permettez-nous maintenant dcy vous faire réfléchir ». Et il essaye de les pré-' munir contre ceux qui veulent faire table rase et (|ui, au moment où la république a besoin du concours de tous, les poussent à confisquer le gouvernement à leur profit, « comme s'il n'y avait que les ouvriers de citoyens dans la républi(|ue ». C'est le 29 avril que Cham commence la série de ses célèbres et amusantes Caricatures sur les communistes. C'est le 1*"" mai qu'il signale pour la première fois la peur du bona- ]>artisme. Si l'on prend Tensemble de la j)ressc, c'est au commencement d'avril que les journaux conservateurs commencent à se préoccuper vivement d<» la question sociale et des progrès du , connnunisme.
Ce communisme, <juand la pression des âmes naïves ne l'obligeait pas à traiter le christianisme avec une faveur apparente, laissait vite voir ses véritables sentiments. Ceux-ci, par (exemple, éclataient bien dans les articles (jue ]>ubliait le Peuple, au moment où (décembre 1848) on annonçait comme possible l'arrivée du Pape
Z'i Ll. SijCIALISME CBILTII.^.
a Pai-i>. «• Le i';ith<ilic-isme e>t iiotrr eiineini. Si Mujfiunl hui U' suflVage universel a cl«miu' de si [litovaliles résultats, c'est au cath«»licisme que nous le deviiiis. Kntre le cathtilicisme et le socialisme, il n'y a rien de commun '. n La tf-uille de Proudhon poursuivait en signalant riivpiicrisie du Xuûonal, qui «« ne rougit pas. disait-elle, de tendre la main au chef du catholicisme /*. Deux jours plus tard, elle revenait ù la charge, en élargissant le terrain du combat : «' \^' Univers dit ce matin qu'il n'y a rien de cfimmun entre sa religion et la nôtre : il a raison. La sienne consacre t<ius les despotismes et voudrait faire accepter aux misérables, en échange d'un bonheur hypothétique, toutes les jieines et toutes les douleurs, fruits d'une mauvsiise organisation sociale; la nôtre prêche l'égalité et la liberté, elle croit que l'homme a été mis sur la terre pour jouir de la vie. » Ce thème une fois dessiné par le maître, le disciple Langlois le reprenait, peut-être pour en adoucir un peu les teintes : et tout en persistant à dire ' que, pour son compte, il préférait encore rKvangile aux doctrines intermédiaires, comme celle de Victor Cousin, il opposait la doctrine de la justic e, « (jui est celle des socialistes », il la doctrine de la rés ignat ion, « qui est celle des catholiques » :
^^ m 1. Le Peuple du 7 décembre 1848.
^ ■ 'J. Le Peuple du 18 décembre.
J)i'vaiit de» piireillos professions do loi, les catholiques éclairés ne devaient pas hésiter bien lontrtemps. H y eut d'ahord entre eux quelques divergences ; mais bientôt tous (ou très peu s'en Ta ut) se rallièrent dans des efforts communs de résistance. Le numéro du Correspondant qui suivit le 24 février avait comme abrité deux idées un peu différentes Tune de Tautre. Ozanam s'était chargé d'y écrire un manifeste qu iT avait intitulé V Attente et F Action. A vrai dire, il semblait annoncer et désirer, quant a lui, plus d'action (jue d'attente. « Derrière la révor lut ion politique, nous voyons une révolution sociale ; nous vovons l'avènement de cette classe ouvrière qu'on ne connaissait pas assez, qui a sauvé les personnes et les biens de la bourg(»oisie, quand la bourgeoisie n'avait rien fait pour elle et repoussait même depuis vingt ans, comme des questions incendiaires, toutes celles qui touchent si l'organisation du travail. Ces problèmes sont formidables; nous les traiterons sans imj)rudence, sans illusion, mais sans timidité. » (j'tle note, ce fut désormais à YKre nouvelle ([u'Ozanam la fit entendre. La tendance destinée à dominer dans la rédaction du Correspondant s'était manifestée dans un autre article, non signé, qui suivait immédiatement celui d'Ozanam, sous ce titre : la République, On y disait bien : « Nous devons être moins sévères pour les hommes d'aujourd'hui que pour ceux d'hier » ;
mais déjà, dès les premiers jours, Fauteur signalait avec clairvoyance les principaux obstacles qui effrayaient sa sympathie : la pression violente des clubs, les fantaisies du pouvoir proconsulaire et le problème de l'organisation du travail livré presque exclusivement à la décision d'une seule des parties intéressées.
Une des polémiques les plus vives, c'était, comme on le pense bien, celle de Y Univers et de son infatigable rédacteur en chef Louis Veuillot. Proudhon et Veuillot faisaient grande attention Tun à l'autre. Ils n'étaient même pas Sïins se ménager mutuellement. Le premier appelait V Univers le journal le plus sérieux de la réaction; et le second était souvent plein d'éloges pour le talent et la logique de son adversaire. «Faut-il le dire, écrivait Proudhon*, nous ne sommes pas sans éprouver un certain embarras, car il nous en coûte beaucoup d'irriter un journal qu'après tout nous avons appris à estimer, un journal qui condamne avec nous Tu^re, à qui le crédit graduit plaît fort et qui adhère à la Banque du peuple. » Proudhon n'est pas plus sincère ici qu'ailleurs; car si Veuillot combat l'usure, c'est dans le sens où tout chrétien la condamne, et il réserve formellement son opinion sur la légitimité de la rente et de l'intérêt des capitaux. Si le crédit gratuit lui