‹ Le socialisme contemporain (volume 2)Chapitre 10 sur 61 · XXII INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XXII INTRODUCTION

plus d'espérances éveillées. Tous peuvent arriver, mais tous n'arrivent pas, et ceux (jui restent en bas envient et maudissent ceux qui s'élèvent au-dessus d'eux.

Jadis, les hommes n'étaient pas tourmentés ainsi par le besoin de changer de condition, parce qu'ils n'en voyaient pas le moyen. Ils n'avaient ni l'ambition de parvenir, ni la soif d'accumuler des richesses, car cela était hors de leur portée. Leur sort étant fixé ici-bas, c'était dans l'autre monde que s'étendait leur espoir. Maintenant, c'est sur cette terre qu'ils veulent être heureux et ils songent à détruire tout ce qui peut porter obstacle à la réalisation de l'égal partage des jouissances terrestres.

En même temps, les hommes de notre temps poursuivent la richesse avec bien plus d'àpreté qu'autrefois, parce qu'elle forme la principale distinction des classes et parce qu'elle procure plus de jouissances que jadis. Elle donne le confort intérieur, le luxe rafïiné et élégant, les voyages dans le monde entier, les étés passés dans la fraîcheur des stations alpestres, les hivers aux bords enchantés de la Méditerranée, au lieu de la vie monotone du baron féodal, qui ne pouvait guère employer son superflu qu'à entretenir des clients. Aujourd'hui, les antiques relations de bienveillance entre maîtres et serviteurs, seigneurs et tenanciers ont disparu. Le propriétaire et le capitaliste n'ont qu'un but: augmenter leur revenu, et, en cela, ils se conforment aux préceptes de l'économie orthodoxe, car, de cette âpre poursuite de l'argent, de plus en plus généralisée, naît évidemment l'accroissement rapide de la richesse générale. D'autre part, tenanciers et ouvriers de toute espèce com-

LES PROGRÈS DU SOCIALISME xxiu

mencent à se pénétrer chaque jour davantage de ce mot terrible du fabuliste : « Notre ennemi, c'est notre maître. » La lutte des classes qui sévit en Irlande dans toute son horreur est encore une exception ; mais partout en Europe, des sentiments pareils fermentent sourdement dans les profondeurs des classes rurales. Allez en Russie, en Allemagne, en Espagne, en Italie, partout, dans les campagnes, vous entendrez des paroles de douleur, de haine et de révolte.

La propriété foncière a pris un caractère tout nouveau et sans précédent dans l'histoire. Aux époques primitives, la terre, propriété collective de la tribu, lournit à chaque famille ^e moyen de vivre par son travail. Aux époques féodales, considérée comme appartenant en principe au souverain, elle est la rémunération de fonctions remplies, et elle implique des services rendus, entre autres ceux de l'armée et de la Justice. Aujourd'hui, dégagée de tout lien, affranchie de tout devoir, elle n'est plus, pour qui la possède, qu'une source de jouissances. Les classes qui travaillent et les classes qui jouissent deviennent ainsi de plus en plus étrangères les unes aux autres, et ici, comme à Rome, étrangères est synonyme d'hostiles.

C'est la question du salaire, si violemment agitée de nos jours, (|ui donne au socialisme le caractère d'un mal inflammatoire et aigu.

Autrefois, le salaire était réglé par la coutume et souvent par un tarif officiel. Aujourd'hui il l'est par la libre concurrence, c'est-à-dire par le rapport qui existe entre le nombre des bras et la quantité dc^s capitaux cherchant de

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