‹ Le socialisme contemporain (volume 2)Chapitre 9 sur 61 · XX INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XX INTRODUCTION

grandes fal)riques. Ceux qu'on a appelés les hauts barons

do la finance et de l'industrie, restent les maîtres du monde

économique.

Il est une autre cause encore d'où proviennent les aspirations socialistes : c'est l'instabilité des conditions, les inquiétudes, les aspirations démesurées qui en résultent. Cette instabilité est produite par l'égalité civile et par la liberté des tra isactions. Au moyen âge, chacun était rivé à sa place, mais, en même temps, son sort était assuré.

L'ouvrier était protégé contre la concurrence par les privilèges des métiers. Pas de crise ni de chômage. Le travail avait vme clientèle connue et toujours la même. La situation des boutiquiers était aussi assurée que celle de l'artisan. Au même comptoir les générations se succédaient vivant de la même façon. Les marchands qui trafiquaient avec l'étranger, comme Jacques-Cœur en France, ou les grands banquiers italiens, comme les Peruzzi, — les amis d'abord, puis les créanciers non payés d'Edouard III et de l'Angleterre, — avaient seuls plus de facilités pour se mouvoir et plus de moyens pour s'enrichir. Très loin au-dessus, la noblesse féodale, protégée par ses armes, ses châteaux-forts, ses richesses et les préjugés de caste, vivait dans un monde à part et inabordable.

La société se trouvait ainsi complètement enchamée dans le réseau compliqué de ses coutumes traditionnelles. Elle était immobile mais stable. C'était un régime de classes superposées , semblable à celui qui a donné à l'Egypte ancienne une assiette si solide et une durée si longue, et qui a laissé, là-bas comme ici, de si prodigieux monuments.

LES PROGRÈS DU SOCIALISME xxi

Les hôtels de ville et les cathédrales du moyen âge rappellent, par leur masse indestructible, les pyramides et les temples des bords du Nil.

Incontestablement, la condition matérielle des hommes est meilleure aujourd'hui. Jadis, les souffrances des individus étaient parfois extrêmes, parce que la violence des grands n'était pas arrêtée par la main tutélaire et toutepuissante de l'État, et parce que le commerce et la science n'étaient point là pour combattre la disette et les maladies. La société était constamment troublée par les guerres locales et, périodiquement, décimée par la famine et la peste; mais en temps ordinaire, lésâmes étaient calmes et, en temps d'épreuves, résignées. Toutes ces institutions du moyen âge, qui étaient en même temps des entraves et des refuges, ont disparu. La Uberté et l'égalité proclamées pour tous ont nivelé le terrain où se déploie et se déchaîne la concurrence universelle.

Cette compétition générale est la cause de tous les progrès, le grand ressort de l'activité industrielle, la source de notre puissance ; mais elle produit aussi une incessante agitation, une inquiétude permanente, une instabilité universelle. Nul n'est content de son sort ; nul n'est assuré du lendemain. Celui qui est riche veut accumuler plus de richesses ; celui qui vit de son travail tremble de perdre même son gagne-pain. Chacun est libre ; chacun se fait sa destinée ; il n'y a plus de classes fermées, plus de métiers clos; l'égalité de droit est complète; mais l'inégalité de fait subsiste et elle irrite d'autant plus que chacun peut aspirer à tout. Il y a d'autant plus de déceptions qu'il y a

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