‹ Le socialisme contemporain (volume 2)Chapitre 15 sur 61 · XXXIV INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XXXIV INTRODUCTION

une notable partie de la production qui pourrait améliorer le sort des ouvriers, et d'autre part, en créant un nombre croissant de rentiers qui vivent de l'intérêt des emprunts que nécessitent les guerres et les armements; secondement, par le service obligatoire qui attire dans les villes, foyers plus ou moins actifs d'idées socialistes, tous les Jeunes gens des campagnes, elles font pénétrer les idées subversives jusqu'au fond des hameaux où jadis se conservaient immuables les croyances et les sentiments du passé. Je ne pense pas que nulle part, jusqu'à présent, la majorité des soldats soient acquis au socialisme ; il s'en faut; mais c'est là évidemment le suprême péril pourl'ordre actuel. Cet ordre repose , en définitive, sur l'appui des baïonnettes. Si ce dernier boulevard était emporté , de terribles bouleversements deviendraient inévitables.

Essayons maintenant de démêler ce que le socialisme contient d'erreur et de vérité.

Le fondement de toutes les revendications socialistes est l'affirmation que le régime social actuel a pour effet d'accroitre l'inégalité, la condition des travailleurs empirant sans cesse et la richesse des classes capitalistes et propriétaires augmentant toujours. Ceci n'est vrai qu'à moitié. Sans doute, il est incontestable que le capital s'accumule constamment dans nos sociétés industrielles en raison même de leurs progrès, et que le nombre de ceux qui vivent de son revenu augmente aussi, quoique le taux de l'intérêt et des profits tend à baisser; comme les procédés perfectionnés de la production moderne s'accomplissent de plus en plus au moyen de machines et de capitaux fixes de

LES PROGRÈS DU SOCIALISME xxxv

toute espèce, et que les détenteurs de ces capitaux en tirent un revenu, il s'ensuit que la totalité des intérêts et des profits perçus par la classe supérieure s'accroît rapidement. Pour s'en convaincre, il suffit de considérer dans tous les pays le prodigieux épanouissement de bien-être et de luxe dont jouit la classe aisée. Mais il n'est pas exact que la condition des ouvriers empire. Ils ont profité, en certaine mesure, du bon marché des produits manufacturés , résultat de l'emploi des machines. Sauf dans les grands centres, ils sont mieux logés. Ils sont partout mieux vêtus. Ils ont plus d'objets mobiliers de toute espèce. Leur nourriture est plus variée. Toutefois celle-ci est devenue, presque partout, trop exclusivement végétale, parce que le nombre des animaux domestiques n'ayant pas augmenté aussi vite que la population, la viande est devenue trop chère. Ce n'est plus de nos populations que l'on peut dire ce que César rapportait des Germains : Major pars victus eorum in lacté, caseo, carne consistit. {De Bel. Gai. YI, 22.) Ce qu'il y a malheureusement de fondé dans les griefs formulés par les socialistes, c'est que la condition des travailleurs ne s'est pas améliorée en proportion de l'accroissement de la production , et que dans ce développement inouï de la richesse qui a eu lieu en ce siècle, la part qu'ils ont obtenue est trop minime. A l'appui de cette affirmation, je ne citerai que deux témoignages qu'on ne récusera pas et qui sont empruntés aux pays où le capital s'est accumulé le plus rapidement. M. Gladstone disait, dès le 14 février 1843 , à la Chambre des communes : « C'est un des côtés les plus tristes de l'état social

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