XXXII INTRODUCTION
en Allemagne, en Italie les paroles prononcées dans l'intimité ou dans les occasions les plus solennelles par les souverains, par les ministres, par les principaux chefs de parti : ils sont les premiers à reconnaître qu'elle s'impose à rétude du législateur. Le roi d'Italie et le prince de Bismarck proclamaient presque au même moment que la première mission de la royauté était l'amélioration du sort des classes laborieuses. C'est qu'en effet il est difficile de ne pas trouver que ceux qui manient la bêche dans la campagne ou l'outil dans l'atelier obtiennent une rémunération insuffisante. Le privilégié, dans l'antiquité pouvait jouir de sa richesse sans remords et contempler l'inégalité sans trouble, car il se disait avec Aristote (Polit. I. 3.) : « Il y a dans l'espèce humaine des individus aussi inférieurs aux autres que le corps l'est à l'âme et que la bête l'est à l'homme. Propres aux seuls travaux du corps, ils sont incapables de rien faire de mieux. Ces individus sont destinés par la nature à l'esclavage, puisqu'il n'y a rien pour eux de meilleur que d'obéir. » Au moyen âge, les enseignements du christianisme étant encore incompris, le seigneur voyait aussi dans ses serfs des bêtes de somme, que l'ordre divin prédestinait à travailler pour lui. Maintenant que le principe de l'égalité de nature et de droit de tous les hommes a pénétré jusqu'au fond de nos cerveaux et de nos cœurs, il faut se retrancher dans un égoïsme inhumain ou dans une ignorance complète, pour ne pas être remué par les revendications des classes laborieuses.
Ce qui constitue une différence complète entre la situation actuelle et toutes celles que l'histoire nous fait con-
LES PROGRÈS DU SOCIALISME xxxiii
naître, c'est que la diffusion du socialisme est prodigieusement favorisée par la presse et par l'école. L'instruction offerte et mém':" imposée à tous, les écoles partout ouvertes, et le livre, la brochure, le journal à bon marché répandent partout les idées de réforme radicale. Au moyen âge, les révoltes des paysans contre l'oppression, étaient des faits locaux et passagers. Il en est de même de celles du xvi« siècle. Quand on les avait écrasées, les aspirations égalitaires disparaissaient comme noyées dans le sang. Aujourd'hui il n'en est plus ainsi. La répression si énergique des journées de juin de 18i8 et de la Commune de Paris de 1S71 n'ont servi qu'à répandre au loin et à faire pénétrer plus avant dans l'àme des classes ouvrières les principes que l'on voulait étouffer. En tout pays les socialistes célèbrent, le 18 mars, l'anniversaire de la proclamation de la Commune. Si l'on veut extirper le socialisme il faut l'atteindre dans sa source et dans ses moyens de diffusion : proscrire le christianisme, brûler la Bible, enseigner avec les philosophes anciens, l'inégalité de nature justifiant l'esclavage ; surtout plus d'enseignement primaire ni de journaux. L'inégalité actuelle des conditions est-elle nécessaire et permanente, répandre l'Évangile, ouvrir une école, établir une imprimerie, étendre le suffrage : autant d'attentats à l'ordre social.
Les rivalités, les guerres et les énormes armées des États de notre continent, hâtent aussi la propagation du socialisme qu'elles ont pour mission de combattre et elles le font de deux façons : premièrement, elles maintiennent et augmentent l'inégalité, d'une part, en dévorant