‹ Le socialisme contemporain (volume 3)Chapitre 12 sur 31 · XXIV INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XXIV INTRODUCTION

l'emploi. Ici s'applique trop souvent la loi de Ricardo , la loi d'airain, comme disent les socialistes allemands, en raison de laquelle le salaire est fatalement réduit à ce qui est strictement nécessaire pour permettre à l'ouvrier de vivre et de se perpétuer. Quand ils ont commencé à comprendre cette loi formulée par les économistes, les travailleurs se sont dit : « Puisque notre rétribution dépend de l'offre de nos bras, cessons de les offrir à moins qu'on ne nous paye davantage. » De là sur le continent , en Amérique, en Angleterre surtout, ces coalitions, ces grèves qui , pour ainsi dire, chaque jour, arrêtent le travail et troublent l'une ou l'autre industrie. Entre maîtres et ouvriers, c'est un état de guerre permanent, avec ses luttes, ses victoires et ses défaites, gaerre civile, sourde et amère où celui-là triomphe qui peut le plus longtemps subsister sans rien gagner, lutte bien plus cruelle et plus poignante que celle qui se décide sur les barricades, à coups de fusil : tous les meubles mis en gages ou vendus, les petites économies des jours meilleurs dévorées peu à peu et enfin la misère, la faim envahissant le foyer et réduisant la femme et les enfants à crier merci.

On verra, dans ce volume, comment la liberté du commerce de pays à pays venant s'ajouter à la libre concurrence au sein d'un même pays, a donné naissance à la Ligue internationale des travailleurs. Il s'ensuit que cette lutte entre capitalistes et ouvriers s'étend partout. Qp peut dire que chez les nations industrielles qui forment maintenant un seul marché > deux corps d'armée sont en présence, d'un côté, les capitalistes, de l'autre, les travailleurs.

LES PROGRÈS DU SOCIALISME xxv

L'Internationale, aujourd'hui disparue comme organisation régulière, continue à trouver, pour répandre ses principes, des apôtres fanatiques et dévoués. C'est grâce à leur propagande avouée ou occulte, que le socialisme a envahi tous les pays. Il est devenu une sorte de religion cosmopolite. Il passe par-dessus les frontières; il fait oublier les hostilités de race ; surtout il déracine l'amour de la patrie et en efface même l'idée. Les compatriotes sont des ennemis s'ils sont chefs d'industrie, les étrangers sont des frères s'ils vivent du salaire. Dès que la République a été proclamée en France, les socialistes allemands se sont prononcés contre les armées allemandes et les ouvriers de Londres, de Pesth, de Vienne et de Berlin ont applaudi aux luttes et excusé les crimes de la Commune de Paris. La situation économique étant à peu près la même dans les différents pays, le socialisme trouve partout les mêmes griefs, les mêmes aspirations, les mêmes éléments inflammables. Les agitations sociales ne sont pas locales comme les révolutions politiques. Elles sont universelles comme les fermentations religieuses , parce qu'elles s'adressent à des besoins généralement sentis et à des convoitises qui dorment partout au fond de l'âme humaine. Non moins que la religion , le sociahsme inspire le prosélytisme, trouve des théoriciens et des apôtres, et remplit le cœur de ses adeptes d'un fanatisme tantôt mystique, tantôt farouche. Qu'on ne se laisse pas abuser par le calme qui règne aujourd'hui. Elle n'est pas assoupie, cette haine qui naguère a mis le feu aux quatre coins de Paris

E. DE LàYEUEYU.-^ Socialisme, 1' éd. n

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