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grandes fabriques. Ceux qu'on a appelés les hauts barons de la finance et de l'industrie, restent les maîtres du monde économique.
n est une autre cause encore d'où proviennent les aspirations socialistes : c'est l'instabilité des conditions, les inquiétudes, les aspirations démesurées qui en résultent. Cette instabilité est produite par l'égalité civile et par la liberté des transactions. Au moyen âge, chacun était rivé à sa place, mais, en môme temps, son sort était assuré.
L'ouvrier était protégé contre la concurrence par les privilèges des métiers. Pas de crise ni de chômage. Le travail avait une clientèle connue et toujours la même. La situation des boutiquiers était aussi assurée que celle de l'artisan. Au même comptoir les générations se succédaient vivant de la même façon. Les marchands qui trafiquaient avec l'étranger, comme Jacques-Cœur en France, ou les grands banquiers italiens, comme les.Peruzzi, — les amis d'abord, puis les créanciers non payés d'Edouard III et de l'Angleterre, — avaient seuls plus de facilités pour se mouvoir et plus de moyens pour s'enrichir. Très loin au-dessus, la noblesse féodale, protégée par ses armes, ses châteaux-forts, ses richesses et les préjugés de caste, vivait dans un monde à part et inabordable.
La société se trouvait ainsi complètement enchaînée dans le réseau compliqué de ses coutumes traditionnelles. Elle était immobile mais stable. C'était un régime de classes superposées, semblable à celui qui a donné à l'Egypte ancienne une assiette si solide et une durée si longue, et qui a laissé, là-bas comme ici, de si prodigieux monuments.
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Les hôtels de ville et les cathédrales du moyen âge rappellent, par leur masse indestructible, les pyramides et les temples des bords du Nil.
Incontestablement, la condition matérielle des hommes est meilleure aujourd'hui. Jadis, les souflBrances des individus étaient parfois extrêmes, parce que la violence des grands n'était pas arrêtée par la main tutélaire et toutepuissante de FÉtat, et parce que le commerce et la science n'étaient point là pour combattre la disette et les maladies. La société était constamment troublée par les guerres locales et, périodiquement, décimée par la famine et la peste; mais en temps ordinaire, les âmes étaient calmes et, en temps d'épreuves, résignées. Toutes ces institutions du moyen âge, qui étaient en même temps des entraves et des refuges, ont disparu. La Uberté et l'égalité proclamées pour tous ont nivelé le terrain où se déploie et se déchaîne la concurrence universelle.
Cette compétition générale est la cause de tous les progrès, le grand ressort de l'activité industrielle, la source de notre puissance ; mais elle produit aussi une incessante agitation, une inquiétude permanente, une instabilité universelle. Nul n'est content de son sort ; nul n'est assuré du lendemain. Celui qui est riche veut accumuler plus de richesses ; celui qui vit de son travail tremble de perdre même son gagne-pain. Chacun est Ubre ; chacun se fait sa destinée; il n'y a plus de classes fermées, plus de métiers ' clos ; l'égaUté de droit est complète ; mais l'inégalité de fait subsiste et elle irrite d'autant plus que chacun peut aspirer à tout. D y a d'autant plus de déceptions qu'il y a
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plus d'espérances éveillées. Tous peuvent arriver, mais tous n'arrivent pas, et ceux qui restent en bas envient et maudissent ceux qui s'élèvent au-dessus d'eux.
Jadis, les hommes n'étaient pas tourmentés ainsi par le besoin de changer de condition, parce qu'ils n'en voyaient pas le moyen. Ils n'avaient ni l'ambition de parvenir, ni la soif d'accumuler des richesses, car cela était hors de leur portée. Leur sort étant fixé ici-bas, c'était dans l'aiitre monde que s'étendait leur espoir. Maintenant, c'est sur cette terre qu'ils veulent être heureux et ils songent à détruire tout ce qui peut porter obstacle à la réalisation de l'égal partage des jouissances terrestres.
En même temps, les hommes de notre temps poursuivent la richesse avec bien plus d'àpreté qu'autrefois, parce qu'elle forme la principale distinction des classes et parce qu'elle procure plus de jouissances que jadis. Elle donne le confort intérieur, le luxe raffiné et élégant, les voyages dans le monde entier, les étés passés dans la fraîcheur des stations alpestres, les hivers aux bords enchantés de la Méditerranée, au lieu de la vie monotone du baron féodal, qui ne pouvait guère employer son superflu qu'à entretenir des clients. Aujourd'hui, les antiques relations de bienveillance entre maîtres et serviteurs, seigneurs et tenanciers ont disparu. Le propriétaire et le capitaliste n'ont qu'un but : augmenter leur revenu, et, en cela, ils se conforment aux préceptes de l'économie orthodoxe, car, de cette âpre poursuite de l'argent, de plus en plus généralisée, naît évidemment l'accroissement rapide de la richesse générale. D'autre part, tenanciers et ouvriers de toute espèce com-
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mencent à se pénétrer chaque jour davantage de ce mot terrible du fabuliste : « Notre ennemi, c'est notre maître. » La lutte des classes qui sévit en Irlande dans toute son horreur est encore une exception; mais partout en Europe, des sentiments pareils fermentent sourdement dans les profondeurs des classes rurales. Allez en Russie, en Allemagne, en Espagne, en Italie, partout, dans les campagnes, vous entendrez des paroles de douleur, de haine et de révolte.
La propriété foncière a pris un caractère tout nouveau . et sans précédent dans l'histoire. Aux époques primitives, la terre, propriété collective de la tribu, fournit à chaque famille le moyen de vivre par son travail. Aux époques féodales, considérée comme appartenant en principe au souverain, elle est la rémunération de fonctions remplies, et elle implique des services rendus, entre autres ceux de l'armée et de la justice. Aujourd'hui, dégagée de tout lien, affranchie de tout devoir, elle n'est plus, pour qui la possède, qu'une source de jouissances. Les classes qui travaillent et les classes qui jouissent deviennent ainsi de plus en plus étrangères les unes aux autres, et ici, comme à Rome, étrangères est synonyme d'hostiles.
C'est la question du salaire, si violemment agitée de nos jours, qui donne au socialisme le caractère d'un mal inflammatoire et aigu.
Autrefois, le salaire était réglé par la coutume et souvent par un tarif officiel. Aujourd'hui il l'est par la libre concurrence, c'est-à-dire par le rapport qui existe entre le nombre des bras et la quantité des capitaux cherchant de