‹ Le socialisme contemporain (volume 3)Chapitre 18 sur 31 · XL ' INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XL ' INTRODUCTION

qualité des choses vendues. Elle crée Thostilité des intérêts et elle n'assure même pas la compensation promise du bon marché, car les plus forts industriels ruinant les plus faibles, acquièrent ainsi un moaopole, dont ils profitent pour relever les prix.

Mill admet que si la concurrence est la meilleure garantie du bon marché, elle ne l'est nullement de la bonne qualité. Mais il prouve clairement que si la concurrence a parfois pour effet d'abaisser les salaires quand l'offre des bras est en excès, elle a pour résultat d'élever les salaires, quand c'est le capital qui augmente plus vite que la population, et qu'en tout cas elle a cet avantage incontestable de réduire le prix des objets manufacturés, achetés avec les salaires et, par conséquent, d'augmenter la rémunéraration effective de l'ouvrier. Sans la concurrence, il arriverait ce que les socialistes comme Marx reprochent aux machines, c'est-à-dire que tout le bénéfice qu'elles apportent reviendrait exclusivement à leurs propriétaires, tandis que, grâce à la concurrence, ce bénéfice profite au public, par le bon marché des produits. La concurrence n'est autre chose que la liberté sur le terrain économique. C'est par elle qu'agit le mobile le plus puissant et le seul efficace actuellement de toute activité productrice, de toute bonne gestion économique et surtout de toute amélioration. Sans doute les lois et les institutions peuvent modifier les conditions sous l'empire desquelles s'exerce la concurrence, de façon à mettre plus d'égalité entre les concurrents et de faire en sorte que chacun, possédant son instrument de travail, nul ne soit réduit à accepter une ré-

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munération insuffisante^ sous peine de mourir de faim. Alors, la vraie liberté du contrat existant, la concurrence, ressort indispensable du monde économic[ue, serait affran* chie de la plupart des fiinestes effets qu'on lui reproche maintenant.

L'historien Ranke a démontré que le protestantisme, par ses attaques contre l'Église romaine, a provoqué, dans le sein de celle-ci, une réforme qui lui a infusé une vie nouvelle. De même les économistes les plus savants de notre temps reconnaissent que les critiques parfois exagérées, mais souvent aussi très fondées, dirigées par les socialistes contre la société actuelle ont fait accomplir à l'économie politique d'incontestables progrès. Ainsi les économistes affirmaient que notre organisation sociale était le résultat « de lois naturelles » et constituaient même f l'ordre naturel ». Il s'ensuivait, comme le dit Caims, que la classe aisée tirait de ses lectures des économistes la confortable conviction que le monde actuel n'était pas loin d'être parfait et que, par suite, elles leur faisaient re* pousser, sans examen, comme chimérique, toute idée d'une organisation meilleure. Actuellement, la plupart des économistes reconnaissent que tout ce qui concerne la répar* tition des richesses, dépend des coutumes et des lois, que ces lois ont varié aux différentes époques, et que par conséquent, une application plus rigoureuse de la justice peut beaucoup les améliorer. Naguère', les économistes s'occupaient principalement de l'accroissement de la production ; ils décrivaient la distribution de la richesse, sans rechercher si elle était conforme au droit, et ils n'étu-

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(liaient le travs^il que comme un agent naturel de la pro* duotiou. Aujourd'hui , on reconnaît de plus en plus que la question qui domine les autres est celle de la répartition; qu'il faut en tout problème, considérer surtout le côté éthique et juridique, et que la juste rémunération du travailleur est ce qui importe le plus quand on s'occupe du travail. L'un des économistes les plus distingués de l'Allemagne, le professeur Schœnberg, dit: «Le socialisme a forcé l'économie politique à reconnaître qu'elle n'est pas simplement la science naturelle de l'égoïsme humain, mais qu'elle doit formuler un système de gestion moT2Lie(ethische Wirthschaft) des intérêts sociaux. »

L'erreur capitale de la plupart des socialistes est de ne pas tenir assez compte de ce fait certain que le mobile essentiel du travail et de l'économie est l'intérêt individuel. Certes, les âmes purifiées par. les principes élevés de la re* ligion ou dé la philosof^ie obéissent aux sentiments de charité, de dévouement et d'honneur, mais pour la production régulière de la richesse, il faut le ressort de l'intérêt et de la responsabilité. Il s'ensuit qu'un régime communiste sera toujours une exception. Au contraire, une organisation qui réaliserait ce desideratum de tous les socialistes : Au travailleur la pleine jouissance du produit de son travaily assurerait à l'activité économique le stimulant le plus puissant et la récompense la plus équitable.

Une autre erreur des socialistes, plus funeste encore que la précédente pour la cause qu'ils défendent, consiste à (H^ire qu'une nouvelle organisation sociale peut être établie pr la loi, à la suite d'une insurrection triomjdiante.

LES PROGRÈS DU SOCIALISME . xlih

Sans doute une assemblée révolutionnaire peut facHement détruire bien des choses, confisquer des biens^ couper des têtes, prélever même toute la rente sous forme d'impôt foncier. Mais introduire dans l'industrie un mode collectif d'exploitation et faire marcher une entreprise sous forme coopérative serait au-dessus de ses forces, car de semblables réformes, ainsi que l'a si admirablement montré Stuart Mill dans ses Chapters on Socialismy supposent chei les ouvriers un degré plus élevé de culture intellectuelle et morale, et ils ne peuvent l'accpiérir que peu à peu. L'impuissance, en fait de réformes économiques d'une révolution socialiste même triomphante, est clairement démontrée par la stérilité absolue, sous ce rapport, de la Commune de Paris en 1871 études Communes espagnoles de Carthagène et de Séville en 1873.

Si le progrès de l'humanité n'est pas une chimère, comme celui de la démocratie est, d'après Tocqueville, « le fait le plus continu, le plus ancien et]le plus permanent de l'histoire », il s'ensuit que plus d'égalité finira par s'établir parmi les hommes; mais ce n'est point par la violence que s'accompliront les transformations sociales. Les attentats et les insurrections ne peuvent avoir qu'un seul résultat : provoquer une compression àoutrance et amener la restauration du despotisme. Quel mal n'ont pas fait les régicides allemands Hœdel et Nobiling à la cause dont ils se disaient les champions ! Si les socialistes exposaient leurs idées avec persistance, mais avec modération et en faisant usage des arguments si puissants que la science économique met en leurs mains, ainsi que l'ont fait Stuart Mill et l'anélen mi-

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nistre autrid^ien^M. Albert SchœKIe^ les classes dirigeantes les écouteraient, car elles ne peuvent se soustraire aux sentiments de justice égalitaire que l'Évangile met dans leurs ftmes. Les lois agraires irlandaises arrachées par M. Gladstone même à la Chambre des lord^, montrent bien comment le socialisme peut obtenir pacil|quement les conquêtes les plus décisives. Il est probable qu'il s'introduira ainsi peu à peu dans les lois, par l'influence <^roissante de ce que Ton appelle le socialisme d'Etat. Sa faiblesse vient de ce que, confiné principalement dans le cercle des classes ouvrières, il trouve rarement des organes parmi les hommes instruits tels que l'étaient incontestablement Lassalle et Marx. Si, comme jadis en Israël, surgissaient des prophètes enflammés de la soif religieuse de la justice, le christianisme social, s'emparant des âmes, pourrait amener des transformations profondes dans l'ordre économique. Mais le triomphe durable d'une révolution socialiste violente est impossible. Toutefois, comme le nihiUsme, semblable à une lave ardente, fermente partout dans les couches souterraines de la société et y entretient une sorte de fureur satanique de destruction, il est possible que dans l'une de ces crises, où l'autorité est impuissante et la force répressive paralysée, on voie, ainsi que le prédisent le poète Hégésippe Moreau dès 1833, et récemment encore M. Maxime du Camp, nos capitales ravagées par la dynamite et le pétrole d'une façon plus sauvage et surtout plus systématique que Paris ne Ta été en 1871.

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