XXXVI INTRODUCTION
de notre pays que raugmentation constante des richesses des classes élevées et l'accumulation du capital soient accompagnés d'une diminution dans la puissance de consommation du peuple et d'une plus grande somme de privations et de souflTrances parmi les classes pauvres. » Le 16 avril 1863 , il reproduisait au sein de la Chambre la même idée : « De 1842 à 1853, le revenu soumis à l'impôt a augmenté en Angleterre de six pour cent, et de 1833 à 1861 de vingt pour cent; et, fait presqu'incroyable, mais réel, cette prodigieuse augmentation de richesse s'est faite exclusivement au profit des classes qui possèdent. » M. Fawcett s'exprime de la même façon : « La production s'est accrue au delà des espérances les plus excessives et cependant le jour paraît aussi éloigné que jamais où l'ouvrier en obtiendra une large part, et dans sa misérable demeure, sa lutte contre le besoin et la misère est aussi dure que jamais. Il en est résulté une hostilité profonde contre les principes fondamentaux sur lesquels repose la société, » {Essays and lectures on social and polit, subjets by Henry Fawcett and Millicent Garrett Fawcett^ 1872, p. 4-8.)
Lorsque, considérant de haut et sans parti pris le partage des biens de ce monde, on voit, d'un côté, les travailleurs réduits au strict nécessaire et ne l'obtenant même plus à la moindre crise, et, d'un autre côté, les oisifs, les rentiers, en nombre croissant, jouissant d'un bien-être de plus en plus large et raffiné, il est impossible de trouver cela conforme à la justice, et l'on ne peut s'empêcher de dire avec Bossuet : « Les murmures des pauvres sont
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justes. Pourquoi, Seigneur, cette inégalité des conditions? » Sans doute, on peut répondre qu'il en a toujours été ainsi et qu'il ne peut en être autrement. Mais cet argument ne satisfait que ceux dont il légitime les privilèges. ^ Le socialisme demande que le travailleur jouisse du produit intégral de son travail. Rien de plus juste, semble-t-il. Cependant, si le produit a été obtenu avec le concours des deux autres facteurs, la terre et le capital, et si ceux-ci n'appartiennent pas au travailleur, celui-ci ne peut conserver la totalité du produit. Chaque facteur doit être rémunéré , sinon il refuse son concours. La solution consiste à réunir les trois facteurs dans la même personne.
Le socialisme dit : Maintenant, le travail est subordonné au capital; c'est le contraire qu'il faudrait : le capital, normalement, doit être subordonné au travail. — Cela est désirable, sans doute ; mais pour qu'il en soit ainsi, il faut que la propriété des moyens de production appartienne à celui qui travaille :1a terre au cultivateur, l'outil ou la machine à l'artisan. Cela existait jadis en une large mesure; mais maintenant, comment y parvenir sous le régime de la grande industrie? Voilà le problème à résoudre.
Le socialisme veut que la richesse ne soit plus le privilège de l'oisiveté et que , qui ne travaille pas ne récolte pas. C'est exactement ce que dit si énergiquement saint Paul : Qui 7ion laborat , nec manducet. L'homme , comme tous les êtres animés, a des besoins et certains moyens d'y pourvoir. S'il satisfait les premiers sans faire usage des seconds, ce ne peut-être qu'en contrevenant à la loi naturelle et grâce à certaines lois artificielles qui permettent
E. »■ LiTniTB. — Socialisme, 2* éd. m