XXXVIII INTRODUCTION
aux uns de subsister aux dépens des autres. — Ceci parait évident; mais ces faits sont la conséquence de la propriété quiritaireetdudroitde succession; or, à moins qu'on n'en trouve de meilleures, ces institutions sont indispensables pour stimuler la production. Ce qu'il fajit donc découvrir, c'est comment on peut faire en sorte que, suivant le vœu de saint Paul et conformément au droit et à Tordre naturel, le bien-être soit en raison directe de l'activité et en raison inverse de l'oisiveté.
Les machines, disent les socialistes, devaient affranchir l'ouvrier et diminuer ses heures de travail. C'est plutôt le contraire qui est vrai : elles enrichissent ceux qui les possèdent, mais rendent plus dure et plus asservissante la tâche de ceux qu'elles emploient; plus est grand le capital engagé dans l'atelier moderne, plus il est urgent qu'il ne chôme jamais, cai', quand il s'arrête, il dévore son intérêt. Jadis, la nuit apportait à tous le sommeil, et le dimanche, le repos. Aujourd'hui, sur les chemins defer, sur les bateaux à vapeur, dans les mines, dans les usines, dans les bureaux le travail n'admet plus ni trêve, ni relâche. Comme s'écrie Hamlet : c( Quel peut être le but de cette activité haletante qui fait de la nuit la compagne de travail du jour? » La machine ne remplira ses promesses et n'apportera aux hommes plus de loisirs, que quand elle appartiendra aux ouvriers qui la mettent en œuvre. En ce point, les socialistes peuvent invoquer l'opinion de Stuart Mill, qui a dit comme eux : « Jusqu'à présent, les machines n'ont pas abrégé d'une heure le travail d'un seul être humain. »
Les sociaUstes affirment que la puissance des moyens de
LES PROGRÈS DU SOCIALISME xxxix
production est déjà actuellement assez grande pour fournir à tous une aisance suffisante, si le produit était plus également réparti. En effet, lorsqu'on fait le compte de la quantité censidérable de choses inutiles, superflues ou même nuisibles qui accaparent une si large part des heures de travail, on est porté à croire que si elles étaient exclusivement consacrées à créer des choses utiles , il y en aurait assez pour satisfaire largement les besoins de tous. L'iné* galité fait naître le superflu et le luxe qui détournent le capital et le travail de la production du nécessaire ; d'où le dénuement du grand nombre. « S'il n'y avait pas de luxe, dit Rousseau, il n'y aurait pas de pauvres. » « Tant d'hommes étant occupés à faire des habits pour un seul, lemoyen qu'il n'y ait bien desgens qui manquent d'habits?» (Montesquieu, Esp. des LoiSj YII, 6).
S'appuyant sur la théorie de la rente telle qu'elle a été exposée par la science économique, les socialistes repro* chent au régime actuel de faire arriver aux mains des propriétaires tout l'avantage résultant des améliorations sociales, en violation du principe généralement admis qui, admet le [travail comme source de la propriété. Ici encore ils peuvent invoquer l'opinion de Stuart Mill , car il demande que l'accroissement de la rente qui n'est pas le fruit des efforts du propriétaire, Vunearned incrément y comme il l'appelle, soit attribué à l'État.
Parmi les phénomènes économiques de l'ordre actuel, celui que les socialistes attaquent avec le plus de véhémence, c'est la libre concurrence. Elle réduit, disent-ils, la rémunération des ouvriers au minimum. Elle abaisse la