LES PRÉCURSEURS FICHTE ET MARLO
répartition ; vous n'aurez rien fait, si la population augmente plus rapidement que la production des subsistances. L'industrie a beau multiplier les objets fabriqués , ce n'est laque Taccessoire. La chose essentielle est de savoir si chaque année l'agiiculture obtient du sol assez de denrées alimentaires pour que [chacun puisse avoir au moins de quoi vivre.
Mario a complètement raison sur ce point; mais il compte trop sur les règlements préventifs qui — Texpérience la démontré — favorisent le désordre des mœurs, sans arrêter raccroissement du nombre des habitants. Le seul moyen d'atteindre ce but est de faire que Tinstruction et la propriété deviennent l'apanage de tous. L'homme qui jouit de quelques lumières et de quelque aisance devient prévoyant, fl ne veut pas se vouer lui et les siens à la misère par un mariage prématuré. C'est en France que la population s'accroît le plus lentement , si lentement que certains s'en effraient. En France aussi la propriété est répartie entre un nombre si considérable de personnes, que ceux qui n'en possèdent pas forment la lûinorité. Les familles aisées et éclairées ont ^i peu d'enfants qu'elles tendent à s'éteindre. Au contraire, en Irlande, les prolétaires plongés dans la misère et l'ignorance pullulent. Plus un homme vit et jouit par l'esprit, moins la vie animale est puissante. La plupart des grands hommes n'ont pas laissé de postérité. Le progrès des lumières et du bien-être est ainsi le meilleur antidote contre un trop grand accroissement de la population, et, par ^ne sorte d'harmonie sociale, l'avancement de la civilisation fait disparaître le principal danger qui la menace dans l'avenir.