‹ Le socialisme contemporain (volume 4)Chapitre 22 sur 33 · LES PRÉCURSEURS FICHTE ET MARLO · texte numérisé non relu

LES PRÉCURSEURS FICHTE ET MARLO

mais son livre contient plusieurs vues originales. La comparaison qu'il trace entre ce qu'il appelle le principe païen et le principe chrétien en économie politique est juste. Le principe païen sacrifie les masses pour assurer les plaisirs et l'éclat d'une aristocratie peu nombreuse, comme dans les cités antiques. Le principe chrétien ne connaît que des égaux et veut que chacun prenne part aux produits à proportion de son travail utile. L'exploitation païenne du travailleur a pris différentes formes; d'abord l'esclavage, puis le servage, la corvée, les droits du seigneur, aujourd'hui encore la grève, les privilèges, la spéculation malhonnête ou parasite. Le principe chrétien, au contraire, à mesure qu'il pénétrera les mœurs et les lois fera régner l'équité et relèvera les classes déshéritées que sacrifiaient l'antiquité et l'ancien régime.

La théorie de la propriété qu'expose Mario est remarquable. D'après lui, ce droit doit être établi de façon à assurer l'exploitation la plus fructueuse des forces naturelles et à faire jouir des fruits du travail individuel celui qui les a créés. La propriété reposant «ur l'esclavage sera donc mauvaise , d'abord parce que , enlevant au travailleur le ressort de l'intérêt personnel, elle ne le pousse pas à tirer de la nature tout ce qu'elle peut donner; en second lieu, parce qu'elle n'assure pas à l'esclave la jouissance des fruits de son labeur. La grande propriété îéodale, enchaînée dans les liens des majorats et des substitutions, peut être , à certains égards, favorable au progrès de l'aginculture, comme le prétendent les Anglais; mais elle a ce défaut considérable d'exclure la plupart des hommes de la possession du sol, et, par suite, de la jouissance de tout ce que le travail peut produire. L'ancienne propriété germanique collective, qui était indivisible et inaliénable, avait cet avantage qu'elle assurait à chacun la possession d'un instrument de travail; mais elle était peu

favorable à la production, parce qu'elle affaiblissait le ressort de Tintérêt individuel, et elle ne peut se prêter aux situations variées qui naissent de l'organisation actuelle de l'industrie. La propriété « sociétaire », c'est-à-dire telle qu'elle s'est constituée dans la société anonyme moderne voilà, suivant Mario, le type qui convient le mieux à la production intensive. Elle joint la permanence dans la durée et la puissance des tnoyens de production de la propriété corporative à ceux de la divisibilité, de la mobilité et de l'individualité de la propriété morcelée et privée. De là provient la place de plus en plus grande que prennent les sociétés commerciales et industrielles dans le monde économique.

Mario fait ressortir avec une remarquable force d'analyse les avantages qu'oflBre la forme sociétaire, tant pour l'augmentation de la productivité du travail que pour l'amélioration du sort des travailleurs. Seulement, il n'a pas vu tous les obstacles qui , dans l'état actuel, s'opposent à ce qu'elle devienne aussi générale qu'on serait tenté de l'espérer, si on ne considérait que les beaux côtés que l'auteur met si bien en relief. La solution à laquelle il aboutit est, au fond, empruntée à Fourrier; l'utopie de la commune phalanstérienne apparaît de temps à autre comme Tidéal. Seulement il a étudié à fond l'économie politique , et dans ses développements, souvent très ingénieux, il n'en méconnaît presque jamais les principes. C'est ainsi qu'à la différence de la plupart des réformateurs, il montre comme Stuart Mill, et avec la même insistance que la question de la population domine toutes les autres. D dit comme Mill ou comme Joseph Gamier: accomplissez les réformes les mieux entendues, ne reculez devant rien pour améliorer la condition des classes inférieures, adoptez les meilleures lois que l'on puisse concevoir, les plus favorables à l'accroissement de la richesse et à son équitable

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