I. — Doctrine de Vanarchisme
Nous venons de définir l'anarchisme , en parlant de son origine.
L'anarchisme a une doctrine économique très vague. Il sait qu'il veut détruire l'ordre économique actuel, mais il ne sait pas bien ce qui devrait s'élever de soimême sur les ruines qu'il est prêt à amonceler.
Quand l'ordre social actuel serait renversé, l'anarchisme croit que des groupes d'hommes se formeraient tout naturellement. Ces groupes seraient les propriétaires collectifs du sol.
Ces groupes s'organiseraient librement eux-mêmes et établiraient librement entre eux l'organisation qu'ils jugeraient convenable. Ils ne subiraient aucune espèce d'autorité.
Tout droit d'hérédité serait aboli.
Tous les enfants, depuis leur naissance, auraient les mêmes moyens d'entretien, d'éducation et d'instruction.
Tous arriveraient au môme niveau social.
Les conditions du travail intellectuel et du travail manuel seraient autant que possible les mêmes pour tous.
Tel est le système social qu'exposa Bakounine au congrès de la Ligue de la paix qui siégea en 1808 à Berne.
Nous croyons, avec M. Rodolphe Meyer, que ce système est emprunté en partie à la constitution de la commune rurale russe, qui s'administre elle-même, où la propriété du sol est collective, où le droit d'hérédité n'existe pas pour la propriété du sol, où le partage uniforme et périodique des lots de terre à cultiver nivelle autant que possible la situation des familles et amène une certaine uniformité dans l'éducation des enfants.
Il y a bien loin, cependant, de la commune russe régulièrement constituée au groupe anarchiste qui se formerait de lui-même , se constituerait de lui-même, se nivellerait de lui-même ; il y a entre les deux toute la distance de la réalité au rêve.
Ajoutons que la commune rurale russe repose sur la triple base de la religion, de la famille et de l'autorité.
Cette triple base de la religion, de la famille et de l'autorité, le Catéchisme révolutionnaire de Bakounine le dit assez haut, l'anarchisme la nie d'une manière absolue et brutale.
Sous ce rapport, l'anarchisme diffère du collectivisme ; il ne dit pas hypocritement, comme ce dernier, que pour lui la religion est affaire privée.
Une société composée de groupes anarchistes sans
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lien déterminé, sans religion, sans famille, sans autorité, ne peut être rêvée que par la haine sociale arrivée au délire.