III. — Le 1" mai
Les manifestations internationales du l'^'" mai furent e principal événement socialiste qui suivit le congrès marxiste de Paris. Elles avaient été résolues au ongrès. L'origine première de ces manifestations l'est pas une invention du socialisme marxiste; elle Lpparlient à l'Amérique du Nord. En 1886, le 1" mai, es ouvriers des États-Unis avaient fait des manifestaions communes en faveur de la journée de travail de mit heures. Le but de ces manifestations ne fut pas itteint. Les ouvriers américains s'étaient proposé de éprendre leurs manifestations le l*"^ mai 1890; ils enoyèrent des délégués au congrès socialiste internaional de Paris, pour demander au congrès d'appuyer eurs manifestations.
Les inspirateurs du congrès virent là une excellente
)Ccasion d'agir en faveur de la ligue ouvrière interna-
ionale qu'ils voulaient former. Ils firent voter, en
:onséquence, la résolution qui devait provoquer, tant
m Europe qu'en Amérique, des démonstrations géné-
ales en faveur de la journée de huit heures. Ces dé-
nonstrations devaient avoir lieu le 1*^^ mai. C'est ainsi
lue le socialisme international trouva sa fête.
I Au moment où la résolution du congrès de Paris fut
otée, ni Paris, ni le monde capitaliste, ni les gou-
ernements n'en furent émus. Il en fut autrement
DFsque l'agitation qui devait préparer les manifesta-
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tions commença. Plusieurs gouvernements prirent peur alors et organisèrent des mesures de défense. On paraissait croire à un mouvement révolutionnaire violent.
Il y eut relativement peu d'actes de violence et peu de troubles. Tout se fit généralement avec calme , conformément au mot d'ordre des chefs. Les manifestations eurent lieu dans les principales villes industrielles et presque dans toutes les capitales, à Stockholm comme à Copenhague, à Paris comme à Berlin, à Vienne comme à Bâle et à Zurich, à Milan comme à Madrid et à Lisbonne, à Bruxelles comme à Amsterdam , à Londres comme à New-York. A Londres , la manifestation eut lieu le dimanche qui suivit le P"" mai; le chiffre des manifestants fut évalué à plus de trois cent mille.
Les manifestations furent en général si correctes, qu'une grande partie de la presse bourgeoise, revenue de sa peur, loua hautement les manifestants. On les complimenta du haut de la tribune parlementaire. La police elle-même fît parvenir ses félicitations à ceux qui avaient dirigé les démonstrations. Gomme il n'3 eut que peu de vitres brisées et pas de coffres-fort; forcés , on dit gaiement aux bataillons ouvriers : « Pas sez! » On ne songea pas à leur demander : « Au non de qui marchez-vous? Où allez-vous? »
Le caractère tout exceptionnel des manifestation; aurait dû frapper cependant les témoins de cet étrang' spectacle. Gela ne s'était jamais vu dans le mondf social ; le fait était unique dans les fastes du travail
it cette circonstance seule lui donnait déjà une imnense gravité.
On oublia ensuite que les armées bien disciplinées ont les plus redoutables; on oublia que les démonsrations du 1" mai devaient être et furent en effet une mposante afllrmation do la solidarité internationale lu prolétariat ouvrier des deux Mondes; on oublia infin que cette affirmation unique était l'œuvre du ocialisme international. Les bataillons ouvriers marhèrent dans un pays comme dans l'autre , quelle que lit la forme du gouvernement; et ils marchèrent sur m signe du congrès socialiste marxiste de Paris!