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II. — Le congrès international de Paris

Ce congrès est incontestablement le plus important des congrès socialistes internationaux. C'est dans ce congrès que le socialisme international a de nouveau cimenté l'ancienne alliance , et que le mouvement ac-

tuel des socialistes de tous les pays a été concerté. Nous croyons, en conséquence, devoir nous étendre sur tout ce qui se rattache à ce congrès.

Le congrès se tint en 1889, à l'occasion de l'Exposition universelle. De 1877 à 1889, le socialisme avait fait de grands progrès dans les principales contrées de l'Europe; il s'était mieux organisé, grâce au vaste mouvement d'association de notre temps , grâce surtout à l'association professionnelle.

Hâtons-nous de dire que le mois de juillet 1889 vit siéger deux congrès socialistes internationaux à Paris : le congrès des Marxistes et celui des Possibilistes. Ces noms sont empruntés aux deux principaux groupes du socialisme français. Une question de tactique a séparé les deux groupes, qui admettent l'un et l'autre la théorie de la propriété collective de Karl Marx. Reconnaissant que nous sommes encore loin de la propriété collective possédée par VEtat ou par la société, l'un des deux groupes pense qu'il faut d'abord arriver à la propriété collective possédée par la Commune; il veut avant tout atteindre ce qui lui paraît possible. De là le nom de Possibilistes qu'on a donné aux membres de ce groupe. Les Possibilistes , à leur tour, ont reproché aux membres du groupe opposé d'être trop dépendants de Marx et de son système ; ils les ont appelés, en conséquence, les Marxistes.

Longtemps avant le mois de juillet, on avait fait de grands efforts pour fusionner les deux congrès et les partis qu'ils représentaient. Les premiers préparatifs pour la réunion d'un congrès ouvrier international à

Paris, en 1889, furent faits par les Possibilistes. Ils avaient été chargés de ce soin par le congrès ouvrier international qui se tint à Londres, en 1888. Les députés socialistes du parlement allemand n'avaient pas été admis à ce dernier congrès. Les Marxistes comprirent bien vite toute l'importance qu'aurait un congrès socialiste siégeant à Paris pendant la durée de l'Exposition ; ils ne voulurent à aucun prix rester à l'écart. Ils résolurent d'adhérer au congrès possibiliste si l'adhésion leur était rendue possible, ou de convoquer eux-mêmes un congrès spécial.

Le 28 février 1889, les diciples de Karl Marx tinrent une conférence en Hollande , à La Haye , pour s'entendre définitivement sur la conduite qu'ils avaient à tenir. A cette conférence prirent part les socialistes allemands Bebel et Lieknecht, le socialiste français Lafargue, les socialistes belges Anseele et Volders, les socialistes hollandais Groll et Domela Nieuwenhuis, les socialistes suisses Reichert et Scherrer. Les Possibilistes avaient décliné toute invitation, sous prétexte qu'il était de leur devoir d'exécuter purement et simplement le mandat qu'ils avaient reçu du congrès de Londres. La conférence de La Haye reconnut la validité du mandat donné à la Fédération socialiste (aux Possibilistes) par le congrès de Londres; mais elle crut devoir exiger que le programme du futur congrès de Paris fût arrêté en commun par tous les partis ouvriers et que tous ces partis fussent convoqués. Dans le cas d'un refus de la part des Possibilistes d'accéder à cette demande, la conférence de La Haye résplut de réunir

n congrès indépendant. Elle chargea le comité de di- 3ction des Marxistes de Paris d' agir en conséquence, l lui donna à cet effet d'amples instructions.

D'après ces instructions , le congrès marxiste interational devait se réunir à Paris, du 14 au 21 juillet;

devait être accessible aux délégués des ouvriers et es socialistes de tous les pays ; il devait prononcer en ernier ressort sur la vérification des pouvoirs des élégués et sur l'objet des délibérations.

Le programme provisoire devait porter sur la légisition ouvrière internationale, sur la réglementation îgale de la journée de travail, sur le travail de nuit, ur le jour du repos, sur le travail des femmes et des nfants, sur la surveillance des fabriques et des ateers, ainsi que de l'industrie domestique. On devait 'occuper aussi des voies et moyens propres à atteindre 1 but auquel tend le mouvement ouvrier.

LesPossibilistes étant restés inflexibles, la convocaion du congrès des Marxistes fut faite conformément ux instructions de la conférence de La Haye. Elle se erminait par ces mots : « Vive l'émancipation internaionale des travailleurs ! » Elle était signée :

1" par M. Lavigne, au nom du congrès de Bordeaux;

2° Par M. Bâtisse, au nom du comité exécutif du ongrès de Troyes ;

3° Par MM. Boulé, Berset, Féline, Manceau, Rouslel, au nom de la Fédération des chambres syndicales je Paris ;

j 4" ParMM. Vaillant, J. Guesde, Deville, Jaclard,Grepin t Lafargue, au nom des groupes socialistes de Paris;

5^ Par MM. Daumas, Laguet, Chauvière, Vaillant, au nom du groupe socialiste du Conseil municipal de Paris ;

6*^ Par MM. Ferroul et Planteau, au nom du groupe socialiste de la Chambre française.

Cette convocation, datée du mois de mai, ne fut pas la seule. Une autre la suivit bientôt; elle était signée par des socialistes allemands , autrichiens , belges, anglais, français, hollandais, italiens, polonais, espagnols, russes et suisses. On y parlait des visiteurs de l'Exposition de Paris, que les capitalistes conviaient de partout. On disait que ces visiteurs venaient admirer Toeuvre des ouvriers, pendant que ces mêmes ouvriers^ après avoir produit tant de merveilles, se trouvaient dans la misère. On conjurait les délégués des ouvriers de venir à leur tour à Paris et d'accélérer ainsi l'avènement d'un monde nouveau. La dernière parole de cet appel cosmopolite était l'ancien cri de ralliement : « Prolétaires de tous les pays, unissezvous! »

Le monde socialiste s'ébranla. Au mois de juillet on vit siéger à Paris côte à côte deux congrès socialistes, qui réunirent plus de neuf cents délégués. Chacun des deux congrès fut beaucoup plus important que le^ congrès les plus considérables de l'ancienne Interna tionale^ Quoique le congrès marxiste eût moins d( membres que le congrès possibiliste , il avait sur celui

1. Les congrès de l'ancienne Internationale réunissaient ei moyenne de cinquante à soixante délégués ; ils ne représentaien jamais plus de dix nationalités diverses.

ci une incontestable supériorité. Nous ne nous occuperons ici que du congrès marxiste, dont l'induence internationale fut dominante. Ses 381 délégués appartenaient à plus de vingt nationalités diverses , et chaque délégué représentait une ou plusieurs sections socialistes, car aucune section n'était admise à envoyer plus d'un délégué ; tandis que les Possibilistes permirent à une seule et même section d'avoir jusqu'à trois délégués à la fois. Sur les 381 délégués du congrès marxiste, il y avait 201 délégués de Paris et des départements et 180 délégués étrangers. Parmi ces derniers on distiguait :

82 Allemands (11 députés au Reichstag),

6 Russes , 14 Belges, 4 Polonais,

2 Suédois,

1 Norwégien,

3 Danois,

4 Hollandais « 3 Hongrois,

2 Espagnols,

7 Autrichiens, 21 Anglais,

3 Amérique du Nord , 1 Brésilien,

1 Bulgare,

1 Grec,

1 Tchèque,

1 Alsacien-Lorrain (JaclarJ, domiciHé à Paris),

86 LE SOCIALISME COiNTEMPORAIN.

1 Portugais,

41 Italiens,

7 Suisses,

4 Roumains .

Le délégué de la Finlande ne se présenta que le 17 juillet. Quoiqu'il fût le dernier arrivé, le congrès le salua par les plus vives acclamations.

Quand on songe que le seul délégué de Hambourg ne représentait pas moins de cinq mille ouvriers, il est facile de se rendre compte de Timportance du congrès marxiste, dont les 381 membres étaient les mandataires réguliers de plus d'un million d'hommes répandus dans les deux Mondes.

La vérification des pouvoirs des délégués ne fut pas faite avec moins de soin que dans une assemblée politique. Au témoignage de Liebknecht, les délégués allemands avaient eu beaucoup de peine à se faire donner leur mandat. On fut souvent réduit à faire circuler des listes d'adhésion d'ateher en atelier. On fit des prodiges d'habileté pour parvenir à organiser, malgré la surveillance de la police, 125 réunions publiques dans le but de choisir des délégués. Le chiffre des signatures que portaient les mandats de ces délégués atteignait presque celui des voix obtenues par les candidats socialistes dans les élections de l'année 1887.

Grâce à des cotisations volontaires , le parti socialiste allemand put offrir une indemnité de 308 francs à chacun de ses délégués.

Le congrès marxiste s'ouvrit le 14 juillet, et le con-

1 possibiliste le jour suivant. Cette date invite à î de sérieuses réflexions. Quels étaient les vrais mphateurs du 14 juillet 1889? Étaient-ce ceux qui pouvaient alors en fête dans la capitale de la France? ,aient-ce pas plutôt les délégués des congrès socia- ;s?

parait que jusqu'au dernier moment on avait coné quelque espoir de fondre les deux congrès en un I. La raideur des Possibilistes français et des délés anglais fit définitivement échouer les tentatives conciliation. Les Possibilistes, s'appuyant toujours le mandat du congrès de Londres , se croyaient is autorisés à vérifier les pouvoirs. Ils exigèrent la vérification des mandats des délégués marxistes ' fût dévolue. Les délégués allemands, autrichiens, ;ses et américains ne crurent pas devoir déférer à ,e exigence. En d'autres termes, les socialistes alleids entendirent conserver la direction du mouveat socialiste international. Cependant les deux con- 5 se gardèrent de tout acte d'hostilité ouverte , et ntôt on devait voir leurs membres fraterniser à jtel-de-ville de Paris, où le Conseil municipal leur it le vin d'honneur.

-es deux congrès montrèrent aussi dans leurs déliations une modération calculée, qui ne se démentit Te ^ Les Marxistes surtout se soumirent à une disline remarquable. Leurs séances furent publiques, ir agir davantage sur le monde ouvrier et pour évi-

On mit à la porle trois anarchistes italiens , qui se nionlrètrop violents.

ter toute objection, ils se placèrent dès le début sur terrain pratique, qui fut aussi celui des Possibiliste C'est le caractère spécial des deux congrès.

Parmi les membres influents du congrès marxiste il faut nommer : les Allemands Bebel, Liebknech de Vollmar et Bernstein, le rédacteur principal d Sozialdemokrat ; les Français Jules Guesde, Lafargi et Vaillant, membre du Conseil municipal; les Autr chiens Adler et Léo Frenckel, les Anglais Ed. Avelir et Morris ; les Belges Anseeie et de Pœpe ; le Hollanda Domela Nieuwenhuis; les Italiens Costa et Cipriaii le Russe Lawroff; le Suisse Brandt; les Américaii Bush et Haies. Plusieurs femmes étaient présente parmi lesquelles deux filles de Karl Marx ^ Le congr était présidé par MM. Liebknecht et Vaillant.

L'objet principal des délibérations du congr marxiste était la législation ouvrière international D'après les résolutions adoptées par le congrès, cet législation doit assurer au monde ouvrier :

V La réduction de la journée de travail à huit hei res;

2'' L'interdiction du travail des enfants avant l'âj de 14 ans. De 14 ans à 18, les enfants ne doivent tr vailler que . 'x heures ;

3° L'interdiction du travail de nuit. Ce travail i peut être toléré que pour les industries qui exigen par leur nature même , un travail continu ;

1. Les trois filles de Karl Marx sont mariées avec les socialisi Lafargue, Longuet et Ed. Aveling.

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4° L'interdiction absolue du travail de nuit pour les femmes et les ouvriers de moins de 18 ans;

5" L'exclusion des femmes de toute industrie particulièrement nuisible à leur organisme ;

G** Un temps de repos de trente-six heures par semaine;

T Une surveillance mieux organisée de la grande industrie et de l'industrie domestique. Les inspecteurs doivent être soldés par l'État, et la moitié au moins d'entre eux doit être choisie par les ouvriers ;

8° L'interdiction de toute industrie et de toute méthode de travail, nuisibles à la santé de l'ouvrier;

9^ L'interdiction du paiement en nature:

10° L'extension à tous les pays des mesures d'hygiène prises en faveur des ouvriers.

Le congrès marxiste ne se contenta pas de voter des résolutions générales. Il songea aussi aux moyens de les mettre à exécution. Il délibéra longtemps sur cette question. 11 décida, en conséquence :

1*^ Que, le 1^^ mai 1890, des assemblées ouvrières se réuniraient dans tous les pays pour faire une grande démonstration en faveur de la journée de travail de huit heures ;

2° Que les associations ouvrières et les partis socialistes agiraient de concert, dans les divers pays, par des réunions et des pétitions, ainsi que par la presse, à l'effet d'obtenir, d'un côté, que les gouvernements déclarassent leur adhésion à la conférence diplomatique de Berne pour la protection internationale de l'ouvrier, et, de l'autre, que cette conférence se pronon-

çât dans le sens des résolutions du congrès de Paris ^ ;

3" Que les députés socialistes dans les parlements et les membres socialistes des conseils municipaux proposeraient les uns des motions et les autres des vœux conformes aux résolutions du congrès de Paris ;

4° Que, dans les élections, les candidats socialistes adopteraient dans leur programme les mêmes résolutions;

5*" Qu'on nommerait une commission executive chargée de soumettre directement à la conférence de Berne les mesures qui, au jugement des organistions ouvrières et des partis socialistes d'Europe et d'Amérique, réunis à Paris du 14 au 20 juillet, devraient servir de base à une législation ouvrière internationale.

Le congrès marxiste félicita la Suisse d'avoir pris l'initiative dans la question de la législation ouvrière internationale , en proposant la conférence de Berne. Ce furent les délégués suisses qu'on chargea de la mission de se mettre en rapport, au nom du congrès, avec la conférence diplomatique.

Les socialistes suisses ne tardèrent pas à former un comité exécutif, conformément aux résolutions du congrès marxiste. Il se composait de MM. :

a) K. Bûrkli , membre du Grand Conseil de Bâle ;

b) V. Lang ;

c) K. Manz, relieur;

d) A. Merb , employé au Secrétariat du travail , auprès du Conseil fédéral;

1. La conférence sociale ne se tint pas à Berne, mais à Berlin.

e) E. Wulschleger, rédacteur de VAmi de V ouvrier Bâle.

Le comité, qui a cessé d'exister, avait son siège à irich. Bebel assista à ses premières délibérations, ulschleger fut chargé de publier, en trois langues , i organe non périodique intitulé : La Journée de ivail de huit heures, qui devait renseigner sur le ouvement général en faveur de la journée de trail de huit heures. Il devait être distribué gratuiteent aux hommes de confiance. On estima que la pense à faire pour la publication de cet organe s'élèrait à 15.000 ou même à 20.000 francs, qui devaient re fournis par une cotisation internationale. Ces détails permettent d'apprécier à sa juste valeur congrès marxiste. Ajoutons encore que le congrès ndamna les armées permanentes. Il préconisa le sysme du peuple en armes et recommanda l'exemple de milice suisse.

Demandons maintenant aux incidents qui ont acmpagné ou suivi la session du congrès marxiste de )us renseigner davantage sur le vrai caractère de ce ngrès.

Tout d'abord, rappelons encore une fois la récep- )n faite aux délégués des deux congrès socialistes par Conseil municipal de Paris, dont les tendances favobles à la Commune sont bien connues. Près de trois ille invités se réunirent dans les vastes salles de lôtel de Ville. Les Marxistes et les Possibilistes sem- ^aient appartenir à la même famille.

iLe 21 juillet, les Marxistes se donnèrent rendez-vous

auprès du Mur des Fédérés au cimetière du Père-Lc chaise, pour y suspendre une immense couronn offerte aux défenseurs de la Commune. La couronn portait l'inscription : « Le congrès international de ouvriers socialistes réunis à Paris du 14 au 21 juilk 1889. » Quatre discours furent prononcés. Yaillar glorifia la Commune dont il avait été membre ; Lieb knecht, son collègue à la présidence du congre marxiste, parla ensuite au nom des socialistes al lemands; Jaclard déclara parler au nom des Alsaciens Lorrains; la citoyenne Jankowska prit la parole a nom des Polonais. Le chef bien connu des collectivij tes belges, Anseele, à son retour en Belgique, dan une assemblée nombreuse tenue à Gand, déclara qu les délégués socialistes, réunis au Père-Lachaise, i 21 juillet, jurèrent sur la tombe des Communards d consacrer leur vie à la défense des droits des proie taires. Certes, il y a moyen de défendre les droits ( les vrais intérêts des prolétaires autrement que ne 1' fait la Commune.

Sinistre rapprochement ! Après la visite au Mur de Fédérés^ un banquet public! Après la manifestatio sur une tombe , une manifestation dans une salle d festin I Ce fut au Salon des familles que les Marxiste se donnèrent cette fois rendez-vous. On vit à la tabl d'honneur, côte à côte, l'Américain Bush, l'Autrichie Adler, les Français Vaillant , Lafargue et Roussel , k Allemands Bebel, Liebknecht et de VoUmar. Liebknect présida le banquet. Vaillant porta le premier toasi sous prétexte que les fatigues de Liebknecht ne li

omettaient pas de parler. Il félicita les convives des sultats obtenus , déclara que le congrès avait réalisé lUiance des révolutionnaires, et invita ceux qui aient présents à faire entendre, dans leurs langues verses, des chants révolutionnaires. Liebknecht ne sista plus; son toast, très applaudi, s'adressa aux ivriers de tous les pays. Puis ses compatriotes rennaissants entonnèrent la Marseillaise. Une femme, va Gordone, chanta d'une voix vibrante les chants volutionnaires russes. La Carmagnole couronna la anifestation.

Le congrès marxiste , quoiqu'il sût être modéré dans s délibérations et dans ses résolutions, n'avait cepenmt pas songé un seul instant à renier les sentiments li se produisirent dans ces divers incidents. La ,11e où il siégea portait l'ancienne devise : « Prolétais de tous les pays , unissez-vous ! » La couleur révotionnaire y était prodiguée : les drapeaux, les draîries des murs, les décorations des portes et des nôtres, tout était rouge. Une inscription frappait us les yeux, tant elle était faite pour être remarquée ir tout le monde; c'était l'inscription bien significave : « Expropriation politique et économique de la asse des capitalistes. >>

Nous avons déjà fait remarquer le rôle dominant 3s socialistes allemands. Ils imposèrent au congrès larxiste leur programme , leur tactique et leur disciline. Bebel, Liebknecht et de Vollmar étaient écoutés Dmme les vraies autorités socialistes. Liebknecht, ui possède l'usage de la langue française mieux que

Bebel, était en quelque sorte l'âme de rassemblée Une anecdote, qui passa de la presse française à L presse allemande , manqua de le compromettre. Or l'avait vu au bras de Vaillant à l'Hôtel de Ville, et l'or s'était empressé de raconter que Vaillant, en présen tant Liebknecht au président du Conseil municipal aurait dit : «. Vous voyez devant vous l'Allemagne f ' la France se donnant le bras. » Liebknecht eut hâte de réduire l'anecdote à ses vraies proportions dans le Volksblatt de Berlin. Le mot de Vaillant fut prononcé dans une rencontre fortuite , et Liebknecht avait eu soin d'ajouter que cette Allemagne et cette France qui se donnaient le bras étaient l'Allemagne et la France de l'avenir.

On a beaucoup remarqué que Bebel consacra un long discours à l'histoire des progrès du socialisme allemand. Ce discours produisit un grand effet, quoique le délégué hollandais crût devoir constater qu'on tardait trop à aborder les questions qui étaient à l'ordre du jour. Le délégué hollandais avait raison; mais, si le discours de Bebel n'était pas très conforme à l'ordre du jour, il était conforme à l'idée qui avait donné naissance au congrès marxiste et qui consistait à grouper les prolétaires du monde sous la direction du socialisme allemand.

Interrogeons maintenant encore les instructions que reçurent les délégués et le langage d'une partie de la presse socialiste. Ils achèveront de nous instruire.

Trois délégués italiens étaient chargés de prendre en main la cause de l'anarchisme. Le mandat de quel-

jues autres délégués leur donnait mission de travailler i l'amélioration de la situation sociale. Mais la plupart les mandats enjoignaient aux délégués d'agir en maniataires de la démocratie socialiste internationale. Voici es instructions que les socialistes de Munich donnè- •ent à M. de Vollmar, leur délégué :

« Les socialistes de Munich saluent dans le congrès )uvrier de Paris une manifestation solennelle de l'es- )rit humanitaire, qui triomphe enfin des barrières îtablies par Fesprit de race et de nationalité ; ils voient lussi en lui l'expression des sentiments de solidarité jui doivent animer tous les ouvriers du monde civilisé. Is espèrent que, sous l'impression de ce grand fait, )n arrivera à réunir dans une seule assemblée tous les lélégués socialistes, en ne tenant pas compte des divergences d'opinion qui les séparent dans des ques- ,ions secondaires. Les socialistes de Munich espèrent lussi que les délibérations et les résolutions du congrès )uvrier international amèneront un accord complet lans la manière de voir des ouvriers éclairés de tous es pays, au sujet des conditions indispensables d'une protection ouvrière sérieuse ; de sorte qu'il en résultera une action puissante tant sur l'opinion publique que >ur les représentants du pouvoir, une action utile à la fois au développement des législations ouvrières spéciales et aux conventions internationales qui pouri'ont être concertées. Les socialistes de Munich espèrent, en outre, que la conformité de vues et de tendances, obtenue au congrès , témoignera à la face du monde du but plus vaste et plus élevé que poursuit le mou-

vement ouvrier. Il appartiendra enfin au congrès ouvrier international, en présence des continuelles menaces de guerre , des armements gigantesques et des odieuses excitations nationales , de condamner hautement la politique d'alarme et de provocation qui a sa source dans l'intérêt dynastique et dans l'ambition nationale. Le congrès réclamera la transformation entière du système des armées permanentes... »

Dès le 13 juillet, le Sozialdemokrat^ avait publié sous le titre : a A la Bastille!» un article enthousiaste , qui salua le futur congrès en ces termes :

« Les Bastilles du travail sont encore debout... C'est pour les prendre d'assaut que les délégués des travailleurs de tous les pays se réuniront à Paris le jour du centenaire de la prise de la Bastille... Il s'agit de briser la puissance de la féodalité de la grande industrie... Que les représentants de la cause du travail se mettent résolument à l'œuvre le 14 juillet! qu'ils aient conscience de leur mission historique ! »

Un journal socialiste de Berlin, le Volksblatt, annonça l'ouverture du congrès avec non moins d'enthousiasme.

« Quels que soient les résultats positifs et pratiques des délibérations du congrès, dit ce journal, ce qui importe avant tout est là. Les ouvriers de tous les pays civilisés ont résolu de s'entendre pour arriver à la solution de la question de la législation ouvrière internationale; c'est un parlement ouvrier vraiment

1. Le Sozialdemokrat était l'organe principal du socialisme allemand.

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randiose qui s'est constitué à Paris, un parlement qui ,'a pas son semblable dans l'histoire. L'énergie et la ravité avec lesquelles il poursuit son œuvre relèvent ifiniment au-dessus des essais tentés par la boureoisie sur le terrain ouvrier; à côté de notre congrès, es essais ne paraîtront guère que comme des jeux 'enfant. )>

Liebknecht avait dit dans le même sens à la euxième séance du congrès : « La vérification des ouvoirs a prouvé que les ouvriers de toute la terre ont représentés à ce congrès. Le monde n'avait pas u jusqu'ici un spectacle semblable. Le jour oii le rolétariat des pays civilisés sera définitivement oranisé, il constituera une puissance avec laquelle il mdra compter, non pas seulement dans les questions conomiques, mais encore dans les questions politiues. La lutte des classes dominantes contre l'union itemationale des ouvriers est le dernier combat, le ombat désespéré de l'ancienne société contre la soiété future. L'avenir appartient aux ouvriers; il apartient à la démocratie socialiste. »

L'enthousiasme du socialiste Liebknecht ne fut pas artagé par la Gazette générale de V Allemagne du <ord. L'organe de M. de Bismarck crut que, après les jngrès de Paris, l'union internationale des ouvriers e tous les pays était plus éloignée que jamais de sa éalisalion. Nous pensons, nous aussi, que l'enthociasme des chefs du congrès les a poussés à exagérer mr succès. Mais nous ne sommes pas assez aveugle

pour ne pas voir dans les congrès socialistes de Paris un des faits les plus graves de notre temps. Ce fait est avant tout une preuve irrécusable du vaste développement du socialisme et de ses constants progrès.

Il est certain aussi que les congrès socialistes ont opéré avec habileté. Laissant de côté les problèmes théoriques, ils ne songèrent pas même à délibérer sur le dogme fondamental du socialisme. Ils se sont emparés du problème ouvrier, tel qu'il se pose dans les deux Mondes. Les délégués socialistes se sont constitués les défenseurs et les représentants autorisés des intérêts des ouvriers. Le monde des travailleurs sera tenté davantage de porter ses regards de leur côté et d'attendre d'eux l'émancipation de la quatrième couche sociale.

Les congrès socialistes ont fait faire un grand pas à l'organisation internationale du socialisme révolutionnaire. Le Belge Anseele a eu raison de dire que, si la nouvelle Internationale n'est pas constituée de fait, elle existe du moins en principe. Certes, après les congrès socialistes, nous ne désespérons pas plus qu'auparavant de l'inébranlable solidité des bases de la société, établies par Dieu même; mais il est pour nous hors de doute que la nouvelle Internationale sera vingt fois plus puissante que l'ancienne. Si les efforts réunis de toutes les forces vitales de la société ne parviennent pas à entraver à temps son action destructive, elle déploiera une puissance de renversement telle que le monde ne l'a jamais vue. Caveant Consulesl

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