Sozialdemokrat , 12 janvier
•ieur à tous les degrés, la séparation de l'Église et de 'État, la suppression des armées permanentes.
En ce qui concerne la législation ouvrière , le congrès de Hainfeld réclama :
1° Une entière liberté de coalition;
2° La journée normale de travail réduite absolument i huit heures ;
3° L'interdiction du travail de nuit;
4° Le repos du dimanche ;
5° L'interdiction du travail des enfants au-dessous le quatorze ans ;
6° L'interdiction d'employer les femmes dans des inlustries nuisibles à leur organisme ;
V L'extension de toutes ces dispositions à la grande ndustrie, aux entreprises de transport, aux métiers ît à l'industrie domestique ;
8° L'application de peines personnelles aux entrepreneurs qui transgressent ces dispositions;
9° La création de corps d'ouvriers qui , par l'entrenise d'inspecteurs choisis par eux, prendront part au :ontr61e de l'exécution des lois protectrices de l'ourrier ;
10'^ L'ouverture de négociations à l'effet d'arriver à une législation ouvrière internationale ;
11° L'étude des moyens qui permettront d'étendre :ette législation aux ouvriers agricoles.
Ce qui constitue surtout l'importance du congrès de Hainfeld, c'est qu'il a de nouveau groupé et organisé e socialisme autrichien , dont il a proclamé hautement a solidarité avec le socialisme international.
Le congrès réuni à Vienne en 1892, pendant la semaine de la Pentecôte , acheva l'œuvre du congrès de Hainfeld. 113 délégués y représentaient les groupes socialistes de 96 localités. Le congrès expulsa du parti socialiste quelques dissidents très remuants, qui s'unirent aux anarchistes pour former le parti des, socialistes indépendants j à l'instar de ce qui s'était fait en Allemagne après le congrès d'Erfurt.
Le congrès de Vienne maintint le programme de Hainfeld, en y ajoutant deux revendications : celle de l'abolition des contributions indirectes et celle de l'égalité sociale et économique des deux sexes.
On constata au congrès de Vienne que les groupes socialistes s'étaient élevés en Autriche de 210 à 331 et qu'on avait augmenté de 53 le nombre des associations professionnelles.
Ce furent les ouvriers ou plutôt les socialistes autrichiens, sous la direction de leur chef Adler, qui, en 1893 , pour fêter le 1^"^ mai , réunirent les plus grandes masses et firent accepter le plus généralement le chômage. La ville de Vienne ne vit pas moins de 46 réunions publiques, et près de 120.000 ouvriers prirent part aux excursions qu'on avait organisées. A l'exception des ateliers de l'État, tous les autres avaient cessé le travail; deux journaux, le journal officiel et un autre , furent les seuls qui parurent dans la capitale le 2 mai.
Le socialisme autrichien se fit représenter au congrès de Zurich par 34 délégués, dont 7 tchèques.
Avant et après le congrès de Zurich , le socialisme
autrichien, fortement organisé, se livra à une vaste agitation en faveur du suffrage universel.
Le socialisme en Hongrie a une histoire spéciale. D'une part, la Révolution lui avait préparé la voie, mais d'autre part l'agitation lui était rendue plus difflcile parce que la Hongrie a peu d'industrie. Le socialisme hongrois n'arrivera jamais à un puissant développement s'il ne parvient pas à entraîner le nombreux prolétariat agricole du pays. On le comprit de bonne heure.
Le congrès de non électeurs qui se tint à Pesth le dimanche et le lundi de Pâques de l'année 1878 * , et qui n'était qu'un congrès socialiste masqué, adressa déjà au prolétariat agricole l'appel suivant :
« 0 peuple, géant endormi, réveille-toi et vois enfin ta puissance. C'est toi^ ne l'oublie pas, qui cultives les champs, qui fais fructifier la prairie et le vignoble; c'est toi qui manies le marteau, qui fauches et qui files; c'est toi qui élèves la demeure qui nous abrite; c'est par toi seul que l'État peut subsister, cet État qui tombera en ruine le jour oii tu ne consentiras plus à former la classe sur laquelle pèsent tous les devoirs à remplir. Il est temps que tu saches ce que tu peux et lue tu réclames ce qui est ton droit » ^ , En 1880, le socialisme hongrois put réunir un coni^rès de 111 délégués avec 152 mandats. Il possédait ileux journaux et une revue mensuelle. Son principal gitateurfutLob (Leo)Frankl, un juif de Pesth qui, en 871 , avait été ministre du commerce de la Commune
1. Vorwaerls, 5 mai 1878. — Léo Frankl siégeait au bureau du hngrès de Pesth.
de Paris, sous le nom de Léo Frenkel. Il s'était hâté de disparaître après la chute de la Commune.
En 1889, les premiers succès du socialisme hongrois étaient assez sérieusement compromis. L'agitateur Lob Frankl , qui avait été condamné à dix-huit mois de prison pour un délit de presse , avait quitté le pays au sortir de la prison. Après son départ, la désunion s'était mise partout, l'agitation se ralentit; on ne sut plus parler aux masses.
Depuis cette époque , le socialisme hongrois a relevé la tête. Un congrès socialiste , qui se tint à Pesth le 6, le 7 et le 8 janvier 1893 , réunit 60 délégués de Pesth et 33 délégués de la province. Ces chiffres prouvent que le socialisme est assez fortement organisé dans la capitale de la Hongrie. Deux délégués croates siégèrent au milieu des délégués hongrois.
Ce nouveau congrès de Pesth adopta le programme de Hainfeld , en y ajoutant le principe de l'égalité sociale et économique des deux sexes. 11 donna une attention spéciale aux rapports que firent quelques délégués de la province sur la situation des ouvriers agricoles.
En 1892, la police avait interdit toutes les réunions publiques à Pesth le premier mai; plusieurs réunions publiques eurent lieu le premier mai 1893. 10 délégués représentèrent au congrès de Zurich les socialistes hongrois et leurs 23 syndicats.
Anarchisme.
Les anarchistes d'Autriche ont acquis la plus sinistre célébrité. Sous un rapport ces anarchistes ont su dépas
ser les nihilistes : ils ont enrichi le vocabulaire des crimes politiques d'une espèce nouvelle, ils ont tenté défaire de l'assassinat pourvoi un assassinat politique.
Nulle population ne semble moins portée à la violence que la population autrichienne : si l'anarchisme a su néanmoins trouver au sein de cette population un terrain affreusement fécond, quel est le pays qui puisse désormais se croire à l'abri des plus sanglants excès? La propagande dirigée par l'anarchiste Most trouva d'autant plus facilement accès en Autriche que le socialisme autrichien était moins organisé. Déjà en 1881 la Freiheit engagea les ouvriers à se livrer à l'étude de la chimie et leur fit comprendre avec quel succès la sociélé pouvait être combattue à l'aide de la dynamite. Des écrits incendiaires répandus clandestinement et l'organe anarchiste la Zukunft [V Avenir) continuèrent à exciter les adeptes. On tenta d'abord de soulever le peuple par des manifestations tumultueuses dans les rues de Vienne ; la police tint tête avec énergie, et toutes les tentatives échouèrent. C'est alors que les chefs du mouvement, qui s'intitulaient le Comité exécutif , son- I gèrent, conformément à un mot d'ordre donné par la j Freiheit j à agir non plus en masse^, mais par des coups I isolés, pour semer partout la terreur. Ces coups ne fu- ! rent pas seulement dirigés contre le gouvernement et j contre la police, mais encore contre les hommes les plus 'inoffensifs, contre des inconnus dont la mort pouvait ■ t't.re matériellement utile aux anarchistes. Il fallait à
'ux-ci de l'argent : ils tuèrent pour terroriser, ils tuèjrentpour avoir de l'argent, ils tuèrent avec fanatisme.
208 LE SOCIALISME COXTEMPORALX.
Voici, du moins en partie, Tépouvantable bilan de Tanarchisme autrichien.
4 juillet 1882. — Attentat contre la vie du fabricant de chaussures Merstallinger, dans le but de le dépouiller.
Août 1883. — Un manifeste révolutionnaire, répandu à profusion à Vienne, demande que l'on en vienne à des actes. Il termine par ces mots : « A bas les tyrans et les sbires! A bas les exploiteurs et ceux qui trompent le peuple! »
10 août 1883. — Une émeute a lieu devant le local de la direction de la police.
25 août 1883. — La Freiheit annonce que Vienne verra bientôt d'autres surprises.
Septembre 1883. — Une série de démonstrations se produisent. Des lettres et des écrits clandestins profèrent des menaces et signifient des arrêts de mort.
22 octobre 1883. — La Propagande par le fait, annoncée parla Freiheit et par les manifestes clandestins, commence. L'aide-pharmacien Lienhardt et le soldat Adels sont assassinés à Strasbourg pendant la nuit par trois anarchistes : Stellmacher, Kammerer et un inconnu, qui espéraient trouver dans la pharmacie où ils pénétrèrent des poisons et de l'argent.
26 et 27 octobre 1883. — Un conventicule anarchiste a lieu à Lanz-Enzersdorf, près de Vienne. Les délégués des groupes anarchistes acceptent les projets sinistres de la Propagande par le fait et prennent la résolution de combattre par tous les moyens en leur pouvoir les exploiteurs et les agents de l'autorité.
22 novembre. — KammereretStellmacher attentent à la vie du banquier Heilbronner à Stuttgart, le dépouillent, et versent l'argent dans les caisses de l'anarchisme.
15 décembre 1883. — L'agent de police Hlubeck est assassiné par Kammerer. \ - .
30 décembre 1883. — A l'égliso de Saint-Jean-l'Évangéliste, dans un faubourg de Vienne, pendant le sermon du P. Hammerlé, Rédemptoriste, des anarchistes jettent la panique dans l'immense auditoire, poussent des cris, lancent des pierres contre la chaire, et produisent un désordre tel, qu'une catastrophe aurait été inévitable si les pompiers n'avaient réussi h briser une porte et à pénétrer dans l'église.
10 janvier 1884. — Le changeur Eisert et sa famille sont assassinés par Stellmacher et Kammerer, qui les dépouillent pour remplir les caisses de la Propagande par le fait
20 janvier 1884. — Stellmacher assassine l'agent de police Ferdinand Blœch.
Voilà la Propagande par le fait, qui, nous n'hésitons pas à le dire, a dépassé le nihilisme! Les crimes que nous venons de consigner ne peuvent être mis en doute. Ils se sont produits publiquement, ou ont été avoués par leurs auteurs et revendiqués hautement au nom du parti par la presse anarchiste. Nous faisons grâce à nos lecteurs de plusieurs explosions de bombes de dynamite, qui eurent lieu dans le cours de cette année. Un attentat projeté pour venger l'exécution de Stellmacher fut prévenu par la police de Pesth, qui
découvrit et arrêta les conjurés. On trouva au domicile de l'un d'eux des écrits anarchistes et des bombes de dynamite en préparation.
L'organisation avouée par l'anarchiste Kammerer est à peu près celle que le congrès réuni à Londres en 1881 a adoptée. D'après les aveux de Kammerer, les anarchistes sont partagés en groupes distincts et indépendants, mais confédérés. Ils entretiennent des relations mutuelles. Les propositions faites dans un groupe sont communiquées aux autres. Une certaine émulation régnait entre les groupes au beau temps de la Propagande 'par le fait; chacun voulait donner signe de vie. Ah ! ils ont donné signe de vie ! Ils ont doté le dixneuvième siècle d'un genre de fanatisme et d'une espièce de crime que les siècles antérieurs ignoraient. Montrons à nos lecteurs deux types d'anarchistes, Stellmacher et Kammerer, les auteurs de presque tous les assassinats que nous venons d'énumérer. Ils sont tombés entre les mains de la justice; ils ont été pendus à Vienne, le premier le 8 août 1884, le second le 20 septembre suivant. Leurs corps ont été livrés à l'anatomie; leur vie et leur mort, leurs déclarations et leurs aveux appartiennent à tous ceux qui étudient sérieusement les phénomènes du monde moral et social. Stellmacher et Kammerer étaient jeunes : Stellmacher avait trente ans, et Kammerer vingt-deux ans. Ils avaient été soldats, le premier en Allemagne, le second en Autriche. Ils furent socialistes avant de devenir anarchistes. Les théories socialistes leur avaient appris la haine de la société, la presse anarchiste leur ensei-
?na la méthode la plus prompte de satisfaire cette haine. Cette presse acheva ce que l'enseignement socialiste ivait commencé : elle tua dans l'âme de ces forcenés toute foi en Dieu et, par conséquent, toute conscience ; 311e leur donna une autre morale que celle qui a toujours régi le monde, la morale nouvelle du Catéchisme révolutionnaire de Bakounine , d'après laquelle tout ce qui favorise la Révolution sociale est légitime. Ils en sont venus à se croire des héros en volant et en tuant, et après leur mort leur parti les a célébrés comme des martyr?.
Tout ce que nous venons de dire est pleinement confirmé par les aveux et les déclarations de Stellmacher et de Kammerer. Stellmacher a lu, à l'audience du procès qui amena sa condamnation, un mémoire écrit de sa propre main, dans lequel il exposait ses griefs socialistes et donnait le motif de ses crimes. Un frisson nous a saisi à la lecture de la première ligne de ce mémoire : Voici avant tout ma profession de foi. Je ne crois pas en Dieu, car je ne puis croire qu'en ce que je sais * .
D'après la Gazette de Francfort, Stellmacher conserva
l'air arrogant jusqu'au pied du gibet, où il repoussa une
jdemière fois tout secours de la religion. Il semble
j'être attendu jusqu'au dernier moment à sa délivrance
oarune émeute anarchiste à Vienne. En s'avançant vers
e poteau fatal, il jeta un regard investigateur sur les
1. Vor Allem mein Glanhensbckenntniss. Ich glauhe nicht in Gott, und zwar desslialb , weil ich nur glauben kann was \ch weiss. {Vateiland, Wien, 10 Juni.)
cellules de la prison qui faisait face au lieu de l'exécution; puis il baissa les yeux avec un air de déception.
Kammerer, soldat déserteur, fut jugé par un conseil de guerre. Les procès-verbaux de l'auditeur militaire Grimm constatent que Kammerer a fait l'aveu de tous les crimes qui lui étaient imputés, qu'il a déclaré les avoir commis au service du parti anarchiste, et qu'il n'a pas montré de repentir. Son arrogance, comme celle de Stellmacher, ne s'est point démentie. Il conserva jusqu'au dernier moment le fanatisme du meurtre; il était persuadé qu'il avait accompli de grands exploits et que son attitude héroïque était admirée au loin. Comme Stellmacher, il s'attendait à être délivré et, comme Stellmacher, il repoussa finalement, en athée désespéré, les derniers secours de la religion.
En détournant avec autant de tristesse que d'horreur notre regard de ces deux gibets, dont l'anarchisme a tenté de faire des instruments de martyre , nous nous souvenons involontairement d'une considération aussi profonde que vraie du comte J. de Maistre sur la découverte des crimes et des châtiments par la justice humaine. On sait comment, après la perpétration des assassinats de Strasbourg, dans la nuit du 22 octobre, toutes les recherches de la police demeurèrent sans résultat. La police fut même si sévèrem2nt appréciée à cette occasion par l'opinion publique , que nous serions presque tenté de plaider en sa faveur les circonstances atténuantes. La police pouvait-elle savoir qu'elle se trouvait en présence de crimes anarchistes? Pouvait-elle supposer que des hommes qui n'avaient
jamais vu Strasbourg, se fussent concertés en Suisse sur la manière d'assassiner à Strasbourg un inconnu? C'est de la façon la plus inattendue que tout fut découvert, et nous apprîmes avec stupéfaction que les issassinats de Strasbourg avaient ouvert une série de crimes anarchistes. Le comte J. de Maistre a raison le dire :
« Il y a souvent dans les circonstances qui décèlent es plus habiles scélérats quelque chose de si inat- ,endu, de si surprenant, de si imprévoyahle , que les lommes, appelés par leur état ou par leurs réflexions i suivre ces sortes d'affaires , se sentent inclinés à croire jue la justice humaine n'est pas tout à fait dénuée, lans la recherche des coupables , d'une certaine assisance extraordinaire \ »
L'anarchisme autrichien, après avoir produit Kamnerer et armé Stellmacher, ralentit ses fureurs, sans 'énoncer à la lutte. « A bas les tyrans et les sbires! A )as les exploiteurs et ceux qui trompent le peuple I » Fels étaient les derniers mots d'un écrit incendiaire [ui, une année après tant d'attentats, en appelait de louveau à la violence. On croyait un moment à l'exis ence d'un anarchisme fortement organisé. On put onstater bientôt que l'anarchisme ne possède nulle lartune organisation forte et permanente. Il ressemble u nihilisme, et se produit par des explosions soulaines.
En 188G, la police de Yienne s'empara, au mois