‹ Le socialisme contemporain (volume 2)Chapitre 32 sur 74 · Soirées de Saint-Pétersbourg, premier entrelien · texte numérisé non relu

Soirées de Saint-Pétersbourg, premier entrelien

d'octobre, dans une auberge de Penzing, près de Vienne, d'une bande d'anarchistes. La bande formait deux groupes , dont le premier était chargé de fournir des ressources au moyen de la fabrication de fausse monnaie ; le second était chargé de la propagande par le fait. Dix-sept personnes furent arrêtées. Un instant Vienne s'était crue en danger de sauter. L'instruction de l'affaire fit voir plus tard que la presse en avait énormément exagéré les proportions.

Au moment même où nous écrivons ces lignes, le 28 septembre 1893, la presse annonce la découverte d'un nouveau complot anarchiste à Vienne. On a opéré douze arrestations. On a trouvé tout| un atelier anarchiste. Les papiers qu'on a saisis établissent que les anarchistes de Vienne sont en rapport avec les anarchistes de Prague, de Pesth, de Londres et d'Amérique.

Socialisme.

Le socialisme belge est assurément un des plus bruyants. Les socialistes belges s'agitent beaucoup et sont disposés à la violence.

La Belgique a de grands centres industriels et un très grand nombre d'ouvriers mineurs , son sol étant pour ainsi dire fait de houille et de fer. Son prolétariat ouvrier est donc très considérable. Le salaire de l'ouvrier belge est, en général, inférieur à celui de l'ou-

,Tier anglais et de l'ouvrier français. L'industrie a em- )loyé et emploie encore les femmes et les enfants dans le fortes proportions. Le chiffre des personnes assisées est relativement très grand ; le consul anglais Grat- ,an l'a porté jusqu'à la septième partie de la populaion totale.

Une enquête publique a révélé, il y a quelques anlées, sur plusieurs points, des souffrances trop réelles ît une situation qui réclame une réforme urgente.

A l'occasion des grèves de 1886, qui prirent par eur violence le caractère d'une insurrection, le miîistre de Puttkammer reprocha à l'Église d'être immissante en Belgique contre le mouvement socialiste. \l. de Puttkammer avait tort. Il oubliait que la plupart les industriels atteints par ces grèves étaient loin d'être les industriels chrétiens, et que le gouvernement, ;ous le régime duquel la situation sociale et économique de Tannée 1880 avait été préparée, était un gouœrnement libéral, hostile à l'Église.

Si le socialisme belge ne s'est pas développé plus rapidement , la foi des populations et les efforts souvent idmirables de la charité catholique y contribuèrent în grande partie.

Hors de là presque tout favorisait le socialisme. La copulation industrielle est massée dans de grands centres. Les lois ouvraient la porte à deux battants lUx agitateurs et à leurs moyens d'action. Les luttes )olitiques sans cesse renaissantes et surtout la guerre 'iolente faite à l'Église par le libéralisme excitaient ouïes les passions. Dans ces luttes, on ne songeait

pas aux misères ouvrières et à la situation sociale. Gomme Gambetta en France , Frère-Orban mettait en doute l'existence d'une question sociale en Belgique. Le principe du laisser faire domina du reste si longtemps dans les régions gouvernementales et dans les chambres belges , que ce n'est que depuis peu d'années que la législation se mit à s'occuper sérieusement de la protection ouvrière. Ce mouvement est dû principalement à l'impulsion des évêques et des associations catholiques.

Il est difficile de retracer en peu de mots les évolutions du socialisme belge depuis plus d'un quart de siècle. La première section belge de l'Internationale s'établit à Liège au mois de décembre 1866. Elle ne demeura pas longtemps seule.

En 1869, l'Internationale belge avait à son service six journaux, et elle comptait à peu près 64.000 membres. A partir de ce moment, elle joua un rôle considérable ; elle donna le mot d'ordre aux ouvriers , qui s'agitèrent sans cesse. Les grandes grèves de Seraing et des environs de Mons et les engagements sanglants qu'elles amenèrent avec la troupe eurent un retentissement douloureux. Le Gonseil général belge invita les associés au calme, parce que tous les frères n'avaient pas encore reconnu la nécessité de briser leurs chaînes. Dans un long et violent manifeste, le Gonseil général de Londres dénonça au monde ouvrier l'industrie belge et le gouvernement.

L'Internationale belge protesta contre la guerre eiï 1870; en 1871, elle sympathisa avec la Commune, et

lie protesta encore lorsque Dumortier proposa à la ]hambre de voter l'extradition des chefs de la Com- Qune réfugiés en Belgique.

Lorsque la dissension se mit dans les rangs de l'Inernationale , le socialisme belge , toujours indiscipliné , lencha du côté de Bakounine et fut excommunié par 3 Conseil général de l'Internationale , siégeant à New- 'ork.

Malgré ses réunions et ses congrès, le socialisme elge fut dès lors hésitant dans son programme. Une iée, qu'il n'apas abandonnée aujourd'hui, le hanta tou- 3urs : c'est l'idée de la grève universelle. Parmi ses rganes, les uns se prononçaient pour l'action poliique et les autres la repoussaient. Ils se distinguaient DUS par une impiété vraiment satanique^, qu'ils avaient éritée des organes du libéralisme maçonnique. Le Miabeau est allé jusqu'à écrire que l'idée de Dieu est mmorale et absolument contraire au progrès. L'Ami 'm peuple a dit, de son côté : « Nous maudissons l'idée :e Dieu... »

Le socialisme belge se réconcilia avec le socialisme narxiste au congrès international de Gand. A partir de ette époque, le socialisme collectiviste gagna toujours u terrain. En 1882 et en 1883, l'agitateur socialiste llemand de Vollmar vint en Belgique; il assista à livers congrès et à de nombreuses réunions socialistes |0ur stimuler les frères belges et pour les porter à [organiser.

I « La Belgique ne manque pas de socialistes convaincs et décidés, » disait le Sozialdemokrat au sujet de

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la mission de Vollmar, « mais rorganisation fait complètement défaut. En parlant du Parti socialiste belge y on désigne des hommes qui partagent les mêmes idées et non des hommes unis et groupés dans le but de poursuivre un résultat politique déterminé'. »

L'année 1885 semblait n'appartenir qu'aux anarchistes et à leurs exploits. Cependant les socialistes collectivistes étaient à l'œuvre. Le Sozialdemokrat trouva excellent l'esprit qui régnait dans le congrès de Bruxelles, réuni le 5 et le 6 avril.

A Gand, l'agitateur socialiste Edouard Anseele jeta les bases d'une solide organisation et fonda le Vooruit, journal paraissant six fois par semaine. Le Peuple parut à Bruxelles pour le pays wallon.

En 1886, vint une explosion sanglante de la haine sociale , qui fit penser un instant à la Commune. Les désordres commencèrent à Liège, le 18 mars. Une grève régionale les suivit. Le 25 et le 26 mars, l'agitation passa au bassin de Gharleroi, d'où elle s'étendit, comme une marée montante, toujours plus furieuse. Une véritable rage de destruction s'empara des masses ouvrières qui avaient quitté leur travail. A Jumet, les grévistes incendièrent les Verreries nationales, les verreries et le château de M. Baudoux; plusieurs verreries furent anéanties sur d'autres points.

Les scènes de vandalisme de Liège, de Charleroi, de Jumet, ainsi que nous venons de le dire, sont l'œuvre d'un accès furieux de haine sociale. L'enquête de la

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