DANEMARK
ges, traversa la capitale. Le Socialdemokraten , l'organe du socialisme danois, agrandit son format.
En 1883 , le fameux congrès des socialistes allemands qui siégea à Copenhague , du 29 mars au 2 avril , au local même des socialistes danois, encouragea vivement ces derniers. Ils allèrent d'audace en audace , de succès en succès. Le Socialdemokraten arriva à un tirage quotidien de 13.000 exemplaires; le tailleur socialiste, P. Holm, devint membre du parlement; Copenhague vit un cortège socialiste de 90 associations et de 21 corps de musique, avec 80 drapeaux.
Le 25 juillet 1885, le tirage du Socialdemokraten atteignit le chiffre de 20.000 exemplaires. Le socialisme danois était toujours principalement répandu dans l'île de Seeland ; il était moins connu dans le reste du royaume, où Tagriculture domine. Cependant, ses conquêtes devaient aussi s'étendre à une partie de la population agricole , laquelle tend de plus en plus à se partager en deux camps : les paysans qui sont grands propriétaires, d'une part, et les petits propriétaires, avec les ouvriers de la campagne, les domestiques et les journaliers, d'autre part. En 1848, les paysans purent se libérer, à des taux très favorables, des droits féodaux qui pesaient sur leurs terres; de tenanciers qu'ils étaient, ils devinrent tout à coup propriétaires. En peu de temps ils arrivèrent à une grande aisance, dont ils ne songèrent pas à partager les bienfaits avec les petits fermiers et la masse des ouvriers de la campagne. C'est dans les rangs de ces derniers que la propagande socialiste s'exerce sans cesse; elle est fa-
vorisée par le mécontentement qui y règne. Le Danemark est, pour cette raison même, un des pays où le socialisme a le plus de succès parmi les ouvriers agricoles.
Une scission qui ressemble à celle des socialistes français et anglais eut lieu, en 1889 , dans les rangs des socialistes danois au sujet de la tactique électorale. Les uns se prononcèrent, dans les élections, pour une alliance avec les libéraux, les autres refusèrent toute alliance. Les dissidents, exclus du parti, formèrent le Parti révolutionnaire socialiste des ouvriers en Danemark. Les dissidents se firent représenter au congrès international de Paris, où M. Petersen, leur délégué, apprécia sévèrement l'ancien parti : « L'esprit du petit bourgeois y règne; on y croit que le socialisme continental ne peut être appliqué en Danemark. On a bien accepté le programme du socialisme allemand, mais on l'a mutilé. »
Aux élections du 15 janvier 1890, trois députés socialistes furent élus par 17.000 voix.
Un délégué danois représentait 17.000 socialistes, partagés en 150 groupes, au congrès international de Zurich.
VL — Espagne et Portugal.
Socialisme.
Nous distinguons deux périodes dans l'histoire du socialisme espagnol, la période de l'Internationale et la période qui suivit l'Internationale. Grâce aux cir-
constances exceptionnelles dans lesquelles il s'est produit, le socialisme se propagea rapidement en Espagne dans la première période, et il prit dès lors un caractère de violence qui le fit pencher vers Fanarchisme.
Le socialisme espagnol remonte, comme association, à la révolution de septembre 1868. Toutes les passions étaient alors en fermentation. Les révolutions successives avaient ébranlé tous les fondements de la société. Tout le monde avait conspiré en Espagne : la dynastie, l'administration, l'armée. L'Internationale crut que le tour de son peuple à elle était enfin venu; le Comité central de Genève et le Conseil général de Londres firent, l'un après l'autre, appel aux prolétaires d'Espagne : « Amis, leur écrivait le Conseil général, il faut agir avec vigueur, afin que cette révolution arrive à un résultat et qu'elle ne soit pas seulement politique, mais encore sociale. »
L'Internationale put enregistrer bientôt d'étonnants succès. La première section fut fondée à Barcelone le 2 mars 18G9, en même temps que l'organe socialiste « La Fédération ». L'inauguration d'une section centrale à Madrid suivit presque immédiatement; celle-ci, prenant son rôle au sérieux, s'adressa aussitôt aux ouvriers de tous les pays : « Notre patrie et notre religion, dit-elle , c'est Vhumanité. Le monde appartient à l'humanité... Rappelons-nous toujours que les rois ne sont pas les seuls tyrans de la terre... » — L'emphase que nous voyons ici se retrouve presque dans tous les documents qui émanent du socialisme espagnol. — Au
mois de septembre 1869, l'Internationale comptait en Espagne 195 sections et 20.000 membres, la plupart dans la Catalogne et dans l'Andalousie; un membre de l'Internationale siégeait dans les Cortès. L'affiliation régulière de toutes ces sections à Tlnternationale cosmopolite eut lieu en 1870.
Le Conseil central des groupes espagnols avait acquis une importance telle qu'il se sentit appeler à protester, à l'instar des groupes d'Angleterre et de Belgique, contre la guerre franco-allemande, le 20 juillet 1870. Dans cette protestation, on maudissait cent mille fois le préjugé de ce qu'on appelle la patrie.
Le ministère Sagasta prit peur et se mit à poursuivre l'Internationale. Le Conseil fédéral d'Espagne répondit en attaquant vivement la bourgeoisie^ l'aristocratie du capital qui a remplacé l'ancienne aristocratie.
La répression amena insensiblement le socialisme espagnol dans le camp de Bakounine. La propagande était réduite à être secrète, et Bakounine s'entendait mieux que Marx à agir dans l'ombre. Les émissaires conduisirent les opérations avec autant d'habileté que d'audace. Leur système répondait, du reste, mieux à l'ardeur passionnée des Espagnols, et les idées de fédération, traditionnelles en Espagne , repoussaient les tendances centralisatrices du marxisme. On vit bientôt le congrès socialiste de Saragosse , qui siégea du 4 au 11 avril 1874, adhérer aux résolutions antiautoritaires ou antimarxistes du congrès régional belge du mois de décembre 1871 , où l'on avait décidé que V Internationale n'est pas une association despotique dont les wem-
'jres doivent obéir à un mot d'ordre venu d'en haut, nais qu'elle est une fédération d'associations indépenianteSy entre lesquelles le Conseil général doit servir de :entre de correspondance. C'était le bakouninisme que e congrès de Saragosse venait de voter sans le savoir. L,es partisans de Marx le comprirent; mais, quand ils .entèrent de remonter le courant, ils furent simplenent exclus de la fédération internationale de Madrid. Is fondèrent la Nouvelle Fédération de Madrid, qui mt son Nouveau Conseil fédéral^ et qui se fit représener par deux délégués au congrès général de La Haye. }uatre délégués représentèrent les fédérations conduies par l'alliance de Bakounine; ces quatre délégués rotèrent avec les Belges et les Jurassiens, avec lesquels Is se rendirent au congrès sécessionniste de Saintmier, en Suisse. Enfin, le 25 décembre 1872, sur l'inritation du Comité jurassien, 36 fédérations espagnoes se réunirent en congrès à Cordoue, et s'organisèrent léfmitivement d'après le mode bakouniniste. Le parti le Marx, réduit de plus en plus, se sépara ouvertement les fédérés.
Vint l'abdication du prince Amédée, le 10 fé- Tier 1873. La fermentation devint plus grande que amais en Espagne : ce noble pays fut livré successirement à Figueras, à Salmeron, à Pi y Margal, à Caselar; les tendances socialistes de Pi y Margal étaient connues, et elles ne tardèrent pas à se manifester davantage : la puissance de l'Internationale était arrivée i son apogée. Le 20 août 1872, la fédération espagnole 58 composait de 371 sections corporatives et de 114
sections mixtes ; le 20 août 1873 , elle était arrivée à 557 sections corporatives et 117 sections mixtes. Heureusement que toutes ces forces n'étaient pas sérieuse-l ment organisées et qu'elles étaient groupées d'après' le système de Bakounine; une action commune et concertée, telle qu'une plus forte centralisation l'aurait rendue possible , eût pu amener les plus grands bouleversements.
Presque au lendemain de l'abdication d'Amédée, le 23 février, le Conseil général de l'Internationale siégeant à New-York, jugeant l'occasion favorable à une, entrée en campagne , avait fait parvenir aux ouvriers espagnols une adresse caractéristique dans laquelle| nous croyons devoir signaler les lignes suivantes :
« Le rejeton de la maison de Savoie , le fils du brocanteur de Nice , du héros d'Aspromonte , a évacué le trône... Ouvriers espagnols, vous devez être vous-mêmes les artisans de votre fortune... Rassemblez-vous, organisez-vous pour établir la république sociale. Si vous n'êtes pas assez forts pour tenter cette entreprise, protestez contre la république bourgeoise!... »
Les fédérations bakouninistes n'écoutèrent pas les avis du Conseil général marxiste , qui ne voulait pas d'alliance avec la bourgeoisie radicale. KUes se liguèrent avec les républicains fédéralistes dans le but d'établir partout, à l'exemple de la Commune de Paris, non pas précisément la commune, mais le canton. C'est l'origine de l'insurrection cantonaliste , qui ca- 1 ractérise l'histoire du socialisme espagnol. On puti voir alors quels terribles ravages les doctrines bakou-
ninistes avaient produits en peu de temps dans cerlains centres ouvriers de l'Espagne.
Le 13 février 1873, 30.000 prolétaires se réunirent à Barcelone, et, le 16, ils décrétèrent quelles seraient désormais les conditions du travail à Barcelone et dans 1 autres villes. Le mouvement s'étendit. A Malaga, la garnison fut désarmée , les casernes furent incendiées ît l'on proclama la république fédérative. Dans l'Estranadure , les paysans insurgés s'emparèrent des biens :ommunaux et se les partagèrent. Dans là province le Badajoz, ils destituèrent plusieurs municipalités !t s'emparèrent des biens des grands propriétaires, ous prétexte que ceux-ci se les étaient appropriés LU préjudice de la commune. Le Comité de salut pu- )lic réduisit de moitié les redevances des baux, orlonna la confiscation des biens de l'Église, supprima es pensions et décréta la remise des fabriques et des erres non exploitées entre les mains de ceux qui vou- Iraient les rendre productives. A Grenade, on décréta le même la confiscation des revenus des domaines de État, de l'Église et des couvents; on résolut de fondre 5s cloches et d'imposer aux principaux contribuables ine contribution forcée de 120.000 réaux. Les ouvriers e la Catalogne demandèrent que l'État leur procurât u travail en établissant des sociétés coopératives e production. Le 7 juillet, les ouvriers socialistes 'Alcoy organisèrent une grève générale; le 9, ils 'emparèrent de la maison de ville, après avoir tué •lusieurs agents de police et quelques gendarmes ; ils ivrèrent ensuite l'alcade à une foule furieuse qui l'as-
sassina, et traîna son cadavre dans les rues de la ville. San-Lucar, Cadix, Séville, Carthagène, Grenade et d'autres villes s'insurgèrent. Presque partout, les bakouninistes faisaient partie des juntes cantonales. Le sang coula de tous les côtés. On connaît la résistance de Carthagène. A Valence, où les marxistes avaient aussi pris part à l'insurrection, la lutte se prolongea pendant quinze jours. Une dernière levée de boucliers socialistes eut lieu et fut réprimée à Barcelone , au mois de janvier 1874; la résistance fut sanglante et opiniâtre.
Ce fut la dictature militaire de Serrano qui eut définitivement raison de toutes ces insurrections cantonales. Elle décréta l'état de siège, et prononça la dissolution de tous les cercles et de toutes les associations politiques , où Von conspirait contre la sûreté publique, contre les intérêts de la patrie , contre l'inviolabilité de la terre espagnole... Le décret avait particulièrement en vue l'Internationale.
Les excès commis dans les insurrections cantonalistes, leur complet insuccès et la répression sévère qui suivit, détachèrent de l'Internationale espagnole un grand nombre d'adeptes, et des sections entières prirent la résolution de se dissoudre.
C'était la fin de la première période de l'histoire du socialisme espagnol, ce n'était pas la fin de ce socialisme lui-même. Celui-ci se maintint avec son caractère spécial.
Oliva Moncasi , qui tira un coup de pistolet sur le roi Alphonse XII, le 25 octobre 1878, déclara être internationaliste.
On attribua dans plusieurs provinces aux internaonalistes les nombreux et grands incendies qui, en 378, 1879, 1880 et 1881, produisirent de si grands raages dans des propriétés couvertes de pâturages ou oisées^
Un congrès socialiste, composé de délégués nomreux, se réunit à Barcelone vers la fin de l'année 881. Par 108 contre 8, il adopta un programme colîcliviste. Une résolution en faveur des nihilistes russes
fut proposée.
Les socialistes anarchistes et les socialistes marxis- Bs se séparèrent toujours davantage. Les groupes narchistes furent pendant quelque temps les plus ombreux.
C'est le nord de l'Espagne qui devint le centre des roupes collectivistes. Les grandes grèves de Barce- 3ne témoignent de leur influence.
Les collectivistes Jd'Espagne se firent représenter au ongrès marxiste international de Paris, en 1889. Le lélégué Iglesias présenta à ce congrès un rapport sur a situation du socialisme en Espagne. Ce rapport vouait les premiers succès des Bakouninistes, mais il fûrmaque cette erreur était \aimcue et que les socialises d'Espagne se groupaient sur le terrain du socialisme cxentifique. Plusieurs mouvements anarchistes et de lombreuses explosions de dynamite ont donné un si-
istre démenti à une partie du rapport d'Iglesias. ? Depuis le congrès international de Paris , les socia-