‹ Le socialisme contemporain (volume 2)Chapitre 37 sur 74 · Journal des Débats, 22 août · texte numérisé non relu

Journal des Débats, 22 août

listes espagnols essaient de se compter chaque année le 1" mai. Les grèves, les meetings, les résolutions i effet comptent parmi leurs principaux moyens d'action Leurs divers organes ont toujours été très bruyants.

Au congrès international de Zurich, deux délégués représentaient les collectivistes espagnols. Ils déclarèrent n'avoir rien de commun avec les anarchistes.

Le mouvement socialiste en Portugal commença plus tard qu'en Espagne. Il suivit une marche plus lente mais plus régulière. L'Internationale prit pied en Port tugal au mois de novembre 1871 : elle n'avait alors que 32 adeptes; au mois de février 1873, ce chiffre s'étail élevé à 15.000. Les réfugiés espagnols n'ont pas pei contribué à propager l'Internationale en Portugal.

Le socialisme portugais tint son premier congrès du 1^"^ au 4 février 1877. D'après l'organe socialiste C Protesta , ce congrès essaya de constituer le parti socia liste portugais sur les bases du socialisme allemand.

L'organe du socialisme allemand, le Sozialdemokrat dans son numéro du 19 avril 1883, a dit du socialisme portugais :

« Le socialisme gagne du terrain en Portugal, er même temps que l'idée républicaine. »

Le socialisme portugais était représenté au congrès international de Paris, en 1889, par un seul délégué. Il se met régulièrement en mouvement le 1^'^ mai. Il donne naturellement la main au parti républicain. Il a un organe qui fut fondé le 1®"' mai 1890 et qui porte le titre : A Republica social. Son centre d'action est^ Oporto.

Malgré tout le bruit fait surtout par le socialisme spagnol, les socialistes espagnols et les socialistes ortugais sont relativement moins nombreux qu'on ne ourrait le supposer. La révolution en Espagne et le ^gime maçonnique en Portugal ont, il est vrai, préaré à souhait le terrain au socialisme; mais celui-ci

trouvé un puissant obstacle dans la foi du peuple, 'ancien Vorwaerts de Leipzig disait un jour des ouriers de Munster en Westphalie : « Les prolétaires e ce pays ne savent que prier et travailler. » Le grand ombre des prolétaires d'Espagne et de Portugal sait icore prier et travailler.

Anarchistne.

Les exploits anarchistes sont beaucoup moins con- Lis en Portugal qu'en Espagne. Le tempérament des )cialistes méridionaux les fait pencher généralement Il côté de l'anarchisme; ils ne se sont jamais soumis ii'avec peine à la discipline du socialisme coUectiste. Bakounine eut des succès faciles en Espagne, 3US venons de le voir. L'anarchisme qu'il y implanta ' maintint après sa mort.

Un délégué espagnol se trouva au congrès anarchiste ? Londres au mois de juillet 1881. Les anarchistes ;pagnols s'organisèrent au congrès de Barcelone, le 'i et le 25 septembre 1881, où 143 délégués se ren- )ntrèrent. Leur programme demandait l'autonomie 3solue des communes fédérées entre elles. Il y eut 3S congrès anarchistes en 1882 (à Séville), en 1883 Valence), en 1884 (à Séville). A ce dernier congrès,

251 délégués représentaient 492 sections, lesquelle comptaient ensemble 49.560 membres. Le Révolté d Genève poussa un cri de triomphe en reproduisant c dernier chiffre. L'organe principal des anarchistes es' pagnols, la Revista social de Madrid, se glorifiait alor d'avoir 10.000 abonnés. Son langage était aussi violen qu'impie.

Peut-on imputer à l'anarchisme espagnol les excèi commis par la Main-Noire (Mano Nera)? Cette formi dable société secrète provoqua, en 1882 et au commen cernent de 1883, une vaste agitation agraire et ouvrière principalement dans l'Andalousie, qui fut, pendant si: mois, le théâtre de brigandages, de grèves, d'agrès sions nocturnes, de séquestres de personnes et d'acte de violence de toute nature, sans en excepter l'assassi nat. On parvint à arrêter de nombreux membres de 1 Main-Noire j dont plusieurs firent des révélations. L justice put découvrir l'organisation de la société, qu avait des tribunaux secrets ; on releva plus de quatorz sentences de mort prononcées par ces tribunaux. Cepen dant il fut impossible de constater d'une manière car taine que la Main-Noire faisait partie de la fédératioi anarchiste. La Revista social déclina énergiquemen toute solidarité avec les hommes de la Main-Noire.

Nous nous garderons de prononcer là oii la justic du pays n'a point prononcé. Nous nous permettron cependant de dire que , si la Main-Noire ne faisait pa^ partie de la fédération anarchiste , elle avait au moin,^ emprunté à celle-ci , non seulement ses moyens d'ac tion, mais aussi ses principes. On lit, en effet, ce qu

uit dans ses statuts : « La terre existe pour le bientre commun des hommes , qui tous ont un droit égal

la posséder; elle a été fécondée par l'activité des ravailleurs ; l'organisation sociale actuelle est absurde t criminelle: ce sont les travailleurs qui produisent, t les riches fainéants les tiennent dans leurs serres; ussi ne saurait-on être animé d'une haine trop proonde contre tous les partis politiques... La société iéclare les riches hors du droit des gens ; elle proclame [ue pour les combattre comme ils le méritent tous les noyens sont bons et nécessaires, sans excepter le fer, e feu et même la calomnie^. » — * Assurément, un ouffle nihiliste ou anarchiste a passé là !

Depuis 1884, l'anarchisme d'Espagne semble avoir >erdu en importance , mais il n'a pas cessé de donner igné de vie d'époque en époque. En 1887, il provo- [ua une émeute à Valence. Dans une assemblée d'alarchistes, réunie à Madrid en 1887 pour célébrer 'anniversaire de la Commune, le président de l'asemblée déclara que, dans une situation semblable à ;elle de la Commune, les anarchistes de Madrid arrêeraient les principaux capitalistes et en fusilleraient m nombre double de celui des travailleurs qu'on auait fusillés. 11 déclara, en outre, que les anarchistes ^'empareraient de la Banque d'Espagne ainsi que de la banque hypothécaire et qu'ils brûleraient les registres le propriété avec le Grand-Livre de la dette publique.

Nous ne mentionnerons qu'en passant une pièce

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