I. Maxime du Camp, les Convulsions de Paris , p
aient, agissaient avec une activité étonnante et orgalisaient leurs forces. Les premières élections munici- )ales de Paris produisirent déjà un résultat assez avorable à l'Internationale. Sans doute, sur quatreringt-dix élus, l'Internationale ne comptait qu'une iouzaine de ses membres, mais ils représentaient les quartiers les plus populeux. L'un d'eux, Beslay, devint Drésident d'âge du conseil. Dans son discours d'ouver- ■ure, il prononça ces deux phrases qui renfermaient tout un programme : « La République de 1793 était un îoldat; la République de 1871 est un ouvrier. »
La Commune prit un caractère international en admettant des étrangers dans son sein. Les idées de l'Internationale percèrent dans certains décrets et dans les proclamations. Un décret du 29 mars remit les loyers échus. Nous ne parlons pas des décrets qui atteignirent les propriétés ecclésiastiques; sous ce rapport le radicalisme et le socialisme étaient d'accord. Une proclamation du 7 avril se terminait par ces mots : « Vive la République une, indivisible, démocratique et sociale! » Un décret du 16 avril chargea les syndicats ouvriers de faire l'inventaire des ateliers et des fabriques désertés par leurs propriétaires , et de rechercher les moyens de les exploiter par des sociétés coopératives. Quoique ce décret parlât encore d'une indemnité à fixer aux propriétaires, il était évidemment dicté par la doctrine socialiste do l'exploitation des ateliers industriels par l'État.
Le 17 avril eurent lieu les élections complémentaires de la Commune. La Commune et le comité central
de la garde nationale se composaient alors d'une centaine de membres, sur lesquels on comptait vingt et un membres notoirement affiliés à l'Internationale.
Le programme de certains chefs de l'Internationale, principalement de ceux qui appartenaient au camp bakouniniste , fut exécuté presque à la lettre dans les derniers jours de la Commune, lorsque la colonne Vendôme tomba et qu'on en vint enfin au pétrole , aux produits chimiques et à l'incendie , surtout à l'incendie des monuments.
La Commune de 1871 se distingue de la Commune de la grande Révolution précisément parce que la première porte le cachet de l'Internationale. Voici ce qu'était ou ce que devait être la Commune de 1871 d'après la définition d'un manifeste du Conseil général de Londres. Elle ne devait pas ressembler à une caricature de la constitution des villes françaises pendant la grande Révolution. Elle devait être le règne de la classe ouvrière, le triomphe du producteur sur l'ea?ploiteurj la forme politique qui assurât enfin l'émancipation du travail. Elle devait faire du capital et du sol l'instrument du travail libre et solidaire.
Selon le manifeste du Conseil général, la Commune représentait tous les éléments sains de la société française; elle était à la fois nationale et internationale, ainsi qu'il convenait à la pionnière de l'émancipation des ouvriers du monde entier. Elle fît d'un juif hongrois un de ses ministres ; elle plaça des Polonais à h. tête de ses défenseurs. Les mesures prises par elle indiquent le but que poursuivra tout gouvernement qui
prétendra être populaire. Elle interdit le travail de nuit pour les garçons boulangers; elle abolit les amendes dans les ateliers et les fabriques ; elle fît exploiter par des sociétés coopératives les ateliers fermés ou désertés.
Ce que nous venons de dire nous autoriserait suffisamment à appeler la Commune l'œuvre de l'Interna- Lionale. Tout motif de doute disparaît devant l'attitude prise par l'Internationale hors de la France , pendant que la Commune était encore au pouvoir et après sa chute.
Dès le début de la guerre fratricide que la Commune avait entreprise contre le gouvernement français, les chefs de l'Internationale dans les pays étrangers ne se faisaient pas illusion sur l'issue de la lutte. Ni Karl Marx, ni les autres chefs ne comptaient sur le succès; cependant ils ne condamnaient pas cette levée de boucliers, ils voulaient que l'on fît cette première tentative, qui ouvrirait la voie à d'autres et indiquerait le but à atteindre. Le numéro du mois de mars 1871 du Vorbote nous révèle toute la pensée des chefs de l'In- :ernationale.
« L'histoire, dit cet organe autorisé de l'Internatiolale, se trouve en présence d'une révolution que la lémocratie socialiste du monde entier doit saluer avec mthousiasme. Que cette révolution sociale triomphe DU qu'elle succombe, elle sera toujours un phénomène l'aulant plus considérable que les chances de succès luront été plus faciles et les difficultés plus insurmonables. Nous avons sous les yeux un martyre imposant
de nos frères. Leur sang fécondera les sillons de la liberté; leurs souffrances seront vengées le jour de l'inévitable triomphe de la démocratie sociale. »
Lorsque la lutte était au plus fort, le Vorbote s'écriait, dans son numéro d'avril :
« La tentative de la Commune n'est qu'un épisode dans la révolution sociale qui a commencé son mouvement; qu'elle réussisse ou qu'elle échoue, elle sers utile de toute manière à la cause de tous. Son succès pourra améliorer la marche des événements ; son échec n'influera en rien sur le résultat définitif du granc mouvement révolutionnaire... Les défaites que nouî avons subies jusqu'ici ont toujours servi la cause des ouvriers : elleâ ont contribué au progrès de la classifi cation sociale; elles ont amené une séparation plu: tranchée; elles ont donné conscience d'elle-même à 1; classe ouvrière et lui ont appris à lutter avec plu d'énergie et de haine contre la réaction. »
Le monde entier, en apprenant les derniers excès d' la Commune, poussa un cri d'horreur. Le Vorbote tous les organes socialistes à sa suite et le Conseil gé néral de Londres firent d'unanimes efforts pour atté nuer et effacer cette première impression. Ils ne scontentèrent pas de plaider des circonstances atté nuantes; ils se firent audacieusement les accusateur du gouvernement français et de la société en général La Commune fut représentée comme la grande victim de la bourgeoisie. Ceux qui étaient tombés sous I drapeau de la Commune étaient acclamés comme le martyrs du prolétariat :
« Maintenant que la révolution du mois de mars a été malheureuse, disait le Vorbote, elle mérite à un nouveau titre nos plus ardentes sympathies. Elle porte sur son front la couronne la plus belle et la plus impérissable, la couronne du martyre. La Commune est morte ! Vive la Commune ! »
Mais rien n'égale l'audace avec laquelle le Conseil général, probablement par la plume de Marx, jeta le gant au sentiment public de l'Europe dans le long manifeste adressé à tous les membres de l'Association internationale en Europe et dans les États-Unis. Ce document, daté du 30 mai 1871, a été publié tout entier par le Volksstaat de Leipzig. Il est pour l'Internationale le récit officiel des événements de la Commune; il doit en être devant l'histoire l'apologie autorisée. Quand on parcourt le manifeste, on se demande avec un sentiment d'effroi dans quelle sphère d'idées il faut vivre pour apprécier ainsi de semblables forfaits. La première partie du document tend à établir que le gouvernement de la défense nationale n'a été que le gouvernement de la trahison nationale , et qu'il a préféré signer la capitulation de Paris plutôt que de voir triompher la capitale par le dévouement de l'ouvrier. Le gouvernement de M. Thiers a dignement continué, d'après le manifeste, l'œuvre des hommes de la capitulation. Les hommes de ce gouvernement sont pris à partie l'un après l'autre; M. Thiers est représenté comme n'ayant poursuivi dans toute sa vie poUtique d'autre but que l'assujettissement du travail par le capital.
La deuxième partie du manifeste prétend faire peser toute la responsabilité de l'insurrection du 18 mars sur le gouvernement de M. Thiers, qui aurait conspiré contre la Révolution. La conduite des généraux Vinoy et d'Aurelle de Paladines est peinte sous les couleurs les plus noires. Les généraux Lecomte et Clément Thomas auraient été tués par leurs propres soldats , trop fidèles aux habitudes qu'on leur avait fait prendre. L'armée de Versailles seule se serait rendue coupable de véritables actes de cannibales. La Commune se serait trouvée réduite à défendre Paris contre les bandits de M. Thiers.
Nous avons déjà parlé de la troisième partie du manifeste , qui définit la Commune et marque son but. La Commune devait mettre fin à la domination exclusive d'une classe sociale au détriment de l'autre. Elle a voulu enlever à la classe dominante ses instruments de domination : l'armée, la police et le clergé. Elle a mis à la portée du peuple tous les établissements d'instruction. Après avoir enlevé aux magistrats une indépendance fictive , elle les a rendus vraiment responsables, en les rendant éligibles.
L'organisation de la Commune de Paris devait servir de modèle à l'organisation de toutes les communes de France. Le manifeste ne craint pas de glorifier les vertus de la Commune. Plus de voies de fait contre la sûreté des personnes, plus de cadavres à la Morgue, plus de femmes de mauvaise vie ! ! ! On revit la véritable femme de Paris , héroïque comme les femmes de l'antiquité! I ! La Commune, c'était Paris travaillant ^ pen-
sant, luttant, répandant son sang, transfiguré par l'enthousiasme de son initiative historique, oubliant, pour ainsi dire, dans sa préoccupation de fonder une société nouvelle, que les cannibales étaient à ses portes... Paris n'était que vérité j Versailles n était que mensonge.
Ce délire de la glorification du mal est peut-être encore dépassé dans la quatrième partie du manifeste, où il est rendu compte de la dernière lutte de la Commune. M. Thiers y est traité sans pitié, comme le bourreau le plus perfide et le plus cruel. Le Paris si serein des travailleurs est changé subitement en un pandémonium. Le manifeste rappelle le souvenir des martyrs du jorolétariat . Il les acclame. Après avoir dit qu'on ignore quels sont les monuments incendiés par les Versaillais et quels sont ceux que les défenseurs de la Commune ont détruits, le manifeste assume cyniquement la responsabilité de cette œuvre barbare de destruction. Le feu est une arme permise à la guerre. La Commune a employé le feu pour fermer les rues larges et droites de Haussmann et pour couvrir la retraite des vaincus. Si vandalisme il y a eu, dit le manifeste , c'était le vandalisme de la défense désespérée. — Le Conseil général de l'Internationale ne craint pas d'évoquer au bénéfice de la Commune le souvenir de l'incendie de Moscou.
Quant aux otages, le manifeste rappelle que c'est l'armée allemande qui a fait revivre cet usage, et déclare ensuite que M. Thiers est ici le véritable assassin : « La Commune lui a offert à plusieurs reprises d'e-
changer Varchevêque de Paris et toute la prêtraille cori' tre le seul Blanqui... »
Tel est le manifeste qui nous livre la pensée de l'Internationale sur les événements de la Commune. On ne peut s'étonner de voir un tel document se terminer par une déclaration de guerre à mort aux classes qui possèdent : « Après le lundi de la Pentecôte de l'année 1871, il ne peut plus y avoir ni trêve ni paix entre les ouvriers de France et ceux qui s'attribuent le pro duit de leur travail. »
Le manifeste du Conseil général, non moins que les lueurs sinistres de l'incendie de Paris, nous permet d'entrevoir les formidables mystères et les haines terribles que recèle la société moderne. Grâce au manifeste, la Commune est sacrée aux yeux de l'Internationale de tous les pays. Les socialistes Font acclamée à la tribune du Reichstag allemand et dans leur presse comme dans leurs assemblées populaires. Pour célébrer l'anniversaire de la chute de la Commune, le journal officiel du socialisme allemand, le Vorwaerts d'autrefois , publia un jour en tête de ses colonnes un extrait de l'histoire de la Commune par Lissagaray. Cet extrait, qui donne un chiffre exagéré des victimes, était encadré de noir, et le Vorwaerts le fit suivre de ces lignes : « Le prolétariat n'oublie pas ses martyrs. Il n'oublie pas le crime de ses ennemis. Il sait quel est son devoir. »
Il ne faut pas s'étonner que les chefs de l'Internationale aient tout tenté pour réhabiliter la Commune. Ils avaient compté principalement sur les révolution-
iiaires français. La chute de la Commune dispersa en quelque sorte les principales forces de l'armée de l'Internationale. L'horreur des crimes de la Commune fît plus encore que les coups de l'armée de Versailles. La propagande de l'Internationale fut entravée non seulement en France mais encore dans la plupart des autres pays de l'Europe. Une année après la chute de la Commune, le congrès général de La Haye devait prononcer la translation du Conseil général de l'Internationale en Amérique.
Le fonctionnement régulier de la vaste association levait bientôt cesser, après avoir été d'abord interdit în France par la loi du 14 mars 1872. Mais le mouvenent socialiste fut loin d'être complètement arrêté. 1 continua d'abord d'une manière plus latente pour 5e produire plus tard de nouveau au grand jour.
Les membres et les partisans fugitifs de la Comnune, qui s'étaient dispersés, établirent autant que )ossible leur domicile dans les pays voisins de la ^rance. Ils continuèrent à entretenir, par tous les noyens, des rapports secrets avec les hommes du parti évolutionnaire. Les journaux français favorables aux dées de l'Internationale, n'ayant plus le champ complèement libre dans le domaine social, se jetèrent avec ['autant plus de passion sur le terrain religieux; ils avaient qu'ils minaient la société en cherchant à miler la religion.
Les réfugiés de la Commune avaient essayé d'abord 'exercer une pression révolutionnaire sur le Conseil énéral de Londres. Ils voulaient faire de l'Internatio-
nale l'organisation insurrectionnelle permanente du prolétariat. La majorité du Conseil général se refusa à transformer la grande association en une conspiration blanquiste et à la faire mettre au ban de tous les pays. Au congrès de La Haye, les communards fugitifs firent une dernière tentative pour arriver à leur but; Marx les évinça habilement. Quand ils virent le Conseil général transférer son siège à New-York, ils l'accusèrent dans une brochure de fuir au delà de l'Océan pour se soustraire à son devoir.
Les fugitifs de la Commune s'organisèrent pour se livrer à une vaste propagande antisociale. Rodolphe Meyer affirme qu'il a trouvé les traces de l'action des Blanquistes en Amérique, dans les pays romans, en Suisse, en Autriche, dans les pays danubiens alors agités par l'insurrection et la guerre, et enfin dans l'Alsace-Lorraine. Les Blanquistes n'étaient pas étrangers à l'insurrection cantonaliste d'Espagne. Voici comment R. Meyer rend compte de la propagande des fugitifs de la Commune.
« Partout où ils arrivent, ils prêchent l'évangile de la Commune. Ils s'unissent aux partis les plus radicaux dans la classe ouvrière ; ils appuient l'agitation socialiste là où ils la trouvent; ils soufflent dans toutes les directions la haine des classes, une haine furieuse el sans pitié. Ils peignent en traits sombres ce qu'ih appellent les tueries des communards par l'armée d( Mac-Mahon. Ils posent en victimes pour la cause coin mune des ouvriers. »
Nous sommes hors d'état de pouvoir contrôler dani
tous les pays que nous venons de nommer l'apprécialion du publiciste qui a réuni tant de documents se rapportant à la lutte sociale moderne. Il a dit avec raison qu'un certain nombre de réfugiés de la Commune passèrent en Alsace. Quelques-uns d'entre eux ont offert leur plume aux journaux; ils y ont accepté le rôle peu glorieux d'insulter l'Église sans défense et de publier des articles antisociaux. Leurs articles trahissaient tous l'encre communarde. L'un des réfugiés, un homme de lettres (!), qui a joué un rôle pendant la Commune, a semé partout les plus hideuses brochures.
Au mois de juin 1873, le gouvernement français fut averti que l'Internationale avait député des agents dans les grandes villes pour faire de la propagande parmi les troupes de leur garnison. Le ministre de la guerre recommanda par une circulaire spéciale la plus active vigilance aux généraux commandants.
C'est la dernière fois que nous rencontrons la main de l'Internationale dans la propagation des idées socialistes en France. Cette propagation entra dans une nouvelle phase.
D. — Le mouvement socialiste en France depuis la dissolution de l'Internationale. — L'histoire du mouvement socialiste depuis la dissolution de l'Internationale jusqu'aux élections du 20 août 4893 est une histoire de près de vingt ans. Nous devons la retracer en quelques pages. La propagande socialiste , d'abord plus ou moins secrète , s'affirme plus tard dans les congrès; elle devient de plus en plus bruyante dans la
282 LE SOCIALISME CONTEMPORAIIM.
presse, dans les manifestations de tout genre, dans de grandes grèves et enlin dans la Chambre française et dans les Conseils municipaux.
La propagande socialiste française suivit fidèlement les dernières recommandations de l'Internationale relatives à l'organisation du monde ouvrier par les associations professionnelles ou les syndicats.
Ce fut le mot d'ordre du congrès de Paris en 1876 : « Je viens vous proposer l'union syndicale de tous les travailleurs de France sans exception, » a dit le citoyen Dufau. « A Paris, la tête; aux paysans, le corps. » Le citoyen Dufau a dit encore : « Nous devons nous enrégimenter, il faut que le général soit soldat et le soldat général. »
Le congrès ouvrier de Lyon, qui siégea du 28 janvier au 8 février 1878, tenait à la fois du congrès de Paris et du congrès international de Gand. Le citoyen Ballivet indiqua la voie à suivre : « Poursuivre activement la formation des syndicats.
« Gréer partout des cercles mixtes d'études sociales pour la propagande des principes.
« Fédérer de bas en haut ces syndicats et ces cercles. »
La théorie du collectivisme fut exposée au congrès de Lyon; cependant la majorité du congrès repoussa une proposition invitant les associations ouvrières à étudier les moyens pratiques pour mettre en exécution le principe de la propriété collective du sol et des instruments de travail.
On n'outragea pas moins la religion au congrès de Lyon qu'aux congrès de Paris et de Gand.
Le congrès de Marseille, qui s'ouvrit le 20 octo- )re 1879, jeta enfin le masque. Il s'intitula, dès la prenière séance, le troisième congrès ouwier socialiste. ^ar soixante voix contre trente-six, il se prononça pour 'idée collectiviste et déclara que la propriété collective le tous les instruments de travail et de tous les moyens le production devait être l'objet de tous les efforts du )rolétariat.
Le congrès de Marseille ne se contenta pas de formuer des principes ; il vota l'organisation d'un parti ou- Tier par la fédération des syndicats et des groupes l'études sociales. Il divisa, à cet effet, la France en À\ régions : celle de Paris ou du Centre y celle de Lyon )u de VFst^ celle de Marseille ou du Midi^ celle de Bordeaux ou de V Ouest, celle de Lille ou du Nord, ;elle d'Alger ou de V Algérie.
Les fédérations régionales ne tardèrent pas à se consituer. Chaque fédération était représentée par un conité formé de délégués des syndicats et des groupes l'études sociales. Un des principaux services de ces ;omilés était la préparation des congrès régionaux.
Ces congrès régionaux affirmèrent le collectivisme à 'exemple du congrès de Marseille. Lorsque le quarième congrès national, celui du Havre, dut se réulir, de grands efforts furent tentés pour former un )arti socialiste opportuniste et pour obtenir le désaveu les doctrines collectivistes. La tactique ne réussit )as. Elle amena cependant une scission , et il y eut leux congrès.
Le congrès modéré ou opportuniste , appelé le con-
grès de la salle Franklin, fut le moins important.
Le second congrès réunissait plus de cinquante délégués , qui représentaient cent dix-neuf syndicats ouvriers et onze cercles d'études sociales. Il se considérait comme étant seul l'authentique continuateur des congrès ouvriers socialistes de France. Toutes les questions y furent appréciées au point de vue collectiviste.
Dans les congrès de l'ancienne Internationale, les délégués français avaient presque toujours repoussé les résolutions socialistes. Et voilà que le collectivisme, presque ignoré en France, fit soudain irruption, pour se produire de plus en plus , de journal en journal , de réunion en réunion, de congrès en congrès! Peu de doctrines subversives ont pu en si peu de temps se répandre aussi loin.
Une nouvelle scission vint s'ajouter bientôt à celle du congrès du Havre. Elle fut amenée par des motifs d'une importance secondaire. Jules Guesde, un des socialistes français les plus capables, exerçait une influence que ses adversaires voyaient de mauvais œil.
Il avait groupé autour de son journal V Egalité l'élément socialiste bourgeois. Le Prolétaire, l'organe de ses adversaires , s'adressa davantage à l'élément ouvrier et rallia les communards amnistiés, qui, eux aussi, supportaient mal l'espèce de domination de Jules Guesde et de son groupe. Un incident électoral raviva l'opposition contre ces derniers. Le congrès de Reims, au mois de novembre 1881, reconnut le Prolétaire comme l'organe du parti ouvrier ; ce qui n'em-
)êcha pas Jules Guesde de publier de nouveau Y Egalité y qui avait cessé de paraître pendant quelque temps, ja scission éclata enfin au congrès de Saint-Etienne , jui s'ouvrit le 25 septembre 1882.
La grande majorité des délégués se prononça pour e parti àw Prolétaire. Sur 335 groupes, qui étaient re- )résentés au congrès de Saint- Etienne, Jules Guesde 16 rallia que les délégués de 32 groupes. Ceux-ci suivirent leur chef et allèrent s'assembler en congrès à Roanne. Les délégués des 41 groupes de la Fédération lu Nord restèrent neutres.
Ce qui séparait les deux camps collectivistes, celui le Saint-Étienne et celui de Roanne, c'étaient des }uestions personnelles et une question de tactique. ^es chefs du camp de Saint-Étienne furent les sociaistes Brousse, Malon, Daynaud, Labusquière, Jof- 'rin, etc. Les hommes de Y Egalité les ont appelés les Possibilistes j tandis qu'ils furent désignés eux-mêmes )ar leurs adversaires sous le nom de Marxistes.
Les Possibilistes admettent comme les Marxistes le logme socialiste de la propriété collective; mais au )oint de vue de la tactique ils disent qu'il faut réaliser l'abord ce qui est possible et arriver à la propriété colective communale. En matière d'organisation , les Posibilistes résistent au système selon eux trop centralisateur des Marxistes, ils permettent de substituer des )rogrammes locaux à un programme minimum unique.
Par la dénomination de Marxistes, les Possibilistes l'entendaient pas reprocher aux partisans de Jules juesde de professer le système de Marx, qu'ils admet-
tent eux-mêmes; ils voulaient dire seulement que Guesde et les siens subissaient trop l'influence directe de K. Marx. Assurément, ce n'était pas sans raison. Marx avait pris part à la rédaction du programme minimum^ que Jules Guesde fît accepter au congrès du Havre, et les relations entre Guesde et l'école de Marx étaient depuis longtemps excellentes. Guesde avait été un des collaborateurs de l'ancienne revue scientifique du socialisme allemand, la Zukunft [L'Avenir). Ajoutons que Lafargue , un des principaux collaborateurs de Guesde, est le gendre de K. Marx.
A partir du congrès de Saint- Etienne les socialistes et les communistes français de toutes les nuances ont été compris sous les cinq dénominations suivantes : l°le parti de V Alliance socialiste républicaine (les Blanquistes), 2° le Parti ouvrier français (les Marxistes), 3"^ le Parti ouvrier socialiste révolutionnaire français [les Possibilistes), A° les Anarchistes, o° les Socialistes indépendants.
Depuis, on a dû distinguer encore les Possibilistej en Broussistes et en Allemanistes , selon qu'ils suivaieni comme chef Brousse^ ou Allemane.
Les Possibilistes sont plus nombreux à Paris, les Marxistes en province.
En 1885, dans sa revue de l'année, le Sozialdemokrat allemand appréciait ainsi la situation du socia lisme français :
« Depuis les sanglantes journées du mois de ma
1. D'abord anarchiste fougueux, Brousse est devenu le socialist le plus modéré.
871, le socialisme était complètement épuisé en i'rance. Aujourd'hui, il s'impose aux hommes politijues qui demandent les voix des électeurs éclairés des grandes villes. Les dissensions des chefs du mouvenent ont pu leur nuire personnellement; mais elles font guère nui à la cause même du socialisme, jclui-ci s'affirme d'une manière bien plus concrète [u'autrefois. Le prolétariat revendique toujours plus )uissamment ses intérêts de classe. Ce qui divise en- ;ore les partis , ce sont plutôt des questions personneles que des questions de principe. Il n'y a plus de lifférence essentielle entre l'attitude du blanquiste baillant au Conseil municipal de Paris et celle de son ;ollègue Chabert, le représentant de l'association ourière socialiste. »
On s'est étonné récemment de voir les socialistes alemands offrir aux socialistes français , à l'occasion des îlections de 1893, un secours de 2.500 francs. Déjà, le 14 septembre 1885, le Sozialdemocrat avait invité les lOcialistes allemands à venir au secours de leurs frères le France pour les élections du 4 octobre : « Il faut le l'argent, disait-il, pour les élections... Les frères le France nous ont assistés si généreusement dans los dernières élections; il est de notre devoir maintelant d'aller aussi à leur secours. »
L'agitation socialiste ne se lassa plus. Elle finit par )énétrer jusque dans les églises, où les prédicateurs urent violemment interrompus. Elle sut profiter de tout »our s'affirmer et pour soulever la haine sociale. Les onvois funèbres , les manifestations de tout genre ,
les réunions et les congrès, la grande grève de Decazeville et toutes les grèves qui suivirent, les procès retentissants , les anniversaires de la Commune (le 18 mars et le 25 mai), les bruits de guerre, les élections générales, les élections municipales, même rélection du président de la République , depuis 1890 le chômage et les manifestations du l^"" mai, tout dut servir à l'affirmation et à la propagande du socialisme.
Qui ne se souvient du rôle joué dans ces diverses circonstances par les citoyens Allemane , Basly , Baudin, A. Boyer, Brissac, Broussac, Gamélinat, Galvinhac, Chabert, Clément, Cluseret, Deville, Duc-Quercy, Dumay, Eudes, Faillet, Ferré, Ferroul, Gambon, Jules Guesde , Humbert, Jaclard , Joffrin , Lachize , Lafargue , Lavy, Lépigne, Lisbonne, Lissagaray, Longuet, B. Malon, Protat, Félix Pyat, Roche, Susini, Thivrier, Vau
ghan? Pourquoi ne nommerions-nous pas aussi k
citoyenne Louise Michel, socialiste ou anarchiste à soi heure?
De tous ces noms, c'est incontestablement celui d( Jules Guesde^ qui est le plus cher à la presse socialist( allemande. Elle vient de saluer son élection, qui 1; consola de tous les échecs du 20 août : elle l'appelL le premier orateur socialiste de France et le considèr comme un penseur hors ligne.
La réhabilitation de la Commune par les fêtes di 18 mars et du 25 mai a montré d'année en année con) bien les idées socialistes gagnaient du terrain. Au coin