Le prix moyen du salaire dune journée élait de 4 francs
tats de Montceau-les-Mines par Y Étendard révolutionnaire, l'organe anarchiste de Lyon. Il a écrit :
« Une révolution ayant pour but un renversement politique tomberait sous l'indifférence, mais une conflagration générale entraînant des millions d'affamés qui veulent satisfaire leurs appétits , par quelle force peutelle être repoussée? Que de villes , bourgs y hameaux, bourgades dépourvus de soldats, où pourrait commencer le branle-bas l Car c'est là qu'il faut commencer. Portons ensuite la main sur les points dégarnis de troupes. »
Ces lignes expliquent tout. Le district houiller de Montceau était dans les conditions marquées par VÉtendard révolutionnaire. Il avait une population de plusieurs milliers d'ouvriers, il était dépourvu de toute police , de toute force militaire.
Le 13 et le 14 août 1882, se tint à Genève une réunion anarchiste. Les groupes qui y étaient représentés appartenaient à diverses fédérations; ils étaient établis à Lyon, à Villefranche , à Saint-Étienne, à Vienne, à Paris, à Bordeaux, à Montceau; avec les membres de la Fédération jurassienne , il y avait là cinquante compagnons réunis, non compris le délégué italien. Le
58 cent, pour les ouvriers qui travaillaient dans les mines, et de 3 francs 64 cent, pour les ouvriers en général, y compris les femmes et les enfants. En 1881, la subvention de la Compagnie des raines pour la caisse de secours était de 261.000 francs, tandis que le versement des ouvriers ne s'élevait qu'à 149.000 francs. Grâce à une caisse de retraite, ces mêmes ouvriers pouvaient obtenir à l'âge de cinquante-cinq ans, quelquefois déjà à l'âge de quarante-cinq ans, «ne pension qui pouvait arriver jusqu'à 900 francs par an.
compagnon de Montceau fit cette déclaration : « Nous sommes décidés à l'action. »
Au moment oii le compagnon parlait, l'ac/io/z avait déjà commencé. Elle était une œuvre de destruction dirigée contre des croix , une école de Sœurs , une chapelle. Elle était accompagnée d'autres tentatives et de menaces sinistres.
Le Révolté de Genève s'écria : « Quelle belle initiative! Quelle correction révolutionnaire! Il n'est pas possible qu'une aussi héroïque propagande reste longtemps inféconde. )>
Quand les anarchistes de Montceau furent traduits devant la cour d'assises de Chalon-sur-Saône, au mois d'octobre 1882, un système de terrorisation qui rappelle celui des nihilistes fut mis en œuvre de tous les côtés à la fois. Des menaces de tout genre furent adressées à la cour, aux jurés , aux témoins ; en même temps des explosions de bombes de dynamite eurent lieu à Lyon.
Un fait presque inouï dans les annales judiciaires se produisit alors.
Avant le prononcé de l'arrêt, le procureur général requit et la cour prononça le renvoi de l'affaire à une autre session , en raison des menaces de mort adressées aux témoins et aux jurés, menaces aggravées parles attentats de Lyon.
L'affaire fut renvoyée plus tard à la cour d'assises de Riom. Les explosions de Lyon , bien plus que toutes les menaces, ont contribué à amener cette mesure, qui fut prise par la cour de Chalon à l'audience du 24 oc-
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tobre : deux jours auparavant avaient eu lieu les explosions.
« Que se passe-t-il dans notre tranquille, pays d( France? » écrivit à ce sujet M. Leroy-Beaulieu dans r Économiste français. « Est-ce une véritable lutte so'-j ciale qui se prépare? Est-ce simplement le gouvernement qui donne une nouvelle preuve d'ahurissement* A notre avis les deux explications sont vraies. »
Les explosions de Lyon qui produisirent une impres-j sion si violente furent l'explosion du restaurant Belle^ cour, qui blessa une dizaine de victimes , et l'explosioi du bureau de recrutement. L'effervescence fut imj mense. On prit partout les mesures les plus sévères On s'empara des principaux agitateurs anarchistes. Le prince de Rrapotkine, qui, après avoir été expulsé de Genève , s'était retiré à Thonon , dans la Haute-Savoie, fut aussi arrêté. On mit en même temps la main sur des papiers importants.
Le procès qui fut intenté aux agitateurs anarchistes devant le tribunal correctionnel de Lyon enleva tout doute sur l'existence d'une fédération anarchiste. Il fit connaître l'activité des anarchistes lyonnais, qui, en peu de temps, avaient tenu vingt-quatre conférences privées et treize conférences publiques. A l'audience, Rrapotkine ne dissimula ni son passé révolutionnaire, ni son système , ni ses espérances. Réfugié en Suisse , il fut, d'abord sous un pseudonyme et ensuite sous son vrai nom, le continuateur de l'œuvre de Bakounine; fondateur et rédacteur principal du. Révolté, il fut l'âme de l'anarchisme. Le procès de Lyon nous le
montre à Genève , à Thonon, à Lyon, à Saint-É tienne, à Paris, à Londres. La vie de sa vie est la révolution. » J'ai toujours travaillé à la consolidation du parti anarchiste, dit-il, durant toute ma vie, j'ai propagé les idées de ce parti. »
Nous ne suivrons pas partout le drapeau noir des anarchistes; nous ne compterons pas toutes les explosions de bombes de dynamite, qui leur furent attribuées ; nous n'énumérerons pas toutes leurs réunions tumultueuses; nous ne décrirons pas toutes leurs rixes violentes avec les membres des autres partis antisociaux; nous n'analyserons pas tous les articles furieux de leurs principaux organes, pas même ceux de V Attaque et de la Révolte , qui remplaça à Paris le Révolté de Genève.
En 1887, l'anarchiste Clément Duval préluda aux exploits de Ravachol. Il avait voulu incendier en plein Paris, rue de Montceau, l'hôtel de M"^'' Madeleine Lemaire, l'artiste peintre, après l'avoir complètement dévalisé. Il fut arrêté. Traduit devant la cour d'assises, il ne voulut pas admettre qu'il était un simple voleur, un incendiaire, un assassin. Il prétendait devoir être considéré comme un anarchiste politique, un partisan de la propagande par le fait , un représentant du pauvre peuple. 11 fut condamné à mort, mais il interjeta appel pour avoir encore une fois l'occasion d'exposer publiquement les doctrines anarchistes.
« Devant la seconde cour d'assises, dit-il, j'exposerai mes doctrines d'anarchiste, et je serai ainsi encore utile à mon parti... Ce qui fait, en effet, que le peuple
des travailleurs n'est pas tout entier anarchiste , c'est qu'il ignore nos principes... Il faut donc les divulguer le plus possible, et une tribune de cour d'assises est une bonne tribune... Quant au résultat de mon second procès, il ne m'inquiète guère. Il y a longtemps que j'ai fait le sacrifice de ma tête à mon parti.
« Les douze bourgeois qui auront à me juger me condamneront encore à mort. Et ils feront bien.
« Autant je me suis hâté de signer mon pourvoi pour arriver au but de propagande des idées anarchistes que je me propose, autant, si la Cour de cassation refuse , je me montrerai rebelle à signer un pourvoi en grâce qui amoindrirait ma personnalité politique... Jusqu'à l'échafaud je serai crâne... Je ne ferai de courbette devant personne ! Mes compagnons n'auront pas à rougir de moi. Qu'ils soient certains que je donnerai le bon exemple ! »
Le voleur, l'incendiaire, l'assassin prétend donner le bon exemple en affirmant son droit au crime ! C'est à ce point d'incroyable perversité que la révolution sociale conduit ses plus fanatiques partisans.
En 1892 , Clément Duval sera dépassé d'une coudée par Ravachol. Avant de rappeler à nos lecteurs la terrorisation anarchiste de 1892, nous avons besoin de signaler V Indicateur anarchiste.
L'anarchisme n'a pas seulement son catéchisme, que nos lecteurs connaissent; il n'a pas seulement une presse , dont les produits ressemblent aux ricanements du démon du meurtre et de la destruction; il a son indicateur à lui; oui, il a Y Indicateur anarchiste, livré
fl
à la police de Paris par un agent secret. V Indicateur, imprimé à Londres, donne plus de cent recettes pour fabriquer des engins de destruction. Il consacre un chapitre entier à la fabrication des bombes. Un autre chapitre s'occupe de la tactique révolutionnaire, en particulier de la construction des barricades. L'Indicateur désigne spécialement les vieilles cathédrales gothiques à la rage des destructeurs. Il demande que le cyclone révolutionnaire renverse tout ce qui résiste aux rêves sauvages de l'anarchisme. Il veut que le désespoir, le meurtre et l'incendie poussent les masses à s'insurger contre l'ordre actuel.
Il est inutile d'insister sur les titres que se sont donnés les groupes anarchistes de Montceau , de Paris et des autres centres. Ces titres, tristement prétentieux, ont leur signification. Nous citons les suivants :
« Le Drapeau rouge, YEclaireur, V Avant-garde , le Bonnet rouge, la Jeune Montagne, les Misérables , la Lutte, la Hache, la Panthère des Batignolles , » etc.
La terreur anarchiste s'empara tout à coup de la France et particulièrement de Paris au mois de mars et au mois d'avril 1892. Jusque-là, ni les attentats de Montceau, ni les explosions de Lyon, ni toutes les autres qui suivirent n'avaient pu troubler l'insouciance de la bourgeoisie. Elle refusa longtemps de voir la main de l'anarchisme dans les attentats de Montceau; la police elle-même ne prenait pas au sérieux les menaces des anarchistes. On se racontait, non sans intérêt, les exploits de l'anarchiste Pini, qui commit plus de vingt vols et fut condamné à vingt ans de tra-
vaux forcés. Quatre explosions , qui se succédèrent à Paris depuis le 29 février jusqu'au 27 mars, jetèrent dans l'épouvante la capitale de la France. Deux de ces explosions, celles du boulevard de Saint-Germain et de la rue de Glichy , étaient l'œuvre de Ravachol, le héros de l'anarchisme actif, qui fut pendant quelque temps l'homme le plus redouté. Son arrestation, qui eut lieu le 30 mars au restaurant Véry, fut signalée comme un événement. Dans le monde de la presse, c'était à qui donnerait le plus de détails sur la vie de ce criminel étrange , qu'une longue impunité faisait renoncer à toute prudence et qui était arrivé, grâce aux théories socialistes et anarchistes , à se justifier à ses propres yeux, au point de se considérer comme un sauveur de l'humanité. Ravachol était faux monnayeur, il avait violé un tombeau dans les circonstances les plus horribles , il avait tué un vieillard de 92 ans pour voler son argent, il était coupable de trois autres assassinats. Il a essayé de justifier le meurtre du vieillard, en disant que celui-ci était un être inutile à la société. Appartenait-il à Ravachol de juger quels sont les êtres utiles ou inutiles à la société et de tuer ceux qu'il lui plaisait de considérer comme inutiles? Quant au vol des 25.000 francs que possédait le vieillard , il en réserva une partie pour les besoins de l'anarchisme , c'est-à-dire pour préparer d'autres crimes. Certes , cette circonstance n'est point faite pour excuser l'assassinat.
Le président de la cour d'assises de la Loire, devant laquelle comparut Ravachol , trouva l'expression qu'il
illait dans une observation qu'il dut adresser à Ravahol pendant l'audience. Celui-ci ayant essayé de par- 3r au nom des ouvriers, le président l'interrompit et invita h. parler au nom des assassins.
Une seule circonstance atténuante peut être invo- [uée en faveur de ce forcené. C'est pour avoir lu les crits anarchistes que Ravachol est devenu l'homme [u'il a été , une brute lâchée contre ceux qui ne lui resemblaient pas.
Telle est l'aberration amenée par les idées socialistes ït anarchistes , qu'on a qualifié Ravachol de martyr. Eh )ien, comment est-il allé à la mort, ce martyr? C'est ;n chantant le sixième couplet du Père Duchesne, me chanson horrible et ordurière que nous ne poufOns pas reproduire. Quelle est la dernière parole adres- ;ée par lui à ceux qui l'entouraient? Devant la guilotine, il eut un moment de silence, puis il tourna ses 'égards vers le bourreau Deibler et lui cria : Cochon î
Ravachol n'était pas seul. Il appartenait, comme tout marchiste, à un groupe. Il comptait sur ses compagnons jusqu'au dernier moment. Avant d'être jugé à VIontbrison, Ravachol avait dû comparaître d'abord levant la cour d'assises de la Seine, le 27 avril. Feulant la soirée du 25 avril , une explosion se produisit lans le restaurant Véry oii l'anarchiste avait été arrêté. Véry, le propriétaire du restaurant , et un consommaeur du nom de Hamono reçurent d'horribles blessu- •es auxquelles ils succombèrent plus tard. Les compagnons voulaient venger et sauver le compagnon; ils 'oulaient donner un avertissement aux jurés de Paris.
Quand Ravachol se trouva devant les jurés de Montbrison , il y eut encore des menaces et de l'agitation. Mais on n'alla pas plus loin. Nous lisons à ce sujet dans un livre attribué à un anarchiste : « Parmi les hâbleurs d'imprimerie et de réunion publique, on ne trouva point les dix gaillards résolus , — résolus au bagne ou aux galères , — capables de tenter son évasion. »
Peut-être la dynamite manquait-elle. L'auteur^ qi nous venons de citer affirme que les anarchistes n^ peuvent guère opérer qu'avec la dynamite qu'ils vo-' lent; ils ne réussissent pas à fabriquer des explosifs qui leur inspirent de la confiance à eux-mêmes.
Si la dynamite manque quelquefois, les dynamiteurs n'ont pas plus manqué depuis Ravachol qu'avant Ravachol.
Pour la consolation de ceux qui craignent, nous empruntons encore à l'auteur des Coulisses de V Anarchie l'observation suivante : ^1
« Depuis six ans, on a commis 1.123 attentats à là dynamite en Europe et 502 en Amérique , soit un total de 1.615 explosions. Comptons les morts : ils sont au nombre de vingt et un. »
Il n'en est pas moins vrai que la dynamite est le plus formidable allié que la Révolution ait eu.
Nous avions clos ici nos observations sur l'anarchisme en France , quand éclata dans la Chambre française , le 9 décembre , la bombe de l'anarchiste Vaillant. Cet attentat fit de nombreux blessés qui , sans une de ces circonstances qu'on appelle fortuites et qui ne le 1. Coulisses de r Anarchie, p. 106.
sont pas, auraient été autant de morts. Il émut l'Europe et épouvanta la France. Il ouvre une nouvelle série de crimes. Les attentats étaient dirigés autrefois contre les rois et les empereurs; le tour des représentants du peuple est venu. C'est la lutte du peuple contre le peuple; c'est V anarchie.