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talent cependant pas complètement d'accord. Selon le premier, la propagande ne devait pas se borner à répandre les doctrines socialistes et anarchistes, elle devait encore exciter sur différents points du territoire des émeutes sans cesse répétées, pour maintenir le pays dans l'agitation. Lawroff, de son côté, voulait une propagande en quelque sorte pacifique , semblable à celle des socialistes allemands Bebel et Liebknecht; d'après son système, la révolution devait d'abord se '.> faire dans les idées du peuple pour se produire ensuite d'elle-même au dehors. ^
Au milieu de ces agitations éclata le mot magique : « Allons au peuple! » qui entraîna la jeunesse révolutionnaire. Tout le monde voulait se mêler au peuple, pour lui dire quels sont ses droits et comment il pourrait conquérir le bonheur. Les uns se contentèrent d'excursions faites dans tous les sens; les autres allèrent jusqu'à renoncer à leurs carrières libérales et apprirent des métiers, pour entrer dans les ateliers, ou pour se fixer au milieu des populations. La propagande s'étendit jusque dans les prisons. .^
On comprit qu'on n'aboutirait à aucun résultat si l'on ne parvenait pas à endoctriner les paysans. Pour être moins suspects à ceux-ci, les propagandistes se faisaient brunir le visage et rendaient leurs mains rugueuses; le faux passeport dans les bottes, la valise remplie d'écrits socialistes et révolutionnaires, ils allaient à l'aventure ^ , prêts à s'arrêter partout où ils seraient bien accueillis. Les femmes furent les plus
]. Alph. Thun, p. 95.
Biithousiastes. Quelques-unes d'entre elles, qui appartenaient à la plus haute société , Natalie Armfeld , Barbe Batjuskowa, Sophie Perowskaja, Sophie Lœschern de Herzfeld et d'autres surent se condamner aux plus liumbles et aux plus durs travaux des champs ou au travail des fabriques ^ Sophie Perowskaja, qui prit part au meurtre de l'empereur Alexandre 11. . en donnant aux conjurés le signal par un mouvement de son vo\\e , alla d'abord de village en village au bord de la Kama, vaccinant les enfants ; elle fut ensuite institutrice dans la province de Twer, et pratiqua plus tard la chirurgie.
Ce qui nous a toujours étonné, toujours consterné, c'est la nihiliste russe. Nous ne la confondons pas avec la pétroleuse. La pétroleuse est la femme abrutie; la aihiliste est la femme russe cultivée. Elle a passé par tous les degrés de l'éducation russe; elle était assise sur les bancs des écoles , elle a brillé dans les gymnases de femmes ; on l'a vue à l'université. Elle est le type de la femme libre , telle que la science sans la religion peut la produire. Elle est l'égale de l'homme; elle manie le revolver et le poignard comme lui. Elle dépasse même l'homme dans le mépris de la mort. Elle renonce à sa famille pour devenir révolutionnaire. A rencontre de la martyre chrétienne , qui a souvent été hvrée par son père, la nihiliste est prête à trahir son père. Elle peut se marier; ce n'est pas pour être épouse et mère, c'est pour se soustraire à l'autorité de ses