‹ Le socialisme contemporain (volume 2)Chapitre 70 sur 74 · Der Sozialdemokrat, 18 novembre · texte numérisé non relu

Der Sozialdemokrat, 18 novembre

D'après la presse socialiste allemande, Most ne serait plus aujourd'hui l'homme qui, toutes les semaines, demandait du sang. Quantàl'anarchisme, il a toujours des adeptes et des organes en Amérique.

Au mois de mai 1893, une panique s'empara de Chicago. Le bruit s'était répandu que les anarchistes I avaient résolu d'incendier les bâtiments de l'Exposition universelle et de faire sauter par la dynamite la conduite d'eau. Une correspondance très compromettante fut découverte. Six anarchistes furent arrêtés. Chicago en fut quitte cette fois pour la peur.

Nous sommes arrivé au bout de notre tâche. Nous n'avons pu nous contenter de jeter un coup d'œil général sur le mouvement antisocial. Nous avons dû in terroger les faits de pays en pays; nous l'avons fai consciencieusement. Nos lecteurs seront à même d mesurer eux-mêmes toute l'étendue du mouvement.

Le cri de guerre poussé contre l'ordre social , il y a un demi-siècle , par Karl Marx s'est accompli en partie : « Prolétaires de tous les pays, unissez-vous! » Le socialisme collectiviste est devenu international. |

Presque partout nous avons vu l'anarchisme surgir à côté du collectivisme. Les anarchistes sont presque toujours sortis des rangs des collectivistes. Les chefe du collectivisme renient l'anarchisme , mais le colle tivisme et l'anarchisme sont évidemment de la mêmi famille. Le frère cadet est plus turbulent et plus vi lent que le frère aîné. Il est difficile de s'orienter sur nombre des anarchistes : ils ne prennent pas part a élections , et l'organisation de leurs groupes est secrète^ Les anarchistes sont beaucoup moins nombreux q

les collectivistes, mais leur système ne demande pas précisément le nombre.

Les faits qui ont passé sous nos yeux réfutent péremptoirement l'erreur de ceux qui ne veulent voir dans le socialisme qu'un système économique.

Ni Marx ni ses disciples n'ont entendu changer uniquement l'organisation économique actuelle. Partout où nous l'avons vu à l'œuvre , le socialisme veut changer de fond en comble Tordre social.

Tous les chefs socialistes savent très bien que leur négation de la propriété privée des instruments de travail, et l'établissementgénéral et exclusif de la propriété collective des moyens de production , sont à la fois la négation de Dieu et de ses lois, la négation de l'Église et de son autorité , la négation de la famille chrétienne et de son libre développement.

Nous avons pu constater que , en dehors de son dogme de la propriété collective , le socialisme n'est que négaion. Nulle part il n'a donné une idée précise et déterninée de sa société de l'avenir. Il sait ce qu'il veut défaire , il ne sait pas ce qu'il veut édifier. Les coryphées iu socialisme international varient dans leur manière le concevoir la propriété collective et son mode de réaisation. Ils entassent quelquefois à ce sujet les rêves ociaux les plus fantasques. Certes, le danger social ne e trouve pas plus dans ces rêves étranges que dans les )ombes de l'anarchisme.

Il est dans les négations du socialisme et dans sa laine sociale.

Nous avons montré comment le socialisme , grâce à

la négation de la propriété privée et à la théorie qu le travail seul est la source de la valeur d'un obje partage la société en deux classes : la classe des exr ploiteurs et celle des exploités. Les salariés sont lei exploités. C'est de là que part le socialisme pour a précier tout, les doctrines, les hommes et les évén© ments. Tous ceux qui affirment et défendent la pro priété privée et ses droits font partie de la classe de exploiteurs. Ils sont traités comme tels. Partant d'u; principe faux, la polémique socialiste est naturell ment injuste, et elle est aussi violente qu'injuste. EU appelle à son service tout ce qui peut exciter et pa sionner les masses.

Il n'est pas difficile de se faire une idée de ce que de semblables théories, jetées dans les masses avec toute la puissance de la presse et de l'association, doivent amasser de défiance, de mécontentement, d haine au sein de la société.

M. Jules Simon, dans une de ses causeries soci les publiées par le Temps, a cherché à réfuter le syi tème socialiste, qui partage la société en deux classes. « Non , dit-il , il ne faut pas diviser l'humanité ei travailleurs et en oisifs , nous sommes tous des trava leurs; ni en classes riches et en classes pauvres. Ori est riche , à quelque classe qu'on appartienne , quan(U ■ on a un revenu égal à ses besoins, et l'on est heureux" quelle que soit la fonction dont on est chargé , quand on a un travail conforme à ses aptitudes. Il ne doit plus, il ne peut plus y avoir de querelles de classes. Noi sommes tous des associés. Nous devons être des amij

Occupons-nous , entre associés , de faire à chacun une part équitable selon ses besoins, sa capacité et son travail. »

Nous connaissons une théorie sociale infiniment plus belle que celle des associés de M. Jules Simon; elle est exprimée par la maxime divine : « Aime Dieu pardessus toutes choses et ton prochain comme toi-même pour l'amour de Dieu. » Nous voudrions aussi opposer à la théorie du bonheur selon M. Jules Simon la théorie du bonheur selon l'enseignement chrétien , qui se garde de confondre le bonheur avec le bien-être ; mais nous n'avons cité l'éminent sociologue que parce qu'il affirme qu'on est riche quand on a un revenu égal à ses besoins. Le socialisme veut précisément que Ton se crée des besoins. Le grand agitateur socialiste Lassalle trouvait fort étrange qu'il fût obligé de convaincre les ouvriers de Berlin que leur sort était triste. « Avoir le plus de besoins possible, disait-il, les satisfaire par des voies honnêtes et convenables , telle est la vertu de notre temps. »

On disait autrefois que l'herbe ne poussait plus partout où le cheval d'un musulman avait passé. Nous pouvons dire aujourd'hui que la paix sociale ne prend plus racine partout où la propagande socialiste a passé.

Et où n'a-t-elle pas passé ? Nous avons fait une rapide excursion de pays en pays dans notre vieille Europe, et nous avons rencontré l'agitation socialiste parmi les populations calmes et froides du Nord , comme parmi les populations ardentes du Midi. Nous l'avons aussi rencontrée au delà comme en deçà de l'Océan. Après

avoir tâtonné assez longtemps , le socialisme a trouvé le cri de ralliement qui a soulevé les masses ouvrières : Prolétaires de tous les pays y unissez-vous.

Si le socialisme collectiviste , que ses théories carac-' térisent suffisamment, mais que les faits qui se sont produits dans l'Ancien et le Nouveau Monde et que sa propre presse a signalées , nous font connaître davantage ; si ce socialisme , disons-nous , parvenait réellement à enrégimenter le prolétariat ouvrier de tous les pays et à conduire ses innombrables bataillons à l'assaut de l'ordre social actuel^ l'histoire serait témoin d'une révolution plus vaste , plus complète , plus implacable, plus terrible, plus pleine de ruines de toutj genre que toutes celles qu'elle a vues.

On se rassure quelquefois contre cette formidable éventualité en se demandant ce que le socialisme pourrait édifier sur les ruines qu'il aurait faites. Il ne pour-, rait rien édifier, nous en sommes persuadé autant que; qui que ce soit. En 1830, Louis Veuillot écrivait : « Lel terroriste ne veut point de l'icarien, l'icarien ne veuf point du phalanstérien , le phalanstérien ne veut point] du proudhonien, le proudhonien ne veut de personne. Tous se méprisent réciproquement autant qu'ils haïs-i sent la société. » Nous pouvons dire aujourd'hui avec non moins de vérité : Le possibiliste ne veut point du] marxiste , le marxiste ou le collectiviste ne veut poini de l'anarchiste, l'anarchiste ne veut de personne. Mais] tous haïssent la société , et s'ils ne peuvent édifier, il&j peuvent toujours détruire.

Nous ne terminerons pas sur un cri de détresse.

Nous ne méconnaissons pas les misères sociales, nous les avons suffisamment signalées.

Nous reconnaissons par là même que les socialistes font valoir quelquefois de justes revendications.

Les misères sociales peuvent et doivent être combattues par tous les moyens qui sont au pouvoir de la société. Les justes revendications peuvent et doivent être satisfaites.

Nous nous gardons de confondre les socialistes avec le socialisme. Nous ne confondons pas davantage l'ordre social établi par Dieu avec une organisation économique introduite par les bommes.

Une organisation économique funeste peut et doit être modifiée. Mais l'ordre social établi par Dieu ne sera pas détruit.

Un système qui ne connaît que l'homme matériel et qui n'offre pas une seule vraie consolation aux douleurs morales de l'humanité , ne régnera pas sur cette humanité.

FIÎÎ.

Le mouvement socialiste et anarchiste, de 1894

L'histoire du socialisme et de l'anarchisme dans les six dernières années est douloureusement instructive. Il ne nous sera pas difficile de retracer rapidement cette histoire.

Il est inutile d'appuyer sur les nombreuses et bruyantes manifestations socialistes et anarchistes qui ont eu lieu; elles sont généralement connues. Nous nous bornerons à rappeler les faits principaux qui marquent le mouvement du socialisme et prouvent que l'anarchisme n'est pas mort.

Avant de passer en revue les diverses contrées de l'Europe et l'Amérique, nous signalerons d'abord les deux congrès internationaux de Londres et de Paris.

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