‹ Le socialisme contemporain (volume 2)Chapitre 71 sur 74 · A. — LE CONGRÈS INTERNATIONAL DE LONDRES · texte numérisé non relu

A. — LE CONGRÈS INTERNATIONAL DE LONDRES

Le socialisme international tint son quatrième congrès en 1896. Ce congrès siégea à Londres; il s'ouvrit le 27 juillet. On le croyait destiné à agir sur les grandes associations oufrières de l'Angleterre, qu'il devait rapprocher de plus en

plus du socialisme. Le congrès de Londres n'atteignit point ce but, malgré ses nombreuses résolutions, faites pour frapper l'esprit de l'ouvrier.

Aucun congrès socialiste international n'avait été plus pompeusement annoncé comme devant être l'expression de ■ la fraternité universelle, aucun ne montra davantage les ; scissions profondes de ceux qui se disent les représentants du prolétariat coalisé.

On avait annoncé que vingt nations se réuniraient à Londres. Ces vingt nations n'étaient pas à prendre à la lettre. Il y eut bien à Londres des délégués socialistes de vingt nations différentes, mais plusieurs de ces délégués ne représentaient que de faibles groupes socialistes.

Un étrange tableau de la fraternisation des peuples devait suivre la clôture des séances du congrès de Londres.

On vit apparaître sur l'estrade de la salle des séauces publiques les délégués allemands Liebknecht et Singer, le délégué autrichien Adier, les délégués anglais Aveling et Eléonore Marx, les délégués suisses Greulich et Sigg. Ces délégués se tendaient les mains pour signifier l'union des peuples, pendant que l'assemblée chantait la Marseillaise des ouvriers. Certes, cette scène rendait mal ce qui s'était passé au congrès. Le premier jour du congrès avait offert le spectacle scandaleux d'un pugilat improvisé entre les socialistes d'un côté, et les anarchistes expulsés de l'autre. Le deuxième jour, les délégués français s'étaient scindés en deux groupes hostiles; le quatrième jour, on vit la majorité des délégués hollandais, à la suite de leur chef, Domela Nieuwenhuis, quitter avec ostentation la salle du congrès.

Voici les principales résolutions du congrès de Londres :

10 Le droit du suffrage universel pour tous les adultes;

20 Le droit de l'initiative et du référendum pour le peupletan t dans les affaires de l'État que dans celles de la com, mune;

30 Le droit des peuples de disposer d'eux-mêmes;

40 L'émancipation de la femme;

^° L'opposition à la politique coloniale;

Q'^ L'école obligatoire pour les enfants jusqu'à l'âge de seize ans;

7" L'accès libre des études universitaires, rendu possible pour tous les élèves par l'instruction gratuite et les subventions de l'État;

8^ La défense du travail de nuit pour les jeunes ouvriers au-dessous de 18 ans;

9° La protection ouvrière internationale; - 10° La transformation de la p^^opriété privée du sol en propriété collective;

11° La réglementation de l'industrie domestique;

12° Le repas commun pour les élèves des écoles;

i3« Le remplacement des armées permanentes par les milices populaires;

14<* Les efforts collectifs des ouvriers de toutes les nations tendant à amener la socialisation des moyens de production, de transport et d'échange, en même temps que l'organisation de la production sous le contrôle démocratique de la société ;

\o° La nécessité de l'organisation professionnelle et de la lutte de classe;

16° La réunion du prochain congrès socialiste international soit en Allemagne en 1899, soit en France en 1900.

La proposition faite par les délégués allemands de réunir le prochain congrès socialiste international dans une ville d'Allemagne nous a toujours étonné. Qu'attendaient donc les auteurs de la proposition? Le Vorivserts a déclaré plus tard que la proposition était irréalisable.

Tout en proclamant la transformation future de la propriété privée du sol en propriété collective, le congrès de Londres a déclaré laisser pleine liberté aux diverses nations dans le choix des moyens qu'elles estiment les plus aptes pour arriver au but; il a vivement recommandé l'organisation du prolétariat agricole. Les socialistes de tous les pays ont pu voir depuis que le prolétariat agricole est moins facile à mener que le prolétariat industriel.

Pour consolider son œuvre, le congrès de Londres institua une commission parlementaire internationale, dont les membres devaient se concerter et établir les bases d'une entente commune. Les groupes socialistes qui avaient pris part au congrès, devaient se faire représenter dans cette commission par un délégué choisi autant que possible parmi les députés socialistes de leur pays. Les socialistes anglais furent réduits à nommer un délégué qui n'appartenait pas au parlement. John Burns, de moins en moins socialiste, avait refusé de prendre part aux travaux du congrès. Quelques autres pays ne possédaient pas encore le député rallié au socialisme international, que l'institution de la commission parlementaire demandait.

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