‹ Le socialisme contemporainChapitre 14 sur 68 · Cathrein, der Socialismus · texte numérisé non relu

Cathrein, der Socialismus

leur beaucoup plus élevée. Le travail ne sera certainement pas Tunique source de cette valeur.

Nous venons de parler d'objets dont la valeur d'échange est indépendante du travail qu'ils contiennent ou supérieure à ce travail ; nous pourrions également parler d'objets dont la valeur d'échange est inférieure au travail que ces objets ont exigé. Trop souvent, des objets qui ont demandé un travail considérable sont presque sans v&leur d'échange parce qu'ils ne sont plus utiles.

Certes, nous admirons l'activité humaine sous ses formes diverses, nous respectons tous les droits du travail, nous considérons comme un crime social l'exploitation qui , sciemment, refuse au travail le juste salaire; mais il est contraire à la vérité et à la justice de dire que le travail est l'unique source de la valeur. La base économique que Marx a donnée au socialisme soidisant scientifique est fausse. Aussi ,%pour se soustraire sur ce point à une critique gênante , le nouveau programme du socialisme allemand , le programme d'Erfurt, a-t-il également évité de dire avec le programme de Gotha que le travail est la source de toute richesse et avec Marx que le travail est la source unique de la valeur d'échange.

L'argument historique du collectivisme marxiste, qui fait dériver la propriété privée de l'injustice et de la violence , et qui affirme que les peuples anciens ne connaissent que la propriété commune ou collective , ne se soutient pas mieux que la théorie marxiste de la valeur.

Nous sommes très étonné de voir le socialisme marxiste en appeler aux temps primitifs, alors que ce socialisme se range généralement du côté des doctrines darwiniennes. Marx lui-même n*a-t-il pas écrit : « L'homme devient un sauvage lorsqu'il a cessé d'être un singe? »

Il est évident qu'à l'origine le sol n'était pas partagé comme il l'est aujourd'hui , et que la propriété commune ou la terre sans maître a dû précéder la propriété privée ; il est vrai encore que la propriété privée s'est constituée différemment selon les temps et les traditions des peuples ; mais il est tout aussi vrai que l'histoire des temps passés ne nous montre nulle part un collectivisme absolu et universel comme celui que le marxisme veut introduire. L'histoire ne nous montre nulle part un État quelconque s' appropriant et mettant en œuvre exclusivement tous les moyens de production

Les tribus indiennes de l'Amérique du Nord ont encore aujourd'hui la propriété commune du sol , mais il n'y a rien de commun entre ce genre de propriété et le système de propriété collective rêvée par Marx. Thiers disait : « Le sauvage chasseur a du moins la propriété de son arc, de ses flèches et du gibier qu'il a tué. Le nomade, qui est pasteur, a du moins la propriété de ses tentes, de ses troupeaux. Il n'a pas encore admis celle de la terre , parce qu'il n'a pas encore jugé à propos d'y appliquer ses efforts... Peu à peu cependant le nomade se fixe et devient agriculteur, car il est dans le cœur de l'homme d'aimer à avoir son chez-lui, comme aux oiseaux d'avoir leur nid... Il finit par choi-

sir un territoire , par le distribuer en patrimoine où chaque famUle s'établit, travaille, cultive pour elle et sa postérité '. »

On a cherché à découvrir la propriété commune exclusive dans les origines de la Grèce et de Rome; cette opinion ne peut s'appuyer ni sur la vie, ni sur rhistoire, ni sur la littérature des peuples classiques ^.

Nous dirons avec rEncyclique Rerum Novarum :

« Qu'on n'oppose pas à la légitimité de la propriété privée le fait que Dieu a donné la terre en jouissance au genre humain tout entier, car Dieu ne l'a pas livrée aux hommes pour qu'ils la dominent confusément tous ensemble. Tel n'est pas le sens de cette vérité. Elle signifie uniquement que Dieu n'a assigné de part à aucun homme en particulier, mais a voulu abandonner la délimitation des propriétés à l'industrie humaine et aux institutions des peuples. »

b. Religion,

Quelque séduisante que soit pour les déshérités des biens de la fortune la théorie économique de Marx, elle aurait moins agité le monde si elle n'avait sa base dans une erreur d'un ordre supérieur. Frédéric Engels a nommé parmi les deux grands mérites de Marx , aux veux des socialistes , celui d'avoir donné à notre siècle

t. De la Propriété, p. 19.

2. Die Eigenthumsfrage. — Klassisches Alierthum von Dr, B. Thilly Luxembourg, L. Bîik, 1872.

la conception synthétique de l'histoire au point de vue matérialiste,

Marx a nié Dieu, Tâme, la vie future et tout ordre surnaturel ; il a fait de Thistoire de rhumanité l'histoire de la production et de la consommation. C'est exclusivement à ce point de vue que les hommes et les événements sont appréciés. Jamais le niveau de la vie humaine n'a été ainsi abaissé. Le grande parole chrétienne : « L'homme ne vit pas seulement de pain, » est un scandale pour un socialiste de l'école de Marx.

Des disciples de Marx ont essayé d'écrire l'histoire d'après la conception synthétique du maître. Quel monstrueux travestissement de ce que les hommes ont écrit et pensé jusqu'ici î

Marx et les siens ont été surtout incapables de comprendre le christianisme et l'histoire de l'Église, qu'ils défigurent complètement et poursuivent d'une haine implacable. Personne n'a jamais blasphémé comme eux.

Marx a appelé la religion une idée déraisonnable du peumonde (ein verkehrtes Weltbewustsein), V opium du peuple; il voulait que le programme du parti socialiste prescrivît à celui-ci d'en délivrer la conscience.

Les principaux chefs du collectivisme, à l'instar de Marx, ont hautement professé leur athéisme. Liebknecht a fait profession d'athéisme au congrès de Halle. Bebeladit en plein Reichstag, le 31 décembre 1881 : « Notre but sur le terrain politique est la république, sur le terrain économique le socialisme^ et sur ce qu'on appelle le terrain religieux l'athéisme. » Antérieurement

déjà, au mois d'octobre 1878, dans les débats généraux du Reichstag allemand sur la loi contre les socialistes, Bebel, après avoir rappelé que Tathéisme est d'origine bourgeoise, a fait la déclaration suivante : « Nous avons adopté, à notre tour, la doctrine de Tathéisme, qui nous est venue d'ailleurs ; nous nous croyons obligés de propager cette doctrine et de la jeter dans les masses. »

On a dit, il est vrai, que la théorie socialiste n'est qu'une théorie économique, et qu'elle ne s'étend pas au terrain religieux.

Gela est faux. Les collectivistes attribuent à leur maître le double mérite d'avoir dévoilé le mystère de la production capitaliste et d'avoir donné à notre temps une conception synthétique du monde toute matérialiste. C'est en partant de cette conception synthétique matérialiste que Marx en est venu à appeler la religion une idée ou une conception déraisonnable du monde. Le matérialisme brutal de Marx et de ses disciples exclut toute religion, puisqu'il exclut Dieu lui-même.

Même en ne tenant compte que de la théorie économique du socialisme collectiviste marxiste, il faut reconnaître que cette théorie, grâce à sa négation de la propriété privée, a une portée immense, qui va bien au delà des limites de l'ordre économique. Elle veut renverser une des bases de la société établie par Dieu, et ébranler les autres.

Reconnaître à un Etat ou à une révolution quelconque le droit de changer aussi radicalement la société actuelle des homimes avec les bases mêmes de cette

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société , c*est faire de cet État ou de cette révolution le seul Dieu, à côté duquel nul autre n'est possible. Les socialistes sincères Font compris. Comment une condamnation aussi universelle de ce qu'on entend par propriété privée peut-elle, du reste, se concilier soit avec le septième commandement de Dieu, soit môme avec les conséquences de la loi naturelle?

Les programmes du socialisme allemand, le programme de Gotha et le programme d'Erfurt, veulent bien encore considérer la religion comme chose privée. Marx a vivement critiqué cette clause dans le programme de Gotha; il demandait qu'elle fût effacée. Plusieurs délégués firent la même proposition aux congrès de Halle et d'Erfurt. La tactique seule a fait maintenir la clause ; on craignait d'effaroucher le peuple en déclarant ouvertement la guerre à la religion.

La religion que les programmes socialistes traitent comme affaire privée, ne peut être que le sentimentalisme religieux; cette religion n'est pas le christianisme. En eflet, le christianisme n'est pas seulement un sentiment, qui subsiste dans les intimes secrets du cœur, où il échappe à toute violence extérieure. Le christianisme est vivant; il existe dans l'Église fondée par Jésus-Christ, dans l'Église avec sa divine constitution, dans l'Église avec ses droits et ses lois, dans l'Église avec sa vie chrétienne. Or, dans l'État socialiste de Marx, dans la société socialisée de Bebel, qui possède tout, qui règle tout, qui absorbe tout, où y a-t-il place pour l'Église de Jésus-Christ ?

« L'arrêt de mort sera prononcé contre la religion , »

Usons-nous dans un commentaire officieux du programme d*Erfurt ^ « le jour où les conditions historiques de son existence seront détruites. » Assurément, les conditions d'existence de TËglise de Jésus-Ghrist seraient détruites le jour où le collectivisme aurait établi son régne brutal.

Bebel , dans le livre fantasque qu'il a intitulé : La Femme, n'a-t-il pas écrit que , dans la société de l'avenir, la religion tomberait d'elle-même^?

Nous savons que l'Église repose sur une parole infiniment plus puissante que celle de Bebel.

c. Famille.

Le collectivisme marxiste n'a pas de théorie précise sur la famille. Ses adeptes repoussent quelquefois avec une certaine vivacité le reproche fait au système de détruire la famille. Indépendamment de toute théorie de Marx, il est cependant évident que sa conception synthétique de V histoire, conception toute matérialiste qui en écartant Dieu et la vie future écarte aussi l'Église , ne peut se concilier avec l'idée de la famille et du mariage chrétien.

L'État socialiste ou la société socialisée sans Dieu ne connaît et ne peut connaître le contrat indissoluble du mariage chrétien. Dans l'État socialiste, il n'y a pas de place pour les droits et les devoirs de la famille

1. Grundsaeize und Forderungen der Sozialdemokratie , von Karl Kautsky und Bi'uno Schœnlank, p. 43.

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