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LE SOCIAUSME CONTEMPORAlPr. 17

Les socialistes se livraient avec d'autant plus d'ardeur à leur internationalisme qu'ils avaient remarqué qu'on ne songeait plus à exécuter la loi contre l'Internationale. En 1878, ils avaient voulu réunir à Paris un congrès international , à l'occasion der l'Exposition universelle, mais le jour qui précéda l'ouverture de ce congrès, les membres du comité organisateur et les délégués qui étaient déjà arrivés furent arrêtés. Un second essai de tourner la loi contre l'Internationale fut timidement tenté en 1883; on n'invita qu'un nombre restreint de délégués étrangers , et on les choisit dans les pays où le mouvement ouvrier n'avait pas pris de caractère menaçant. En 1886 , toutes les précautions furent jugées superflues par les organisateurs d'une conférence ; loin d'être inquiétés , ils purent terminer les travaux de la conférence par un grand banquet, auquel plusieurs membres du Conseil municipal de Paris vinrent prendre part.

Ce qui ne fut pas possible à l'occasion de l'Exposition de 1878, se fît à l'occasion de l'Exposition de 1889. Paris vit deux puissants congrès socialistes internationaux , le congrès des Marxistes et le congrès des Possibilistes. Nous avons rendu compte, dans la partie générale de notre travail, des circonstances dans lesquelles se tinrent ces congrès , de leurs résolutions et de l'impulsion qu'ils donnèrent au mouvement socialiste. On peut dire principalement du congrès marxiste qu'il établit une Internationale d'un nouveau genre, destinée à être beaucoup plus nombreuse, plus universelle , plus unie et plus disciplinée que l'ancienne.

Au congrès marxiste , on passa en quelque sorte en revue les bataillons du socialisme des divers pays qui étaient représentés. Un délégué de chaque pays dut lire un rapport sur la situation du socialisme et dos socialistes dans ce pays.

Jules Guesde présenta le rapport sur les forces du socialisme français. D'après ce rapport; le socialisme français ne se distingue pas du socialisme allemand et il n'y a qu'un seul vrai socialisme dans le monde , qui a partout le môme drapeau, le drapeau rouge du prolétariat. Jules Guesde laisse de côté les Possibilistes ; parlant des trois grands groupes représentés au congrès marxiste , de la Fédération des Chambres syndicales françaises (qui a son siège à Bordeaux), de l'organisation du Comité central révolutionnaire (blanquiste), du Parti des ouvriers (collectiviste), il affirme que ces trois groupes n'obéissent qu'à une seule et même pensée. Il porte à 430 le nombre des associations qui font partie de la Fédération. Il constate que dans tous les grands centres il y a des associations qui dépendent soit du Comité central révolutionnaire, soit du Parti des ouvriers. Quant à ce dernier, Jules Guesde déclare que ce serait un crime contre le parti même que d'exagérer ses forces. Il est loin, dit-il, d'être aussi puissant que le parti démocratique socialiste d'Allemagne, parce que les ouvriers ont eu une trop grande confiance dans la république bourgeoise. Le succès du Parti des ouvriers sera certain le jour où les ouvriers comprendront qu'ils doivent prendre euxmêmes leurs intérêts en main.

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Le congrès de Paris a aussi institué la fête socialiste internationale du V mai. Elle devait être avant tout un moyen d'agitation en faveur de la journée de huit heures, elle est devenue la plus vaste démonstration socialiste. Le i^'^ mai, le socialisme fait marcher ses bataillons dans tous les pays. En France, les manifestations du 1®' mai se sont étendues à toutes les grandes villes et aux centres industriels. Sans être directement insurrectionnelles, ces manifestations du socialisme français ont été moins disciplinées que les manifestations allemandes, malgré tous les efforts des chefs. Le sang a coulé sur plusieurs points. L'épisode de Fourmies, qui a montré aux ouvriers Théroïque dévouement d'un prêtre catholique, restera comme un des plus douloureux souvenirs de la fête du i^' mai.

Il est un autre moyen de nous rendre compte de la situation sociale, qui nous fait mieux comprendre les résultats de Tagitation socialiste en France que le rapport de Jules Guesde, les fêtes commémoralives de la Commune et les manifestations du l*"^ mai , c'est le rapprochement du chiff're des voix obtenues par les candidats socialistes dans les élections générales qui ont eu lieu depuis 1885. En 1885, les candidats du socialisme organisé ne réunirent guère que 30.000 voix. En 1889, les candidats possibilistes obtinrent, à Paris et dans les départements, 53.316 voix; le chiffre des voix données aux autres socialistes , dans vingt départements, fut de 123.003. Le 20 août 1893, les candidats socialistes de toute nuance réunirent 599.588 voix sur 7.153.472.

Quoique le chiffre des voix obtenues par les socialistes, le 20 août 1893, soit considérable, il n'y eut que peu d'élus au premier tour de scrutin. Le scrutin de ballottage éleva à trente-sept le nombre des vrais députés socialistes des diverses nuances \ parmi lesquels on ne compte que douze marxistes.

Les socialistes attendaient et avaient annoncé un nombre plus élevé de députés. Ils attribuèrent leur insuccès relatif à leurs scissions.

Qu'on se garde cependant de parler avec dérision des luttes intestines du socialisme français. Les Possibilistes et les Marxistes peuvent se lancer mutuellement l'injure et le sarcasme ; les anarchistes peuvent répondre aux modérés à coups de poing ou d'assommoir : il faut en conclure que ces énergumènes ne sont pas appelés à restaurer la société, mais il nest pas permis de dédaigner leur agitation. S'ils ne peuvent créer, ils peuvent détruire, et ils poussent leur oeuvre de destruction sociale avec une énergie et une activité incontestables.

Il nous reste à exposer brièvement le mouvement anarchiste en France. Trois noms sont mêlés au début de son histoire, les noms de Bakounine, d'Elisée Reclus et du prince de Krapotkine (ou Kropotkine).

« Il est plusieurs parrains, » a dit un auteur anarchiste, « mais il n'est qu'un père : c'est Michel Bakou-

]. 6 Allemanistes, 2 Broussistes, 4 Blanquistes, 13 Indépendants cl 12 Marxistes.

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nine. » Nous avons parlé plus haut de Tiafluence que « ce père » exerça à Lyon et à Marseille , dès l'année 1870. Cette influence laissa des traces. Lorsque l'anarchisme recommença à lever la tête et à se grouper, il trouva en France le plus d'éléments là où la main de Bakounine s'était fait sentir davantage , et à proximité de cette ville de Genève oti Tanarchisme français avait à la fois son principal organe, le Révolté, et ses chefs les plus influents, Elisée Reclus et Krapotkine.

Le parti anarchiste ne donna cependant guère signe de vie en France, après les tentatives qui avaient été faites pendant la guerre, que vers 1880.

Dans le procès anarchiste de Lyon, au mois de janvier 1883, àTaudience du 17 janvier, M. Perraudin, commissaire spécial pour la police politique , fit nne déposition très intéressante sur le mouvement anarchiste à Lyon.

« Selon moi , dit-il , le parti anarchiste s'est formé à Lyon en 1880 seulement, à la suite d'un congrès régional de l'Est, où le parti ouvrier se divisa en deux fractions : les Suffragistes et les Abstentionnistes, A la tête des derniers se plaça Bernard.

« Cette fraction, sans importance au début, sous l'action énergique de Bernard , prit bientôt une grande extension. Elle s'étendit dans les divers quartiers de Lyon et dans les villes environnantes. Elle devint la Fédération révolutionnaire de Lyon.

« Le 4 juillet 1881, la Fédération était déjà forte; ce qui le prouve, c'est qu'une réunion privée désigna

Krapotkine pour assister au congrès de Londres, qui devait avoir lieu le 14 du même mois.

« En août, ce parti fit afficher deux manifestations sur les murs de la ville , préchant l'abstention et la révolution violente par tous les moyens possibles. C'était à l'occasion des élections législatives.

ce A la suite de la loi sur la presse et sur les réunions, ce parti devint de plus en plus fort et ne respecta plu« rien... »

Krapotkine ne fut pas le seul délégué des anarchistes français au congrès de Londres. A la suite de ce congrès , qui réorganisa l'anarchisme , on vit s'établir à Paris la Ligue révolutionnaire internationale, qui entretint des relations avec les anarchistes de Londres, en même temps que des fédérations qui étaient en rapport avec les anarchistes de Genève s'établirent dans d'autres centres ouvriers.

La Fédération internationale révolutionnaire de VEst, qui avait son centre à Lyon et qui s'étendait sur plusieurs départements, était la plus importante des fédérations françaises. C'est avec Lyon et Genève que correspondaient les groupes anarchistes du district houiller de Montceau-les-Mines , qui parvinrent si vite à leur triste célébrité.

On s'est demandé comment l'anarchisme avait pu commencer ses nouveaux exploits à Montceau-les Mines , où la situation économique des ouvriers était de beaucoup meilleure que dans d'autres centres industriels ^ La réponse a été donnée même avant les atten-

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