Alph. Thun, p
taient cependant pas complètement d'accord. Selon le premier, la propagande ne devait pas se borner à répandre les doctrines socialistes et anarchistes , elle devait encore exciter sur différents points du territoire des émeutes sans cesse répétées , pour maintenir le pays dans l'agitation. Lawroff, de son côté, voalait une propagande en quelque sorte pacifique y semblable à celle des socialistes allemands Bebel et Liebknecht; d'après son système, la révolution devait d'abord se faire dans les idées du peuple pour se produire ensuite d'elle-même au dehors.
Au milieu de ces agitations éclata le mot magique : « Allons au peuple ! » qui entraîna la jeunesse révolutionnaire. Tout le monde voulait se mêler au peuple, pour lui dire quels sont ses droits et comment il pourrait conquérir le bonheur. Les uns se contentèrent d'excursions faites dans tous les sens ; les autres allèrent jusqu'à renoncer à leurs carrières libérales et apprirent des métiers, pour entrer dans les ateliers, ou pour se fixer au milieu des populations. La propagande s'étendit jusque dans les prisons.
On comprit qu'on n'aboutirait à aucun résultat si l'on ne parvenait pas à endoctriner les paysans. Pour être moins suspects à ceux-ci , les pifopagandistes se faisaient brunir le visage et rendaient leurs mains rugueuses ; le faux passeport dans les bottes , la valise remplie d'écrits socialistes et révolutionnaires, ils allaient à l'aventure S prêts à s'arrêter partout où ils seraient bien accueillis. Les femmes furent les plus